ITO
Traité
de
Campo-Formio.
Bonapirte quitte riUOie.
Passage
de Bonaparte
à Bastadt.
7^\'l HISTOIRE DE SOIXANTE ANS
nclivilésur le Dirccloire. Il était indispensable, mais difficile, de trouver un commandement à la hauteur d'une telle renommée. Le Directoire offrit à Bonaparte le commandement de Tarmée des côtes diî rOcéan, qui devait combattre contre T Angleterre. Quelques historiens ont voulu voir dans cette dislinction un leurre que le Directoire offrait à l'ambition de Bonaparte. Après la signature de la paix générale, excepté avec l'Angleterre, le commandement de l'armée des côtes de l'Océan était pourtant le seul commahdement qui eût quelque chance de ne pas rester oisif. Bonaparte ne refusa pas d'ailleurs. Il avait besoin de voir la Franco pour prendre un parli. Mais, au moment de quiller Milan, le gouvei^nemcnt lui envoya l'ordre de se rendre au ^congrès de Raslad t pour y présider, en qualité de plénipotentiaire, la légation de la République française. Bonaparte, avant de partir, régla les dernières affaires de la Cisalpine, que le Sainl-Siégc dut reconnaîlre officiellement, et laissa le commandtment des troupes à Berlhier* Dans une courte proclamation il recommanda aux Italiens Toinlre, la modération, Tamour de la liberté, et leur piH>mil 1 appui de la France jus4|u'au jour, non éloigné, où ils auraient pris des nu^nirs mililaiivs. Il travei'Sii le Piémont et la Suisse. Sur son jKiîv^ige le canon tonnait el les peuples, entraînés j>ar ronihousiasme et riné^islible curiosité qu iiispireni K^ houunos oxtnioi\linaires, se ruaient à sa ivmvativ. L^^ Vaudois lui dovaionl leur déli-
vrance; ils lui offrirent des couronnes. A Rasladl, Bonaparte trouva une cour de princes allemands. Il n'y passa que deux jours, mais dans ces- deux jours il trouva une occasion de faire respecter la révolution française, en refusant de recevoir M. deFersen, envoyé de la Suède, et qui, on ne Ta pas oublié, avait favorisé la fuile de la famille royale au fatal voyage de Varennes.
Bonaparte traversa la France incognito, arriva à Paris le 15 frimaire an VI (5 décembre 1797), et se reposa dans une petile maison qu'il avait achetée, rue Chantereine. M. de Talleyrand se présenta le soir même; mais le général s'excusa et ne le reçut point, le lendemain matin Bonaparte lui rendit sa visite. Une foule des hauts personnages affluait au ministère des affaires étrangères. Paris, informé du retour du héros de Tarmée d'Italie, avait hâte de le contempler. L'objet de celte admiration et de cette curiosité restait silencieux et réservé. Talleyrand le présenta aux directeurs. Ceux-ci, dissimulant leurs sentiments, l'accueillirent avec les apparences de la plus vive satisfaction. Par les ordres du Directoire, une fête magnifique fut préparée dans la cour du palais du Luxembourg, où s'éleva un autel de la Pairie surmonté des statues de la Liberté, de l'Éffalité et de la Paix. Ce; te fêle devait être offerte le 20 frimaire an VI (10 décembre 1797) au général Bonaparte. Ce fut un triomphe auquel tout Paris voulul assister. Les ambassadeurs de la plupart des
Arrivée
de Conaparle
à Paris.
Fitc triomphale
orferle
ù Bonaparte
par le Directoire.
