‹ Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800Chapitre 75 sur 119 · IV. i · texte numérisé non relu

IV. i

Mansuétude

de la Convention

après

la Tictoire.

179.; pas deux poids et deux mesures dans les affaires humaines. Barras devint le héros du jour. Il daigna pourtant rejeter une partie de sa gloire sur lé jeune Bonaparte, sans lequel, il n'y a pas à en douter, la Convention eût été vaincue. Les jeunes gens à collet vert, à collet noir et à cadenettes triomphèrent aussi à leur manière, et prouvèrent par le résultat des élections, qu'ils étaient peu touchés de l'indulgence de la Convention. Ils nommèrent des émigrés et des royalistes connus, notamment Saladin, qu'ils avaient acheté.

Tant d'audace alarma les Thermidoriens. Tallien et ses compagnons reprirent leur place à la Montagne, dénoncèrent Lanjuinais, Boissy-d'ÂnglaS| Henri Larivière, Aubry, Bovère et Saladin comme complices des agents royalistes. Lanjuinais avait dit publiquement que la journée du 1 3 vendémiaire était un massacre. Ce propos fut le signal de la rupture. Louvet ne soutint Taccusation que contre Bovère et Saladin, qui furent arrêtés ainsi qu'Aubry, Lemaître et Lhomond. La Montagne eût voulu qu'on annulât les élections et qu'on décrétât l'entrée des soixante-huit Montagnards déclarés inéligibles. Sur la proposition de Tallien, la Convention nomma une commission de cinq membres qui fut chargée de proposer des mesures de salut public. 11 s'agissait de ne pas laisser la Bévolution en péril en attendant la formation de nouveaux pouvoirs. La Convention nomma Tallien, Dubois-Crancé, Pons-de-Verdun, Boux (de la Marne) et

Florent Guyot. Mais la Montagne fut arrêtée sur cette «793. pente par une violente attaque d'un Girondin, Thibaudeau, qui, flottant entre divers partis, venait de recueillir, par les suffrages de trente-deux départements, le prix de son éclectisme politique. L'attaque de Thibaudeau futd'autantplus redoutablequ'elle portait juste. c< 11 faut enfin le faire connaître, ce Tallien, » dit-il. Et il demanda de quel droit Tallien, apologiste de septembre, accusait ses collègues de royalisme, lui qui avait, après thermidor, ainsi que son ami Fréron, excité les muscadins, tandis que dans le Midi les compagnies de Jésus et du Soleil égorgeaient les républicains. Il Taccusa ensuite d'ambition, lui reprocha ses richesses. Ces justes et cruels reproches arrêtèrent Tallien dans son rapport au nom delà Commission des cinq; il ne sortit point des généralités. Il proposa de décréter : 1"* T exclusion des émigrés et de leurs proches parents, jusqu'à la paix générale, de toute fonction législative, administrative et judiciaire ; 2** le maintien de toutes les lois de 1 792 et 1 793 contre les prêtres réfractaires ; 3"* l'autorisation, pour tous ceux qui ne voudraient pas vivre sous les lois de la République, delà quitter en emportant leurs biens dans les trois mois, et en en faisant la déclaration à leur municipalité; 4^ la destitution des officiers qui n'avaient pas servi depuis le 1 août et qui avaient été remplacés depuisile 15 germinal (c'était désigner les créatures d'Aubry). Ces mesures furent décrétées.

Dernier joar

de a Convention.

Appréciation

du caractère

et du génie

de

la CoQTention.

Après trois années d'existence, la Convention allait terminer son orageuse carrière. Le4 brumaire, pour compléter la nomination des deux tiers que les corps électoraux n'avaient pas entièrement réélus, elle se constitua en Assemblée électorale et forma le conseil des Cinq Cents et celui des Anciens. Son dernier acte législatif fut un acte de clémence. Elle ouvrit les prisons à tous les condamnés ou accusés pour fails relatifs à la Révolution. Le bénéfice dé cette amnistie s'étendit jusqu'aux concussionnaires et aux dilapideursdes deniers de l'Etat; mais il ne s'appliqua point aux prêtres réfractaires, aux émigrés et aux révoltés de vendémiaire. La déportation fut maintenue contre Billaud-Varennes, Barrère et Collot-d'Herbois. On décréta en outre l'abolition de la peine de riiort à la paix générale. Comme pour symboliser la prétendue réconciliation des partis, la place de la Révolution prit le nom de place de la Concorde. A deux heures et demie, le président de la Convention articula ces paroles : « La Convention nationale déclare que sa mission est remplie et que sa session est terminée. » L'Assemblée se sépara au cri accoutumé de : Vive la République.

La Convention avait siégé depuis le 21 septembre 1792 jusqu'au 26 octobre 1795. Onze mille cent dix lois et décrets furent promulgués en son nom. Sa politique a été diversement appréciée. Les uns l'ont exaltée outre mesure ; les autres ont méconnu jusqu'à son dévouement. Il est fort difficile de

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