‹ Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800Chapitre 24 sur 119 · LIVRE XXI · texte numérisé non relu

LIVRE XXI

salué par des applaudissements qui exprimaient n»* mieux que la parole les sentiments de celte assemblée. Il leur lut son discours. A chaque instant on l'interrompait par des cris d'enthousiasme. Robespierre usait ainsi le temps en vaines paroles. Lorsqu'il eut achevé sa lecture, il ajouta : a Ce discours que vous venez d'entendre est mon testament de mort. Je Tai vu aujourd'hui; la ligue des méchants est tellement forte, que je' ne puis pas espérer de lui échapper. Je succombe sans regret; je vous laisse ma mémoire; elle vous sera chère et vous la défendrez. » Ces parôles soulevèrent un tumulte extraordinaire. Coulhon, Hanriot, Payan, Coffinhal, tous les partisans de Robespierre assistaient à cette séance. « L'heure d'un 51 mai a sonné! » s'écriaient-ils. Les yeux fixés vers leur chef, ils attendaient un ordre. Robespierre, toujours indécis et ennemi des moyens violents, se décida enfin à donner quelques encouragements à ses partisans. « Séparez, dit-il, les méchants des hommes faibles; délivrez la Convention des scélérats qui l'oppriment; rendez-lui le service qu'elle attend de vous, comme au 31 mai et au 2 juin. Marchez, sauvez encore la liberté! si, malgré tous ces efforts il faut succomber, eh bien! mes amis, vous me verrez boire la ciguë avec calme. » c< Je la boirai avec toi ! » s'écria David. Dans l'entraînement de la situation, Couthon proposa imprudemment l'exclusion des députés qui avaient voté contre l'envoi aux Communes du discours de Robespierre. C'était proscrire IV. 4

50 HISTOIRE DE SOIXANTE AiNS

ïTJA. la grande majorité de la Convention. Des applaudissements frénétiques et des acclamations, bruyantes répondirent à cette motion. Le Comité de salut public avait envoyé à la séance des Jacobins Billaud- Varennes et Collot-d'Herbois. On les vit et on les injuria. Collot-d^Herbois voulut invoquer le souvenir de la tentative d'assassinat dont il avait été Tobjet. On le hua; les couteaux furent tirés, on poussa violemment hors du club ces deux hommes, qui tant de fois en avaient provoqué les applaudissements.

Ils revinrent pleins de fureur et d^effroi rendre compte au Comité de leur mission. Saint-Just, observant son collègue, avait assisté à la séance du Comité; il écrivait sur la table autour de laquelle siégeaient les décemvirs. Collot-d'Herbois enentrani Tinterpella d'un ton rude et lui adressa des reproches amers à propos de ce qui venait de se passer aux Jacobins. Une altercation s'éleva : « Tu veux nous dénoncer ! » s'écria Collot. Saint-Just ayant fait un mouvement pour serrer ses papiers, ses collègues s'en saisirent, les lurent et y trouvèrent leur propre accusation. Ils fermèrent les portes et résolurent de retenir Saint- Just, mais cetle résolution fut de courte durée. La plupart d'entre eux pensaient que la victoire resterait à Robespierre. Saint-Just reprit assez d'ascendant sur ses Collègues pour exiger qu'on fît venir Fouché, qu'il accusait d'avoir fait dresser un acte d'accusation contre Robespierre. Fouché nia le fait. A quatre heures du malin, Saint-Just se retira pour achever

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