CHAPITRE VII
M. Benoit-Mathieu Collet et son greffier visitent Sorel. — Fondation de la paroisse. — Les premiers curés: M. Jean-Baptiste Arnaud. — Le Père Emmanuel Crespel. — M. Joseph-Ambroise Gaillard. — Les marguilliers. — Le Père Louis-Hyacinthe Dumesny. — Le Père Verquaillée. — La nouvelle église. — Le Père Julien Rainville. — Le Père Ambroise Rouillard. — Le Père Antoine Hervieux. — - M. Jean Collet. — Le presbytère. — Visite de Mgr de Pontbriand. — Il ordonne de réparer l’église. — M. Louis-Laurent Parent. — M. Lataille. — M. Joseph-Hippolyte Filiau. — Les troupes françaises à Sorel. — Bel acte de courage du curé et de ses ouailles. — Fin de la domination française.
Jusqu’en 1721, la petite colonie soreloise fut desservie par des missionnaires. Mgr de Saint-Vallier, évêque de Québec, s’étant proposé d’ériger en paroisses les missions alors existantes, pria le roi de publier une ordonnance pour sanctionner ses décrets. Avant de procéder dans cette délimitation des paroisses, M. Benoît-Mathieu Collet, procureur du Conseil Supérieur, fut chargé de s’enquérir de l’état des missions. Il visita tous les groupes français disséminés sur les bords du fleuve et du Richelieu. On le rencontre, le 4 mars 1721, à Sorel, en compagnie de M. Nicolas-Gaspard Boucault, son greffier. Là, il reçoit une forte délégation des principaux habitants, qui le supplient d’ériger cette mission en paroisse et de leur donner un curé résident. Ceux qui se présentent ainsi sont : M. Charles de Ramezay, sieur de la Gesse, au nom du seigneur, M. Claude de Ramezay, Pierre Salvaye, Paul Hué, Charles Vanet le Parisien, Louis-Paul Hué, Michel Pelletier, Jean Mande-
ville, François La Roche, Jean-Baptiste Du Clos, Pierre Niquet, Louis Fafard, Michel Lamy, Jean-Baptiste Deshoussy, Jean-François Lépine, Jacques Raimbault, Pierre Lamy, Jean Hué, Pierre et Joseph Hué, Estienne Hué, Pierre Élie, Richard Ossan, tous habitants de Sorel et d’une partie de la seigneurie d’Yamaska. Dans cette enquête, M. Collet apprend qu’ils sont desservis par le curé de l’île Dupas, mais qu’ils n’ont eu aucun office religieux depuis la fête de Noël jusqu’à la fête de Saint-Mathias. Dans toute la seigneurie, il y a soixante chefs de famille, quatre sur l’île-aux-Ours, un sur l’île Ronde, deux sur l’île Madame, et trente sur l’île Saint-Ignace.
