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raux républicains tels que Marceau, Kleber et Hoche 1795. rappelaient les capitaines de Tanliquité dont Tart nous a légué le souvenir. Un coup de sabre avait imprimé à son front une large cicatrice, qui était comme le dernier trait et l'achèvement de cette face martiale. A vingt-quatre ans, Lazare Hoche, prolétaire, fils de parents indigents, neveu d'une pauvre fruitière de Versailles, simple sergent des gardes françaises en 1789, avait en 1793 commandé en chef l'armée de la Moselle. La France lui devait la délivrance de l'Alsace et le déblocus de Landau. Mais la jalousie de Pichegru, qui s'était emparé de l'esprit de Saint-Just, lui fit connaître presqu aussitôt que le pouvoir a ses amertumes et ses périls. Arrêté au moment où il allait prendre le commandement de l'armée des Alpes maritimes, il n'était sorti de prison qu'au 9 thermidor, et on lavait envoyé prendre le commandement en chef de l'armée de Brest et de Cherbourg. Son noble caractère avait horreur de la guerre civile. Il arriva triste, circonspect, mais nourri de l'étude des livres et de Tétude des hommes. Il n'ignorait pas que, quoi qu'il fît, sa conduite serait d'abord, à Paris, critiquée près des Comités par ses rivaux et par les eiuiemis seci^ets de la République. Mais il résolut de surmonter tous les xlégoûts, et, par un sage emploi de la clémence «t de la force, d'inaugurer en Vendée le rôle de conquérant pacificateur.
Il renonça d'abord au système des cantonnements.
i80 HISTOIRE DE SOIXAiNTE ANS
1795. A chaque pas qu'il fit dans ce pays si profondément miné par la guerre civile, il fit élever des camps re-
systcnie militoire trauchés oui garantissaient Tarmée contre toute suret politique ^ ^
de prise pendant les négociations. Les représentants du
peuple qui secondaient le général Hoche recherchèrent dans les prisons les parents des chefs vendéens et chouans, les rendirent à la liberté, obtinrent des entrevues avec ces chefs. Un jeune général républicain, Humbert, écrivit à Bois-Hardi, jeune chef de chouans et à Gormatin. Ce dernier espéra se créer, à la faveur des circonstances, un rôle indépendant de Puisa ye et du Comité central. Il se ppsa en médiateur auprès du général Hoche, tandis qu'il assurait aux chefs vendéens que son but, en acceptant les négociations, était de ramener Canclaux, ancien camarade de Puisaye, au parti royaliste et de se concerter avec Charette. Cormatin obtint une trêve et Tautorisation de voir tous les chefs chouans et vendéens. Hoche le fit prudemment accompagner par* Humbert.
Conférences Charcttc u'avait encore reçu aucune lettre du ré —
de la Jaubnayc. ¥i ^ • % i i • i* •. i
gent. 11 était a bout de ressources et mclmait vers II paix. Il consentit à se. rendre au château de la Jausnaye, à une lieue de Nantes. C'est là qu'était fixé rendez-vous des chefs vendéens et chouans ainsi qu^S3 des représentants de la République. II avait été se crètement convenu entre Cormatin et Charette qu< leur soumission serait simulée, et qu'on reprendrai-- ^ Toffensive dès que les secours de TAngleterre
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raient arrivés. Les négociateurs n*en firent pas moins 1795. leurs conditions. Elles étaient en grande partie inacc^eptables. Entre autres impossibilités, les chefs vendéens demandaient le rétablissement de Tancien Kiode administratif et des anciennes divisions territx)riales, l'exemption de Tinipôt pendant dix ans, Téloignement des armées républicaines.
Hoche accorda Texonération du service militaire pendant dix ans, deux millions pour Tacquiltement des bons signés des généraux vendéens, la liberté des cultes, une indemnité aux paysans ruinés par la guerre, la formation de gardes territoriales dans lesquelles il conçut le projet d'englober ceux des Vendéens et des chouans pour qui le métier des armes était devenu un besoin. La trêve devait expirer trois jours après, le 30 pluviôse (18 février). On demanda que Stofflet, qui n'était pas venu, fût appelé. Il arriva irrité, suivi d'un groupe considérable de ses principaux officiers. Les partisans de Stofflet, réunis en conciliabule, tirèrent l'épée et jurèrent de trancher la tête à quiconque parlerait de paix. Ceux de Charette et de Sapinaud opinèrent pour la paix. Une tente avait été dressée en vue de Nantes pour la signature des traités. Les représentants, Gharettc et Sapinaud, laissant leur escorte, s'y rendirent. Mais Stofflet monta à cheval et partit, suivi de ses partisans, puite de sioroet. au cri de vive le Roi ! Les chefs vendéens et bretons ^^^^^ firent leur soumission à la République et signèrent ^^ ^^it^^ le traités. Neuf jours après Charette fit son entrée à
1795. Nantes. Les représentants lui firent une réception solennelle. Les troupes, la garde nationale et la population raccueillirent avec une sorte d'enthousiasme mêlé de curiosité qui flattait son orgueil. Il arriva en costume de général vendéen, portant au chapeau le panache blanc et la cocarde tricolore. Cette réception ne contribua pas médiocrement à corroborer une calomnie qui circula sur ces entrefaites et qui accusait la Convention de pactiser secrètement avec les royalistes.
Stofflet avait déclaré Charette traître à la royauté. Il fit des efforts suprêmes pour reprendre Toffensive dans TAnjou. Il menaça de mort quiconque refuseserait de prendre les armes. Le garde -chasse de Maulevrier suivait dans cette circonstance comme dans toutes les autres les fatales inspirations de Tambitieux curé Dernier. La tentative échoua. Les représentants corrompirent à prix d'or ses principaux officiers. Nonobstant, les brigandages continuèrenten Bretagne. Cormatin, envieux de la réception faite à Charette, travaillait activement à la pacification et convoquait à la Prevalaye les chefs de la chouannerie. Hoche épiait cet allié suspect et parcourait le pays en butte aux reproches des amis de la paix et de ceux qui, au contraire, blâmaient la Convention de sa faiblesse. Mais rien ne pouvait abattre le courage du grand homme, enfoui dans un tissu d'intrigues sur un théâtre inférieur à son génie.
