‹ Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800Chapitre 99 sur 119 · IV. 2r · texte numérisé non relu

IV. 2r

IllSTOlliË DE SOIXANTE ANS

Opéra lions railiUircs.

Massacre

des

tilcnipolcntiaircs

français

par les hussards

autrichiens.

lande. En attendant les recrues, les armées rtîpandues sur cette immense ligne s'élevaient au plus à soixante-dix mille hommes. Le plan des coalisés ne fut pas mieux conçu. Il consistait à s*emparer des montagnes, considérées comme moyen de rester maître de la plaine. De part et d'autre on se préparait à une lutte stérile. L'archiduc Charles occupait la Bavière avec soixante-dix-huit mille hommes, le général Hotze commandait vingt-six mille hommes dans le Voralberg, Bellegarde quarante-six mille dans le Tyrol, Kray soixante-quinze mille sur l'Adige. Jourdan et la plupart de nos généraux en chef sentirent la faiblesse de ce plan en même temps que leur infériorité numérique. Ils s'en plaignirent. Le Directoire répondit qu'après les élections il enverrait les vieux bataillons et les conscrits. Et poussant l'audace jusqu'à l'outrecuidance il ordonna à Masséna de sommer les Autrichiens d'évacuer les Grisons. Adressant en outre une note au délégué de Rastadt et à l'Empereur, il leur donna huit jours pour faire rétrograder Tarmée russe, et fît de la non-exécution de cette injonction, un casus belli. A cette note il ne fut fait aucune réponse. L'irritation était si vive, que des misérables appartenant à un corps des hussards de Szecklers, assassinèrent dans leur voiture Bonnier et Robergeot, plénipotentiaires français, qui avaient quitté Rastadt le 28 avril et se rendaient à Strasbourg. Jean de Bry échappa au massacre. Le 12 mars, les conseils avaient ratifié la déclaration de guerre du Directoire,

mais celle déclaration ne pouvait motiver un crime *'''^^' aussi abominable. Le but réel de cet assassinat, ordonne par le cabinet autrichien, fut d'ailleurs de s'emparer des papiers de nos ministres, afin d'enlever toute trace des articles secrets dans lesquels TAutriche, traitant avec Bonaparte, avait trahi TEmpire. Le cabinet de Vienne espérait aussi découvrir les noms des princes allemands qui pouvaient avoir fait quelque convention avec la France. L'Allemagne, révoltée de cet acte sauvage, protesta contre la conduite de rAutriche.

Les forces de la république n'étaient pas égales à celles de la coalition. Jourdan, qui avait passé le Rhin le 1" mars, fut battu par le prince Charles à Échecs debaimccâ Pfallendorf et à Stokach , et dut se retirer sur le Rhin . en Aiicmai:ne, Le général Saint-Cyr commandait l'aile gauche. Il 'ettuiralat' illustra cette défaite par des avantages qui ne purent cependant arrêter la retraite. Masséna, plus heureux, expulsa les Autrichiens des Grisons; aidé de Lecourbe et de Dessales, il fut également victorieux dans la Valteline. Scherer, trop faible pour lutter contre le général Kray, fut défait le 25 et le 30 sous Vérone, et perdit une troisième bataille le 5 avril à Magnano. Moreau, investi du commandement en remplacement de Scherer, fut vaincu à Cassano. Il n'avait que trente mille hommes à opposer à quatre-vingt mille soldats qui formaient l'armée de Souvarow. Serrurier, qui ne disposait que de trois mille hommes, faute de moyens de retraite dut capituler. Bien-

r»56 IIISTOIHE DE SOIXANTE ANS

iToy. lot Souvaro\v, maîlrc dcBrcscia, de Pescliiera cl de Pizzighitone, malgré un échec qu'il essuyait contre Moreau, le 12 mai, à Bussignano, put investir Milan. 11 y entra le 28 mai. Masséna, Soult, LecourbeetNey ne purent empêcher le prince Charles d'entrer à Zurich. Masséna, dont rien n'ébranlaft le coua-age, se maintenait nonobstant dans les monlagnes. L'Italie était en feu. Catholiques et orthodoxes se liguaient contre la philosophie représentée par les armées do la révolution. Macdonald quitta Naples et les Étals romains, et se dirigea à marches forcées vers le nord de la Péninsule, dans l'espoir de faire jonction avec Moreau. Il rencontra les Austro-Russes à Modèneel les battit. Mais les 17, 18 et 19 juin, trop inférieur en nombre, il fut écrasé sur la TrebKa. Il ne put rejoindre Moreau que le 27, à Gênes. Turin selait rendu à Souvarow, Bellegarde entrait le 22 juillet à Alexandrie, Kray s'emparait de Mantoue le 50, après soixante-douze jours de siège. Enfin, le 15 août, les deux armées, réunies sous le commandement de Joubert, livraient à Novi une bataille dans laquelle Français et Austro-Russes laissèrent chacun vingt mille combattants. Le nombre l'emportait décidément sur la valeur, et Joubert périt dans cette lutte suprême. Il avait dit à ses soldats : «La République nous ordonne de vaincre. » Une balle l'atteignit au cœur. «En avant! mes amis, s' écria- t-il, marchez toujours! » Il dit au colonel Drave de couvrir son corps et de prendre son épée, afin que les Russes ne

Page 1