L'église de Sorel, en temps de guerre, a servi et sert encore aux habitants de l’île Dupas, de Dorvilliers, d’Autray et de la Noraye. Ceux de Berthier ont la messe chez eux durant la paix. A Sorel, l’église étant bâtie dans le fort où il y a une garnison permanente, le service divin s’y fait avec plus de sûreté, les vases sacrés y sont mieux conservés. Celle de l’île Dupas fut bâtie par M. Duchesneau qui, sans autorité, s’est fait concéder un terrain par les propriétaires de l’île. Elle est défectueuse et menace de tomber en ruine. En temps de guerre les habitants sont obligés de se réfugier au fort. Les Sorelois terminent leur supplique en ajoutant “qu’il ne serait pas raisonnable de leur refuser une paroisse (église) dans laquelle ils recevront ceux de l’île Dupas s’ils jugent à propos d’y venir comme autrefois.... Les dîmes payées par les habitants établis seront suffisantes pour l’entretien d’uri curé et deviendront plus considérables dès qu’un prêtre y fera sa résidence.” A la suite de cette entrevue, le sieur Paul Hué, qui habite dans la seigneurie d’Yamaska avec sa famille et qui possède l’île du Moine et File des Barques, demande à faire partie de la
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paroisse de Sorel. C’est là qu’il a toujours payé ses dîmes et, ajoute-t-il, il a plus de facilité pour s’y rendre. Au reste, pendant les glaces de l’automne et les dégels du printemps, et même dans les autres saisons lorsqu’il fait des gros vents, il lui est impossible de se rendre sur l’île Dupas ; pour cette raison, il ne peut recevoir de secours spirituels en cas de maladie ni envoyer ses enfants aux catéchismes1
Le 20 septembre, Mgr de Saint-Vallier promulgue un décret contresigné par M. le marquis de Vaudreuil et l’intendant Bégon, établissant la paroisse de Saint-Pierre de Sorel. On lui donne une étendue de quatre lieues de front, trois dans la seigneurie de Sorel et une dans celle d’Yamaska, comprenant les terres de Paul Hué et ses deux îles : l’île du Moine et celle des Barques, l’île aux Ours, l’île Ronde, les îles Madame et Saint-Ignace. Le 3 mars 1722, le roi approuve ce règlement2. Par un nouveau décret du 21 juillet 1749, les îles de Grâce, aux Corbeaux, à la Pierre, seront encore annexées à la paroisse. Le 13 mai 1836, après avoir fait partie du diocèse de Québec durant 114 ans, la paroisse de Sorel sera comprise dans le diocèse de Montréal, dont elle sera détachée le 8 juin 1852, lors de la création du diocèse de Saint-Hyacinthe.
M. Arnaud, alors desservant de l’île Dupas et de Sorel, prend le titre de curé. Il conserve son poste durant cinq ans. Etant tombé malade, M. Ysambert le remplace temporairement jusqu’au 1er octobre 1732. Il meurt à la Longue-Pointe, le 6 février 1741.
Son successeur comme desservant de l’île Dupas et de Sorel, arrivé le 6 octobre 1726, fut le Père Emmanuel Cres-
1 P. -G. Rov: Rapport de l’Archiviste de la Province de Québec,
2 Édits et Ordonnances, I, p. 443 et p. 460.
pel, récollet. Le 26 octobre et le 24 décembre, il est remplacé par un tout jeune prêtre, M. Joseph-Ambroise Gaillard. A la fin du mois d’août et au commencement du mois de septembre 1727, M. Jean-Baptiste Arnaud fait du ministère et s’intitule, au registre, ancien missionnaire de Sorel.
Sous l’administration du Père Crespel, l’on rencontre, pour la première fois, dans les archives paroissiales, la mention de quatre marguilliers. A la date du 18 mai 1728, se trouve le procès-verbal de la location de deux bancs en faveur de Joseph et Mathurin Deguire. Qu’on nous permette de tirer des registres cette pièce authentique et de la reproduire ici comme modèle des contrats de location de bancs à cette époque reculée.
“Nous soussignés Marc Antoine Hué et Michel Peltier, marguilliers en charge de la paroisse de Saint-Pierre de Sorel, déclarons avoir cédé le premier banc du costé de l’évangile après les trois criées faites à la porte de l’église à Mathurin et Joseph Deguire se montant à quinze livres d’entrée, que le dit Marc Antoine déclare avoir reçues et quatre livres de rente payables au jour de l’an, et comme nous ne savons pas signer nous avons prié le Père Emmanuel de signer le présent contrat, fait au dit Saurel, ce 18 mai 1728.”
L’autre banc, cédé par Pierre Hué et Jean Mandeville, autres marguilliers en charge, est adjugé aux mêmes requérants moyennant vingt et une livres d’entrée et quatre de rente, payables au jour de l’an.
L’établissement des marguilliers dans la paroisse semble remonter à l’année 1720. Un livre de compte de Fabrique, dont les premières pages sont disparues, mentionne l’administration de Michel Désorcy, en l’année 1730. Du-
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rant environ cinquante ans, il n’y eut dans le banc d’œuvre que deux marguilliers. Les élections régulières commencent le 3 décembre 1809.