Pendant ce temps, Puisayc exposait à Pitt son plan
d'insurrection. On Tapprouva. Le ministre de la guerre promit une escadre, une armée, des finances, pourvu que nul émigré ne fût informé de l'expédition. Puisaye écrivit seulement au comte d'Artois pour lui demander des pouvoirs extraordinaires. Mais on garde mal le secret d'une affaire qui demande un si nombreux concours. IjCs émigrés accusèrent Puisaye de s'être vendu à l'Angleterre, s'étonnèrent qu'on n'eût pas consulté' Monsieur, et tandis qu'on appelait le comte d'Artois. Ils préféraient le secours de l'Espagne, dont les vaisseaux eussent transporté le régent des côtes d'Italie à celles de Bretagne. Les agents de Paris devaient, en même temps, profiter de la fausse pacification de la Vendée pour nouer des rapports avec les chefs vendéens et faire parvenir à Charette les lettres de Monsieur. On n'eût accepté des Anglais que leur argent, afin de les mieux trahir ensuite. Dans ce système déloyal il fallait endormir la Convention en continuant de lui donner toutes les assurances possibles d'une paix définitive en Bretagne et en Vendée.
Les émigrés et les agents de Paris vinrent ainsi en aide à Cormatin. Il avait eu beaucoup de peine à réunir les chefs des chouans, et les conférences de la Prevalaye furent plus orageuses encore que celle de la Jausnaye. La présence inattendue de deux envoyés de Puisaye, MM. de Tinteniac et de la Roberie, compliquèrent la situation. M. de la Roberie était un neveu de Charelte auquel il venait annoncer Texpé-
Conférf^nce^ de la Prevalaye.
Traité de paix
des chouans avec
la République.
Soumission de Stofflet.
1795. dition projetée par Puisaye. Tous deux apportaient de la poudre, de l'argent et n'avaient pu débarquer qu'après un engagement avec les troupes républicaines. Battus, ils s'étaient échappés. Us parlaient haut, reprochant à Cormatin son usurpation, voulant rompre les conférences et rallumer la guerre civile. Beauvais, général vendéen envoyé par Stofflet, les appuyait énergiquement. Cormatin résista. Il fit valoir les avantages de toute nature d'une paix apparente et fit, l'épée nue, le serment de recommencer la guerre dès que le moment serait venu.
Le 1*' floréal, les royalistes bretons se réunirent près de Bennes à la Mabilaye, comme on s'était réuni à la Jausnaye. fiCs chouans signèrent le traité de paix, et Cormatin entra triomphalement à Bennes parodiant jusqu'au bout Charette. Stofflet, abandonné, signa la soumission, et, en apparence, la Bretagne et la Vendée furent pacifiées. Elles étaient en réalité à la veille de reprendre les armes. Les chefs des chouans, pleins de mépris et de méfiance pour Cormatin, qu'on savait gorgé d'argent et d'assignats, écrivirent à Puisaye pour le dénoncer et déclarer qu'ils étaient prêts à prendre les armes. Charette avait en même temps reçu des enfants de Paris les lettres flatteuses du régent, qui oubliait la pacification, lui conférait le titre de lieutenant général et lui annonçait l'arrivée des secours de l'Espagne. Sûr d'un tel honneur, bercé de l'espoir d'un commandement suprême, Charette était prêt à la révolte. Hoche,
de son côté, pressentait le mouvement qui allait n9s. «îlater. II se méfiait des royalistes, suivait leurs démarches, et déclarait aux Comités de gouvernement ^ue la soumission des chefs bretons et vendéens n'était qu'une ruse destinée à tromper la vigilance de la République. Les pressentiments se réalisèrent hientôt. Ayant intercepté les dépêches de Cormatin aux chefs royalistes de la Bretagne, il y acquit la preuve du soulèvement projeté. Il fit arrêter à Rennes, le 6 prairial, un jour de marphé, Cormatin et ses affidés. Les chouans des Côtes-du-Nord et du Morbihan s'insurgèrent. Mais le chevalier Desilz et Bois- Hardi, leurs chefs, furent défaits et tués. Ce succès retarda la révolte. Sur ces entrefaites, Puisaye, ayant organisé son corps d'expédition, quittait les côtes de l'Angleterre.
Il partit à la fin de prairial. L'escadre que le cabi- Expédition
de Puisaye.
net de Londres avait mise à sa disposition était commandée par l'habile commodore Warren. Quelques régimentsd'émigrésà cocarde noire, qui étaient passés au service de l'Angleterre, constituèrent le premier noyau de l'expédition. L'Angleterre consentit à fournir en outre neuf régiments à cocarde blanche; mais on n'y put réunir qu'un petit nombre de Français, qui formèrent trois régiments incomplets, et un petit corps de quatre cents canonniers. Les officiers abondaient. On les envoya à Jersey en attendant qu'ils pussent organiser des régiments en France. Puisaye avait en outre cent chevaux, dix-sept mille uniformes
1795. d'infanterie, quatre mille de cavalerie, vingt -sept mille fusils, dix pièces de canon, six cents barils de poudre, dix mille louis d'or et trois milliards de faux assignats fabriqués avec Tautorisation des princes. L'évêque de Dol, un grand nombre de prêtres et de gentilshommes accompagnaient Puisaye. Le comte d'Hervilly était chargé par TAngleterre du commandement des troupes jusqu'au moment du débarquement. Le convoi était protégé par Tescadre de lord Bredport. Cette escadre rencontra celle de Villaret- Joyeuse, qui fut obligé de se jeter dans Lorient après avoir perdu trois vaisseaux.