i'ui. peuples de TEurope et les corps constitués avaient pris place sur un amphithéâtre. L'élite de la société parisienne se pressait aux galeries. Assis en costume romain au pied de Tautel de la Patrie, les cinq directeurs attendaient le triomphateur. Tout à coup le canon gronda, Thymme à la liberté, de Ghénier, retentit, chanté par cent voix harmonieuses, un cri : Vive Bonaparte! s^éleva. Il entra calme, pâle comme toujours, vêtu avec cette savante simplicité qui, à elle seule, était un trait de génie. Il portait Thabit qu'il avait au pont d'Arcole. Talleyrand le conduisait avec la grâce et le sourire d'un courtisan accompli. Derrière Bonaparte, Joubert et Ândréossy portaient un magnifique drapeau chargé d'inscriptions en lettres d'or où l'histoire de l'armée d'Italie était tracée tout entière en ces quelques mots : a L'armée d'Italie a fait cent cinquante mille prisonniers. Elle a pris cent soixante-dix drapeaux, cinq cent cinquante pièces d'artillerie de siège, six cents pièces de campagne, cinq équipages de pont, neuf vaisseaux, douze frégates, douze corvettes, dixhuit galères. — Armistice avec les rois de Sardaigne, de Naples, le Pape, les ducs de Parme, de Modène, préliminaires de Léoben. — Convention de Montebello avec la république de Gênes. — Traité de paix de Tolentino, de Campo-Formio. — Donné la liberté aux peuples de Bologne, de Ferrare, de Modène, de Massa-Carrara, de la Romagne, de la Lombardie, de Brescia, de Bergame, de Man-
toue, de Crémone, d'une partie du Véronais, de Chiavenna, de Bormio et de la Yalteline, aux peuples de Gênes, aux fiefs impériaux, au peuple des départements de Corcyre, de la mer Egée en Ithaque. — Envoyé à Paris les chefs-d'œuvre de Michel-Ange, du Guerchin, du Titien, de Paul Véronèse, du Corrége, de TAlbane, des Carrache, de Raphaël, de Léonard de Vinci, etc. — Triomphé en dix-huit batailles rangées : Montenotte^ Mondovi^ Lodi^ Borghetto ^LonatOj C astiglione, Rover edo^ Bassano ^ Saint- GeorgeSj Fontanamna^ Caldiero^ Arcolej Rivoli, la Favorite, le TafiliamentOy Tarwis, Newmarckt. — Livré soixante-sept combats. »
M. de Talleyrand présenta Bonaparte aux directeurs. Ce rôle lui appartenait en sa qualité de ministre des relations extérieures, puisqu'il s'agissait en ce moment du négociateur plus que du général. Comme César aux fêtes lupercales, le général s'enveloppa dans une rigoureuse modestie; il fallait un héros modeste et magnanime à cette république ombrageuse qui déjà souhaitait un maîlre, le prouvait par ses adorations, mais qui ne voulait pas que ce maître possédât les attributions et les signes extérieurs de la souveraineté. Les discours et la physionomie de la fête se modelèrent sur cette forme conventionnelle. Talleyrand parla d'abord, et quoiqu'il eût alors un désir très-sincère d'être agréable à Bonaparte, son discours, lu à soixante ans de distance, ressemble à un chef d'œuvre de persiflage.
Attitude
de Bonaparte
à la fêle
du Luxembourg.
Discours de Talleyrand.
i:!i7. Le côté faux de la situation y apparaît aussi clairement que dans les événements eux-mêmes. Après un préambule adulateur, Talleyrand s^exprimail ainsi : « On doit remarquer, et peut-être avec quelque surprise, tous mes efforts pour expliquer, pour atténuer presque la gloire de Bonaparte; il ne s en . offensera pas. Le dirai-je? J'ai craint un instant pour lui Tombrageuse inquiétude qui, dans une république naissante, s'alarme de tout ce qui peut porter une alteinle quelconque à l'égalité; mais je m'abusais : la grandeur personnelle, loin de blesser l'égalité, en est le plus beau triomphe, et, dans celte journée même, les républicains français doivent tous se trouver plus grands.
« Et quand je pense à tout ce qu'il fait pour se faire pardonner cette gloire; à ce goût antique de la simplicité qui le distingue; à son amour pour les sciences abstraites; à ces lectures favorites, à ce sublime Ossian qui semble le détacher de la terre; quand personne n'ignore son mépris profond pour l'éclat, pour le luxe, pour le faste, ces méprisables ambitions des âmes communes; ah! loin de redouter ce qu'on voudrait appeler son ambition, je sens qu'il nous faudra peut-être le solliciter un jour pour l'arracher aux douceurs de sa studieuse retraite. La France entière sera libre; peut-être lui ne le sera jamais; telle est sa destinée. Dans ce moment un nouvel ennemi l'appelje; un ennemi célèbre par sa haine profonde contre les Francjais et par son insolente
tyrannie envers tous les peuples de la lorre. Que, par 17.17. • le génie de Bonaparte, il expie promptement Tune et l'autre, et qu'enfin une paix digne de toute la gloire de la Republique soit imposée à ces tyrans des mers; qu'elle venge la France et qu'elle rassure le monde !
