‹ Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800Chapitre 55 sur 119 · LIVRE XXIII · texte numérisé non relu

LIVRE XXIII

puis neuf ans; il a élevé mes enfanls ; tuez-moi, mais 1794. sauvez-le! » A ces mots, tous les accusés se mirent à sangloter. 11 était minuit et demi, la parole fut donnée à Carrier, a Ne sait-on pas, dit-il, que dans les^ guerres civiles les répressions les plus violentes sont exercées? Or exista-t-il jamais une guerre civile où le parti révolté ait exercé autant d'horreurs, de cruautés, de meurtres et de massacres que dans la Vendée? » Il fit alors le récit de ces horreurs. Il exprima de la manière la plus forte Timpression que dut produire sur les républicains envoyés en Vendée le spectacle de leurs frères cloués vivants au tronc des arbres ou aux portes des fermes. Partout des restes mutilés avec des raffinements de barbarie épouvantables frappaient leurs regards. Il parla ensuite de la situation de Nantes, de la faiblesse de sa garnison , des brigands qui se soulevaient dans les prisons et conspiraient avec les royalistes de la ville. <c Faut-il s'étonner actuellement, dit-il, si tant de périls d'une part, tant d'atrocités de l'autre, ont fait outrer les- mesures? Et voudrait-on juger froidement aujourd'hui, le compas de l'opinion publique changée à la main, ce qu'on a fait Tannée passée au milieu des orages, lorsque devant l'image delà patrie ensanglantée, on ne pouvait, on ne devait avoir pour règle, pour mesure et pour loi que le salut du peuple. » Il parla jusqu'à quatre heures et demie du matin. c< Fatigué, exténué, dit-il avec une certaine dignité, je m'en rapporte à la justice des jurés. Je

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1704. demande tout ce qui peut être demandé pour mes coaccusés; je demande, si la justice nationale doit peser sur quelqu'un, qu'elle pèse sur moi seul.» Le tribunal condanma Carrier, Moreau, Grandmaison et Pinard, à la peine de mort, acquitta les vingt-neuf aulres accusés tout en les reconnaissant coupables des mêmes crimes, mais les ay^nt commis sans intentions, criminelles et contre-révolutionnaires. Les Muscadins in$ullèrent le jury; et la Convention,^ cédant aux instances de Lecointre (de Versailles), ordonna un nouveau jugement des accusés mis en liberté, l'accélération du procès de Fouquier-Tinvillc et le renouvellement du tribunal révolutionnaire. Carrier fut conduit à Téchafaud au milieu d'une foule immense. Les malédictians du peuple le poursuivirent jusqu'au lieu du supplice. 11 mourut avec courage.

La pente de la réaction thermidorienne fut plus rapide que ne Tavait été celle de la Terreur. En même temps qu'on poursuivait les membres des anciens Comités et les représentants en mission, un décret obligea quiconque avait par ses fonctions touché aux deniers de TÉtat de produire ses comples. Or, comme la coalition avaft nécessité l'emploi immédiatde toutes les ressources dont on pouvait disposer pour les appliquer aux armées et à la police, il en résultait que nul fonctionnaire n'était à l'abri du reproche d'avoir détourné les fonds de leur destination régulière. On cherchait par tous les moyens possibles à

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