L'expédition, fière de ce premier succès, se rapprocha de la côte. Après une vaine tentative sur Belle-Isle, elle mouilla le 7 messidor (25 juin) dans la baie de Quiberon. Les émigrés débarquèrent près de Carnac, poussèrent jusqu'à Âuray et recrutèrent environ dix mille paysans, qui furent amenés par Cadoudal, Dubois-Berthelot, Mercier et d'Allègre. On distribua des fusils et des habits rouges aux chouans que d'Hervilly et ses gentilshommes ne regardaient qu'avec dédain. Puisaye voulait qu'on poussât jusqu'à Retones et qu'on prît position derrière la ligne de Mayenne. D'Hervilly s'y opposa, ne voulant pas aller plus loin, afin de pouvoir, au besoin, se rapprocher de la flotte. Hoche forma aussitôt une colonne de cinq mille hommes à Vannes, une autre à Lorient, envoya un détachement sur la route de Ploërmel. Ces diverses troupes marchaient
sur Auray. Pour éviter leur rencontre, le comte 1795. d'Hervilly s'empara du fort Penthièvre, qui ferme rentrée de la presqu'île de Quiberon, où il réunit ses troupes en attendant des secours de Tintérieur, Avec quatorze mille hommes qu'il parvint à rassembler, Hoche bloqua l'ennemi. D'un autre côté, la petite armée des émigrés s'accrut de douze cents hommes à cocarde noire qui, débarquèrent, amenés par Sombreuil. Mais le dissentiment de Puisaye et de d'Hervilly avait fait perdre des jours précieux pendant lesquels Hoche avait dirigé le général Chabot entre Brest et Lorient, Aubert Dubayet sur Saint-Malo, Canclaux vers le Midi, pour observer Stofflet et Charette, et le général Lemoine vers Rennes, Ploërnnel et Vannes. H rassurait en même temps la Convention, qui venait de lui envoyer les représentants Tallien et Blad. Hoche n'avait pas besoin de conseils. H lui fallait des vivres et douze mille hommes.
D'Hervilly était un homme de guerre, impropre à une expédition de ce genre, ne voulant pas risquer ses troupes, n'ayant aucune confiance dans les chouans, et ne croyant pas qu'il fût possible de tirer un parti quelconque de pareils hommes. Il eût voulu se rembarquer et aborder en Vendée. Un navire envoyé à Londres par Puisaye devait rapporter une décision qui mît fin au désaccord qui régnait dans le commandement. Puisaye indiquait le meilleur moyen de traverser la difficulté : c'était d'envoyer le comte d'Artois; mais celui-ci, après avoir passé six semai-
188 HISTOffiE DE SOIXANTE ANS
1795. nés à rile-Dieu, s'était fait reconduire à Londres. En attendant, Puisa ye avait repris l'offensive* II débarqua un détachement près de Sorzeau, un autre près de Quimper. Ces colonnes, dirigées par deux chefs de chouans, devaient attaquer par derrière le camp du général Hoche, tandis qu'il Taborderait de front et à revers par Carnac. Ce plan, où Ton reconnaissait Tesprit ingénieux et persévérant de Puisaye, avait en outre l'avantage de débarrasser la presqu'île, où vingt mille hommes étaient entassés sur une étroite langue de terre de deux lieues de longueur. Tinteniac, Georges Cadoudal, d'Allègre et Mercier emmenèrent quatre mille chouans, Jean-Jean et Lantivy trois mille. Us devaient se rejoindre à Baud le 26 messidor, et attaquer le 28 le camp de Sainte- Barbe. Le Comité de Paris fît avorter l'expédition. Il voulait s'emparer de Saint-Malo et de Saint-Brieuc, intriguos et ses émissaires, pailant au nom du roi, dirigèrent
et maladresses -, . , « • i • . .< i
du sur ces deux pomts les corps qui devaient attaquer le
^^"dfparir^^^ camp de Sainte-Barbe. Les chefs, après quelque résistance, cédèrent à cette injonction.
Dans la nuit du 27 au 28 messidor, Puisaye, qui ne savait rien de ce grave incident, envoya Vauban à Carnac. Là encore la fatalité se tourna contre lui. Les signaux de Vauban furent mal compris. Il prit terre, mais ne put tenir et dut se rembarquer. Puisaye, croyant à l'attaque simultanée de Vauban, de Tinteniac et de Lantivy, marcha, au point du jour, droit sur le camp de Sainte-Barbe. Loyal-émi-
grant formait ravaut-garde. Le duc de Lcvis et le 1795. chevalier de Saint-Pierre commandaient des chouans aguerris; d'Herviliy était à la tête de son régiment. Toutes les forces de Texpédition furent engagées. Mais elles furent littéralement écrasées par Tartillerie de Hoche. D'Herviliy fut frappe d'un biscaïen en pleine poitrine. Les secours attendus ne venaient pas. Le désordre se mit dans les rangs des émigrés. Puisaye ne put que battre en retraite dans la presqu'île, grâce au feu des chaloupes canonnières de Vauban et du Commodore Warren. Les pertes des émigrés furent considérables. Hoche lança en outre des détachements à la poursuitede Tinteniac, qui fut tué, et de Lantivy, dont la bande fut dispersée.
