‹ Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800Chapitre 32 sur 119 · LIVRE XXII · texte numérisé non relu

LIVRE XXII

était si forte, que le peuple étonné de voir les fatales charrettes traîner à réebafaud leurs convois ordinaires de victimes, se jeta devant les chevaux. Ilanriot eut la stupidité de disperser la foule à coups de sabre. Cet homme était incapable de commander une armée, et à plus forte raison incapable de la présence d'esprit nécessaire pour diriger dans Paris, au milieu de conjonctures aussi difficiles, une garde nationale divisée d'opinion et une gendarmerie naturellement observatrice de la légalité. Ivre depuis le matin, Ilanriot pendant cette journée décisive, commit faute sur faute. Il parcourait les rues le sabre à la main, vociférant, jurant, écrasant les passants sous les pieds de son cheval. Il fit arrêter Merlin (de Thionville) qu'il rencontra. Sur les quais, la foule le hua. A la grille des Tuileries la garde lui barra le passage. Hanriot, suivi de son escorte qui commençait à prendre son chef en mépris, tourna bride vers larueSaint-Honoré. Deux députés thermidoriens, Robin et Courtois, l'aperçurent de la fenêtre d'un restaurateur. Ils crièrent aux gendarmes qui le suivaient : c< Arrêtez-le ! il est hors la loi ! » Six gendarmes obéirent à cet ordre. Hanriot fut arrêté et conduit par Robin au Comité de salut public. Quoique Hanriot eût les mains liées derrière le dos, Amar en le vovant entrer s'en- ^"» ' fuit et se cacha dans un coin. Robin (de l'Aube) demanda qu'on fît prompte justice de son prisonnier. « Que veux-tu que nous fassions ! » dit Billaud-Varennes. — « Si vous ne faites punir ce traître, ré-

Hanriol arrêté

est conduit

au Comité (le salut

public.

Coffinhal délivre Uanriot, marche sur la onvention.

Robespierre

persiste à rester

dans

la légalité.

pliqua Robin, il vous égorgera ce soir avec la Convention. » Barrère était aussi indécis que Billaud» «Veux-tu, dit-il, que Ton nomme une conunission militaire qui le juge prévôtalement? » — « Cela serait un peu vigoureux, » répliqua Bilkud-Varennes. « A moins d'être ses complices, s'écria Robin piqué de cette indifférence, on ne se conduit pas de cette manière. Barrère courut après Robin et lui dit qu'on allait s'occuper de cette affaire. On reconduisit Hanriot au Comité de sûreté générale. Un de ses aides de camp, Mauban, se croyant perdu, parvint avec ses lèvres à dresser un canif sur la table et se perça le cœur. Peu de temps après, Coffmhal, vice-président des Jacobins, arriva, suivi de Sijas et de quelques compagnies des sections; il délivra Hanriot et son état-major. Ceux-ci remontèrent à cheval, et entraînant les canonniers et une certaine masse dépeuple, ils marchèrent surla Convention, l'investirent et mirent leurs pièces en batterie.

La force armée avait été si mal dirigée par Hanriot que, pendant les deux heures de suspension de la séance de la Convention, on avait négligé de s'emparer de la salle et d'en fermer les portes, ce qui eût matériellement annihilé l'assemblée. De son côté, le chef moral de l'insurrection, Robespierre, n'était pas d'accord avec son parti. 11 persistait à rester dans la légalité, croyant à l'inaction des comités, et espérant qu'il sortirait triomphant, comme Marat, du tribunal révolutionnaire. Le Comité de sûreté générale avait

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décidé que Robespierre Taîné serait conduit à la 1794. prison du Luxembourg, Robespierre jeune à Sainl- Lazare, Couthon à la Bourbe, Lebas à la maison de justice du département, Saint-Just aux Écossais. La prison du Luxembourg avait pour directeurs deux administrateurs de police dévoués à Robespierre. Ils répondirent qu'ils ne pouvaient recevoir le prisonnier qui leur élait envoyé, la Commune leur en ayant fait défense. Entouré de ses parlisans et de ses gardiens, qui semblaient plutôt lui faire escorte, Robespierre fut conduit à la Commune. Il était environ six heures du soir. Alarmé des progrès foudroyants de l'insurrection, il refusa d'aller à l'hôtel de ville, et, malgré les instances de ses partisans, il exigea qu'on le conduisît à l'administration de police municipale, se considérant comme prisonnier et entendant rester tel. Cette décision était tout à fait conforme à son caractère; sentant bien qu'il n'était pas homme de coup de main, il s'appuyait sur ce qu'il sentait devoir être sa véritable force. A l'administration de police, Robespierre était en quelque sorte chez lui. On le pressa plus vivement de se rendre à l'hôtel de ville. II continua de résister, disant à ses partisans : « Vous perdez la République, vous me perdez. » A d'ivutres il répondait : c< Je veux comparaître devant le tribunal févolutionnaire » .Vers dix heures le Conseil général l'envoya enlever par Coflînhal. « Robespierre, lui dit un de ses libérateurs, voici le moment de monter à cheval. Mets toi à la tête du peuple et marche

1794. sur la Convention. — Je ne sais pas monter à cheval, répondit Robespierre. Il faut d'ailleurs respecter la Convention nationale et la ramener à nous par le raisonnement. » Quoi qu'il put dire, on l'entraîna au milieu d'un grand concours de peuple et avec des Réunion des chefs manifcstatious d'cuthousiasme. Il trouva à l'hôtel de

de

rinburrection villc SOU frère, Saint-Just et Lebas. Couthon ne fut Commune, j^jj^p^ q^»^- ^j^g heurc après minuit. Comme il arrive en pareille circonstance, la maison commune était pleine de tumulte. On y laissait enirer quiconque se présentait, mais nul n'en pouvait sortir. Ce fut au milieu de la confusion et du désordre de cette nuit agitée que Robespierre, entouré d'une cinquantaine de ses principauxpartisans, perdit en vaines délibérations les derniers moments qui lui restaient pour agir. Pendant ce temps, la Convention reprenait courage et les Comités sortaient de leur inaction. L'Assemblée était rentrée en séance à sept heures et demie. Bourdon (de l'Oise), Merlin (de Thion ville), Legendre, Poullier, Rovère, Goupilleau, Fréron, vinrent tour à tour à la tribune rapporter ce qu'ils savaient des événements. La Convention, tantôt morne, tantôt fébrile, écoutait, au bruit lointain du tocsin, ces récits plus ou moins exacts, entremêlés de déclamations furieuses contre Robespierre. Billaud-Varennes vint déclarer que l'agent national Payan était arrêté depuis quatre heures, ce qui était faux. c< Il faut savoir prendre des mesures rigoureuses, dit-il, il faut savoir mourir à son poste. — Oui! oui! nous le saurons tous! » s'é-

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