LIVRE XXÏII
déshonorer les Jacobins et à leur arracher ce qui ,7^4 leur restait de force morale dans le pays. Les Girondins détenus et les Girondins hors la loi offraient aux Thermidoriens un moyen d'accélérer le mouvement contre- révolutionnaire. Ils s'en saisirent. Tandis qu'on jugeait Carrier et ses complices, un des soixante-treize députés détenus pour leur protestation contre le 51 mai, Dulaure, écrivit à la Convention i a convention
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et demanda à passer en jugement. Quatre jours après, dans son sein
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o décembre (1 5 irimaire) , un des députes mis hors la ^,éputés détenus. loi, Lanjuinais, fit la même demande. Ces lettres furent renvoyés aux Comités, et le 8 décembre (18 frimaire), la Convention, sur le rapport de Merlin (de Douai), rappela dans son sein les soixante- treize députés détenus. La même mesure fut réclamée en faveur dequatre députés parmi lesquels figurait Thomas Payne. I^a loi qui éloignait les ex-nobles (1) de Paris et autres lieux désignés fut considérablement adoucie. Les uns, comme Cambacérès, proposaient Tamnistie pour les délits relatifs à la Révolution. Les autres, comme Grégoire et Baraillon, réclamaient la même indulgence à l'égard des prêtres détenus.
Rentrés dans le sein de la Convention, les soixantetreize députés girondins suspects cédèrent à un sentiment très naturel en provoquant le rappel des vingt et un Girondins mis hors la loi. Mais les Comités furent effrayés de la rapidité même du mouvement
(1) Loi du 16 avril (27 germinal) 1794, sur la police générale.
1794. qu'ils avaienl favorisé- « Voulez-vous donc faire dire que vous n'avez fermé la porte des Jacobins que pour ouvrir celle du temple? » S'écria Merlin (de Douai), dans le rapport qu'il fit sur cette question. Il proposa de repousser la proposition, tout en décrétant que les Girondins proscrits ne seraient point inquiétés. Legendre parla dans le même sens. Il se souvenait sans doute qu'il avait jadis contribué à la proscription de ces mêmes hommes. Leur retour ne pouvait être indifférent à quiconque avait voté leur mise hors la loi. Un député, Guyomard, proposa d'envoyer les coupables à l'échafaud et de rappeler les innocents. Après de vifs débats, Rewbell, qui présidait, prononça l'adoption des conclusions de Merlin (de Douai).
Cette faijïle résistance ne fit qu'irriter les royalistes et les Thermidoriens. La jeunesse dorée, maîtresse absolue des sections, enhardie par ses succès contre les Jacobins, prenait fait et cause pour les questions qu'agitait la Convention, comme le faisait jadis la société jacobine. On incarcéra Duhem, qui, dans un écrit intitulé le Spectateur de la Révolution ^ avait déclaréque le royalismeet l'aristocratie triomphaient. Les attroupements, les rixes, la multiplicité des brochures attestaient le trouble profond des esprits. L'émeute régnait en permanence ; on faisait alors la chasse aux Jacobins, comme on faisait autrefois la chasse aux loups. Ces parties s'organisaient dans les cafés du Palais-Royal. Au parterre des théâtres, les partis se retrouvaient en présence, se reconnaissaient