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tous les pavillons, et, poussant le cri de : Vive la Repu- rm. bliquci! Vive la France I se laissèrent couler au fond de rOcéan. Les blessés sur les autres navires se consolaient de mourir pourvu qu'on fît danser la Carmagnole aux Anglais. Pendant cette lutte héroïque, le convoi passait silencieusement à vingt-cinq lieues au sud, sur le champ de bataille encore couvert des débris de la journée du 10.
L'Anglais cessa le feu le premier. Quand la fumée se fut dissipée, on s'aperçut que Tavant-garde française avait plié, ce qui Tempêcha de s'élever dans le vent et de couvrir les vaisseaux désemparés des deux nations. Villaret-Joyeuse rallia son avant-garde et mit en panne. Nous avions Tarmée anglaise au vent à nous. Nous ne pouvions que l'attendre. Mais elle ne vint pas ; elle était hors d'état de tenir la mer. L'amiral Howe n'en déclara pas moins qu'il nous avait mis en fuite. Nos marins demandaient un nouveau combat. Jean-Bon-Saint-André refusa. Le but de la campagne était accompli. L'escadre rentra couverte de gloire, donnant la chasse à douze vaisseaux frais qui croisaient devant Penmarck. Notre marine d'un jour avait débuté par un de ces coups d'éclat qui immortalisent un peuple.
Ces succès militaires retardaient la chute de Robespierre et du groupe d'hommes qui, avec lui, passaient pour imprimer la direction suprême au gouverne- fonSrSl ment et poussaient leur chef à la dictature. Celui-ci s'absenter
^ ^ ^ du Comité de salut
continuait de se tenir à l'écart du Comité de salut pubuc.
iTM. public et n'apparaissait qu'an club des Jacobins, oày avec un parti pris violent de ressaisir la terrible autorité morale de la Terreur, il lançait chaque jour contre les indulgents ces vagues accusations qui causaient à ses adversaires le frisson de Téchafaud. Au moyen du bureau de police du Comité, bureau créé par lui et à la tête duquel il avait placé son compatriote Hermann, il continuait de faire espionner les députés qu'il voulait perdre. De leur côté, ses ennemis ourdissaient contre lui un complot qui fut conduit avec autant d'art que de vigueur. Les principaux conjurés, Billaud- Varennes, Ruamps, Laurent, l^iccointre (de Versailles) , Fréron , Barras, Legendre, Thuriot, Bourdon (de l'Oise), Courtois, Garnier (de l'Aube), Rovère, Tallien, Thirion, Guffroy, etc., avaient des réunions secrètes. Le complot commença dès le 3 prairial (24 mai). Lorsqu'un représentant revenait de mission, les conjurés cherchaient à en faire un complice. Ingrand étant revenu à Paris : « VavoirRuamps, lui dit Billaud-Varennes, il t'apprendra des choses fort graves qui se passent ici. » Ruamps parla ; Ingrand épouvanté répliqua : « Si vous attaquez Robespiei re, vous perdez la République. » Ce n'était pas, on le pense, au sein des comités que se tramaient ces complots; tantôt on se réunissait à Passy chez Tancien fermier général Dupin ; tantôt à la petite maison que Barrère possédait à Clichy. Vadier, Amar et Vouland étaient presque toujours de ces réunions où figuraient aussi des femmes
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galantes célèbres alors, la Demahy, la Bonnefoi et au- nm. Ires. Cesl là qu'au milieu des plaisirs qui rappelaient les mauvaises mœurs du temps de Louis XV, ils taillaient, selon l'expression de Barrère, de Touvrage au intrigues tribunal révolutionnaire. Là fut ourdie la trame de Barrèref Amar, l'intrigue qui devait, par le ridicule et la calomnie, vadierenouian!. préparer la chute d'un homme incomplet en politique, imprudences implacable, entaché de fanatisme et d'utopie, mais robespiemstes. qui, par la pureté de ses mœurs, par sa probité, par ses facultés gouvernementales mêmes, fut certainement supérieur aux hommes qui devaient le renvei^ser. Si Robespierre prêtait peu le flanc à la calomnie, il comptait, parmi les hommes qui le poussaient à la dictature, des amis dangereux et moins inattaquables. Son frère aimait les plaisirs de la vie. Hanriot, général de la garde nationale, était un ivrogne. Il allait souvent avec une partie de son état-major dîner à Maisons-Âlforti chez un ami de Robespierre, nommé Deschamps. Ils couraient à cheval, à bride abattue, quatre de front sur la route. Il en résulta des accidents; deux personnes furent blessées. Quoique Robespierre n'eût jamais mis les pieds à Maisons-Âlfort, on fît courir le bruit qu'il était de ces parties. Il avait été parrain d'un enfant de Deschamps, et pris pour commère une vieille femme du nom de Rosalie. Les calomniateurs trouvèrent piquant de faire de cette vieille femme et de la Deschamps deux galantes beautés. Robespierre jeune fréquentait, lorsqu'il revenait de mission, une maison de jeu tenue par une
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HISTOIRE DE SOIX.LNTE ANS
Uapporl <rKlio Lacoste
sur la Conspiration de Vétranger.
dame Saint-Âmaranthe et ses deux filles. L'une dVJles avait épousé M. de Sartines, fils du ministre de la police sous Louis XY. La mère et les filles étaient fort belles el Irès-royalistes. Saint-Just fit arrêter les Saint-Amaranthe et Sartines le 10 germinal. Les comités tirèrent parti de cette affaire; ils ne dirent point lequel des deux Robespierre hantait la maison des Saint-Amaranthe. Une explication eut lieu entre les deux frères. Maximilien Robespierre se tint sur ses gardes; Vadier essaya de pénétrer sa pensée, Robespierre parut indifférent. Mais en même temps, il trouva moyen de faire étendre les attributions du bureau de police, sur lequel il exerçait une influence suprême. Ce bureau fut investi, par le Comité de salut public, du droit de traduire les prisonniers au tribunal révolutionnaire, et d'interroger les suspects qu'on envoyait des départemenfe à Paris.
On ne faisait à Robespierre ces apparentes concessions que pour mieux lui masquer la conspiration dans laquelle on l'enveloppait. Le bureau de police fit main basse sur d'obscurs galériens entassés à fiicétre; en même temps, le Comité de sûreté générale dressa l'acte d'accusation des assassins de Robespierre et de Collot-d'Herbois. Élie Lacoste, instrument du Comité, se chargea du rapport et, pour ajouter une certaine solennité à l'affaire, conseilla de lui donner la désignation de Conspiratian de rétrmigei\ On supposa que le baron de Batz, qui avait jadis tenté de sauver la reine et qui était en fuite, avait été chargé par