«Mais, entraîné par le plaisir de parler de vous, général, je m'aperçois trop tard que le public immense qui vous entoure est impatient de vous entendre; vous aussi devez me reprocher de retarder le plaisir que vous aurez à écouler celui qui a le droit de vous parler au nom de la France entière et la douceur de vous parler encore au nom d'une an- de Bonaparte. cienne amitié. »
Bonaparte répondit sur ce ton bref et énergique dont Tacite a commencé ses immortelles Annales : « Citoyens directeurs, le peuple français pour être libre avait les rois à combattre; pour obtenir une constitution fondée sur la raison, il avait dix-huit siècles de préjugés à vaincre : la Constitution de l'an m et vous avez triomphé de tous les obstacles. La religion, la féodalité et le royalisme ont successivement, depuis vingt siècles, gouverné l'Europe; mais de la paix que vous venez de conclure date l'ère des gouvernements représentatifs. Vous êtes parvenus à organiser la grande nation, dont le vaste territoire n'est circonscrit que parce que la nature en a posé elle-même les limites.
a Vous avez fait plus : les deuj plus belles parties de l'Europe jadis si célèbres par les arts, les sciences
1797. et les grands hommes dont elles furent le berceau, voient, avec les plus grandes espérancas, le génie de la liberté sortir du tombeau de leurs ancêtres. Ce sont deux piédestaux sur lesquels les destinées vont placer deux puissantes nations.
a J'ai rhonneur de vous remettre le traité signé à Campo-Formio et ratifié par Sa Majesté Tempereur.
a La paix assure la liberté, la prospérité et la gloire de la République.
c( Lorsque le bonheur du peuple français sera assis sur les meilleures lois organiques, TEurope entière deviendra libre. »
Barras prit à son tour la parole. Il fit déborder la coupe des flatteries dans Tespoir de dissimuler à celui auquel il la versait l'amertume de la lie qui se trouvait au fond. Il compara Bonaparte à un phénomène précurseur d'une ère nouvelle, dépassant les héros de l'antiquité, secouant le joug des parallèles, effaçant les conquérants les plus illustres, méditant des conquêtes avec la pensée de Socrate, réconcihant l'homme avec la guerre, a Couronnez, dit-il, citoyen général, une si belle vie par uiie conquête que la grande nation doit à sa dignité outragée. Allez, par le châtiment du cabinet de Londres, effrayer les gouvernements insensés qui tenteraient encore de méconnaître la puissance d'un peuple libre...» Bonaparte sentit que là était la pensée du Directoire. On voulait l'arracher a l'admiration et à l'amour de la multitude, l'éloigner du foyer des affaires publiques.
à Bonaparte.
LIVRK XXV 519
D'une nomination à un posle militaire qui par la paix no-. devenait le seul actif, on faisait un exil. On n*atlendait pas, pour congédier le héros, que la fête fût terminée. Mais cette impression que dut ressentir Bonaparte, et dont le souvenir devait lui rester, sembla, en quelque sorte, ensevelie sous la pompe du triom- ovaiions pheet n'occupa même pas Tatten lion publique. sociéié parisienne
L'admiration éleclrisait d'ailleurs tous ceux qui assistèrent à ce grand et curieux spectacle. Quand Barras s'avança pour embrasser Bonaparte, les autres directeurs obéirent à un mouvement spontané et suivirent son exemple. L'enthousiasme du peuple fut immense et sans mélange. Les fêtes se succédèrent les unes aux autres. L'entraînement était irrésistible. Les savants et les artistes devenaient naïfs devant ce sublime modèle, comme des enfants et des soldats. Jamais mortel ne fut comblé de plus d'hommages. Les opinions s'effaçaient. On rapporte que M. de Bonald lui offrit son livre et que David, l'ami et le peintre de Marat, voulut le représenter s'élançant sur le pont d*Arcole. Mais lui refusa. Il ne voulait même pas être confondu avec l'armée. Il avait en lui l'aspiration qui est le dernier trait de l'ambition, l'aspiralion à la solitude. 11 répondit au peintre par cette parole d'un sentiment artistique si profond : « Représentez-moi tranquille sur un cheval fougueux. »
Mais ce repos n'était pas on lui, et lorsqu'au sortir de ces fêtes éclatantes il rentrait dans sa petite mai-
Bonaparte
visite les côtes
deTOcéan.
