‹ Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800Chapitre 68 sur 119 · LIVRE XXIll · texte numérisé non relu

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s'apaisa un moment. Tout à coup le cri : « Aux ar- i^^• mes! » retentit à la porte. Un bataillon traversa aussitôt la Convention au cri de : c< Vive la République!» Un combat à coups de fusil et à la baïonnette s'engagea près de la porte entièrement brisée. Le président s'était couvert. La Convention assistait immobile et silencieuse à ce combat. La garde fut culbutée. Le jeune Féraud se jeta héroïquement en avant, et, découvrant sa poitrine : c< Tuez-moi, si vous voulez du sang ! s'écria-t^il, vous n'entrerez dans la salle qu'après avoir marché sur moi ! » Il se jeta sur le sol en travers de la porte. La multitude le foula aux pieds. Une foule de femmes et d'hommes armés de piques, de sabres et de fusils envahit la Convention. Les hommes portaient sur leurs chapeaux ces mots écrits en grosses lettres : « Du pain et la Constitution de 93. » En un moment, cette foule couvrit les bancs, repoussant les députés. Le jeune Mailly ayant voulu arracher le chapeau d'un des insurgés, un coup de fusil partit et vingt sabres furent levés. Le flot des^issaillants avait rejeté Féraud au pied de la tribune. En proie à un inexprimable désespoir, ce noble et infortuné jeune homme se frappait la tête, s'arrachait les cheveux. Plusieurs insurgés ayant couché en joue le président, Féraud s'élança héroïquement à la tribune pour le couvrir de sa poitrine. Un des insurgés le retint par son habit, mais un officier ayant écarté cet homme du poing, celui-ci, pour '^^^""^• s'en venger, lui tira un coup de pistolet. La balle

Meurtre du d«^piitt''

1795. atteignit Féraud , qui tomba , et sur lequel les insurgés se jetèrent, plus semblables à une bande de loups qu*à des hommes. Ils Taccablèrent de coups et traînèrent cette chose sanglante et sans forme dans le couloir, où le bruit courut aussitôt que le cadavre était celui de Fréron. Là, un misérable du nom de Boucher lui coupa la tête, un autre, nommé Quinet, la planta au bout d*une pique et vint présenter au président de la Convention ce hideux trophée. La multitude rit et applaudit à cet horrible spectacle. Boissy-d*Anglas demeura impassible et fier. En ce moment, il n*eût tenu qu'aux insurgés de massacrer la Convention tout entière. Elle montrait le poing au président et criait : c< Du pain ! Du pain ! Coquin, qu'as-tu fait de noire argent? » Un canonniér, entouré d'hommes arniés, lisait le plan d'insurrection. Des cris, des injures, des roulements de tambours accompagnent cette lecture. Rulh et quelques députés de la gauche essayent de ramener le silence et de parler au peuple, a Allez-vous-en tous, répliqua un insurgé, c'est nous qui allons former la Convention. » Ces motions tumultueuses se prolongèrent pendant plusieurs heures. Un peu d'ordre s'établit au milieu de cette anarchie. Les montagnards se rassemblèrent autour du bureau et de la tribune. Romme prit la présidence. On essaya alors de formuler en décrets les vœux des insurgés. Le vote se faisait en levant les chapeaux. On vota ainsi la mise en liberté des patriotes incarcérés depuis le 9 ther-

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midor, Je rappel des députés arrêlés à la suite du 12 1795. germinal, Tabolition du décret sur le désarmement des terroristes. Bourbotle demanda Tarrestation des journalistes. Un député réclama Tabolition de la peine ^e mort. La foule répondit par un non! énergique. Duquesnoi fit voter le remplacement du Comité de sûreté générale. Ce comité fut remplacé par une commission extraordinaire composée de Duquesnoi, Prieur (de la Marne), Bourbotte et Duroi. Legendre et Delecloy se présentèrent au même instant à la tribune. Ils venaient au nom du Comité de sûreté générale inviter la Convention à rester ferme et le peuple à se retirer. On les hua. Soubrany eut un pressentiment du péril qui menaçait T insurrection. Il invita la commission à se réunir immédiatement et à prendre des mesures.

Le Comité de sûreté générale n*était pas resté in- marche au secouis

, , de la Convention.

actif. Pendant que Témeute délibérait, Legendre, Barras etKervelegan couraient aux sections hostiles à la révolution et les groupaient sous les ordres de Delmas, investi du commandement de la force armée. A onze heures, la Convention fut enveloppée. Quand la commission extraordinaire voulut, vers minuit, sortir pour délibérer, elle se heurta contre un détachement qui franchissait le seuil de la Convention, et à la tête duquel se trouvaient Legendre, Âuguis, Kervelegan, Chénier et Bergouin. « As-tu Tordre du président d'entrer dans la Convention ? » dit Prieur (de la Marne) à Raffet, qui commandait le

