‹ Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800Chapitre 61 sur 119 · LIVRE XXÏII · texte numérisé non relu

LIVRE XXÏII

Carrier, qu'augmenter Thorreur du passé. Ce procès ri9:>. colossal traîna six semaines. Trente accusés furent impliqués dans cette affaire; la moitié fut acquittée, le reste condamné à mort. Parmi ces derniers figuraient Hermann, Nicolas, Renaudin, Vilate, Boyenval, juges, jufés, espions de ce tribunal terrible, qui condamnait en masse, sans témoins, sans pièces, sous prétexte de complots organisés dans les prisons, les victimes que les factions victorieuses lui désignaient. Quatre cent dix-neuf témoins vinrent, comme dans le procès de Carrier, apporter leurs épisodes à la sombre légende du tribunal révolutionnaire. Les condamnés répondirent à Tarrêt qui les frappait par des cris injurieux. Leur attitude prouva qu'ils s'étaient moins considérés comme des hommes chargés de rendre la justice que comme des instruments politiques. Hermann lança un livre à la face du président; d'autres s'écrièrent qu'ils mouraient pour avoir trop aimé leur patrie, et que leurs juges les rejoindraient bientôt dans la tombe. Fouquier-Tinville avait écrit un long Mémoire pour sa justification. Décidé d'abord à rejeter la responsabilité de ses actes sur Robespierre, il changea de tactique en voyant le mouvement changer. Les espérances qu'il pouvait fonder sur Barrère, Billaud-Varennes, Collot-d'Herl>ois et Vadier, s' évanouissant avec leur proscription, il prit le parti d'expliquer franchement sa conduite. Il déclara qu'il n'avait eu des rapports qu'avec les Comités : il s'étonna d'être condamné. Ces hommes.

li!î HISTOIRE DE SOIXANTE ANS

ncii. souillés de tant de crimes, marchèrent d'ailleui's à Téeliafaud avec un indomptable courage et un profond mépris pour la multitude qui les injuriait.

Cependant le désarmement des terroristes et l'organisation de la nouvelle garde nationale se faisaient avec une extrême lenteur. Les muscadins, qui auraient dû former cette garde nationale, répugnaient h s*y incorporer. On remarqua même qii'ik disparaissaient des lieux publics depuis que le mouvement populaire avait recommencé. La famine augmentait d'intensité. Les émigrés rentraient en niasse et affluaient vers les centres où ils pouvaient compter sûr un bon accueil. Ils rentraient avec la pensée de lâ vengeance, et ajoutaient à toutes tes seiïiences * de guerre civile le levain de leurs passions. Parmi ces causes, qui amenèrent la journée de prairial, il faut placer en première ligne la faiblesse du gouvernement, le peu de respect qu'il inspirait, son manque d'autoritémorale et administrative. Il était débordé par le royalisme, sans autre principe qu'un libéralisme vague, doctrine de circonstance dont les Thermidoriens s'étaient fait une arme, et dont les royalistes cherchaient à s'emparer.

Les nouvelles des départements devenaient chaque jour plus alarmantes : à Rouen une émeute assaillit la maison commune au cri de : Vive le roi ! A Lyon on parlait du retour de Mounier, de Dumas; l'ex-commandantdela révolte de Lyon, Précy, était, disait-on, à la frontière et recrutait des partisans. On faisait

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