11 conçoit le projet
de l'expédition
d'Egypte.
Aigreur
des rapports
du Directoire
•tee lioiiaiArte.
son de la rue Chantereine, qu'on venait de nommer rue de la Victoire, il se souvenait des paroles de Barras, il les éclairait de toutes ses observations du jour, il en pesait la jortée. Un matin, dégoûté des louanges suspectes du Directoire, sentant le besoin de méditer et de se recueillir, il partit pour inspecter son armée destinée à combattre TAngleterre. Longtemps il visita les côtes, conçut l'idée du canal de Saint-Quentin, étudia Anvers et Boulogne. Mais voyant partout la mer devant lui, songeant à l'Angleterre si bien gardée, il lui vient une pensée digne de celles qui entraînaient les conquérants romains et les grands navigateurs du quinzième siècle. L'idée d'aller combattre l'Anglais en Egypte ou de ruiner son commerce en Asie s'était emparée de son esprit. L'Inde est au fond de la pensée de tous les conquérants. Nous la retrouverons plus d'une fois dans celle de Bonaparte. Déjà cette idée l'avait obsédé à Milan et il l'avait confiée au Directoire. Elle allait devenir le refuge de sa gloixe, que le repos et les intrigues politiques eussent découronnée de son auréole épique. Il avait déjà jeté dans l'âme de ses soldats quelquesunes de ces paroles qui fermentaient comme le levain de futures batailles. 11 avait parlé de liberté des mers, de régions^éloignées, s'emparant ainsi de l'imagination des directeurs en même temps qu'il flattait leurs secrets desseins d'écarter le grand homme qui leur portait ombrage.
De retour à Paris, Bonaparte parla au Directoire
surpris de la roule de Tlnde el de roccupalion de i?»?. rÉgypte. Cette fois ce n'était plus réclair perdu d'une pensée qui projetait partout ses rayons ; c'était une parole nette, claire, positive. Rien ne pouvait causer plus de plaisir au Directoire. Les rapports avec le vainqueur de l'Italie devenaient de jour en jour plus aigres. Le Directoire avait ratifié le traité de Campo- Formioj mais cette infraction à ses ordres était restée comme une insulte dans son souvenir. Il se hâta de faire voter un emprunt de quatre-vingts millions pour les frais d'une descente sur les côtes britanniques et fit saisir dans les ports et sur le territoire les navires et les marchandises sortis de l'Angleterre. C'était rendre impossible tout espoir de pacifiction. Malgré les conférences de Rastadt, une armée soutenait en Suisse les prétentions du pays de Vaud, une autre armée marchait à Rome. Le général Duphot y avait été assassiné par la populace. Ce crime méritait une punition exemplaire. Mais le but réel de l'expédition Affaires de suisse
* , * , * et de Rome.
était de chasser le pape, queDonaparte avait d'abord épargné, mais queLareveillère-Lepeaux poursuivait avec une ardeur de sectaire. Le pape dut en effet Rép"W»que quitter Rome et se réfugier à Florence. Derthier fit proclamer la république romaine. Le duché d'Urbin fut réuni à la Cisalpine. Pendant ce temps le général Schauenbourg et le général Drune s'avançaient contre Tavoyer de Berne, Steyger, qui avait réuni trente mille hommes. Steyger fut battu. Le pays de Yaud fut constitué en république indépendante. Mulhau- IV. 21
Départ du Pape.
romaine.
i707. sen fut définitivement réunie à la France. La Suisse adopta la Constitution de T&n III. Rewbell la mit littéralement au pillage par les mains de son beaufrère Rapinat. La résistance de Berne coûta à ce peuple vingt millions et la perte d'un riche arsenal. Le 26 avril, la république de Genève se réunit à la France et prit le nom de département du Léman.