La force urmi>e

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i7Uo. bataillon de la bulte des Moulins. « Je n'ai pas de compte à te rendre » répliqua Raffet. « A moi ! Sans- Culottes, à moi ! » s'écria Prieur en se tournant vers la gauche. La force armée croisa aussitôt la baïonnette. Le pas de charge résonna. On cria : c< Vive la Convention ! A bas les Jacobins ! » Les révoltés prirent la fuite. Une poignée d'entre eux revint à la , charge. Les députés de la gauche crièrent victoire. Mais au même moment de nouveaux bataillons arrivèrent sur plusieurs colonnes. Les révoltés ne cherchèrent plus qu'à s'échapper par les tribunes, les dc^i'u i3oi^ié ' fenêtres et les portes. La majorité rentra en triom- - phe, cassa les décrets de la révolte et ordonna, sur

Nouveaux efforts * ^ ^ ^ ^

de rinsurrcciioii. la propositiou dc ïhibaudeau, l'arrestation de Rom-

me, Prieur (de Ja Marne), Bourbotte, Duroi, Soubrany, Rulh, Duquesnoy, Goujon, Peyssard, Albitte aîné, Lecarpentier, Borie, Pinet, Fayau. Dans cette liste, chacun désigna sa victime. La moitié de la Convention eût condamné l'autre dans l'entraînement de la colère; mais quelques esprits plus équitables s'interposèrent. 11 fut décidé que la Convention à l'avenir délibérerait en costume et armée. A deux heures du matin, l'émeute avait été refoulée dans les faubourgs. Le rappel résonnait encore dans les rues étroites de la cité. Mais bientôt ce dernier bruit cessa. Paris dormait. La Convention suspendit sa séance. Il était trois heures trois quarts du matin.

Vers huit heures, le tocsin sonna de nouveau. Le peuple n'était point calmé et ne se regardait pas

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comme vaincu. En apprenant Tarrcslalion de ses 1795. chefs, sa fureur se ranima. Le bruit sinistre de la générale retentit dans les faubourgs. Les sections révoltées s'assemblèrent à l'Hôtel de Ville et essayé-

rent de constituer un comité insurrectionnel. La majorité des sections n'envoya pas de commissaires à la Commune et perdit ainsi l'occasion de donner à l'insurrection l'autorité et l'unité de commandement nécessaires pour assurer le succès. En se retirant, les colonnes insurgées rencontrèrent les bataillons conventionnels. Ceux-ci furent tellement effrayés de l'attitude des insurgés, qu'ils battirent en retraite jusqu'au Carrousel. Les insurges les poursuivirent et rangèrent leurs canons en batterie devant la Convention, qui siégeait, on le sait, dans le palais des Tuileries. En ce moment, un canonnier qui eût mis le feu à sa pièce décidait du sort de la Convention, Les bataillons de la butte des Moulins et de la section Lepelletier demandèrent à parlementer. Un temps considérable s'écoula dans l'échange des propositions d'arrangement. Nul accord ne fut possible et, à sept heures, on se disposait i\ combattre, quand les canonniers de la Convention passèrent avec leurs pièces du côté des insurgés.

La Convention avait employé la journée à rendre des décrets contre les Montagnards. A cincj heures, elle décréta le bris des cloches et leur fonte en canons, réservant la plus volumineuse pour le palais National, où, d'après la loi du V^ germinal, elle

riISTOlRE DE SOIXANTE ANS

La Convention

envoie

une députation

aux insurges.

devait servir à sonner le tocsin. Elle poursuivit tout autre signe de ralliement que la cocarde nationale. La victoire, dont la Convention se croyait certaine, était en ce moment sur le point de lui échapper. Informée de ce qui^se passait au Carrousel, elle attendit la mort en silence. « La nature nous a tous condamnés à la mort, dit Legendre, un peu plus tôt, un peu plus tard, qu'importe ! » Sur Tavis de Delmas, qui commandait la force armée, il fut enfin décidé que la Convention enverrait aux insurgés une députation de dix membres, afin d'éviter l'effusion du sang. La députation promit de faire droit aux demandes des insurgés, et la Convention décréta qu'il serait adressé une proclamation au peuple pour 1 mssurersur les subsistances, et lui promettre que les lois organiques de la Constitution de 1 793 seraient présentées le quintidi 25 prairial.

La députation rentra suivie de six délégués de l'insurrection. Ces hommes réclamèrent hautement, au nom des faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marceau, la mise en liberté des patriotes, du pain et la Constitution de 93, et vengeance ^contre ceux qui faisaient distinction entre l'assignat et l'argent. « Le peuple, dit l'un d'eux, ami de la Convention et de l'humanité, est prêt à se retirer dans sa famille; mais aussi il est résolu à mourir au poste qu'il occupe en ce moment, plutôt que de se désister des réclaniations que je vous fais en son nom. Je ne crains rien, moi en particulier, ajouta l'orateur des

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