‹ Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800Chapitre 58 sur 119 · LIVRE XXllI · texte numérisé non relu

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niers partisans de la Terreur. Le froid et la disette 1795,

sévissaient avec une rigueur Qxtrônie. On s'attroupait autour de la Convention. Des députa tions des départements se présentaient à la barre et pour tout discours s'écriaient: « Du jpain ! •» Presque chaqœ jour, dans les trois premiers mois de 1 795, ces scènes se renou»velèrent. La foule était immense à la porte des bou«langei's. A la distribution du charbon une femme fût étouffée: Bientôt ces émeutes 'de la famine alhient prendre un' caractère politique. Le 1" germiriât (20 liiars), les émeuliers jetèrent quelques muscadins dans le babsin des Tuileries, enveloppèr*éïit la Convention et poussèrent pour la première fois le cri : a La Constitution de 1793 et du pain! » La jeu^ nesse dorée eï les sections dispersèrent cette émeute. Sur la proposition de Sieyès, la Convention vota une loi de grande police contre les attroupements. Mais l'irritation dès classes populaires fut poussée au suprême degré par les nouveaux incidents auxquels donna lieu le nouveau plan d'extermination des Jacobins par le pattj vainqueur.

On sait que l'accusation portée par Legendre contre Billaud-V&rennes, Collot-d'Herbois, Barrera et Vadtcr devait être* Tobjet d'un rapport. Ce 1 apport, impatiemment attendu, fut présenté par Saladin, membre de la commission des vingt et un, dans la séance , , ..

o ' Arrestation

de la Convention du 2 terminal. Legendre obtint ^«

, . Billaud-Varennes,

l'arrestation "provisoire des trois accusés présents, qui rouot-dHerbois, furent amenés à la barre par la force armée. Vadier et vadier.

STait pris la fuite. Ses complices entendirent la lecture du volumineux rapport dirigé contre eux. L'attaque et la défense se prolongèrent pendant pi usieurs jours. Les accusés essayèrent de se disculper en invoquant les circonstances exceptionnelles au milieu desquelles ils s'étaient trouvés placés, et ils s'efforcèrent de rendre la Convention solidaire de leur conduite en rappelant le texte de ses propres lois. Ils chargèrent aussi la mémoire de Bobespierre, Saint-Just et Couthon, accusation facile puisqu'elle s'adressait à -des morts. Robert Lindet, Prieur (de la Côte-d'Or) et Carnot prirent la défense de leurs collègues. Es énumérèrent les gigantesques travaux de l'ancien Comité de salut public, firent l'éloge du parti républicain, soutinrent que chacun n'était responsable que de ses actes, et s'efforcèrent de sauver leurs anciens collègues en rejetant les crimes accomplis sur ceux qui n'avaient plus à en rendre compte qu'à Dieu. Billaud- Varennes déclara quç.si les intrigants et les voleurs devaient triompher, il préférait se tuer. Barrère déclara qu'il avait dû donner plus de deux mille signatures pour des décrets qu'il n'avait pas eu le temps matériel de lire et sur des matières qui lui élaienl étrangères. Il s'eflbrça d'élablir qu'il ne pouvait y j avoir de différence entre les représentants du peuple ] appelés aux Comités et ceux qui n'en faisaient pu ' partie.

Les hommes qui avaient demandé^ ravant le rappel des Girondin'

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rent le moment venu de renouveler leur proposition.

Elle se produisit aussitôt après l'arrestation des trois

décemvirs et fut vivement appuyée par M. J. Ghcnier.

Un homme qui par une brochure célèbre sur le tiers

état avait des premiers contribué au déchaînement de

la Révolution, Tabbé Sieyès, reparut dans ce débat.

Depuis cinq années il avait assisté au spectacle de tant

d'événements sans y prendre part autrement que par

un vote muet. Soit qu'il eût trouvé plus conforme à

son génie de se renfermer dans ce rôle d'observateur,

soit qu'il fît partie de cette classe d'hommes dont le

cœur avait maigri par la terreur, Sieyès s'était enfoui

dans les rangs les plus épais du centre; on l'y avait

oublié. Il rappela au monde qu'il existait en publiant

sa propre apologie et en reprenant la parole. Sa voix,

lorsqu'il reparut à la tribune, sembla partir des rives

d'un autre monde. La Révolution avait, dans ses actes

comme dans ses théories, méprisé la marche du

temps. En cinq ans elle avait englouti cinq généra-

tionsd'hommes politiques. Sieyèsdéclara que, puisque

le règne des lois allait refleurir, il reprendrait la

parole. Il traita de factieux et d'insensés les hommes

^'evant lesquels il tremblait jadis et divisa en deux

<îatégories toute l'histoire conventionnelle, « depuis

'Ouverture de l'Assemblée jusqu'au 51 mai, oppres-

^ïonde la Convention par le peuple trompé; après le

^1 mai jusqu'au 10 thermidor, oppression du peu-

Pliî par la Convention asservie. » Ces paroles prou-

^^ient non-seulement que le passé n'était déjà plus

Sieyès reparaît

à la tribune.

