LIVRE XXII
d'une colonne qui s'arrêta à la place de Grève. Une 1791. méfiance extrême régnait dans les rangs des défenseurs de la Commune et dans ceux des assaillants; nul n*osait commencer Tattaque. La place était presque déserte. Los rues voisines, gardées par des gens armés, offraient un aspect sinistre. De rhôlel de ville et de ce qui s'y passait, rien ne transpirait au dehors. À la colonne que dirigeait Léonard Bourdon s'était mêlé un petit groupe d'hommes audacieux à la tête desquels marchaient un ami de Tailien, l'espion Dulac et un jeune gendarme de dixsept ans, du nom de Merda, qui avait arrêté Hanriot. Barrère, après la délivrance d'Hanriot, avait reproché à Merda de n'avoir point brûlé la cervelle à son pri- * " sonnier. Ce jeune homme, que rien n'obligeait à une entreprise aussi hardie, et qui pendant toute cette journée fut sans doute animé d'une passion exlraordiaaire de sortir à tout prix de son obscurité, résolut d'arriver jusqu'à Robespierre et de le tuer. Suivi de Le gendarme Dulac et de quelques-uns de leurs compagnons, il sintroduu osa franchir la porte de l'hôtel de ville. ^ *'"**«* ^e viiie
* , , pour assassiner
La foule s'était éloignée de la maison commune Robespierre. depuis que Payan, par une habileté fatale, avait, en donnant lecture du décret de mise hors la loi, ajouté que la Convention entendait comprendre dans cette mesure le peuple des tribunes. Il y a quelque chose de si redoutable dans cette formule, que même, aux époques où la loi est le moins respectée, nul ne songe sans effroi à se trouver compris dans le nombre de
Le peuple
se sépare des
conjurés.
La Commune est investie par I la force armée.
ceux qu'elle cesse de couvrir. Instinctivement lamultitude comprend que la puissance du pacte social est telle qu'un homme mis hors la loi est un homme mort. La foule terrifiée s'éloigna donc. Il ne resta dans les salles et les escaliers que les partisans de Robespierre. Peu d'entre eux portaient des armes. Robespierre, son frère, Saint-Just, Lebas, Payan et une cinquantaine de membres du conseil délibéraient sous cette garde si facile à forcer, se croyant d'ailleurs sous la protection d'Hanriot, dont les troupes diminuaient d'heure en heure et allaient se ranger au Carrousel sous les ordres de Rarras. En sortant de la Rourbe, Couthon, paralytique et se croyant inutile, élait rentré dans sa famille. Robespierre et Saint-Just lui écrivirent ces mots : « Couthon, tous les patriotes sont proscrits; le peuple tout entier est levé : ce serait le trahir que de ne pas te rendre avec nous à la Commune, où nous sommes actuellement* » Couthon s'était en effet rendu à ce pressant appel. Sa présence ne changeait rien à la situation.
On délibéra au lieu d'agir; Robespierre éprouvait une invincible répugnance à prendre l'initiative. Ces lenteurs décourageaient les hommes d'action, qui peu à peu rentraient chez eux. Au milieu de la nuit, Rarras s'était présenté à la Convention et s'était exprimé ainsi : « Je viens de parcourir une grande partie de Paris, partout le peuple est à la hauteur de la liberté; partout on entend les cris de vive la République! vive la Convention nationale! » Ferraud et Fréron