‹ Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800Chapitre 50 sur 119 · LIVRE XXÏH Hl · texte numérisé non relu

LIVRE XXÏH Hl

d'Hébert, Vincent et autres, personnages impliqués it94. dans la même affaire; d'avoir dissimulé à la Convention la lettre de Fouquier, relative à la demande de Danton et de ses coaccusés, qui réclamaient Taudilion de seize députés, et substitué à cette lettre un i*apport mensonger; d'avoir fait un choix parmi les jurés; d'avoir contrairement à la loi excité ces jurés contre les accusés; d'avoir ordonné la mise en juge^ment collective de personnes coupables de délits différents; d'avoir ordonné des jugements' eii masse et introduit dans les prisons des témoins provocateurs connus sous le nom de moutons; d'avoir déguisé la conduite et la cruauté de' Joseph Lebon; d'avoir'laissé pendant ^ati^e décades ignorer l'absence de Robespierre des comités et caché ses manœuvres ; d'avoir donné de l'emploi à des conspirateurs connus; de n'avoir pris aucune mesure de sûreté dans la nuit du 8 au 9 thermidor et laissé libres les principaux coniplices de Robespierre; de n'avoir dans 'la journée du 9 prid aucune mesure pour l'arrestation des coupables; d'avoir employé des contre-révolutionnaires et des hommes perdus, tels que d'Espagniac, Beaumarchais, Haller, etc.

Un député républicain. Goujon, interrompit Lecoîntre, qui voulait faire la lecture des pièces à l'appui de sa dénonciation. « Il faut savoir, dit Goujon, si la Convention adopte cette forme de procès fait à la tribune : pour moi j'avoue que mon cœur est navré de douleur quand je vois avec quel sang-froid Ton vient

i79i. semer ici la discorde. J^arrive d*une mission, je ne suis d'aucun parti, je puis parler avec sincérité. Vous avez passé hier à Tordre du jour à propos de la motion de Tallicn contre la terreur. Aujourd'hui on vous retrace les crimes dont Robespierre s'est rendu coupable pour les appliquer à plusieurs membres de cette assemblée. Mais ces chefs d'accusation sont rédigés d'une manière qu'ils attaquent moins les membres en particulier que la Convention entière. Oui, c'est la liberté qu'onaccuse, c'est à l'avilissement de la ConvcAtion nationale que l'on tend. Les ennemis de la chose publique ont choisi pour assassiner la Convention un homme faible, ignorant ou égoïste; je demande que la discussion cesse à l'instant. » Des cris de fureur s'élevèrent. Carrier s'écria avec rage: a Celui qui est à la tribune est un scélérat! »

11 ne pouvait en effet convenir ni au parti des accusateurs, ni au parti des accusés que la discussion cessât. Billaud-Varennes demanda hautement que tecoinlre administrât les pièces justificatives de sa dénonciation. Il traita ses adversaires d'intrigants, de gens corrompus, et les accusa de n'avoir d'autre but que de venger Danton. Cambon établit que les reproches qu'on adressait aux accusés s'appliquaient à la Convention. Il demanda l'ordre du jour, qui fut refusé. Vadier parut alors à la tribune, un pistolet à la main, menaçant de se tuer. On s'élança vers lui. Thuriot, quoique thermidorien, profita de ce mouvement pour faire une motion conciliante. Il de-

manda que, par un ordre du jour motive, la Conven- n94. tion déclarât qu^elle repoussait, avec une profonde indignation, Taccusation portée par Lecointre. Ce dernier passa pour Tinstrument des ressentiments de Fréron; et comme Lecointre, malgré ses ridicules, était un honnête homme, il ne pardonna pas aux Thermidoriens le rôle (ju^ils lui avaient fait jouer. 11 se sépara d'eux et devint Tobjet de leurs persécutions. La réalité est que les deux factions qui se disputaient si ardemment le pouvoir contenaient^ Tune et Tautre dans leur sein des hommes de sang et de rapines, et que les honnêtes gens de ces partis se trouvaient malgré eux mêlés à leurs intrigues et à leurs querelles.

Il y eut de l'agitation le soir aux Tuileries, au Pa- Agitauou lais-Royal et sur les places publiques. Le méconten- <Ja°*Pari^. tement était égal chez les accusés et chez les accusa- ^* décemvirs

" devant

teurs. Cependant les députés dénoncés ne se conten- la convention. tèrentpas de Tordre du jour qui les amnistiait. Ils se rendirent tous le lendemain à la Convention, où le peuple se porta en masse. Le prestige de ces hommes était encore considérable, et plus d'un représentant du peuple brigua l'honneur de leur parler et de s'offrir pour les défendre. Ces rois de la Terreur étaient l'objet d'une curiosité générale. On étudiait leurs visages meurtris et palis par les veilles, contractés par la longue pratique de la dissimulation et des résolutions terribles. Dans leurs yeux caves, dans leur maintien, on remarquait encore la hauteur et le dé-

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