LIVRE XXlïl
un modëré faisait grand bruit. Les membres du club 1794. sortaient peu à peu ; ils défilaient au milieu des Mascadms, qui les injuriaient et les frappaient. Le chant du Réreifdu peuple sù fit entendre; Legcndre arrivait, suivi d'utie foule d'hommes armés. La salle des Jacobins élait vide; on la ferma et on y mit les scellés. Elle n^ devait plus se rouvrir. L'année suivante, elle fût démolie et reftiplacée par un marché qu'on nomma N eu ('Thermidor. On accommoda contre les Jacobins une chanson faite jadis conire la reine, et Ton chanta dans les rues, sur Pair de la Carnnagnole : Les Jacobins avaient promis de faire égorger tout Paris. On illumina en signe d'allégresse. Quelques esprits plus sérieux 'virent dans la destruction des Jacobins un avant-coureur de la cliute de la Convention, qu'on flagornait pour mieux la perdre. Les chefs principaux furent néanmoins arrêtés, et des patrouilles parcoururent pendant plusieurs jours les environs du lieu où se tenaient les séances du club..
Ainsi finit cette société célèbre. En des circonstances terribles, elle avait été la force du gouvernement de la République, et elle avait contribué à sauver le pays; mais les crimeé de Carrier, de Fouquier- Tinville et de plusieurs autres de ses chefs la firent prendre en horreur. Sa raison d'être avait d'ailleurs cessé d'exister. Les Jacobins offrirent le spectacle, sans exemple, d'une société populaire professant des principes gouvernementaux, et les plaçant au-dessus des théories de liberté absolue, qui sont ordinaire-
Procès et condamnation
nsi menl le seul moyen de succès de ces assemblées. Il
y eut dans le lype jacobin quelque chose du prêtre et du militaire, type austère et nouveau parmi nous, qui fut le correctif de Tancienne légèreté française. Ce nom de Jacobin s'associa si profondément au nom français et à nos victoires du temps de la Révolution, que les peuples étrangers, longtemps après que la République avait cessé d'exister, criaient encore : « Au Jacobin ! » en voyant passer un soldat français. Pendant ce temps, le procès de Carrier s'instruisait. L'énumération des crimes dont on l'accusait ne serait que le sommaire des épouvantables événements dont on a déjà lu le récit. Carrier se défendit avec une de Carrier, certaine habileté ; néanmoins l'horreur qu'il inspirait l'accablait. Avant sa mise en accusation il ne s'était même pas senti l'énergie de prendre la fuite. Sa défense ne manquait pas de côtés spécieux, mais les incidents de cette audience suprême, qui se prolongea jusqu'au milieu de la nuit, achevèrent de le perdre. Tous les accusés impliqués dans ce grand procès se tournèrent contre lui. Us n'avaient, disaient-ils, fait qu'obéir aux ordres que Carrier leur avait donnés. Ces hommes qui avaient mitraillé, égorgé, noyé une multitude de malheureux parmi lesquels se trouvaient des femmes, des vieillards, des enfants, donnèrent des marques d'une sensibilité extraordinaire. L'un d'eux, nommé Ggllon, interrompit l'avocat de l'accusé Goullin et s'écria : c< C'est mon ami, c'est un honnête. homme, je le connais de-