LIVRE XXI II iOo
unis à eux furent arrêtés. On cerna la maison où s'é- i7'Jo. tait réfugié Jean Qurnet, qui se tua en se jetant du haut du toit sur le pavé. L'insurrection de prairial était vaincue.
La Convention , une seconde fois victorieuse, nomma lcs Montagnani*
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une commission militaire qui lut chargée de juger une commission immédiatement Ruih, Romme, Goujon, Duquosnoy, n»'»^»rc. Duroi.Soubranv, Bourbotte, Pevssard, Forestier. Al- ^*^^"^^
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bitte et Prieur (de la Marne). Rulh se tua. Prieur et àiaconveniion Albitte passèrent la frontière. Cpllot-d'Herbois, Barrère, Billaud-Varennes et Vadier, furent traduits devant le tribunal criminel de la Charente-Inférieure. Vadier était en fuite, Billaud et Collot venaient d'être embarqués pour la Guyane. Barrèrc, pendant les lenteurs du procès, parvint aussi à s'évader. Paclie, Àudouin, Bouchotte, Daubigny, Clémence, Marchand, Héron et Hassenfratz, furent envoyés devant le tribunal d'Eure-et-Loire. On arrêta Jean-Bon Saint-André, Vouland, Jagot, Robert Lindet, Élie Lacoste, Lavicomlerie, Prieur (de la Côte-d'Or), Dubarran et Bernard (de Saintes). David, compris dans celte mesure, s'était échappé. Maure, Massieu et Bassal furent envoyés devant les comités. Maure se tua, Bassal fut absous. Parmi les représentants en mission et les anciens membres des comités, on arrêta encore Dartygoite, Pînet, Lacoste, Beaudot, Esme-Lavallée, Allard, Lejeune, Javogues, Pautrizel, Thirion, Laignelot, Charbonnier, Escudier, Salicetti, Ricord, Sergent et Panis. L'arrestation de ce dernier fut une véritable
vib scène d'agonie. Accusé par Marie, Bourdon, Legendre, Corenfustier, Auguis, Rovère et Garnier (de Saintes), le malheureux entrecoupait d'exclamations à la fois lamentables et bouffonnes les discours de ses accusateurs. « Point de barbarie, mes collègues... » s'écriait-il. Gomme Bourdon le traitait de conspirateur : «Moi! moi! ah! mon Dieu!... messieurs, messieurs, collègues, un instant!... Je suis digne d'être votre collègue, mon cœur est pur...» En même temps qu'il cherchait à échappera la mort, il défendait son ami Laignelot. « Je demande, dit Auguis, la morl de Laignelot et celle de Panis. » — c< Moi, mon ami! » s^écria Panis terrifié. — «Point d'amitié avec le colporteur de la mort! » répliqua durement Auguis. On arrêta en outre dix mille citoyens obscurs. La gendarmerie fut désarmée, consignée et épurée. Une armée campa dans le jardin des Tuileries. Les tribunes de la Gonvention furent fermées aux femmes. On n'y entra qu'avec des permis. La commission militaire fonctionna dès le 5 prairial. Elle condamna et fit successivement exécuter le nègre Delorme et quelques comparses obscurs de l'insurrection, notamment Luc, boucher, accusé d'avoir coupé la tête de Féraud; un nombre -considérable de gendarmes. La peine de mort fut appliquée avec une légèreté qui rappelait les plus mauvais jours du tribunal révolutionnaire et des commissions de Lyon et de Nantes. Le nommé Jean-Nicolas Hennequin fut condamné à mort parce qu'il était violem-
IJVRE XXIII
ment soupçonné d'avoir porté au bout d'une pique la tête de Féraud. Les Conventionnels qu'on avait enfermés au château du Taureau, près de Morlaix, comparurent devant la commission militaire le 24 prairial. Fia commission refusa d'entendre la lecture de leur défense.. Us prétendirent que le Moniteur avait rendu un compte inexact de la séance et relevèrent en effet des erreurs. Ils déclarèrent qu'ils avaient agi en représentants du peuple, que le président (Vernier) les avait engagés à descendre au pied de la tribune. La défense de Goujon et celle de Romme sont connues. Le premier déclarait qu'il n'avait agi que dans le but de remettre l'autorité entre les mains de la Convention. Il voulut confier sa cause à Laujuinais, qui ne répondit point à cet appel. Dans sa lettre, Goujon rappelait qu'il n'avait jamais voté l'arrestation d'un seul de ses collègues. Dans une lettre touchante qu'il adressa durant sa captivité à sa mère, à sa femme et à son frère, ce jeune député, qui n'avait que vingt-neuf ans, disait : a J'ai vécu pour la liberté, j'ai toujours fait ce que j'ai cru bon, juste et utile à ma patrie. »I1 sentait bien qu'on ne lui pardonnerait pas. Sa lettre à sa famille fut un dernier adieu : « Mère, veille sur tous! écrivit-il; femme ne m'oublie pas, et ramène mon souvenir dans la mémoire de notre enfant; enfants, soyez bons et compatissants ! ami, je n'ai rien à te dire, tu me remplaces, adieu. Nous nous retrouverons, nous nous reverrons, la vie ne peut finir
Condamnation
de Rommc,
Souhrany,
Bourbotte, etc.
]m IIISTOIUE DE SOIXANTE ANS
17%. ainsi... Vivez en paix dans robscurité; ne gémissez point sur moi; il vaut mieux mourir que d'avoir trahi sa patrie. » Romme parla aussi de sa vertueuse mère, de son épouse infortunée, veuve d'un défenseur mort dans la Vendée, de ses amis et de leurs verlus. « J'ai fait mon devoir, écrivit-il, mon corps est à la loi, mon âme reste indépendante et ne peut être flétrie. Mon dernier soupir, en quelque temps, en quelque lieu, de quelque manière que je le rende, sera : pour la République, une, indivisible, fondée sur la liberté et l'égalité. »
Chaque accusé, amené séparément entre deux grenadiers qui portaient le sabre nu, était confronté avec les témoins. Romme paraissait concentré; sa laideur terrible s'ennoblissait par la pensée de la mort. Duroy rappela que, dans sa mission du Calvados, il n'avait jamais fait verser une goutte de sang. Duquesnoy, quoique épuisé par une maladie qui lui avait dénudé le crâne, conserva son indomptable énergie. Bourbotte, qu'on nommait rAchille^de la Vendée, se montra envers ceux qui l'envoyaient à la mort poli, gracieux, et joua avec sa tabatière comme eût pu le faire un gentilhomme du temps de Louis XV. Goujon embarrassa lés témoins par son sang-froid et par les contradictions dans lesquelles il les fît tomber. Soubrany et Peyssard montrèrent beaucoup de hauteur et de. fierté. Le jugement fut rendu le lendemain "29 prairial, an III. Romme, Duquesnoy, Soubrany, Duroy, Bourbotte, Goujon, s'entendirent condamner