LIVRE XXll
dit rudement à Robespierre : « Tu ne l'auras qu'à Ion lour. » C'élail encore trop pour rassemblée! « Non ! non ! » s'écria-t-elle. Robespierre essaya de parler, il ne sortit de sa gorge qu'un son inarticulé. « Le sang de Danton Tétouffe ! » dit Garnier (de l'Aube). A cet aveu maladroit, Robespierre dit avec ironie et dédain : « C'est donc Danton que vous voulez venger?» Un député de la Montagne, Louchet, se leva : « Je demande, s'écria-t-il, le décret d'arrestation contre Robespierre. » Il n'y eut d'abord que quelques applaudissements. c< Ma motion est appuyée, poursuivit Louchct; aux voix l'arrestation ! » — Aux voix! aux voix! »répéta-t-on. « Je demande le décret d'accusation, » ajouta Loseau. Robespierre jeune s'écria:«Je suis aussi coupable que mon frère, je partage ses vertus; je veux partager son sort. » Ému de ce dévouement, Robespierre voulut parler, a Président, dit Charles Duval, est-ce qu'un homme sera le maître de la Convention ?» — « Ah ! qu'un tyran est dur à abattre ! » ajouta Fréron. « Aux voix l'arrestation des deux frères! » reprit Loseau. L'arrestation fut votée à l'unanimité aux cris de vive la liberté ! vive la République! — « La République, dit Robespierre, elle est perdue, car les brigands triomphent. » Ce fut son dernier mot. 11 était conforme à sa théorie et conforme aussi à la vérité, il faut bien le dire, car la plupart des chefs du mouvement thermidorien étaient des hommes dissolus, couverts de sang et gorgés de rapines. On réclama l'arrestation de Saint-Just et de
Robespierre est décrété
d'arrestation.
Son frère
veut partager son sort.
iTî'4. Coutlion. « Je ne veux pas partager l'opprobre de ce décret, s'écria noblement Lebas, je demande aussi l'arrestation ! » — « Couthon est un tigre altéré du sang de la représentation nationale, s'écria Fréron. Il a osé, par passe-temps royal, parler dans la Société des Jacobins de cinq ou six têtes de la Convention. Ce n'était là que le commenœment, et il voulait se faire de nos cadavres autant de degrés pour monter au trône. » — « Je voulais arriver au trône, moi ! » dit le paralytique. Les cris pour l'exécution du décrci continuèrent, a Les huissiers se sont présentés, dit le président, on a refusé d'obéir. » Les cris à la barre! d la barre I retentirent avec violence. Les accusés descendirent à la barre. Collot-d'Herbois reprit alors la parole : a La patrie sourit à votre énergie, dit-il, ses ennemis disaient qu'il fallait une insurrection du 31 mai. Non ce n'était pas une insurrection qu'il fallait; c'était une insurrection contre la tyrannie, et c'est vous qui l'avez faite. Elle aura aussi sa place dans l'histoire, cette insurrection qui a sauvé la patrie. Voyez, citoyens, les hordes fugitives de vos ennemis; voyez leurs armées consternées se répandre au loin; leur dernière ressource était la guerre civile au sein de la Convention, afin de nous forcer d'accepter un tyran. Mais tous les Français périront avant de transiger avec la tyrannie. Jamais le peuple français n'aura de tyran. » — « Non ! non! » s'écria-t-on. Et l'assemblée se leva encore au cri de: vive la République!