Le 19 mai 1728, le Père Crespel célèbre le mariage de Antoine Drouet écuyer, sieur de la Colonnerie, et de Delle Marie Lamy, fille de Pierre Lamy et de Delle Catherine Salvaye.
Le Père Louis-Hyacinthe Dumesny succède au Père Crespel. Il arrive dans la paroisse au mois de juillet 1728, et y demeure jusqu’au 20 août 1729. Durant son séjour, il doit s’occuper du cimetière. On se rappelle que le premier était situé auprès du moulin. Au mois de septembre 1702, M. Philibert Boy bénit un cimetière entouré de pieux de cèdres. Sous M. Dumesny, il est en mauvais état, car M. Louis-Eustache Chartier de Lotbinière, archidiacre et chanoine de l’église de Québec, dans une visite officielle, laisse une ordonnance enjoignant expressément “aux habitants de le clore afin d’empêcher les bestiaux d’y entrer et ce, à peine d’interdiction du dit cimetière.” Défense est faite au curé d’inhumer aucun corps jusqu’à ce qu’il soit entièrement clos1.
Les Sorelois, si l’on en croit les documents du temps, ne s’empressent pas pour obéir, car jusqu’en 1731 la clôture brille encore par son absence. Au mois d’octobre 1729, le Père Verquaillié vient remplacer son confrère le Père Dumesny et il doit s’occuper de cette affaire. Le 12 mars 1731, M. Lyon de St-Féréol, Vicaire-Général du diocèse, visite officiellement la paroisse au nom de Mgr Pierre-Herman Dosquet, coadjuteur de Mgr Louis-François Duplessis de Mornay, et laisse une ordonnance dans laquelle il ap-
1 Archives paroissiales de Sorel.
prouve les comptes des années 1729 et 1730. Il oblige les marguilliers à retirer les “30 sols dus par quelques paroissiens, pour payer la réparation de la clôture du cimetière.” Ils ont l’ordre de poursuivre les retardataires après trois sommations.
Dans la même ordonnance, le grand vicaire ajoute: “comme l’église, bâtie en bois, est vieille et menace ruine, nous ordonnons qu’on travaille au plus tôt à en bâtir une nouvelle.” A cet effet, il désire qu’on tienne une assemblée dans laquelle on choisira trois personnes qui, avec les marguilliers, feront la répartition de la taxe que chacun des 'paroissiens devra payer.” Cette répartition sera ensuite présentée à M. l’Intendant, afin d’en obtenir une ordonnance pour contraindre ceux qui refuseront de contribuer à la construction de l’église. M. de St-Féréol oblige encore les paroissiens à couvrir le presbytère.
Les habitants ne se laissent pas émouvoir par ces ordonnances. La clôture du cimetière reste encore à faire en 1732. Le Père Verquaillié s’en plaint au chevalier Hocquart, et le prie de prendre des mesures pour qu’elle soit construite incessamment tel que convenu.
Le 24 mars 1732, l’intendant ordonne de faire une assemblée des paroissiens au presbytère. Ils éliront trois d’entre eux qui, conjointement avec le missionnaire et le capitaine de la paroisse, dresseront un état “estimable de la quantité de pieux nécessaires pour la perfection de la clôture, ainsi que des corvées qu’il sera nécessaire de faire pour compléter les travaux.” Chaque habitant devra travailler sous peine d’amende.
Le Père Verquaillié inaugura les travaux de construction de la nouvelle église, mais ne put en voir la fin. Il fut remplacé par le Père Julien Rainville, récollet, arrivé à So-
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rel le 16 août 1734. Il doit se donner beaucoup de mal pour faire terminer le nouveau temple que l’on construit en dehors du fort. Les travaux avancent lentement bien qu’ils soient commencés depuis trois ans. Les documents du temps font connaître deux des syndics et les ouvriers qui ont présidé à cette construction. Les premiers sont Joseph Plante et Michel Désorcy, les ouvriers sont Charles Paillé, maître charpentier, Turenne, menuisier, et Tournois, couvreur.