L'ensemble do ces actes n'était pas de nature à cimenter la paix conclue à Campo-Formio. El, quoique les délégués de l'Empire réunis à Rastadl eussent reconnu pour frontière de la France la rive gauche du Rhin, le Directoire persistait à occuper la rive droite jusqu'à la pacification de l'Allemagne. Il était évident que le Directoire s'engageait dans une politique entièrement opposée aux vues de Bonaparte. Le vainqueur de l'Italie s'en irritait. Ses rapports avec les cinq directeurs devenaient chaque jour plus diflîciles. Le génie du grand homme que la Providence venait de susciter portait ombrage à ces personnalités inférieures. Et lui, de son côté, aUemUons cuire dissimulait mal l'impatience et le mépris qu'il cii^wîîrt^ttR, ^pi*<^"v»^' en face d'un roué comme Barras, d'un
ivrogne cl d'un dilapidateur comme Rewbcll, d'un idéologue comme Lareveillère-Lepeaux, d'un avocat politique comme Merlin (de Douai) et d'un poète comme François de Neufcbâteau. Ces amertumes réciproques dégénérèrent bientôt en altercations d'une telle vivacité, qu'un jour Bonaparte menaça de donnersa démission^ Barras, Lareveillère-Lepeaux, Fran-
çoisde Neufchâteau elMerlin restèrentsilencieux. Mais *79^- Rewbell, s'avançanlavec sa brusquerie alsacienne, lui présenta une plume et lui dit : « Signez-la, général. » Bonaparte, étonné de cette audace, ne répondit rien. Il s^absenta de Paris pendant quelque temps et revint à Paris au commencement de ventôse an VI . Le Directoire se disposait à célébrer le 21 janvier, anniversaire de la mort du roi. La présence de Bonaparte les embarrassait. Ils craignaient que celte fête ne devînt le signal d'une ovation nouvelle pour le vainqueur d'Italie. Bonaparte venait d'être nommé membre de Tlnstitut en remplacement de Garnot. Le Directoire lui proposa d'assister à la cérémonie dans le simple costume des membres de l'Institut et confondu avec ce corps savant. Rien ne pouvait être plus agréable à Bonaparte, qui, aspirant au suprême pouvoir, devait considérer la fête barbare du 21 janvier comme une négation de ce même pouvoir. 11 lui convenait donc, à tous égards, de s'effacer dans une pareille circonstance. Ces détails ne sont point inutiles à Thistoire, ils peignent le personnage qui déjà dominait en France la scène de la vie publique et montrent la finesse et la profondeur des instincts de cette ambition, vaste comme le monde.
La pensée du Directoire à l'égard de Bonaparte se trahissait dans tous ses actes. En même temps qu'il cherchait à le dérober aux regards du peuple, il se hâtait de seconder ses projets d'expédition lointaine. 11 dirigea quarante mille hommes et dix mille ma-
52 i HISTOIRE PE SOIXANTE ANS
<797. rins vers la Méditerranée. Les arsenaux de Toulon Piéparaiif» furenl mis dans une activité extraordinaire. 11 s\i-
06 respédilioD
d'Fgypie. gissait d*équiper quatre cents bâtiments de transport et d*armer treize vaisseaux de ligne et quatorze frégates. Le public ignorait vers quel point du globe allait se diriger cette armée. On savait seulement que Bonaparte devait en prendre le commandement, qu'il emmenait avec lui un état-major d'élite dans les rangs duquel figuraient son frère Louis, son beau-fils Eugène de Beauharnais, Duroc, etc. Kléber, Lannes, Murât, Berlhier, Desaix, jÂndréossy, Menou et plusieurs autres généraux illustres allaient commander les divisions de cette armée. L'amiral Brueys et les quatre contre-amiraux Villeneuve, Duchayla, Decrès et Gantheaume devaient diriger la flotte. Comme s'il se fût agi de découvrir un monde et d'y fonder une société nouvelle, Bonaparte avait adjoint à l'état-major de l'expédition des savants et des artistes. Il avait choisi lui-même, parmi les classes de l'Institut, les hommes qui pouvaient le mieux seconder ses vues : Bertholet, Monge, Le Père, Castaz, Cafîarelli-Dufalga, Dutertre, Fourier,Dolomieu, Desgenettes, Larrey, Dubois. Talleyrand devait, disaiton, être envoyé en qualité d'ambassadeur extraordinaire près de la Sublime Porte. 11 était donc évident que rOrient était le but de l'expédition.
Un incident retarda encore le départ de Bonaparte. Bernadottc, ambassadeur à Vienne, ayant arboré le drapeaa tricolore au-dessus du palais de France, fut