Enfermé dans la presqu'île de Quiberon, sous la protection du fort Penthièvre et dePescadre anglaise, Puisaye, qui avait déployé tant d'intelligence, de courage et d'activité dans cette malheureuse campagne, ne songeait plus qu'à se rembarquer. Hoche ne lui en donna pas le temps. Quelques prisonniers du fort lui indiquèrent le moyen de s'en emparer. Une poterne ouvrait sur un rocher, auquel on pouvait arriver en entrant dans la mer jusqu'à mi-corps. A minuit. Hoche fit avancer ses quatorze mille hommes sur la presqu'île. De fausses patrouilles en habit rouge les précédaient. Trois cents grenadiers, commandés par l'adjudant général Ménage, entraient en même temps dans la mer. Le ciel était noir. Le vent qui grondait, le mugissement des vagues, remplis-
1795. saient la nuit d'un favorable tumulte. Nul n'aperçut les grenadiers, qui s'accrochaient aux rochers et disparaissaient dans Técume des flots. Ceux qui
Prise périrent dans ce périlleux passage ne jetèrent pas un
du fort Penthièvrc • m- • i ^ *ii i - )
et défaite CH. Mais Ics pas des quatorze mille hommes qui s ades émigrés, yançaieut vers le fort troublèrent le sommeil des canonniersdu fort. Ils tirèrent quelques coups de c> non au hasard dans cette masse noire qui s'agitait. La lueur de la poudre éclaira l'armée républicaine. L'alarme fut donnée. Accablées par la mitraille, nos troupes, se croyant trahies, hésitèrent un moment, mais les premiers rayons du jour glissèrent sur l'Océan, et l'on aperçut le drapeau tricolore qui flottait au sommet du fort. Hoche rallie ses soldats, leur montre le drapeau de la République et s'élance à l'assaut. La presqu'île futenvahie. Les chouans fuyaient en désordre, n'écoulant plus la voix de leurs chefs, se jetant dans les flots et cherchant à gagner à la nage quelques barques de pêcheurs. Sombreuil, désespéré, s'indigne de ne point voir arriver l'escadre. ^*jugeil"nT^*^ Puisaye s'embarque sur un bateau pilote par une des royalistes jjjgj. affreusc. Il prévient le commodore Warren que
fur sa conduite. ^ ^ ^
le gros temps tenait éloigné. Les navires ne pouvaient serrer la côte d'assez près. Les chaloupes recueillirent une partie de ces malheureux, d'autres se tuèrent ou se noyèrent. 11 n'y eut point de capitulation. Les lois contre les émigrés n'en permettaient aucyne, et les accusations portées contre Hoche à ce sujet ne proviennent que d'une erreur ou d'unecalomnie du parti
royaliste. On accusa également Puisaye de ce désas- nos. tre, le disant vendu aux Anglais, dont le but était de faire périr, dans cette expédition, Télile des officiers de la marine française ; imputation également fausse. Ijes fautes de d'Hervilly, les intrigues du Comité de Paris, Tabsence du prince qui eût donné Télan aux populations royalistes et Tunilo au commandement, telles furent les causes réelles de la défaite de Quiberon. Le parti royaliste tout entier se déchaîna contre Puisaye. Sombreuil, fait prisonnier, l'accabla. On le traita de lâche parce qu'il avait cru devoir s'embarquer pour sauver des papiers qui eussent compromis son parti. Cet homme, qui ne manquait pas plus de courage que d'intelligence, ne recueillit qu'ingratitude pour le dévouement dont il avait déjà donné des preuves d'ailleurs dans l'expédition de Wimpfen. Telle est trop souvent la reconnaissance des princes et des partis. Dans les tentatives qu'il devait essayer plus tard en Bretagne pour rallumer la guerre, nul ne le suivit. Louis XVIII, devenu roi, ne lui permit pas de reparaître à la cour. II mourut oublié en Angleterre en 1827.
Sombreuil avait fait une résistance énergique. Quelques soldais républicains ayant crié : Rendezvous! il crut qu'il s'agissait d'une capitulation et s'avança pour parlementer. Mais le feu ne cessait pas. Hoche jouait sa tête. Il demeura inexorable. Quatre mille prisonniers restèrent entre ses mains. Sombreuil et Tévéque de Dol furent condamnés par une corn-
1795. mission militaire à être fusillés. L'expédition royaliste avaiteimenté l'uniondes Thermidoriens et des Girondins, La crainte les rendit inflexibles. Le parti républicain n'ignorait pas qu'il existait de nombreux royalistes dans la Convention. L'inertie du pouvoir, en présence des massacres du Midi, les récentes mesures de clémence à l'égard des émigrés, confirmaient cette opinion. Le Comité de salut public n'osa point faire grâce aux prisonniers. Tallien insista surtout pour leur condamnation. Mais le général Hoche favorisa l'évasion d'un grand nombre d'entre eux. Charctte, Stofflet et la plupart des chefs vendéens essayèrent de rallier les débris de leur parti, mais Hoche, nomméau commandement général de l'Ouest, avec une armée de cent mille hommes, tint en respect la flotte anglaise, qui ne put effectuer aucun débarquement. Le comte d'Artois quitta THe-Dieu et gagna Londres, regrettant peut-être son inaction. L'Angleterre ne retira d'autre fruit de cette expédition que la honte d'une nouvelle défaite et la haine injuste du parti royaliste, qui l'accusa d'avoir à dessein favorisé une tentative impossible.
sîtuauon Au momcut où l'Angleterre et le parti royaliste
des armées de lu «.i i*i)^i i/-\*i r i
République, vcuaicnt dc subir 1 échec de Quiberon, Jourdan se , "~. préparait à franchir le Rhin. Le système de la Ter-
Invasion r r J
de la Hollande reur, qui avait à l'intérieur coûté tant de sang et de larmes, eut du moins ce résultat d'improviser des ressources, des armées et des généraux. Hoche, Jourdan, Pichegru, Moreau, Rleber, Aubert-Dubayet,
Marceau , Joubert, choisis par Carnot et par le Comité 1795. de salut public, révélèrent dans Tarméece que la Révolution avait fait connaître dans la vie civile: c'est que Ton trouvera toujours dans les classes inférieures des trésors de génie quand on croira utile de les extraire. Alors commencèrent ces premiers essais de grande geurre dont Napoléon devait bientôt donner au monde l'étonnant spectacle. Quand le 9 thermidor mit fin au système de la Terreur, nous avions repris nos lignes de Wissembourg et nous étions victorieux aux Alpes et aux Pyrénées. Il y eut donc un moment d'hésitation dans les armées quand elles apprirent la mort de Robespierre et le renversement de son parti. Le jeune Bonaparte exprima un regret. Au siège de Toulon, il avait eu quelques relations avec le frère, de Robespierre. Albitte et Salicetd ne l'avaient pas oublié; Bonaparte fut arrêté à Nice, Mais il laissait un trop grand vide dans l'armée d'Italie pour qu'on ne lui rendît point la liberté.
Les armées de la République ne devaient pas rester longtemps inactives. Pichegru envahit la Hollande en même temps que l'armée des Pyrénées attaquait l'Espagne. L'invasion de la Hollande eut lieu pendant le rigoureux hiver de 1794 à 1795. Nos soldats, mal vêtus, sans souliers, franchirent la Meuse, qui était gelée, et culbutèrent les Hollandais. La prise d'Amsterdam et de la plupart des villes importantes nous livra les Provinces-Unies. La victoire des Français fut d ailleurs une cause de joie pour les patriotes bataves^ IV. 13
1 i HISTOIRE DE SOIXANTE ANS
17a j. qui se voyaient délivrés du régime oppresseur du slaihouder. Celui-ci dut prendre la fuite et gagner l'Angleterre. Pichegru n'avait voulu lui accorder ni trêve, ni conditions de paix, quoiqu'il proposât de s'engager à la neutralité et de payer les frais de la guerre. La Hollande eut ses états généraux à l'instar de la France, dont elle devint l'alliée, et se constitua en ré-
Trailé du 16 mai .