En 1734, le syndic Michel Désorcy paye aux maçons pour les fondations 49 livres, 10 sols, 6 livres de tabac à une livre, 16 sols; pour la façon d’un coq, six livres, 15 sols.
Du 1er janvier 1734 au 16 mai 1735, Charles Paillé, charpentier, reconnaît avoir reçu la somme de 900 livres pour les travaux qu'il a faits. En 1735, on a payé à Girard eau pour l’eau-de-vie due aux charpentiers (qui ne sont pas de l’abstinence totale, paraît-il) 21 livres, 5 sols. On a payé 92 livres, 8 sols, pour 600 planches, de 1735 à 1738; à maître Turenne, couvreur, 314 livres; de 1737 à 1739, pour 45,000 clous à bardeaux, 123 livres, 5 sols; pour 2160 clous à planches, 52 livres, 5 sols ; pour la couverture, à maître Tournois 191 livres.
La façon du banc d’œuvre a coûté 5 livres, un confessionnal 48 livres, le clocher 29 livres, 19 sols. En 1744, pour le solage de l'église, on a payé 180 livres.
Durant onze ans, la Fabrique dépense la somme de 2,050 livres, six sols pour la nouvelle église. Celle-ci contient trente-quatre bancs répartis sur quatre rangées. Il y a aussi trois chaises louées à 30 sols chacune annuellement. La vente des bancs, en 1739, donne un produit de 350 livres. Ce sont les seuls revenus de la Fabrique. Afin de subvenir aux dépenses quotidiennes, les curés établissent
comme dans les autres paroisses des collectes le dimanche et celle dite de l’Enfant-Jésus, encore en honneur de nos jours. La population de la paroisse est alors de 342 âmes.
Le 24 avril de cette année, M. Louis Normant, Grand- Vicaire, visite Sorel. Il fait plusieurs ordonnances dont voici les principales : les comptes de Fabrique seront tenus selon la forme prescrite par le Rituel; on placera deux autres bancs dans l’église et, en plus, quelques chaises qui seront vendues à 30 sols par année; on ajoutera un confessionnal; on fera l’achat d’un bénitier portatif, de livres de chant; on fera doubler le tabernacle d’étoffe de soie et on couvrira de toile fine la pierre d’autel afin d’éviter la profanation et la rupture. Il enjoint également aux marguilliers de faire terminer la couverture de l’église.
Le dernier acte du Père Julien Rainville au registre est daté du 5 septembre 1741.
Le Père Ambroise Rouillard, récollet, prend charge de la paroisse au mois de décembre 1741. Durant son séjour il reçoit la visite de Mgr Henri Dubreuil de Pontbriand, évêque de Québec. Le Père Rouillard a pour successeur le Père Antoine Hervieux qui prend possession de la cure le 2 juin 1743, jour de la Pentecôte. Il est le sixième et dernier des récollets qui ont occupé la cure de Sorel. Il est remplacé par M. Charles Collet. Ce dernier a été ordonné prêtre le 23 septembre 1747. Un mois plus tard, il se rend dans la paroisse de Sorel. A son arrivée, il trouve les édifices religieux en mauvais état, le presbytère est à peine logeable, l’église petite, peu décente et peu digne de la Majesté divine. Ils ont besoin d’être reconstruits ou au moins réclament d’urgentes réparations. Telles sont les premières impressions que font sur le digne curé et l’église et le presbytère. Ce dernier, bâti depuis un demi-siècle,
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n’est plus habitable; faute de mieux le curé s’en contente durant un an, mais enfin, il se décide à remédier au mal. Au mois de décembre, il assemble ses paroissiens et les force à le recouvrir. On nomme des syndics pour surveiller ces travaux et chaque paroissien s’engage à payer sa quote-part pour ces réparations. Cependant, on montre peu de zèle pour s’acquitter de ces obligations, si bien que M. Collet prie le Commissaire Varin de publier une ordonnance enjoignant à tous de payer cette dette “sous peine de saisie de leurs biens meubles.” Malgré toutes ces injonctions, il se trouve des habitants qui ne veulent pas obéir. Un nommé Graveline, entre autres, se voit condamner à une amende de dix livres.
