‹ Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800Chapitre 36 sur 119 · LIVRE XXII · texte numérisé non relu

LIVRE XXII

patrie. — Signé : Peyraud, Louchet, Lerebours, 1794. Payan, Ro...»

Tous les hommes présents s'étaient élancés vers le meurtrier. Celui-ci poussa de toule sa force le cri de: «Vive la République ! » Dulac, Léonard Bourdon et le groupe de gendarmes qui montaient Tescalier répondent à ce cri. La Commune comprit qu'elle élait perdue. Les municipaux arrachaient leur ceinture. La plupart des conjurés cherchaient leur salut dans la fuite. On emporte par un escalier Gouthon,

qu'un gendarme a blessé d'un coup de sabre. Merda, s^maginant qu'Hanriot a fui de ce côté, s'élance, tire au hasard dans ces ténèbres, blesse quelqu'un, fait traîner Couthon au pied de la tribune, où on venait d'étendre Robespierre évanoui. Coffinhal, furieux contre Hanriot, le saisit à bras le corps, et le lance par la fenêtre en s'écriant : « Scélérat, voilà le prix de ta lâcheté ! » Hanriot tomba demi-mort sur un tas de fumier. Lebas s'était tiré un coup de pistolet. Saint-Just ne voulut point se tuer. Il demeura calme dans sa roideur et son impassibilité habituelles. Robespierre jeune ôta ses souliers, sortit par la fenêtre, fît quelques pas sur le rebord -en pierre qui règne à la hauteur du premier étage. Il vit la place hérissée de fusils. Les canonniers avaient braqué leurs pièces sur l'Hôtel de Ville. Il n'y avait plus de refuge que dans la mort. Augustin Robespierre s'élança et tomba la tête la première sur une baïonnette. Il se blessa dangereusement, mais ne mourut pas.

1704. Pendant ce temps, Merda fouillait Robespierre el

remettait sa montre et son portefeuille à Léonard Bourdon. Les grenadiers traînèrent Robespierre et Couthon, qu'ils croyaient moris, jusqu'au quai Pelletier. Le premier fut remis aux hommes de la seclion des Gravilliers. Le second, accablé de coups, ne donnait plus aucun signe de vie. « Jetons cette voirie à la Seine! » dit un de ces hommes, a Citoyens, un instant, répondit soudain Couthon d'une voix faible, je ne suis pas encore mort. » Fréron assistait à ce spectacle.

Léonard Bourdon présenta le meurtrier de Robespierre à la Convention en disant : a Ce brave geadarme que vous voyez ne m'a pas quitté; il a tué deux conspirateurs. » Ce qui était un double mensonge. Charlier, qui présidait, embrassa Merda. Celui-ci lui dit avec un certain embarras : « Je n'aime pas le sang; cependant j'aurais désiré verser celui des Prussiens et des Autrichens; mais je ne regrette pas de n'être point à l'armée, car j'ai aujourd'hui versé le sang des traîtres. » La Convention décréta une mention honorable en faveur de cet homme et chargea le Comité de salut public de son avancement. Mais, quand le meurtrier se présenta au Comité, il reçut de Billaud-Varennes et de Collot-d'Herbois un accueil sinistre. Barrère et ses collègues s'entendirent pour faire courir le bruit que Robespierre s'était suicidé. Ils sentaient que le mouvement de réaction qui emportait Robespierre serait rapide,

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irrésistible et les entraînerait bientôt à leur tour. 1791.

Un chirurgien consentit à donner une sorte d'aufhenticilé à ce mensonge.

Paris ne bougea point, f.egendre et une poignée d'honnmes armés purent fermer sans obstacle le club des Jacobins, dont ils apporteront les clefs à la Conventian. Des agents de police furent chargés de répéter que Robespierre voulait rendre le trône au fils prisonnier de Louis XVI. Un cachet à fleurs de lis fut glissé parmi ses papiers. On lui mit dans la main un petit sac de peau blanche, sur lequel on lisait l'adresse du fabricant, portant ces mots : c< Au grand monarque, n Vers le point du jour, le président de la Convention annonça qu'on venait d'amener les blessés sur des brancards, « LelâcheRobespierreestlà, dit-il, vous ne voulez 'pas qu'il entre? — Non ! non ! » répliqua-t-on. Thuriot ajouta : c< Le cadavre d'un tyran ne peut que porter la peste; la place qui est marquée pour lui, c'est la place de la Révolution. »

Robespierre fut apporté sur une planche au Comité Robespierre de salut public. Son teint ordinairement bilieux était ^'^"^ .

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livide. Il n'avait ni chapeau, ni cravate. Il portait une au comité de saïut

public.

culotte jaune, des bas blancs et l'habit bleu qu'on —

lui avait vu le jour de la fête de l'Être suprême. Sa .lemieMmoLms chemise était couverte de sang. On le déposa inanimé ^^ ^Robespierre. sur la table de la salle d'audience. Une boîte de sapin contenant des échantillons de pain de munition de l'armée du Nord fut placée sous sa tête en guise d'oreiller. Sa joue était trouée près de la commissure des lèvres,

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