1795. publique. Un traité fut signé à Paris le 16 mai 1 795. Ce traité nous assurait la possession de Maëstricht et de Venloo, ainsi que la navigation du Rhin, de l'Escaut et de la Meuse, qui fut commune aux deux républiques alliées.
Moncey, pendant ce temps, avait chassé les Espagnols jusque dans la Vieille-Castille. Nos troupes occupaient Bilbao, Villa-Réal et Vittoria. Pérignon envahissait la Catalogne. L'Espagne fit des ouvertures dans le sens du traité de paix. La Prusse, comprenant de son côté les désavantages qui résulteraient pour elle d'une plus longue solidarité avec la politique de l'Autriche, fit également des propositions de paix. Des négociations commencèrent à Bâle. Mais la forme du pouvoir exécutif de la République française rendait ces négociations fort délicates et retardait leur marche. Le traité de paix avec la Prusse ne fut signé à Bâle que le 5 avril (16 germinal) 1 795. La question des limites du côté du Rhin fut réservée jusqu'à la pacification générale dont le roi de Prusse devenait le médiateur, du consentement de la République française. La diète confirma cette médiation. L'Autriche, irré-
F.IVRK XXIV 195
conciliable, parce que la victoire seule pouvait lui 1795. rendre les Pays-Bas» s'éleva contre les prétentions du roi de Prusse. Mais les petits neutres envisagèrent autrement une médiation dont ils espéraient le repos. La Toscane signa également la paix. Le Piémont, dont le comté de Nice et la Savoie s'étaient détachés, inclinait vers une solution pacifique. 11 en était de même du Saint-Siège. Ainsi la Prusse, le Danemark, la Suède, la Hollande, TEspagne, la Toscane se disposaient à reconnaître la République française. Dans cette situation, les armées françaises reprirent l'initiative. L'armée des Alpes, unie à Tarmée des Pyrénées, dont la présence n'était plus nécessaire en Espagne, envahit le Piémont et se répandit dans la péninsule italienne. Jourdan, de son côté, franchit le Rhin le 6 septembre (20 fructidor) à Erchel- jourdan camp, Dusseldorf et Neuwied, tandis que Pichegru sommait Manheim et s'en emparait sans effusion de sang, le 20 septembre. Les deux généraux français pouvaient se réunir dans le bassin du Mein et séparer Clerfayt et Wurmser.
Vaincus au dedans et au dehors, les ennemis de la ,^,...;^
' ( onstiiiitK>u
République française et le parti royaliste renouèrent <*« ''a» "'• le fil rompu de leurs intrigues et essayèrent d'agiter Paris à l'occasion de la Constitution de l'an III décrétée le 22 août 1795. La Convention avait fourni sa terrible carrière. Elle était lasse. I^a plupart des hommes qui venaient de traverser ces six années d'épreuves aspiraient à une reconstitution du pouvoir
1795. qui mît fin à la Révolulion. Les royalistes mettaient à profit ces dispositions. Ijes anciens suspects étaient maîtres des sections. Les républicains désarmés n*inspi raient plus de craintes sérieuses. Quoique la Convention eût promis aux insurgés de prairial la promulgation des lois organiques basées sur les principes de la Constitution de 1793, on pensa qu'il était préférable de préparer une nouvelle constitution. Une commission fut nommée. Elle se composa de onze membres : Cambacérès, Merlin (deDouai) , Sieyès, Thibaudeau, la Réveillère, Lesage (d'Eure-et-Loir), Boissy-d' Anglas, Creuzet-Latouche, Louvet (duLoiret), Bertier et Daunou. Quelques-uns de ces hommes étaient d'anciens Montagnards, d'autreis des Girondins, d'autres encore inclinaient vers la monarjchie. Quelques-uns en proposèrent, dit-on, le rétablissement; mais on se borna à modifier la forme du pouvoir exécutif, qui prit le nom de Directoire. Il y eut cinq directeurs. Le pouvoir législatif se divisa en deux chambres ou conseils. L'un prit le nom de conseil des Cinq-CentSj l'autre de conseil des Anciens, Ces dénominations équivalaient à celles de Chambre des députés, Corps législatif, sénat, Chambre des pairs. Le suffrage fut réduit à deux degrés. Les assemblées primaires nommèrent des électeurs, lesquels nommaient les Anciens et les Cinq-Cents, les membres des tribunaux, jurés et administrateurs de départements. Pour faire partie des assemblées primaires il fallait être citoyen français. La Constitution de
traDsitoire de la
constilutioQ do
l'an III.
l'an III n'accordait cette qualification qu'à ceux qui, 1795. outre les conditions d'âge, de naissance, justifiaient du payement d'une contribution directe, foncière ou personnelle. Le cens pour l'électeur était déterminé par la valeur locale d'un certain nombre de journées de travail. Les électeurs nommaient le conseil des Cinq-Cents et celui des Anciens, forts de deux cent cinquante membres. Il fallait avoir au moins trente ans pour faire partie du premier et quarante pour être élu membre du second. Ce dernier nommait les * directeurs proposés par les Cinq-Cents.
Telle fut en somme l'œuvre des Thermidoriens. Elle caractère a été diversement appréciée. Les uns la considèrent comme la meilleure et la plus sage des constitutions sorties de la Révolution; lesautres la regardent, au contraire, comme une œuvre sans but social déterminé, royaliste par les deux chambres, fédéraliste par le système électoral. Tels sont, en effet, les deux signes distinctifs de la Constitution de l'an III, dont le caractère transitoire se reconnaît à cette absence même de principes. La Constitution de l'an III marque une des phases de la lutte entamée depuis soixante-dix ans sur les ruines de l'ancienne société française entre le prolétariat et la classe moyenne. La Constitution de 1 793 marqua le triomphe du parti populaire ; celle de l'an m fut le signe du retour de la prédominance du parti bourgeois et du système monarchique réclamé de 1789 à 1791 . Nous reverrons plus d'une fois dans ces annales le retour de ces fortunes di-
1795. verses des deux classes que la Révolution française a émancipées.
