‹ Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800Chapitre 83 sur 119 · LIVRE XXYl · texte numérisé non relu

LIVRE XXYl

Cents fut môme plus calme qu'elle ne l'était ordi- 1797. nairement. Les généraux Pichcgru et Villot devaient passer la nuit dans la salle des inspecteurs. Thibaudeau reçut le soir, au spectacle, une communication, ^^^ ^.^^^ secrète des placards que le Directoire devait afficher ^" ^^ fructidor. le lendemain. La trahison de Pichegru y était dénoncée, prouvée. Ne voulant pas se mêler dans ces débats, Thibaudeau garda son secret et se mit en sûreté. A une heure du matin Scherer, ministre de la guerre, fît appeler Ramel, adjudant général qui commandait la garde des Cinq-Cents. Des troupes entraient en même temps dans Paris et prenaient position autour du palais des Tuileries, à THôtel de Ville et sur les quais. Ramel fit prévenir Siméon, président des Cinq-Cents, et Lafond-Ladebat, président des Anciens. À cinq heures et demie, Ramel reçut d'Augereau Tordre de se porter au quai d'Orsay avec les grenadiers du Corps législatif. Il refusa d'obéir et rangea en bataille les huit cents grenadiers de sa réserve. Mais un grand nombre d'entre eux étaient gagnés. Âugereau arriva à six heures du matin, suivi d'un état-major d'environ quatre cents officiers. Les grenadiers crièrent : «Vive le Directoire ! vive Augereau ! » Il interpella sévère* ment Ramel, lui demandant compte de sa désobéis^ sance et lui ordonnant de se rendre aux arrêts. Piresque en même temps Ramel fut arrêté avec une telle brutalité qu'Augereau dut s'interposer. Pendant ce temps, un officier arrêtait les inspecteurs de

HISTOIRE m SOIXANTE ANS

Mesures rérolutionnaires

du Conseil des CiDq-Cenl5.

la salle et les conduisait au Temple. Il n'y eut d\v bord que vingt-cinq personnes d'arrêtées. On en relâcha dix. Carnot s'échappa. Les trois directeurs en furent charmés; ils offrirent à Barthélémy de faciliter sa fuite; mais celui-ci ne voulut y consentir qu'à la condition qu'on lui donnerait un passe-port pour Hambourg, sous son véritable nom et avec faculté de sortir en plein jour. On dut l'arrêter. A sept heures du matin les Parisiens apprirent le coup d'État et purent lire suf les murs des placards contenant une lettre du général Moreau, dans laquelle ce général exposait le complot de Pichegru et une lettre du prince de Condé à Imbert-Colomès.

Les Cinq-Cents se réunirent à l'Odéon, les Anciens à l'École de médecine. Le Directoire leur adressa aussitôt un message pour leur expliquer les motifs des mesures qu'il venait de prendre. Les Conseils se déclarèrent en permanence. Les Cinq-Cents proposèrent la nomination d'une commission de cinq membres destinée à proposer une série de décrets protecteurs de l'ordre public. Chazal, Villers, Sieyès, Boulay (de la Meurthe) et Poullain-Grandpré furent élus. Le soir même, Boulay, dans un rapport de la commission, demande l'exclusion de cinq députés royalistes rappelés en prairial, l'interdiction des droits électoraux pour les parents d'émigrés, la déportation de soixante-dix personnes, l'exil des émigrés dans la quinzaine, l'abrogation de la loi qui rappelait les prêtres déportés , l'expulsion des Bour-

Page 1