LIVRE XXll
il avait la longue pratique, il essaya tl,c ménager une 1794. issue à Robespierre et à ses principaux partisans en demandant seulement la suppression de tous les grades supérieurs à celui de chef de légion dans la garde nationale, ce qui était rejeter sur la force armée la responsabilité du mouvement. Il lut ensuite une pro- Discours
, ^. • •. 1 1 ^ 11* ^ I équivoque de
clamation pour inviter le peuple a se rallier a la Barrère. Convention et à veiller principalement sur l'autorité militaire, toujours ambitieuse, souvent usurpatrice. Le discours de Barrère avait fait diversion. Vadier, qui parla ensuite, acheva, sans le vouloir, de détendre les esprits. Il fit rire la Convention irritée en rappelant certaines circonstances de l'affaire de Catherine Théot. Il parla d'un nouveau document d*après lequel un illuminé de Genève, le nommé Chenon, proposait à Robespierre une constitution surnaturelle. Il se plaignit de ce que Robespierre, de son autorité privée, avait dit à l'accusateur public : c< Vous ne jugerez pas cette drogue. » Bourdon (de l'Oise) accusa Robespierre d'avoir sauvé le général Lavalette, compromis à Tarmée du Nord. Vadier continua ses doléances. Robespierre lui avait, dit-il, attaché un espion rempli de complaisance, nommé Tachereau. Ce Tachereau dînait à sa lable, le suivait partout et lui récitait les discours de Robespierre^.. Le rire continuait. Tallien frémit. Une seule voix favorable à l'accusé pouvait entraîner l'Assemblée dans le sens de la conciliation, a Je demande la parole pour ramener la discussion à son vrai point, »
1794. s*écria-t-il. — Je saurai bien Ty ramener, » répliqua Robespierre, Un grand tumulte s'éleva. L'ensemble et la vigueur des cris qui couvrirent sa voix lui montrèrent qu'il n'y avait plus pour lui à espérer dans la justice de l'Assemblée.
Tallien recommença la série de ses accusations. L'une d'elles froissa si vivement Robespierre, qu'il s'écria : « C'est faux! je... » Le bruit recommença. Jamais peut-être en ce monde n'a eu lieu une scène semblable à celle de ce drame parlementaire dans lequel un homme qui avait régné par la parole fui en quelque sorte assassiné par la seule voix de ses adversaires. Robespierre sentit si bien qu'il périssait victime de cet étrange complol, qu'il fit des efforts désespérés pour dominer ces clameui's. Tantôt ses regards se portaient vers les plus violents interrupteurs de Ja Montagne, et de ce côté du moins, quelques-uns, sentant leur injustice, détournaient la tête. Alors Robespierre se tournait vers ce côté droit qu'il avait tant de fois protégé. c< C est à vous, homm.es purs, que je m'adresse, s'écriait-il, et non pas aux brigands... » Mais là, comme disait le vieux Dussaull, les cœurs avaient maigri, et, dans lei^r dessèchement, rien ne pouvait les éTnouvoir. Hors de luimême, liobespierre se tourna vers le comédien Collot-d'Herbois, et cria d'une voix tonnante : « Pour la dernière fois, président des assassins, je te demande la parole'.... » Collot se leva silencieusement et céda le fauteuil au dantoniste Thuriot. Celui-ci