‹ Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800Chapitre 82 sur 119 · LIVRE nVI · texte numérisé non relu

LIVRE nVI

elles manifestèrent énergiquement leurs sentiments 1797. dans des adresses enflammées qu'elles envoyaient au Directoire. La division d'Augereau se distingua par la véhémence de son langage. Elle se terminait ainsi : « Des hommes couverts d'ignominie, avides de vengeance, salures de crimes s'agitent et complotent au milieu de Paris, quand nous avons triomphé aux portes de Vienne... Vous qui avez fait du mépris, de l'infamie, de l'oulrage et de la mort le partage des défenseurs de la Républicjue, ô conspirateurs, tremblez ! De TAdige au Rhin et à la Seine il n'y a qu'un pas, tremblez ! Vos iniquités sont comptées et le prix est au bout de nos baïonnettes! » Augereau partit pour Paris. Il apportait les drapeaux conquis à Venise. Un aide de camp de conQance du général Bonaparte, M. Lavalette, était déjà parti avec la mission de se rendre un compte exact de la situation, d'agir en conséquence et au besoin de remettre au Directoire les sommes nécessaires à l'accomplissement du coup d'État. Augereau arriva comme un orage. Le Directoire lui confia le commandement de la dix-septième division, dans laquelle Paris se trouvait compris. Il ne manquait donc ni argent ni troupes pour le coup d'Etat, Barras essaya d'attirer Pichegru. dans le parti du Directoire et lui envoya un négociateur; mais Pichegru, retournant la proposition, fit à Barras, au nom du parti monarchique, des offres analogues. Ces deux hommes se comprenaient trop bien pour se tromper. Quant à Carnot, il per-

ivji. sislait à rester dans la légalité entre le royaliste Barthélémy et ses trois collègues. Cette attitude marquait plus d* honnêteté que de prudence et de perspicacité.

Chacun sentait que le jour de la lutte n'était pas éloigné. Les Conseils prirent leurs dernières dispositions. Le Conseil des Cinq-Cents nomma le 19 août Pichegru, Vaublanc, Thibaudeau et Emmery inspecteurs de la salle. Il fut convenu qu'en cas d'attaque les royalistes élèveraient des barricades, s'empareraient des buttes Montmartre et des télégraphes, inviteraient Barthélémy et Carnot à se réunir au Corps législatif, tandis que celui-ci mettrait hors la loi Barras, Rewbell et Lareveillère-Lepeaux. Les journaux annonçaient hautement la catastrophe et en fixaient la date. Les personnes timorées fuyaient Paris. Au fond, les conspirateurs des Conseils étaient pleins de trouble et d'effroi. Les découvertes de leurs agents ne faisaient qu'aggraver leurs terreurs. Pichegru, l'homme d'action du parti, était paralyse par Barras, qui lui faisait espérer qu'il se réunirait à lui. Barras sut faire pressentir à Pichegru que le coup d'Etat n'aurait lieu que le 20 fructidor. Les Conseils résolurent d'agir le 19. Une révélation en informa Barras, qui fixa l'exécution du coup d'État au 1 8 fructidor.

La journée du 17 fructidor (3 septembre) se passa sans autre incident que le décret sur la formation de la garde nationale. La séance du Conseil des Cin^-

Page 1