Les directeurs eurent des attributions presque royales. Ils étaient responsables, mais non révocables. La force armée, les finances, Tadministration, la police, tout ce qui constitue le pouvoir suprême leur appartint. Ils nommèrent les ministres el les généraux. Au bout d*un an, un des cinq directeurs devait être remplacé, et tous les trois mois, Tun d'eux prenait les fonctions présidentielles. Leur traitement était considérable. Ils devaient habiter un palais, être entourés d'une garde. En dehors du matérialisme de cette constitution, où le souverain disparaissait derrière le censitaire, il y régnait une aspiration au retour de la légalité qui était le plus pressant besoin d'une époque fatiguée de coups d'État. Et pour mieux assurer dans l'avenir cette constitution, qui fut nonobstant aussi éphémère que ses sœurs, la Convention décréta que deux tiers de ses membres seraient soumis à la réélection et qu'un tiers seulement sortirait (1). Pour corriger l'esprit dictatorial de ces décrets, il fut arrêté qu'ils n'auraient force d'exécution qu'après avoir été sanctionnés par les assemblées primaires.
Méconientement Q^ dispositious méconteutèrcnt à la fois les révo-
des partis. ^
lutionnaires et les royalistes. Les premiers regret-
(1) Décrets de la Convention nationale des 5 et 15 fructidor (22 et 30 août 1795).
laient la Constitution de 1795, cl, voyant continuer nés. les arrestations, ils avaient peu de confiance dans l'avenir. On venait d'arrêter^ en effet, un nouveau groupe de Montagnards. Celte fois, Fouché n*échappa point. On l'accusait de malversations dans la perception des taxes révolutionnaires qu'il avait jadis frappées. Tallien et Legendre essayèrent vainement de le défendre contre les accusations des royalistes de l'Assemblée. Les Montagnards furent traités de brigands. Lesage (d'Eure-et-Loir) jurait qu'aucun n'échapperait. On arrêta, en même temps que Fouché, Lequinio,Lefliot, Bô, Laumann, Piorry, Dupin, Chaudron-Rousseau et Laplanche.
Quant aux royalistes, ils comprirent que les décrets des 5 et 13 fructidor étaient de la part des Thermidoriens un moyen préventif pour résister à l'entraînement de la réaction. En effet, la Convention, en maintenant dans les nouveaux conseils les deux tiers de ses membres, en fermait l'accès au parti royaliste. Le plan des agents de Paris, qui consistait à opérer la transformation du gouvernement par les conseils, se trouvait déjoué. Les royalistes et ceux des Girondins qui inclinaient vers la royauté, les émigrés qui afQuaient à Paris, se donnaient à peine le soin de dissimuler leurs projets. La presse soutenait ce mouvement, et les agitateurs de sections lui imprimaient cette violence qui est le présage ordinaire des insurrections. Ce n'est pas que le nom de la monarchie fftt articulé; loin de là. Mais on sait
1795. qu'en politique les mots prennent, selon les circonstances, une valeur et un sens de convention. Les agitateurs se bornaient à réclamer l'arrestation des terroristes. Or, il en restait bien peu, à moins qu'on n'en recherchât jusque dans les rangs des Thermidoriens. Séparés des soixante-treize Girondins, ne comptant que sur Daunou et Louvet, affaiblis, en cuire, par la défection de quelques anciens Montagnards tels que Rovère et Saladin, qui s'étaient vendus aux royalistes, les' Thermidoriens sentaient leur isolement. Legendre, Tallien et les principaux chefs de ce parti attaquèrent vivement les royalistes, demandèrent qu'on redoublât de vigilance contre les émigrés, et firent appel « aux vieux amis de la Révolution. »
Le jour fixé pour la réunion des assemblées primaires approchait. Il avait été fixé au 20 fructidor (6 septembre). La Constitution de l'an III devait être soumise à leur approbation ainsi que les décrets des 5 et 13 fructidor. Il fut aussi décrété que l'armée voterait la Constitution. Sanctionnés par l'acceptation du peuple et des armées, cette constitution et ces décrets allaient prendre un caractère qui ne laissait plus aux royalistes l'espoir d'en contester un jour le principe et la virtualité. Les Conventionnels résolurent également de faire procéder de suite aux élections, qui ne devaient avoir lieu qu'en prairial. D'où il résultait que la Convention allait déposer ses pouvoirs, que la Constitution, aussitôt acceptée, serait
mise en vigueur, et que le mouvement royaliste se 1795. trouvait arrêté net. Il s'agissait donc, pour les agitateurs de ce parti, de faire échouer la Constitution dans les assemblées primaires ou de fomenter une insurrection. Ils se répandirent dans les sections, déclamèrent contre la Convention, Taccusant de vouloir se perpétuer; flattant l'orgueil des électeurs, ils s'efforcèrent de démontrer que c'était porter atteinte à leurs droits que de les restreindre, qu'ils devaient en finir avec la Convention, voter la Constitution, rejeter les décrets des 5 et i 3 fructidor, et porter décrets
•^ . . . des 5 et 13
leurs choix sur qui bon leur semblerait, et non sur irucudor. les débris du ré«[ime de la Terreur. L'agent royaliste , ~ .
*-' n j j^gg sections
Lemaitre répandit un grand nombre de lettres dans ^^ Paris essayent ce sens. La Convention se borna à masser quelques u convention. troupes au camp des Sablons. Mais les sections royalistes s'émurent; elles se rendirent à la Convention comme le faisaient autrefois les sections révolutionnaires, et dans un langage insolent elles se plaignirent de celte marque de méfiance. « Sommes-nous assiégés? disaient-elles; les Parisiens ont-ils démérité de la nation? » La section Lepelletier fut la plus énergique. Elle ne tint aucun compte de la réponse à la fois ferme et modérée de la Convention. Elle publia un manifeste sur la souveraineté du peuple, parodiant un langage qui convenait mal à ses principes. Elle proposa en outre à chaque section de nommer un commissaire. La réunion de ces délégués eût ensuite formulé son opinion sur la Constitution
1795. et sur les deux décrets. Tel était du moins le prétexte de cette manœuvre bien connue et contre laquelle le pouvoir s'était armé depuis longtemps.
