I.a (Convention
décrète !a publication
des listes
des suspects
mis en liberté
et de leurs patrons.
Les Jacobins
se prononcent
contre le parti
thermidorien.
1794. de Robespierre, monta à la tribune et adjura la Convention de revenir anx principes inflexibles du « profond et judicieux Marat, » de ne plus s*apitoyer sur le sort des ci-devant privilégiés. « Les punjr est un devoir, dit Louchet ; il ne faut poser la massue révolutionnaire qu'après avoir écrasé, anéanti l'aristocratie. Pénétré de la grandeur des périls qui menacent encore la liberté publique, et de là nécessité de tarir au plus tôt la source de nos troubles intérieurs; persuadé qu'il n'existe pour cela d'autre moyen que de maintenir partout à l'ordre du jour la terreur... (1). »
A ce mot que la Convention n'avai^ plus coutume d'entendre et qui ressemblait à un défl, la salle (entière interrompit le Jacobin en criant : c< La justice! la justice! » Louchet, sans se déconcerter, répliqua ; ce J'entends, par le mot terreur, la justice la plus sévère. — Justice pour les patriotes, ajouta naïvement Charlier, terreur pour les aristocrates. » Le bon sens de l'Assemblée se révolta. « Justice pour tous! » s'écrièrent un grand nombre de voix. Louchet n'osa point maintenir sa motion, mais ajouta : « Je demande la justice la plus sévère contre l'infâme aristocratie et le lâche modérjantisme qui partout relèvent leur tête insolente. » Il formula ensuite une proposition rigoureuse contre les suspects mis en liberté et contre les membres des comités révolutionnaires qui, selon
(1) Séance de la Convenlion il» 19 août (2 fructidor) 1794.
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lui, avaient manqué à leurs devoirs en ne faisant iTji point imîarcé reries nobles et les prêtres qui n'avaient pas fait preuve depuis 1 789 d'un attachement sincère à la' Révolution. Charlier vota l'impression de ce discours, et Tallien^ dans une réplique habile, combattit la terreur. « Il faut, dit-il, la liberté de la presse ou laioiort;; clest à Taide dl^ cette" liberté qu'on arrachera ie masque à ces» bomn^e$ qui déclament contre Robespierre parce qu'il est. abattu, et qui deux jours avant sa mort, étaient encore lâchemient prosternés à ses genoux^'» La motion de Louche! fut imprimée et renvoyée au Comité de salut public. Les royalistes et les Girondins s'émurent. Durand-Maillane fit un appel à la concorde. Bourdon (de l'Oise), Caoïbon, Tburiot, demandèrent l'épuration des comptes des représentants en mission, et parlèrent dans le sens de la liberté de la pressé. La discussion dévia et finit comme toujours par un décret qui ordonnait la rédaction d'un rapport.
Quoique le résultat de ces débats ne fût pas à l'avsffiitage de la minorité jacobine, la motion de Louchet aisait ranimé, l'ardeur du parti vaincu. Le club des JsHX>bins reprit une altitude menaçante. « C'est à la trîbune.des Jacobins, s'écria Maure, que doit toujours brûler le feu sacré de laJiberté qui embrase le cœur des patriotes. » Il s'éleva violemment contre la mise en liberté des suspects et contre le côté droit de la Convention, blâmant la fausse humanité dont il s'avouait coupable lui-même, et en appelant à la sol-
HISTOIRE DE SOIX\NTC ANS
Une députation jacobine demande
à la Convention la lisle
des suspects.
licitude du Comité de sûreté générale, Mallarmé parla dans le même sens et demanda que la société envoyât le lendemain une députation à la Convention, afin de l'inviter à maintenir dans toute son énergie le gouvernement révolutionnaire; ce qui fut adopté (1).
La Convention venait d'ordonner, après une vive discussion, Texamen des pièces relatives à la mission de Maignet, lorsque, le lendemain, se présenta la députation jacobine. Raisson, l'orateur de la députation, au nom de. la société régénérée et rendue à son énergie primitive, accusa la réaction et les corrompus. Tallien l'interrompit. Le président de TAssemblée fit un appel à la concorde, et l'ordre du jour fut vivement réclamé. Les Jacobins étaient éconduits. Raisson, sortant de la salle, fut traité de scélérat par Bentabole et Lecointre (de Versailles). Les Jacobins, furieux, se réunirent le lendemain. Haisson présidait, il se plaignit de l'outrage dont il avait été l'objet, offrit sa démission, et demanda qu*une commission jugeât la conduite de Lecointre et de Bentabole. Thuriot essaya de réconcilier les deux partis; mais, en parlant des suspects mis en liberté, il exprima des sentiments qui blessèrent l'inflexibilité des Jacobins. On cria au modérantisme. Tallien et Dubois-Crancé, furieux de cette interruption, se levèrent : « Vous êtes des scélérats! s'écrièrent-ils, oui... vous! » Thuriot,
(1) Séance du club des Jacobins du 24 août (7 fructidor) 1794.