Sou discours en

faveur

des Girondins

proscrits.

179:;. qu'un songe, mais encore que le présent allait s'évanouir avec une rapidité qui tenait du prestige. Sieyès ajouta en qffet : cf Je désirerais^ par un sentiment de ppnvenance qi,ie je crois dignQ:(}e VAssenablée, qu'on ne se çqntjenlât pas de porter uniment et froidement . ^ un décret prdinaire : il me semble quç,; dans une sorte de considérant au décrej,,, ou, ^i Vqn aime mieux, dans une lettre du président, on pourrait jeter quelques mots propres à /aire sentir que, si depuis le 9 thermidor nous avons pafu balancer. à rappeler nos collègues, c'est par des considérations auxquelles qous savons qu'ils veulent eux-mêmes.rendre hommage. Nqus avons présumé iqu'ik ont, consenti yolontaiiîement à cette prolongation de leur honorable exil., » Les Thermidoriens, qui la plupart avaient coopéré à l'insurre^ction du 31 mai, se, courbèrent ^U3 la parole de Sieyès et votèrent la condamnation de leur propre conduite. Quelques Montagnards protestèrent seuls, jEjt iparpj^i eux Ganjbon, contre cette . anAulatipn de t]7<:]tv$ux. immenses et .de sacçrifices qui avaient sauvé la patrie. . j,

Lps proscrits attendaient horsde l'enceinte de l'Assemblée. Ils entrèrept, et l'pi^. reconnut le visage d'Isnard, de Larivière, de Louvet, de Lareveillère- Lepeaux, de Doulcet de Pontécoulant. Ghénier exprima un regret à la mémoire de Vergïiiaud et de Condorcet. La majorité était encore une fois déplacée. Thuriot, Lecointre (de Versailles) et quelques autres, qui depuis thermidor s'étaient montrés implacables

envers le parti des Comités, passèrent à gauche. L'un itu?. des plus ardents réacteurs, Bourdon (de TOise), dénonça, au contraire, Pache et Bouchotle comme auteurs de la journée du 31 mai; Dumont (du Calvados) dénonça Garât. Tous trois furent déférés à Texamen du Comité de sûreté général(^. Il n'y avait plus que des accusés et des accusateurs. Un député ol3SCur, Boudin^essaya d'arrêter le iBouvement en demandant une loi d'amnistie pour tous les délits politiques relatifs à la Révolution, excepté le délit d'émigration; on le'traita de rêveur.

Cependant' les séances de la Convention devenaient de jour en jour plus tumultueuses; les tribunes étaient envahies par des citoyens qui chantaient le Réiml du pektple. Au dehors, dés groupes affamés, parmi lesquels se mêlaient un grand nombre de femmeSy^'dehiandaient.du pain, et criaient : c< Â bas la Conveintibn 1 » H fellut prendre une détermination : on imagiha^de traiter Parisiconrtme uh' navire en détresse. Boissy-d'Anglas proposa de décréter que les habitants seraient mis à la ration, et que chaque individu recevrait jtine livre de pain. Romme demanda que la ratioà/des ouvriers fût portéejà une livre et demie, ce quiifutdécréléi Le peuple s'indigna de cette mesure^. Il surnomma Boissy-d'^Anglas Bomy-Famîw^. Le décret n^en fut pas moins mis à exécution . Aussitôt un grand nombre de femmes s'attroupèrent au sond'une cloche et demandèrent à enlrer en masse dans le sein de la Convention ; on en admit une vingtaine à la

1795. barre. L'une d'elles prit la parole et dit : « Nous venons vous demander du pain; ce matin on n'a voulu nous en donner qu'une demi-livre. » Le président essaya de les attendrir sur les malheurs de la patrie; mais elles répondirent obstinément : « Du pain! du pain! « Boissy-d'Anglas promit que, .dans le cas où la distribution ne pourrait être faite à l'heure ordinaire, on y suppléerait par du riz et du biscuit (1). Cette promesse n'apaisa pas les femmes; elles allèrent porter l'agitation dans leurs sections. Le 1 1 germinal, une députation de la section des Quinze-Vingts demanda la mise en liberté des patriotes détenus et la Constitution de 1793. La grande tribune de gauche appuya Torateur par de violents applaudissements. Le lendemain, le mouvement éclata dans toute sa force.

Journée Dès le matin, le faubourg Saint- Antoine, le Marais

et la Cité s'attroupèrent. Ces masses enveloppèrent la Convention. Les Comités du gouvernement firent sonner le tocsin au pavillon de l'Horloge, qu'on nommait alors pavillon de l'Unité, et battre la générale. Les femmes affluaient et prêtaient à l'émeute un caractère particulier. Quand la garde nationale vint au secours de l'Assemblée, ce furent les femmes qui la tinrent en échec, l'accablant d'injures et de menaces. On avait, ce jour-là, réduit de moitié la distribution du pain. L'aigullon de la faim excitait la fureur des

(l) Séance de la Convention du 27 mars (7 germinal) 1795.

du 12 germinal.

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