LIVRE XXVI oOo
bons, y compris ^ veuve de Philippe-Égalilé, la 1797. confiscation de leurs biens, l'abrogation de la loi sur la garde nationale, la soumission des journaux à Tadministrationde la police pendant un an, le rétablissement des sociétés politiques, sous réserve du proit de les interdire par simple mesure administralive, l'annulation des élections de quarante-huit départements. Le soir même toutes ces propositions furent votées. Pendant ce temps, les arrestations continuaient. Elles atteignaient les joui*nalisles et les députés, Paris et la province. Quarante-deux journaux furent supprimés. On remit on vigueur un certain nombre de lois révolutionnaires, qui accrurent la puissance dictatoriale du Directoire.
Le nombre des personnes condamnées à la déportation s'éleva à un chiffre considérable. Il ne comprit pas moins de quarante el un membres du Conseil des Cinq-Cents, de treize députes du Conseil des Anciens, de deux directeurs, Carnot et Barthélémy. On y ajouta les rédacteurs et éditeurs de trente-cinq journaux et une foule d'autres personnes, parmi lesquelles nous citerons : l'abbé Brottier, Berthelot de Lavilleheurnoy, Ramel, Miranda, Morgan. Mailhe, de la Convention; Dunan et Cochon; anciens ministres, Dosson ville, agent de Cochon, Suard, journaliste célèbre, etc. La plupart des condamnés furent laissés à l'île de Ré. Mais, le jour même de leur arrestation, quinze condamnés furent extraits de la prison du Temple, entassés brutalement dans des chariots
!7î)7. fermes aux deux bouts par des barreaux de fer, conduits à Rochefort et embarqués pour la Guyane, dont le climat passait alors pour mortel et le fut, en effet, pour quelques-uns des proscrits. Ces exilés étaient Barthélémy, Pichegru, Villot, Aubry, Rovère, Bourdon (de TOise), Ramel, Dossonville, Murivois, Delarue, Lafond-Ladebat, Tronçon-Ducoudray, Barbé- Marbois, Brottier et Berthelot de Lavilleheurnoy. En arrivantà Sinnamari , un homme, ou plutôt un des spectres de la Terreur leur apparut. Ils reconnurent avec horreur Billaud-Varennes. Collot-d*Herbois, son compagnon de crimes et de misère, avait déjà succombé. Certes, parmi les nouveaux exilés, s'il y avait des innocents, il se trouvait aussi des coupables plus odieux que Tex-membre du Comité de salut public : Rovère, qui fut féroce révolutionnaire et plus tard royaliste sans croyances et par le seul appât du gain ; Pichegru qui, pour de Tor et à des conditions stipulées à Tavance, fit tuer une partie de ses troupes et tenta de livrer sa patrie à Tétranger, crime monstrueux que n'eussent point commis les hommes qui, en se couvrant de sang, purent encore plaider devant le tribunal de la postérité cette circonstance atténuante qu'ils croyaient, par de tels moyens, sauver de Sinnamari. la patrie cu danger. Billaud-Varennes n'en fut par moins proscrit parmi les proscrits de Cayenne. L'abbé Brottier seul se fit l'ami de cet homme, qui pendant vingt années devait voir s'élever et s'écrouler des trônes, sans que ces vicissitudes de la fortune
changeassent rien à la sienne. Il n'y eut point de i^s^. crime politique si grand qui, dans cette période de temps, ne fut amnistié. Pichegru lui-même devait revoir le sol de la patrie et conspirer une seconde fois sa perte. Pour Billaud-Varennes et pour la plupart de ceux que 1793 marqua de son signe sanglant, il n*y eut jamais de pardon; tant la haine qui poursuivait et poursuivra longtemps encore la Révolution française devait mettre de côté toute pudeur et confondre les notions dePimpartialité la plus élémentaire qui mesure les degrés du châtiment à la grandeur du crime. La peur a été trop longtemps FEgérie des gouvernements et la muse de Thistoire. Pichegru et ses pareils n-effrayèrent point les intérêts pour qui la patrie n*est qu'un mot. Les hommes de la Terreur firent au contraire trembler au seul souvenir de leur nom. Ces générations firent comme le mauvais juge qui amnistierait le parricide et n'accorderait pas même un sursis au meurtrier vulgaire. La postérité ne s'est pas aperçue qu'elle marquait ainsi plus de sollicitude pour les personnes et pour les biens que pour le salut de la patrie.
