‹ Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800Chapitre 28 sur 119 · LIVRE XXll · texte numérisé non relu

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opérations de Sambre-el-Meuse, et se plaignait qu'on i7ji. tirât parti des victoires de la République dans des vues d'ambition personnelle, a On annonce la journée de Fleuras, ajoutait-il, et d'autres qui n'en ont rien dit étaient dans la tranchée. » Il avouait que les membres qu'il accusait avaient commis peu de fautes dans leurs fonctions. La fin du discours était d'une extrême modération : « Je ne conclus pas contre ceux que j'ai nommés, disait-il; je désire cju'ils se justifient, et que nous devenions plus sages. »

Il y a lieu de penser que la Convention eût été prise à ce langage, mais elle ne put l'entendre. A peine Saint-Just avait-il lu quinze ou vingt lignes de son rapport, que Tallien, qui rentrait, lui coupa brusquement la parole. « L'orateur a commencé par dire qu'il n'était d'aucune faction, s'écria-t-il. Je dis la même chose. Je n'appartiens qu'à moi-même, qu'à la liberté. C'est pour cela que je vais faire entendre la vérité... Partout on ne voit que divisions... On vient encore s'attaquer, aggraver les maux de la patrie. . . Je demande que le rideau soit entièrement déchiré. » Trois salves d'applaudissements accueillirent ces paroles. Saint-Just, étonné, veut continuer. Au même instant, Billaud-Varennes et les comités entraient dans la Convention, irrités de voir Saint-Just à la tribune et croyant qu'il n'avait évité de leur communiquer son rapport que pour mieux les accabler. Billaud interrompt Tallien pour une motion d'ordre, a Hier, s'écrie-t-il, j'ai vu à la So-

"94. ciélé des Jacobins des hommes qui développaient Tinlention d'égorger la Convention. Je vois sur la Montagne un de ces hommes qui menaçaient les représentants du peuple. Le voilà... » Billaud réussit. L'Assemblée se crut en danger. c< Arrêtez ! arrêtez ! » s'écria-t-on. On s'empara d'un homme qu'on traîna hors de la salle. c< Je m'étonne de voir Saint-Just à la tribune après ce qui s'est passé, continua Billaud- Varennes, profitant de l'émotion de l'Assemblée... L'Assemblée est entre deux égorgements... Elle périra si elle est faible. »Les députés se levèrent fous en agitant leurs chapeaux et en criant : « Non! non! » — c( Vive la Convention ! vive le Comité de salut public! » crièrent les spectateurs des tribunes. Au milieu du tumulte, Lebas demanda la parole. On la lui refusa. 11 insista. « Qu'on le rappelle à Tordre! » s'écria Delmas. Le rappel à Tordre fut prononcé, et, comme Lebas insistait encore, presque tous les membres s'écrièrent : c< Qu'il obéisse au décret, ou à l'Abbaye! »

La parole étant ainsi violemment maintenue aux ennemis de Robespierre, Billaud -Varennes en usa et en abusa, multipliant les accusations vraies ou calomnieuses, sans art et sans choix. Des rumeurs, des cris d'indignation contre Robespierre, interrompaient à chaque instant Billaud-Varennes. U attaqua même, dans celui qu'il nommait le tyran, ce qu'il y avait de moins attaquable, la probité, lui reprocha d'avoir empêché l'arrestation d'un secrétaire du Co-

Roliespiorre.

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mité de salut public qui avait volé 114,000 livres. i7î»i

ce II est infâme, dit-il, de parler de justice et de vertu quand on les brave et quand on ne s'exalte que lorsqu'on est arrêté ou contrarié. » Robespierre, exaspéré, s'élança à la tribune ; mais un grand nombre de voix s'écrièrent d'un ton menaçant : « A bas! à P"»""»^

. de la OoDveùlioii

bas le tyran! » Cependant un certam nombre de contre Montagnards restaient muets, les uns par loyauté, les autres par pudeur. Tallien et Billaud-Varenncs se partageaient seuls la parole. Robespierre, debout, les bras croisés à cette même tribune, attendait vainement son tour. c< Je demandais tout à l'beure qu'on déchirât le voile, reprit Tallien ; je vois avec plaisir qu'il Test entièrement... Tout annonce que rennemi de la représentation nationale va tomber sous ses coups. Nous donnons à notre République naissante une preuve de notre loyauté républicaine. Je me suis imposé jusqu'ici le silence, parce que je savais d'un homme qui approchait le tyran de la France qu'il avait formé une liste de proscription. Je n'ai pas voulu récriminer, mais j'ai vu hier la séance des Jacobins; j'ai frémi pour la patrie ; j'ai vu se former l'armée du nouveau Cromwell, et je me suis armé d'un poignard pour lui percer le sein, si la Convention nationale n'avait pas le courage de le décréter d'accusation. » Il tira un poignard, et la foule applaudit. Mais quelques-uns durent éprouver un sentiment de dégoût quand on l'entendit accuser

1794 Robespierre de s'entourer a d'hommes crapuleux et perdus de débauche. »

Chose digne de remarque, Robespierre, à celte heure dernière, où il comparaissait en quelque sorte devant la Convention comme devant un tribunal, fui attaqué dans les vertus qui ont en partie sauvé sa mémoire, odieuse à tant d'égards. Ses ennemis nièrent ses convictions, son intégrité et sa pureté de mœurs. Telle est trop souvent la justice des juge- Taiiien demande mcuts poliliqucs. Tallicu couclut cu demandant l'ararre^^^ ion reslatiou d'Hauriot et de son état-major, et la per-

lii mort d'IIaoriot j ^ j i n .• • »\ i

.t de manence des séances de la Convention jusqu a la ^(.n éiat-major. j^q^i ^gg coupablcs. Ccs propositions furent votées

au cri de « Vive la République! » Billaud-Varennes, reprenant la parole après Tallien, demanda l'arrestation de Dumas, de Boulanger et de Dufraise ; elle fut immédiatement décrétée. Robespierre voyait avec terreur que chaque instant détruisait cette puissance d'opinion qui faisait sa force. Il insista pour parler. Collot-d'Herbois resta sourd, et la plupart des membres de l'Assemblée répétèrent le cri : c< A bas ! à bas le tyran !» — « Je demande la parole ! » s'écria Robespierre en s'efforçant de dominer le bruit. c< Non ! A bas le tyran ! » répéta l'Assemblée. La voix de Robespierre se perdit dans le tumulte, comme celle du naufragé qui se débat vainement contre les flots.

Quelques députés appelèrent Barrère à la tribune. Il y monta, et, dans un de ces discours habiles dont

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