LIVRE XXI
son discoui*s, qu'il promit de communiquer à ses collèguèsavanl de se rendre à TAssemblée.
La nuit s'était passée en préparatifs. Les deux factions cherchèrent des partisans. En sortant des Jacobins, Payan et Coffinhal proposèrent à Robespierre de forcer la porte des comités et d'enlever les membres dangereux. C'était, selon ces hommes énergiques, le moyen de couper la trame <lu complot et de reprendre ascendant sur la Convention. Robespierre, qui aurait voulu conserver la légalité jusque dans l'insurrection, s'y opposa. Il passa la nuit à écrire un nouveau discours, dans lequel il faisait appel à la droite. Voyant qu'il ne fallait pas compter sur leur chef, les hommes de la Commune remuèrent les faubourgs. Hanriot fit armer les sections, sous le prétexte de délivrer la Convention de l'oppression des contre-révolutionnaires. Lecointre (de Versailles), armé de pistolets, courut au Comité pour l'informer de ce qui se passait, l'entrée lui fut refusée. Fréron fît sans plus de succès une tentative analogue. Cambon survint et pénétra dans le lieu des séances du Comité. L'attitude de Saint-Just et l'air plus irrité que dominateur des autres membres du Comité, lui fit croire que l'avenir était aux partisans de Robespierre. Il se retira sans informer le Comité de ce qui se passait. Lecointre ayant fait parvenir une lettre de dénonciation contre la Commune, le Comité manda Hanriot et Payan. Le premier ne vint pas, le second se présenta et put se retirer librement.
Préparatifs d'insurrection.
Inaction lies comités.
1794. La Montagne fut plus active que les comités. Ceux
de ses membres qui se voyaient perclus si Robespierre triomphait, passèrent la nufl dans une agitation fiévreuse; ils se virent, se concertèrent. Quelques-uns d'entre eux étaient poussés par des motifs particuliers. On rapporte que Tallien reçut de sa maîtresse Tliércsa Cabarrus, qui était en prison, un billet où elle lui annonçait sa comparution prochaine devant le tribunal révolutionnaire; elle l'accusait de lâcheté s'il ne la sauvait. Fouché se souvenait des insultes do Robespierre et de son expulsion des Jacobins. Bourdon (deTOise), Rovère, savaient bien qu'il n'y avait pour eux nulle grâce à attendre du dictateur austère qui prétendait à la fois châtier le crime et ses propres ennemis. En présence de l'inertie des comités, des dispositions hostiles de la Commune, il n'y avait pour eux qu'un moyen de salut; obtenir contre Robespierre et ses complices un décret de la Convention. Mais pour arriver à ce résultat décisif, LaMomagne il fallait à la Montagne le concours de la droite et de
cherche à , ^ • ,
eniramer la droite la plaluc. Robcspierrc avait Constamment protégé ces
Robespierre, dcux côtés de l'assembléc. Homme de juste milieu.
Caractère ^' ^^^*^ prévu quc ïcur coucours lui serait un jour
^^ *« nécessaire. Malgré la difficulté, en apparence insur-
droile et du centre ^ .
en 1794. moutablc dc tourner le centre et la droite contre Ror bespierre, les montagnards, n'ayant pas le choix des moyens, résolurent de tenter l'entreprise. Ils firent des ouvertures à Palame Champeaux, h Sieyès, à Durand-Maillaneet à Boissy d'Anglas, membres influents
du côté droit et anciens constituants, unis depuis i79i. plusieurs années par des périls communs.
La droite et le centre étaient composés d'hommes dent les cœurs étaient selon l'expression du vieux Dussault, maigris par la terreur. Muets spectateurs des événements dans lesquels ils servaient d'instrument, ils étaient impénétrables dans leurs sentiments et dans leurs desseins. Leurs décisions étaient lentes, profondément pesées et calculées. La haine s'accumulait lentement dans leur âme presque avilie par la peur. Ces hommes qui, jadis à Tépoque de la convocation des états généraux avaient donné le branle à la Révolution , étaient maintenant sous le masque d'un républicanisme modéré, les ennemis les plus implacables de cette révolution. Ils pratiquaient avec le génie de la pusillanimité la politique des vaincus, qui est de dissimuler et d'attendre, de subir la pression des événements, jusqu'à ce qu'une heureuse circonstance permette de les dominer. Telle était en thermidor la majorité de la Convention. Elle repoussa les premières ouvertures des montagnards; mais ceuxci ne se rebutèrent pas. Ils firent appel à la pitié de la majorité, lui dirent qu'elle se rendait complice des exécutions par fournées, qui depuis la loi du 22 prairial désolaient la France. Ils essayèrent d'épouvanter ces hommes qui vivaient dans le frémissement perpétuel de la mort, en leur disant qu'un jour Robespierre n'ayant plus besoin d'eux les enverrait à Téchafaud. La droite resta inébranlable. Les montagnards
1794. revinrent à la charge; on les renvoya encore. Désespérés, ils firent une troisième tentative. Cette fois la . , .. . droite céda. Elle comprit qu'en se li£[uant avec les
La droite promet r ^ o
son concours moutaguaris, elle continuait Tœuvre de la destruction des révolutionnaires les uns par les autres. Le Marais tant de fois conspué prenait enfin sa revanche. Lui seul régnait en réalité, lui seul envoyait ses ennemis à la mort, tout en vivant courbé sous leur verge; lui seul faisait preuve d'une réelle supériorité politique puisqu'en somme il devait survivre à tous les partis et leur faire à tous de vastes funérailles.