‹ Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800Chapitre 72 sur 119 · LIVRE XXIII · texte numérisé non relu

LIVRE XXIII

à la peine de mort. Les autres furent réintégrés dans 1793. leur prison. Les condamnés conservèrent leur indomptable couragCc Goujon déposa sur le bureau son portrait et pria qu'on le fît passer à sa femme. Duquesnoy dit : « Je désire que mon sang soit le dernier sang innocent qui sera versé. » Bourbotte ajouta : a Mon dernier soupir sera pour ma patrie. » Us déposèrent leurs portefeuilles et leurs cartes de députés afin qu'on les remît à leurs familles. Les gendarmes les emmenèrent. Gomme ils descendaient l'escalier, Bourbotte dit soudain : c< Voilà comme un g^j^jj^ homme de courage sait terminer ses jours. » Le ^^«^^ condamnés. bruit sourd d'un corps qui tombe se fit entendre. Aussitôt un autre corps tomba et les gendarmes épouvantés virent leurs prisonniers rouler sur les marches de l'escalier. Avec deux couteaux et une vieille paire de ciseaux qu'ils se passèrent de mains en mains, ils se frappèrent successivement. Romme, Goujon et Duquesnoy étaient morts. Soubrany couvert de sang fut étendu presque inanimé dans la charrette. Bourbotte put s'asseoir, etDuroy, en traversant la cour, dit : « Les assassins jouissent de leur ouvrage. » Bourbotte mourut le dernier et parla au peuple jusque sous le couteau. De quelque façon qu'on apprécie la conduite de ces hommes, on ne saurait nier qu'ils crurent à quelque chose. Il y eut peu d'assistants à leur supplice. L'échafaud n'excitait même plus la curiosité publique. Le peuple, saturé du spectacle de la mort, ne se dérangeait même plus

1795. pour voir comment un acteur célèbre du drame de la Révolution quittait cette scène sanglante. Caractère Soixaute-seizc députés de la Montagne furent con-

des joiirnérs .

de prairial, damués à morts, déportés ou incarcérés par la réaction victorieuse. Les départements suivirent l'exemple de Paris, qui avait incarcéré dix mille hommes en cinq jours. Les prisons furent gorgées. En même temps les massacres du Midi prirent une nouvelle intensité. Soit que la Convention ne crût pas à la puissance du parti royaliste, soit que ces assassinats servissent ses vengeances, elle laissa le crime impuni. I^s thermidoriens méritèrent ainsi les reproches que rhistoire commence à leur adresser. Plus nous nous éloignerons de ces jours néfastes, plus la voix de la postérité sera sévère, parce qu'elle aura moins à craindre de ranimer des passions mal éteintes. Il lui sera impossible, en effet, de ne pas constater qu'à la tête du mouvement thermidorien marchaient des hommes pleins de sang et de rapines tels que Tallien et Rovère, des voluptueux comme Fréron et Barras. Et c'est d'abord un fait capital à signaler, que les thermidoriens victorieux employèrent contre les terroristes les mêmes moyens que ceux-ci avaient employés contre leurs adversaires. Ils entrèrent même plus avant que les terroristes dans ce Qeuve de sang, mais l'impression d'horreur qu'ils laissèrent ne fut pas aussi forte, parce que la vue du sang ne touchait plus et que, tout en agissant par la terreur, ils en proscrivaient le mot. I/opinion fut d'ailleurs d'une

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