‹ Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800Chapitre 59 sur 119 · LIVRE XXIll · texte numérisé non relu

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uns; le vin, la colère des autres; la plupart étaient i^ss. armés de bâtons. L'Assemblée était en séance. Boissyd'Anglas lisait un rapport sur les subsistances, quand rémeute, enfonçant les portes et culbutant les gardes, lc peuple envahit se rua dans la salle en criant : c< Du pain! du pain! *^ convention. et la Constitution de 1 793! » La T.onvention répondit à ces clameurs séditieuses par le cri de : « Vive la République! » Legendre voulut parler, on étouffa sa voix. Merlin (de Thionvillc) se jeta dans la foule, serrant dans ses bras les émeutiers, les conjurant de se calmer. Quelques députés lui disant de rester à sa place : « Ma place, répondit-il noblement, est au milieu du peuple. » Cependant de nouveaux flots d'hommes, de femmes et d'enftmts, s'engouffraient dans la^alle de la Convention en criant : c< Du pain! » Un tumulte assourdissant empêchait d'entendre la voix du président et des pétitionnaires. On étouffait. Trois députés de la Montagne, Gaston, Duroi et Huguet, essayent d'apaiser la foule, tout en cherchant à tirer parti du mouvement. c< Ceci n'ost point une insurrection, dit Huguet, le peuple veut la liberté des patriotes détenus, la Constitution de \ 793 et du pain. Peuple, n'abandonne pas tes droits. » L'orateur de rémeute, Vanech, qui le 51 mai commandait la section de la Cité, parvint à se faire entendre. La foule fit un moment silence : « Représentants, dit-il, vous voyez devant vous, les hommes du 14 juillet, du 10 août et encore du 31 mai. Ils ont juré de vivre libres ou de mourir, et ils maintiendront la Consli-

1795. tution de 1793 et la Déclaration des droits. Il esl temps que la classe indigente ne soit plus victime de Tégoïsme des riches et de la cupidité des marchands. Mettez un terme à vos divisions, elles déchirent la pîitrie, et la pairie ne doit point souffrir de vos haines. Faites-nous donc justice de Tarmée de Fréj[K)n, de ces messieurs à bâtons. Les hommes, qui le 44 juillet ont détruit la Bastille, ne pensaient pas que par la suile on en élèverait mille autres pour incarcérer les patriotes. » A chaque phrase, les paroles de Torateur étaient couvertes par les applau* dissements de la foule et des députés de Textrême gauche. L'orateur de Témeute parla pendant quelques instants encore, adjurant « la sainte Montagne » de ne pas abandonner le peuple en ce moment de crise. Mais bientôt le bruit domina et sa voix se perdit dans le tumulte. Les députations se succédaient rapidement à la barre, et la plupart* d'entre elles tenaient un langage analogue àcelui de Duhem.Le président de TAssemblée, interpellé de toute» parts, ne pouvait obtenir qu'on laissât la Convention délibérer. Des femmes mêlaient leurs cris furieux à ce tumulte auquel se mariait la voix du tocsin. En vertu de la loi martiale, les Comités armaient les sections, et la Montagne Voyait avec effroi le temps fuir sans que le riiouvement assurât son triomphe par un décret. Bientôt, en effet, Témeute s'écoula et les sections dégagèrent l'Assemblée. On reprit la lecture du rapport de Boissy-d'Anglas sur les subsistances, et, mal-

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