Le Comité central se forma. La Convention cassa Tarrêté, mais plusieurs sections cassèrent à leur tour le décret de la Convention. Les votes sur la Constitution et les décrets commencèrent. Exaltées par ces premiers actes d'audace, les sections, dominées par les royalistes, ne permirent pas aux patriotes de voter. A Texception de la section des Quinze-Vingts, toutes les sections de Paris votèrent en faveur de la Constitution et contre les décrets. L'ensemble des votes prouva que Paris était le repaire des factieux, car sur neuf cent cinquante-huit mille deux cent vingt-six votants, neuf cent quatorze mille huit cent cinquantetrois approuvèrent la Constitution , et une majorité considérable vota également l'admission des décrets des 5 et 13 fructidor. Les armées acclamèrent unanimement la Constitution. Ces nouvelles comblèrent de joie les patriotes et couvrirent de honte les sections de Paris. La Constitution de l'an III et les deux décrets furent solennellement proclamés lois d'État. La clôture des opérations des assemblées primaires fut fixée au 10 vendémiaire (2 octobre). Les électeurs devaient terminer le 29 et les conseils entrer en fonctions le 15 brumaire (6 novembre). La Convention, en avançant de dix jours l'époque des élections, voulut éviter qu'on l'accusât de chercher à se perpétuer. Les royalistQS et les modérés, qui tant de fois
avaient élevé la voix contre les fauteurs de désordres , 1795.
se disposèrent à F insurrection; ce qui prouve que les partis, sous des noms el des principes différents, se ressemblent par lés passions et ne répugnent nullement à remploi de la violence lorsqu'ils la croien t utile à leurs desseins. Les Muscadins se répandirent dans les sections, dans les rues et au Palais-Royal , vociférant : A bas les deux tiers I Quelques chouans appelés à Paris par les agents du Comité royaliste se -mêlèrent à l'émeute . Des coups de feu furent échangés. Un mouvement analogue eut lieu dans quelques villes de province. La fiorce armée dispersa les agitateurs, mais la section Lepelletier prit un arrêté par lequel, n'attendant point l'époque fixée, elle convoquait immédiatement les électeurs, déclarant que la prolongation jusqu'au 20 n'était qu^un moyen de capter les suffrages et de prolonger le gouvernement révolutionnaire. La réunion fut fixée pour le lendemain, H vendémiaire, au Théâtre- Français (Odéon).
Quelques sections approuvèrent cet arrêté ; mais la Convention le cassa, se déclara en permanence et décréta que les assemblées qui se réuniraient avant le 20 seraient déclarées traîtres envers la nation et poursuivies comme tels. Les électeurs, pendant ce temps, étaient déjà en séance sous la présidence du duc de Nivernais et sous la protection d'un détachement de gardes nationaux. Le décret fut lu, à la lueur des torches, par des officiers de police sur la
i"9^. place de l'Odéon. On raccueillit avec des sifflets et
les dragons de l'escorte furent balayés par la foule.
L*insurrection était résolue ; elle prit pour chef mi-
Les sections Htairc Ic général Danican. La nuit fut pleine de
prennent " ^
les armes, bruit ct de mouvemcnt. La Convention, presque déserte, donna Tordre au général Menou, général de l'armée de l'intérieur, de ftûre venir une partie des troupes du camp des Sablons. Les patriotes, oubliant leurs rancunes contre les Thermidoriens, se présentèrent en foule et demandèrent des armes pour défendre la Convention. On leur en distribua, et ils furent enrégimentée, au nombre de quinze à dix-huit ' cents, sous le nom de Bataillon de 1789. La section des Quinze-Vingts, la seule restée fidèle, et qui avait beaucoup souffert en prairial, suivit cet exemple. On donna pour chefs à ces volontaires des officiers mis en disponibilité par Aubry, qui avait succédé à Carnot dans l'administration et qui avait fait beaucoup de mécontents.
La section Lepelletier fit aussitôt circuler ce bruit calomnieux que la Convention voulait égorger les bonnêtes gens et ramener le régime de la Terreur, m sections de la Butte des Moulins, du Contrat social, de Brutus, du Théâtre-Français, du Luxembourg, de la rue Poissonnière et du Temple prennent les armes. Leurs tambours battent la générale dans les divers quartiers de Paris. La section Lepelletier se déclare en permanence ; cette fois la révolte est ouverte. La Convention, qui s'est, elle aussi, déclarée en perma-
nence, ordonne au général Menou d'envelopper la 1-95. section Lepelletier et de la désarmer. Menou, qui avait combattu pour le parti de Tordre en prairial, ^^onur*" ne se sentait pas aussi résolu en vendémiaire, obliffé au générai Menou
^ \ ^ " de désarmer
qu'il était de combattre contre des gens qui s'intitu- les factieux. laient parti de Tordre. Brave, mais irrésolu, il agit mollement, et ce fut seulement dans la soirée du 12 qu'il investit le quartier qui forme aujourd'hui la place de la Bourse et où se trouvait la section Lepelletier, Sept ou huit cents hommes gardaient le lieu des séances. Us n'avaient ni canons ni chevaux. Il eût été facile à Menou de les désarmer. Trois représentants avaient été nommés pour diriger la force armée. L'un d'eux, Laporte, accompagnait Menou. Ils laissèrent maladroitement les troupes dans l'étroit espace de la rue Yivienne et entrèrent dans le lieu des séances de la section. Les sectionnaires étaient armés. Menou les somma de déposerleurs armes. Ils s'y refusèrent énergiquement. Ce général eut la faiblesse de discuter et d'accepter une capitulation moyennant laquelle les sectionnaires consentaient à se retirer, pourvu que les troupes de la Convention opérassent également leur retraite. Menou céda et fit rétrograder ses troupes. Les sectionnaires méprisèrent les promesses faites à un tel adversaire et continuèrent leur séance. De sorte que Menou eut aux yeux de la population l'air d'un vaincu ; ce qui doubla le nombre et Taudace des insurgés.
Les patriotes, dont Menou n'a même pas voulu
t>0() HISTOIRE DE SOIXANTE ANS
1795. accepter le commandement, courent à la Convention
dénoncer ce qu'ils nomment une trahison. Quelques
convenlionnels demandèrent qu'on fusillât Menou.
arrestation Qu Tarrêta. Il fallait une main vigoureuse pour
deVonou.
