‹ Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800Chapitre 6 sur 119 · LIVRE XXI · texte numérisé non relu

LIVRE XXI

frégates. Le Comité de salut public résolut de sauver 1794. à tout prix le convoi. Jean-Bon Saint- André partit pour Brest. Une armée navale fut improvisée et com- Jean-Bon-saimposée en partie de jeunes hommes qui n'avaient pas improvise encore navigué. On nomma contre-amiral et chef ^^' '^'J^'''''' d'escadnelecapitaineVillaret-Joyeuse. L'escadre, composée de trente vaisseaux, sortit de Brest le 20 mai (18 prairial). Jean-Bon-Saint-André montait levaisseau amiral. L'Anglais se croyait si sûr du succès, que les capitaines des navires de commerce que l'amiral Venstabel prit en route lui disaient : « Vous nous prenez en détail, mais Tamiral Howe vous prendra en gros. » Au bout de neuf jours, Villaret-Joyeuse aperçut la flotte anglaise. Une exaltation extraordinaire régnait à bord de nos navires. La première journée se passa en manœuvres. L'escadre devait d'ailleurs ne se battre que pour défendre le convoi. Mais Jean- Bon-Saint-André prit sur lui de donner l'ordre du combat. Un de nos vaisseaux, le Révolutionnaire^ manœuvra mal, se trouva engagé à l'entrée de la nuit par plusieurs vaisseaux anglais, eut son capitaine tué, fut désemparé.

La nuit se passa en observation. Dès le matin, l'amiral anglais manœuvra de manière à inquiéter notre arrière-garde. Le mouvement de l'escadre française pour s'y opposer amena un engagement. Une manœuvre trop tardive laissa le Tyrannicide et Vindomptable^ qui étaient à l'arrière-garde, aux prises avec des forces considérables. Vainement Villaret-

1794. Joyeuse donnait-il Tordre de virer pour dégager ses deux vaisseaux. Le vaisseau de tête ne bougeait pas. L*amiral se plaça en tête de ligne, et, suivi de son armée, il fondit sur Tarmée anglaise. Nous perdîmes ainsi l'avantage du vent, mais V Indomptable et le Tyrannicide furent dégagés. Nos canons firent, pendant huit heures, un feu terrible. L'ennemi, surpris, en desordre, força de voiles et nous laissa le champ de bataille. Là devait passer le convoi attendu. L'escadre anglaise continuait de nous observer. Dans la brume apparaissaient des ombres de navires manœuvrant d'une manière suspecte. Notre escadre tint habilement la bordée du large, entraînant ainsi insensiblement l'ennemi vers le nord. Le brouillard continua le H et le 12. Dans la nuit, nos vigies aperçurent vers le soir l'escadre anglaise qui courait sur nous. Sa ligne était de vingt-quatre vaisseaux; le lendemain on en compta vingt-huit, puis trente-quatre, dont huit à trois ponts, et un même nombre d'officiers généraux. Nous n'avions que trois vaisseaux à trois ponts et trois officiers généraux, en tout vingt-six vaisseaux. Malgré cette inégalité de force, il fallait, pour sauver le convoi, accepter le combat. Le feu commença le 13 à neuf heures du matin. Nos marins avaient plus d'héroïsme que de méthode. Bientôt les deux flottes disparurent dans la fumée. Le combat fut terrible, acharné. Le vaisseau le Vengeur fut tellement criblé, qu'il menaçait de sombrer. L'ennemi criait à l'équipage de se rendre. Mais nos marins réunis sur le pont hissèrent

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