‹ Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800Chapitre 42 sur 119 · LIVRE XXIII 9r · texte numérisé non relu

LIVRE XXIII 9r

formaient le parti thermidorien qui, en réalité, n'a- no4. vait point de principes, mais qui représentait I*état des esprits. Le lien des intérêts individuels unissait les fractions dispai'ates de ce parti né des circonstances et sans, racines politiques. Il comptait dans ses rangs des Montagnards tels que Tallien, Fréron, Merlin (deThionville), Thuriot, Dubois-Crancé, Barras, Rovère, Bourdon (de TOise), Legendre, Lecointre (de Versailles), Thibaut, Dumont, Bentabole, Merlin (de Douai); des membres de la plaine et de la droite, comme Sieyès, Chénier, Boissy-d'Anglas, Thibaudeau, Cambacérès, des Girondins qui bientôt allaient reparaître. Le parti royaliste, qui n'avait pas encore pu se montrer, se fondait dans le parti thermidorien. Un grand nombre de Thermidoriens étaient des hommes de plaisir qu'unissait un goût commun pour les richesses et la volupté; d'autres nourrissaient de secrètes et prudentes ambitions. La généralité n'avait d'autre mobile que l'horreur du sang et la peur de l'échafaud.

Le parti thermidorien s'appuyait sur la jeunesse, l» jeunesse qui, par divers moyens, avait pu échapper à la réquisition : cette jeunesse, qui prit le nom de jeunesse dorée, se composait de cette foule d'individus qui, dans les grandes capitales, forme la clientèle des lieux de plaisir. A ces oisifs se mêlaient des commis marchands, des clercs d'avoués ou de notaires, des domestiques et des militaires transfuges des armées. Celte multitude se grossit de tous les suspects mis en

dorée.

Portrait de FnTOn.

i-'i liberté au 9 tljeraiidor. Ils affectèrent bientôt des

mœurs, un costume et un langage qui leur furenl propres, et dont les artistes et les écrivains du temps nousontlaisséleridicule tableau. Ils portaient une coiffure dite à la victime^ c'est-à-dire que leurs cheveux, longs et pendants sur le front et les joues, étaient derrière taillés très-courts, comme ceux des condamnés qu'on va exécuter. Ils affectaient de porter des lunettes, un habit court et serré à la taille, une énorme cravate dans laquelle disparaissait le menton, et des souliers très-découverts; dans la prononciation des mots, ils évitaient d'articuler les i\ Presque tous tenaient à la main un bâton court, plombé par les deux bouts, dont l'usage devenait redoutable dans les émeutes.

Le peuple donna à ces jeunes gens le nom de mus-cadins. Ils avaient pour chef et pour protecteur le montagnard Fréron, ancien ami de Camille Desmoulins, l'un des membres les plus influents de la majorilé. C'était un homme violent et efféminé, passionné pour la liberté, comme le sont généralement les hommes dont la vie licencieuse et l'imagination exubérante ne sauraient s'accommoder au régime des lois restrictives. Fréron allait devenir en fructidor un des plus ardents promoteurs de la liberté absolue de la presse, et donner l'exemple do la pratique de cette liberté en faisant reparaître le journal qu'il publiait, au début de la Révolution, sous le titre : l'Orateur du peuple^ qui devint l'organe de la jeu-

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