‹ Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800Chapitre 63 sur 119 · LIVRE XXllI J · texte numérisé non relu

LIVRE XXllI J

sans résistance. L*unc de ces bandes, le visage noirci, nos. les vêtements contrefaits, marcha sur Tarascon, se porta sur la maison d'arrêt, força la garde, égorgea les prisonniers, et lança leurs cadavres par-dessus les murailles dans le Rhône qui baigne les murs du fort; les pieds sanglants, ils dansèrent ensuite la farandole. Les massacres du fort Jean, à Marseille, Massacre furent dirigés par Robin. Les compagnons de Jésus ^^^ prisonnier étaient depuis plusieurs jours maîtres du fort et foitsaim-jcin. exerçaient mille vexations contre les prisonniers. Le 2 juin, à midi, Robin mit des sentinelles sur les toits et dans les corridors; aussitôt des coups de fusil et des coups de pistolet retentirent. Le massacre commençait. Les grenadiers, qui gardaient la prison, ayant voulu s'y opposer, furent traités de terroristes et de buveurs de sang. Le représentant Cadroy leur arracha des mains ceux des assassins qu'ils venaient de faire prisonniers. Les massacreurs buvaient de l'eau-de-vie et chantaient : « La victoire est à nous ! » Barricadés dans leurs cachots, les prisonniers résistaient. Les assassins les assiégeaient les uns après les autres. Des scènes horribles se passaient ensuite : • lorsqu'une'porte résistait, on y mettait le feu ; contre lune d'elles, on employa le canon. L'égorgement finit.à dix heures du soir. Les juges de paix Richard, Cameau et Rebec vinrent le lendemain tracer le procès-verbal du crime. Ils trouvèrent un grand nombre de cadavres étendus, défigurés, méconnaissables; le long de la route, les cadavres étaient à demi brûlés. IV. 10

146 HISTOIRE DE SOIXANTE AiNS

iTUo. Quelques hommes respiraient encore, et leur témoignage est acquis à Thistoire. Après le meurtre, quelques royalistes vinrent se repaître du spectacle du carnage : ils insultèrent les prisonniers qui survivaient. Le royaliste Bouvat dit en présence de la garde bourgeoise : c< Nous aurons bientôt un roi, et les fleurs de lis sont gravées dans mon cœur. » Il se tourna vers le détenu Fassy et ajouta : « J*ai dans une boîte une oreille de ta femme; si tu veux*, je te la montrerai. »

Un second massacre eut lieu peu de temps après au fort deTarascon : dans la nuit du 2 au 3 messidor, on entendit des cris aigus et plaintifs qui partaient du fort. Des bandes d'égorgeurs avaient désarmé la garde, les prisonniers barricadés appelaient au secours; on vint trop tôt d^abord et trop tard ensuite. Vingt-trois personnes, dont deux femmes, furent tuées. Un troisième massacre eut lieu; soixantequinze prisonniers périrent. Ils furent précipités du haut de la tour de Tarascon et broyés sur des rochers; de nombreux spectateurs applaudissaient à chaque chute d'un corps. Dans un second massacre, qui eut lieu à Aix, les enfants du Soleil tuèrent quarantedeux détenus : une fempie serrait son enfant contre son sein, on le lui arracha et on la mit en pièces. jouinrcs Ces atrocités, dont le récit parvenait à Paris, se

de prainai. joignaient aux excitations de la misère; il y eut une piociomaiiou émcutc Ic 12 floréal ; la disette en fut la cause. Le 20 floréal on ne distribua que deux onces de pain

lies insurgi's

Page 1