Délivrée de ses anciens adversaires, la majorité du Directoire se hâta de demander au Corps législatif de nommer deux nouveaux directeurs en remplace- dAugcreau. tnent de Carnot et de Barthélémy. Ce fut pour Auge-
Nom înaiion
reau le réveil des songes. Ce brave général, enfant de deux nouveau ? du peuple de Paris, s'était laissé prendre aux protnesses de Barras. Le pouvoir Tavail ébloui. Il eût
rennes aux deux bouts par des b; conduits h Rochefort et embarqués pi dont le climat passait alors pour m en effet, pour quelques-uns des prosi étaient Barthélémy, Pichegru, Villot, Bourdon (de l'Oise), Ramel, Dossom Delarue,Lafond-Ladebat,Tronçon-Dui Harbois, Brottier et Bertbelot de I EnarrivantàSinnamari, un homme, < spectres de la Terreur leur apparut. I avec horreur Billaud-Varennes. Col son compagnon de crimes et de mis succombé. Certes, parmi les nouveai avait des innocents, il se trouvait auss plus odieux que l'ex-membre du C public: Bovère, qui fut féroce révolut tard royaliste sans croyances et par 1 gain; Pichegru qui, pour de l'or et à stipulées à l'avance, fit tuer une parti et tenta de hvrer sa patrie à l'étrang strueux que n'eussent point commis U en se couvrant de sang, purent encor* le tribunal de la postérité cette cir nuante qu'ils croyaient, par de tels J la patrie en danger. Billaud-Varennir moins proscrit parmi les proscrit ' L'abbé Brottier seul se fit l'ami dç"*" pendant vingt années devait voir sV'v 1er des trdnes, sans que ces vicissita ^
IT97. voulu qu'en récompense de ses services au 18 fructidor, les trois directeurs le lissent siéger parmi eux, et de leur propre autorité. La Constitution ne permettait pas qu'il en fût ainsi. Le Corps législatif ne plaça Augereau qu'après Masséna, et au quatrième rang sur sa liste. Merlin (de Douai) et François de Neufchâteau furent nommés directeurs et remplacés, le premier au ministère de la justice, le second à rintérieur, par F^ambrechts et Letourneur, administrateurs pris dans les départements. Une circonstance douloureuse permit bientôt au Directoire d'offrir une compensation à Augereau. Hoche venait d'être placé à la tête des armées de Sambre-et-Meuse et du Rhin réunies, lorsqu'un mal inexplicable lui enleva la vie. Hoche mourut après quarante-huit heures d'atroces douleurs, le 27 septembre. Il souffrait depuis son expédition d'Irlande. li'autopsie révéla des indices suspects qui établirent la conviction qu'il était mort empoisonné; mais il fut impossible de remontera l'origine du crime, et l'opinion flotta entre diverses conjectures plus ou moins invraisemblables. Hoche fut une des gloires les plus pures de la République. Il mourut dans sa vingt-neuvième année, à la fleur de l'âge et du génie, emportant les regrets de la France et une mémoire sans tache. Le Directoire nomma Augereau, en remplacement de Hoche, au commandement des armées réunies du Rhin et de Sambre-et-Meuse. Moreau tomba au contraire dans la disgrâce, pour la lenteur qu'il avait mise à révéler
la trahison de Pichegru. Il fut rappelé à Paris et mis en disponibilité.
Le Directoire, par cela seul qu'il avait au moyen d*un coup d^État triomphé d'une conspiration royaliste, devait rentrer dans le gouvernement révolutio.nnaire. La sagesse eût été de s'arrêter sur cette pente. Bonaparte, dans des lettres impatiemment attendues et adressées à Augereau et à François de Neufchâteau, avait donné le conseil de ne pas faire la bascule. Ce conseil ne fut pas suivi. On abusa inutilement des mesures prévôtales. L'abus de la victoire, lorsqu'elle est le résultat d'une violation des lois, rend le pouvoir odieux. La modération peut seule absoudre et justifier les coups d'État; mais la modération est l'apanage de la force. Le Directoire était trop fiuble et trop méprisé pour ne pas tomber dans les excès de la dictature. Il se rendait odieux et préparait sa perte par les moyens mêmes dont il venait de créer le précédent.