M. Charles Collet a une large part d’ennuis durant son séjour dans la paroisse. L’église en bois, bâtie depuis quinze ans à peine, n’est plus susceptible de réparations durables. Il s’en plaint à l’évêque de Québec qui, connaissant par ailleurs l’état de délabrement dans lequel se trouve le temple, adresse une lettre pastorale aux habitants de Sorel leur enjoignant de bâtir une nouvelle église. Dans cette ordonnance, en date du 1er mars 1749, l’évêque s’exprime ainsi. “Dès notre visite nous connûmes, Nos Très Chers Enfants, que votre église était dans un mauvais état, et nous comprimes la nécessité de faire de grandes réparations ou d’en entreprendre une toute nouvelle. Dès l’année dernière, nous vous avions exhortés d’y remédier si celui qui vous conduit ne nous eût fait espérer que vous vous porteriez de vous-mêmes à en bâtir une nouvelle.... Nous avons cependant appris que si nous étions témoins de l’état où elle se trouve nous défendrions d’y célébrer les saints mystères. Voudriez-vous donc nous obliger à vous faire cet affront et laisser à la postérité un monument qui ferait juger que
vous n’avez eu aucun zèle pour votre paroisse et que vous auriez méprisé un lieu respectable aux anges mêmes, un lieu saint où vous avez été régénérés dans les eaux du baptême, absous de vos crimes, nourris du corps adorable de Jésus-Christ et abreuvés de son sang précieux? Nous comptons faire la visite de votre paroisse en juin prochain. Nous vous avertissons que si nous trouvons l’église dans l’état qu’on le dit nous l’interdirons et.... nous défendrons d’y célébrer les saints mystères. Faites donc vos efforts pour exécuter le dessein que vous avez déjà pris d’en bâtir une nouvelle....”
Le 21 juillet, Mgr de Pontbriand arrive et il trouve les choses telles qu’on les lui a dépeintes. Le même jour, il rend une ordonnance dont voici les principaux points : Il faudra exécuter ces réparations sous un mois, sous peine d’interdiction ipso facto. M. Kerborio examinera, dans le temps, ces réparations, pour voir si elles sont bien faites. Il ordonne de vendre la terre de l’église et permet aux habitants de l’île Madame de faire partie de la paroisse. Il ouvre une répartition au montant de 3,377 livres. Les sieurs Félix Péloquin, Marc-Antoine Hué, jean-Baptiste Chevalier, Denis St-Martin, sont choisis pour recevoir les contributions de leurs coparoissiens.
Cette église est bâtie en pierre dans l’année 1750 sous la direction de M. Collet. Ce dévoué pasteur ne peut en prendre possession, car il quitte la paroisse le 30 août, laissant à ses voisins MM. Kerborio, de Berthier, et Duguav, de l’île Dupas, le soin de veiller sur ses ouailles.
Il y a alors une population de 700 âmes. On compte 145 hommes en état de porter les armes.
Le nouveau curé, M. Louis-Laurent Parent, fait son entrée à Sorel le 27 septembre 1750, en la solennité de Saint
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Michel. Il inauguré le nouveau temple et en fait terminer les travaux intérieurs. On y compte quarante-trois bancs, dont quatorze dans la rangée du côté de l’Évangile, onze tlans la rangée du côté de l’Épitre, neuf dans chacune des rangées du milieu.
