LIVRE XXI
projet (le descente des Français en Angleterre et s*au- i^w. torisait de ces bruits pour limiter le droit de réunion, pour augmenter Tarmée de terre et de mer, pour solder des corps d'émigrés, et accroître, comme le lui reprochaientgénéreusement FoxetSheridan, son pouvoir au moyen de précautions nécessitées par des périls imaginaires. L'Angleterre, sous prétexte d'écraser la Révolution, plana réellement sur le monde. Aidée de la Hollande et de TEspagne, elle enveloppa la France, fit de la Méditerranée un lac anglais, ruina nos colonies, pilla outrageusement les navires neutres qui approvisionnaient nos ports, et foula aux pieds les droits les plus sacrés. Sans la neutralité de la Suède, du Danemark et de la Suisse, notre commerce eût péri. Les coalisés, tout en ayant l'air de faire une guerre de principes, donnaient carrière à leurs convoitises. Tandis que les uns se partageaient la Pologne démembrée, l'Angleterre étendait sa puissance maritime, s'efforçait d'affamer la France, et usait envers nous de procédés plus dignes de forbans et d'écumeurs de mers que d'une grande nation qui sait que la guerre elle-même a ses lois. Le poignard et la fausse monnaie ne sont pas des armes de gueire. Mais la haine et la convoitise aveuglaient à ce point le fils de Chatam, qu'il espérait faire de la France une nouvelle Pologne. Dans ce partage, les provinces du Nord et de l'Ouest eussent été la proie de l'Angleterre. C'est à Londres que les plans d'invasion étaient généralement conçus et rédigés. Un militaire aile-
«le la République rançaisc en 1704.
1794. mand, Mack, avait préparé le plan que les coalisés essayèrent de mettre en exécution en 1794. Jomini en a tracé Texposition et la critique. Mais le temps des invasions était passé. Il résulte des documents conservés aux archives du ministère de la guerre, que le nombre des armées dont disposait la République Les armées était dc trcizc, savoir : celles du Nord, des Ardennes, de Sambre-et-Meuse, de la Moselle, qui couvraient notrejfrontière jusqu'aux Alpes et tenaient tête aux Anglais, aux Hollandais, aux Autrichiens, aux Prussiens et aux émigrés. L'armée des Alpes et celle d'Italie contenaient le Piémont. Les troupes espagnoles étaient tenues en respect par les armées des Pyrénées-Orientales et des Pyrénées-Occidentales. Celles de l'Ouest, des côtes de Brest, des côtes de Cherbourg et de l'intérieur, étaient plus que suffisantes pour s'opposer à un débarquement, disperser les restes de la Vendée et la chouannerie, et pourvoir à la sécurité publique, en cas de séditions. En septembre et octobre, l'effectif de ces treize armées fut de 1,169,144 hommes, et le chiffre des présents fut de 749,545. Les forces de l'ennemi n'avaient pas augmenté. Augereau etDugommier avaient reconquis nos frontières aux Pyrénées. Bonaparte, général de brigade, sous les ordres de Dumerbion, qui était malade à Nice, forma le plan de dominer la chaîne des Alpes et de s'étendre depuis Genève jusqu'à Gènes. Il jeta une division dans les gorges d'Oneille, franchit la Corniche et s'empara des hauteurs de Saint-