-Nomination de prendre le commandement en de telles conjonctures. au On nomma Barras, qui avait plus d'extérieur que
^rS'de^ivmée ^^ caractèrc et de capacité, mais à qui le succès de ae Paris. la jouméo dc thcrmidor faisait une sorte de réputation pour de telles entreprises. Quelques députés, qui l'appréciaient à sa juste valeur, pensèrent qu'il ne serait pas inutile de lui désigner un adjoint. Le jeune commandant qui avait pris Toulon et qu'ils avaient connu dans le Midi, Bonaparte, était alors à Paris. Général de brigade, on l'avait arraché à ses succès de l'armée d'Italie. Son génie, qui se trahissait à chacun de ses actes et à chacune de ses paroles, excita la jalousie d'Aubry. 11 voulu* l'envoyer en Vendée, dans l'espoir qu'il s'y perdrait peut-être. Bonaparte refusa. On l'attacha quelque temps aux bureaux de la guerre. Mais Letourneur, qui succéda à Aubry, partageait ses préjugés contre le grand homme inconnu. Oublié, dans un étatiie gêne proche de la pauvreté, Bonaparte menait une existence retirée. De temps en temps il paraissait cependant dans le salon de madame Tallien, où il retrouvait Barras et Fréron, qu'il avait connus à Toulon. Mais comme l'impatience de ses vingt-cinq ans et le double aiguillon de son ambition et de son génie lui rendaient l'attente impossible, il songeait à partir pour Constan-
général Bonaparte
au
commandement
en second.
tinople, où il comptait offrir ses services au sultan, 1795. quand les événements de vendémiaire décidèrent de sa destinée.
On le proposa pour commandant en second à Bar- Bonaparte ras, qui Taccepta avec empressement. Il y eut un ^^-
' ^ / . ^ , «^ . Nomination
moment d'hésitation de la part du jeune officier gé- du
néral. Il fallait, pour hésiter à accepter un pareil poste, qu'il eût une profonde conscience de sa valeur. Mais la crainte que la Convention vaincue n'entraînât la France dans sa défaite le décida. Sa réserve et sa timidité disparurent aussitôt. Il déploya cette activité foudroyante qui devait bientôt étonner le monde entier, n n'avait que cinq mille hommes. Le bataillon des patriotes de 1789 et le faubourg Saint-Antoine portaient à peine ce chiffre à huit mille hommes,, tandis que les insurgés en comptaient au moins quarante mille. Aussi se croyaient-ils certains de la victoire. Déjà même la section Lepelletier, sous la présidence du journaliste Rocher Serizy, se constituait en gouvernement central, organisait une commission militaire et choisissait pour généraux, outre Danican, déclamateur de clubs, Duhaux, le comte de Maulevrier, Vendéen, et Lafond, jeune émigré, ex-garde du roi. Les insurgés s'emparèrent du quai de la rive gauche, du Palais-Royal, de la rue Saint-Roch, de la rue Richelieu et de la rue Saint-Honoré. Ils occupaient aussi la place Vendôme et la place Lepelletier. L'insurrection serrait ainsi la Convention de trèsprès. Cependant l'armée conventionnelle n'attaquait
1795. pas. Bonaparte avait chargé le chef d'escadrons Murât d'amener le parc d'artillerie des Sablons. Ces canons compensèrent pour lui le désavantage du nombre. Il mit de Tartillerie à la tête des ponts voisins de la Convention et aux débouchés des ruesdeRohan, Saint- Nicaise et cul-de-sac Dauphine. En un mot, il prit Journée i^g dispositions les plus habiles pour que la Conven- 13 vendémiairo. [fon sc trouvât daus Ics conditious d'une forteresse et
à Tabri d'un coup de main. Il attendit ensuite l'ennemi. Danican envoya un parlementaire qu'on amena les yeux bandés. On le conduisit devant les Comités. Il demandait le désarmement des patriotes et le rapport des décrets du 5 et du 15 fructidor. Tandis qu'on discutait, Danican s'impatienta et commença le feu. Au bruit de la fusillade, Bonaparle fit apporter des fusils et arma la Convention. Il monta ensuite à cheval et partit avec Barras. Le combat commença à quatre heures et demie sur divers points. A l'impasse cul-de-sac Dauphine, les soldats conventionnels souffrirent beaucoup des coups de fusil qui partaient des fenêtres et du péristyle de l'église Sain t-Roch, d'où les insurgés plongeaient sur l'impasse. Bonaparte fit avancer les canons et couvrit de mitraille les degrés de l'église. Les sectionnaires répondirent par une vive fusillade, mais déjà les patriotes de 89 les chargeaient à la baïonnette. Pendant ce temps, rartillerie balayait les deux côtés de la rue Saint-Honoré. Danican prit par trahison une pièce de canon au petit Carrousel, mais, obligé de fuir, il essaya de rallier ses
soldats et de faire sa jonction avec Lafond, qui occupait le pont Neuf. Maulevrier descendait en même temps la rue Dauphine. Ces milliers d'hommes se formèrent en colonnes serrées sur le quai Voltaire et marchèrent vers le pont Royal. Bonaparte les laissa venir et les foudroya de ses canons placés sur le quai des Tuileries et le pont Royal. Cette fois Tinsurrection était traitée avec une énergie terrible, aussi la lutte fut-elle terminée en moins de trois heures. Des coups de canon à poudre que fit encore tirer Bonaparte prolongèrent Tépouvante. Les sectionnaires avaient pris la fuite. Ils rentrèrent chez eux, et à huit heures du soir Barras put annoncer à la Convention que Tinsurrection était vaincue et que Paris était calme. Quatre cents personnes environ furent tuées ou blessées à cette affaire. La Convention fut d'ailleurs clémente envers le parti de Tordre. Lafond et Lebois périrent seuls. Les commissions militaires condamnèrent, il est vrai, par contumace quarante insurgés, mais on ne les rechercha pas, bien qu'ils affectassent de se montrer dans Paris. Vingt autres furent condamnés à la déportation ou à la détention. On acquitta honorablement Menou, major de la garde nationale; les grenadiers et chasseurs furent licenciés, les hommes de la section Lepelletier désarmés. Mais les vaincus purent impunément se glorifier de leur tentative dans les salons et les lieux publics. La Convention ne s'était pas montrée aussi indulgente envers les insurgés de prairial. Il est rare qu'il n'y ait