‹ Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800Chapitre 92 sur 119 · LIVRE XXVII · texte numérisé non relu

LIVRE XXVII

publique des scheiks de la mosquée de Jemil-Azar. i798. Il s'occupa ensuite des intérêts communaux, forma un divan, qui, réuni aux députés des divans provin- organisation ciaux, devînt en même temps une assemblée natio- '*'^"*°Ègypte!* ^^ nale. Avec le concours des savants qu'il avait attachés à son expédition, il créa un Institut d'Égyple, divisé en quatre classes, et qui eut pour mission de réunir les éléments artistiques qui pouvaient contribuer à la gloire du pays, et de résoudre les problèmes de son amélioration matérielle. L'Institut s'occupa aussitôt d'un calendrier cophte, égyptien et européen, et d'un vocabulaire arabe. Deux journaux, la Décade égyplienne et le Courrier iV Egypte^ furent publiés au Caire. Bonaparte protégea en même temps le commerce, en veillant à la sécurité des caravanes et des pèlerins, et s'efforça de rassurer le gouvernement de la Sublime-Porte sur les intentions de la France. Mais l'orgueil des Turcs ne pouvait pardonner l'envahissement d'un territoire où son autorité était pourtant si affaiblie. Bonaparte essaya de marier les fêtes nationales de la France aux fêtes religieuses et symboliques du pays. Il célébra ainsi la fête du Nil et celle de la République française, il exalta les vertus du Prophète et les bienfaits de l'ère des gouvernements constitutionnels. L'armée semblait s'être donné le mot pour seconder son chef. Le général Menou prit l'habit musulman et épousa la fille d'un baigneur du Caire. Bonaparte se donna le nom d'Ali. . Au milieu de ces travaux et de ces réjouissances^

540 llISTÛlUt; DE SOIXANTE ANS

1798. Bonaparte reçut une nouvelle terrible. L^amiral

Brueys, surpris par Nelson dans la rade d^Âbouiiiv

Desiruciion dut acccpler la bataille dans les conditions les plus

de la desavantageuses. La droite et le centre se trouvèrent

floUc françal^e ^

à Aboukir. placés entre deux feux. Blessé, maiscontinuanldedonnerdes ordres, le brave Brueys fut emporté par unbouletde canon. Le vaisseau amiral TOmnf, qui portait cent-vingt canons, sauta. Le capitaine Dopctit-Ibouars eut deux membres emportés et ne voulut pas quitter son poste. Villeneuve, qui commandait la. droite, crut devoir battre en retraite. II se réfugia vers Malle,, ayant perdu trois vaisseaux, qui furent poussés là la côte. Après un combat de quinze Jieiires, la flollc avait été détruite* A la nouvelle de ce désastre,. Bo* naparte ne fut point atterré. Son caractère^ comme son génie, avait atteint son dernier degré de iianleur dans cette campagne, où ses regards embrassèrent lo monde. Il vivait dans la Bible et le Coran. Sésoslris, Alexandlre, llnde enflammaient son esprit. Monarque par anticipation, il fut surtout frappé iieraspect de ces monuments qui lui révélaient la profondeur du principe d'autorité, sous Vaspôct double et un delà politique et de la religion. Plus grand que radversité qui semblait l'enfermer en Egypte, comme dans une prison, il s'écria spontanément : <c Eh bien ! il faut mourir ici ou en sortir grands comme les ancien^!» Et relevant aussitôt le moral de ses troupes un moment atterrées par cette fatale nouvelle,!! fit célébrer le 1"*' vendémiaire la fondation de la République, et

Page 1