‹ Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800Chapitre 27 sur 119 · LIVRE XXII · texte numérisé non relu

LIVRE XXII

sans inquiétude. Le père insista pour que son hôte noi. prît quelques précautions. « La masse de la Convention est pure, répondit Robespierre, qui croyait au républicanisme modéré, nftiis sincère, de la droite; rassure-toi; je n'ai rien à craindre. » Nonobstant, quelques amis le suivirent de loin.

I^a Commune et le département se tenaient prêts à rinsurrection. Fleuriot-Lcscot, maire de Paris, Payan, l'agent national, et les autres partisans de Robespierre, attendaient que la séance de la Convention les éclairât sur la conduite à tenir. Hanriot et son état-major parcouraient les rues de Paris. Les chefs du mouvement thermidorien n'avaient pas non plus perdu de temps, et, si Robespierre avait pu voir, avant l'ouverture de la séance. Bourdon (de l'Oise) serrer la main de Durand-Maillanne en s'écriant : « les braves gens que Iç^ gens du côté droit! » s'il avait vu ce même honnête gallican se promener dans la salle de la Liberté avec le montagnard Révère, l'un des chefs du massacre de Nîmes, il eût compris mieux que par cinq années d'observation la politique de la droite. Dès le matin, Tallien vit les membres delà droite. Il les trouva plongés dans une vive anxiété, ranima leur courage en leur développant cette pensée qu'un tyran qui ne frappe pas est perdu, et qu'il fallait tout oser contre lui. Il fut convenu qu'il interromprait Saint-Just et qu'on refuserait obstinément la parole à Robespierre..

IjCs préparatifs des deux factions absorbèrent la

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i79i. matinée. Il était près de midi quand la séance s'ouvrit. Nul déploiement de troupes aux abords de la Convention n'indiquait, d'ailleurs, que sa liberté fût menacée. Collot-d'Herbois présidait. Saint-Just demanda aussitôt la parole. Il venait lire un rapport au nom des comités, quoiqu'on réalité il n'eût pas, selon sa promesse, communiqué ce rapport à ses collègues; faute grave, car ce discours était un chefd'œuvre de sagesse et de modération dans lequel Saint-Just se montrait, malgré sa roideur et ses tendances utopiques, véritablement homme d'Etat.

Tallien, voyant que Saint-Just allait parler, s'élança dans la salle de la Liberté, et dit à Rovère et à Durand-Mai liane : « Voilà Saint-Just à la tribune, il faut en finir, » — a Je ne suis d'aucune faction, di-

Discours

ti6 Saint-Just. sait Saiut-Jusl; je les combattrai toutes. Elles ne s'éteindront jamais que par les institutions qui produiront les garanties, qui poseront la borne de l'autorité, et feront ployer sans retour l'orgueil humain sous le joug des libertés publiques. » Le but de Saint-Just était de démontrer que l'accusation de dictature, portée contre Robespierre, n'avait aucun fondement ; que le pouvoir arbitraire des comités était, au contraire, resté entre les mains de Billaud- Varennes, de Carnot et de Collot-d'Herbois, puisque leurs collègues étaient absents. Faisant allusion à Billaud-Varennes, il disait : « Il est des hommes que Lycurgue eût chassés de Lacédémone sur le sinistre caractère et la pâleur de leur front. » Il critiquait les

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