‹ Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800Chapitre 76 sur 119 · LIVRE XXIV 21 o · texte numérisé non relu

LIVRE XXIV 21 o

porter un jugement équitable sur une assemblée qui, 1:95. par sa nature même, est sujette à toutes les variations que lui impriment les événements et la lutte des partis. Quelque confiance qu'on puisse avoir dans le régime parlementaire, une assemblée ne sera jamais un gouvernement. La Convention ne peut être envisagée que comme le reflet des idées et des passions qui animaient les Français de cette mémorable . époque. Tous les genres de génie, de talent, de dévouement se sont rencontrés dans son sein, à côté du crime et de la folie. Tous les caractères les plus obscurs s'y sont élevés à leur suprême puissance, les uns dans le bien, les autres dans le. mal. La Convention n'offrit d'unité que sous un seul aspect : l'amour de la patrie, pour laquelle tous, excepté deux ou trois peut-être, brûlèrent d'une flammeardente. Ce grand conseil de guerre d'une nation assiégée trancha la tête d'un roi et répandit des flots de sang, mais nulle assemblée législative ne ménagea moins le sien. Tout dépasse lés proportions naturelles dans l'existence de la Convention. Cinquaiite-sept de ses membres sont morts sur l'échafaud. Vingt-huit ont péri de mort violente. La Convention sut armer la patrie etorganiserle maximum, c'est-à-dire étendre à un peuple entier des mesures de salut public convenables à peine entre un petit nombre d'individus. Courbée sous la Terreur, la Convention fléchit tantôt sous la main des Comités, tantôt sous celle des assemblées populaires, mais devant l'étranger, elle ne trembla

1195. jamais. Son audace fut à la hauteur de son génie et de son héroïsme. Ce serait une injustice de répéter, comme on la fait, que Thonneur se réfugia tout entier dans les armées ; les armées partagèrent les enivrements de la nation et de son Assemblée. Ces armées improvisées et dénuées de toutes ressources n'accomplirent de tels miracles que parce qu'elles portaient dans leur sein la foi qui les enfante. Elles croyaient à la liberté, comme on Tentendait alors, c'est-à-dire à la souveraineté du peuple et à Tindépendance nationale. Ces croyances leur communiquèrent l'héroïsme sur le champ de bataille et le courage de supporter toutes les misères. Dans les intermittences de ces immortelles fureurs, la Convention formula quelques principes de justice sociale qui ont survécu à toutes les vicissitudes de nos idées. Quelques éclairs de son génie abrupt, mais plein de grandeur, rayonnèrent jusque dans les calmes perspectives de l'art et de la science. Elle essaya bien réellement de refaire le monde, et, comme l'a dit un penseur, elle supprima le temps. De toutes les assemblées législatives, la Convention est la seule qui se soit placée dans une sphère supérieure à l'essence même de sa condition et qui ait abandonné les inspirations de la prudence pour celles d'un idéal sans raison et sans mesure, mais non pas sans grandeur. Quand elle eut immolé ses grands hommes et ses grands criminels, redevenue moyenne, elle élabora la Constitution bourgeoise et matérialiste de l'an III, et aspira à faire une fin bon-

nête et modérée. La France, lasse d'horreurs, . en m:*.

haine des coups d'État, altérée de légalité, sinon de justice» aflamée de plaisirs, lasse de l'autorité républicaine, salua avec joie le jour où la Convention, déclarant sa mission achevée, laissait en quelque sorte tomber la toile sur le théâtre ensanglanté d u passé.

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