Une des premières mesures révolutionnaires du Directoire fut de réduire la dette au niveau des ressources. Les revenus de l'an VI s'élevaient à cent seize millions, les dépenses à cinq cent trente, la dette à deux cent cinquante-huit. En n'en payant que le tiers, la balance était égale. Ce tiers fut converti en rente perpétuelle, inscrite au grand-livre. Le reste fut remboursé en bons de biens nationaux qui perdaient plus de quatre-vingts pour cent de leur valeur. On murmura beaucoup contre cette mesure. Il n'y en
Conseils inutiles de Bonaparle au Directoire.
Abus
des mesures
prévôlales.
1797. avait aucune autre réalisable. C^était la troisième fois, depuis Tabbé Terray, que la France se voyait obligée de recourir à de telles extrémités. Une loi qui considérait les nobles comme étrangers et les obligeait à solliciter la naturalisation suivit celte mesure financière. Cette loi fit scandale. On la mitigea en exceptant de cette vexation les nobles qui, soit dans les armées, soit dans les fonctions ou les assemblées, avaient servi la République.
Les actes diplomatiques du Directoire se ressentirent également de son nouveau système politique. Des négociations avec l'Angleterre avaient été reprises à Lille depuis le 17 juillet. Malmesbury portait la parole pour TAngleterre, Maret et Tancien directeur Letourneur représentaient le gouvernement français ; mais ce fut Maret qui en réalité conduisit Taffaire. Le Portugal conclut, sur ces entrefaites, un traité avec la France. L^Angleterre, modérant ses prétentions, se bornait à demander des sacrifices à l'Espagne et à la Hollande. La France ne pouvait faire connaître ses intentions sans consulter ces deux puissances. Le coup d'État de fructidor changea brusquement la face des choses. Maret fut rappelé et remplacé par Bonnier et Treilhard. Leurs instructions étaient rigoureuses. Us devaient exiger des Anglais la restitution de tout ce qu'ils avaient pu prendre aux États alliés à la République. C'était rompre les conférences.
Bonaparte, qui continuait à Udine Toeuvre de pacifi-
Rupture
des conférences
de Lille.
cation commencée à Léoben, se conlentail de la limite d*î rOglio. Le Directoire lui enjoignit d^mposer à TAutriche la limite de l'Isonzo. Mais Bonaparte se sentait maître de la situation et n'entendait pas céder à d'imprudentes exigences. Il formula sa volonté d'une manière qui n'admettait ni réplique niattermoiem'ent. M. de Cobentzel, négociateur de la cour de Vienne, reçut avis de la reprise des hostilités dans les vingtquatre heures, à moins que T Autriche n'acceptât une combinaison qui donnait le Rhin, Mayence et les îles Ioniennes à la France, l'Adige et Mantoue à ia république Cisalpine, et concédait Venise à l'Autriche. Un traité fut conclu sur ces bases à Gampo-Formio, le 17 octobre. Venise, par ce traité, fut injustement cédée à l'Autriche, et de cette époque datent ses malheurs et son asservissement. Les Pâques vénitiennes méritaient une expiation; mais l'injustice change un coupable en martyr. La faute de Venise fut d'incliner vers l'Autriche quand la France apportait la liberté en Italie. Le peuple vénitien devait-il être responsable de la politique de son détestable gouvernement? Bonaparte introduisit dans le traité de Campo-Formio une clause qui honore ses sentiments : il stipula l'élargissement de M. de la Fayette et de ses compagnons, détenus depuis cinq' années dans les prisons d'Olmutz. Les conventions pour l'évacuation des troupes furent signées le 1"" décembre.
La paix signée, Bonaparte retombait en quelque sorte de tout le poids de son génie et de sa dévorante