LIVRE XXI
Tétranger et par les émigrés d'organiser la contre- n»*, révolution. A ce plan général Taccusation rattachait les factions de Chabot, Fabre, Basire et Julien de Toulouse, des hébertistes, des dantonistes et des adorateurs de la Raison. Grâce à ce roman, il fut aisé de grouper dans une même accusation, T Admirai et la fille Renault, la femme Saint-Amaranthe et ses deux filles, son gendre Sartines, cinq municipaux : Michonis qui avait essayé de sauver la reine; Marino, ex-président de la commission, qui avait organisé les massacres de Lyon; Soulès, Froidure et Dangé. On remarquait encore parmi les prévenus: Sombreuil père et fils, Rohan-Rochefort, Laval-Montmorency, etc., des femmes de diverses conditions, depuis la femme d'Epremenil, Tactrice Grandmaison, jusqu'à une pauvre petite ouvrière de dix-sept ans, Nicolle, que l'agent chargé de l'arrêter trouva dans un grabat au septième étage, couchée sur un matelas et une paillasse, sans couchette, n'ayant pour mobilier que des haillons dans un panier d'osier, une table, une chaise, un tabouret. Voilà tout ce que possédait cette malheureuse victime, que rien dans les pièces ne présentait comme coupable ou suspecte. Son seul crime était de porter à manger à la Grandmaison. Avec une intention marquée, on associa des affiiires qui n'avaient entre elles aucune connexité.
La calomnie, qui déjà avait essayé d'aitteindre Robespierre, en lui attribuant les actes de son frère, n^épargna pas Saint-Just. On fit courir le bruit qu'il
iC IIÏSTOmE DE SOIXANTE ANS
1794. avait fait arrêter la Saiut-Amaranthe par ressentiment de n^avoir pu jouir d'elle. Mais Senart, qui s'exprime ainsi, ne dit même pas s'il s'agit de la mère ou de Tune des deux filles. Saint-Just était alors épris de la sœur de Lebas, qu'il devait épouser; et d'ailleurs Taustérité de ce jeune et fanatique tribun rendait peu probable une telle supposition.
Le nombre des prévenus s'éleva à cinquante-quatre. On affecta de les désigner sous le nom d'assassins de Robespierre, afin que l'odieux de cette épouvantable vengeance retombât sur lui. Vouland, Vadier et Louis (du Bas-Rhin) conduisirent cette sanglante intrigue. c< J'estime, dit le dernier, qu'il faut donner à cette affaire un certain éclat ; c'est de mettre la chemise rouge aux accusés; les plus petites choses conduisent aux grandes, les appareils font illusion, et par l'illusion on conduit le peuple. — Oui, répondit Vadier, mais il faut du réel, il faut du sang.» Louis (du Bas> Rhin) ajouta : a les poètes représenteïit le sage à l'abri d'un mur d'airain; élevons-en un de têtes entre nous et le peuple. » Que la chronique ait chargé ces discours de couleurs exagérées, il se peut; mais les faits parlent ici plus haut encore. Les cinquantequatre accusés comparurent le 17 juin (29 prairial) devant le tribunal révolutionnaire, furent condamnés en une seule séance et conduits immédiatement, dans le costume indiqué, au lieu du supplice. Le convoi mit un temps considérable à franchir la distance de la Conciergerie à la place de la Révolution. Tout fut