Le 18 juillet 1751, sous la présidence de M. Collet, ancien curé, il y a assemblée des marguilliers anciens et nouveaux. Les syndics rendent leurs comptes et l’on constate qu'il y a un surplus de 942 livres. On décide en cette circonstance que M. le curé et les marguilliers feront exécuter un tabernacle en sculpture, une chaire, et qu’on enverra en France cent francs pour une chape, deux cents francs pour un ciboire, “doré en dedans”; on achètera un graduel, un antiphonaire, un psaultier in-folio, six chandeliers d’autels d’argent, de vingt pouces de hauteur, et un Christ proportionné, une croix des processions sans bâton, de cuivre, et un bénitier.... M. Collet reçoit la somme de 1,000 francs pour l’achat de ces objets du culte1.
L’église terminée, il faut entreprendre la restauration du presbytère. On s’adresse à l’intendant Bigot pour être autorisé à prélever une taxe légale qui servira à cette fin. Le 16 juillet 1754, l’intendant ordonne de le réparer si cela est possible ou de l’allonger. Au mois mai suivant rien n’a été fait encore. Mgr de Pontbriand, en visite pastorale, peut se convaincre lui-même de l’état pitoyable de cette maison ; aussi, laisse-t-il dans les Archives une ordonnance pour forcer les habitants à le reconstruire et ce, sous la menace de leur enlever leur pasteur “il n’est plus possible, ditil, à un missionnaire d’y loger et d’y demeurer.”
1 La Fabrique débourse pour le chœur et les balustrades 418 livres, pour la grande croix 24 livres, pour la façon du tabernacle 732 livres, et en frais de transport de ces derniers articles 142 livres.
L’ordre de l’évêque est formel; il faut bâtir ou la paroisse restera sans prêtre. Le 29 juin, une assemblée a lieu au presbytère. Le curé en explique le but : il s’agit de faire l’élection de syndics qui surveilleront les travaux de construction d’une nouvelle maison presbytérale en pierre, ainsi que l’ordonne l’évêque. Les paroissiens s’opposent à cette élection et ne veulent pas entendre parler “de bâtisse, alléguant qu’il leur en coûterait trop de bâtir un presbytère en pierre....” Le Père Pierre-Joseph Aubry, missionnaire des Abénaquis, jésuite, MM. Kerborio, curé de Berthier, Lataille, curé de l’île Dupas, Jean Defond, capitaine de la paroisse, J. -B. Cournoyer, J. -B. Cheval, Michel Lavallée, Louis Lavallée, Pierre Lavallée, Jean Le Roux-Provençal, ont signé au procès-verbal.
Le refus des paroissiens oblige M. Parent à faire des réparations temporaires au vieux presbytère, et il demeure au milieu de ses ouailles jusqu’au 24 juillet 1757. A partir de cette date, il n’y a plus de curé résident. C’est M. Lataille, curé de l’île Dupas, qui est chargé de la desserte de la paroisse jusqu’au 5 août 1759.
Après la retraite de M. Lataille, la paroisse demeure deux longs mois sans curé ni desservant. Le nom de son successeur, M. Joseph-Hippolyte Filiau, est mentionné pour la première fois dans les archives à la date du 7 octobre 1759. Il dessert en même temps l’île Dupas. Il est assez heureux pour voir enfin la construction du presbytère ordonnée, depuis douze ans. Occupe-t-il l’ancien tout en ruine ou loge-t-il chez des particuliers durant les huit premières années de son administration? Nous l’ignorons. Ce que nous apprennent les documents de l’époque, c’est que M. Etienne Marchand, Grand-Vicaire et curé de Boucherville, enjoint aux Sorelois, le 15 mai 1766, d’entreprendre la cons-
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truction d’un édifice de quarante pieds par trente, pour loger le curé. Le 5 juin 1766, les sieurs Drouet de Richardville, père et fils, et trente-cinq propriétaires “représentant la plus saine et majeure partie des habitants de Sorel, ont résolu de construire, durant l’été prochain, un presbytère conformément aux instructions du Grand-Vicaire, à côté de l’ancien, sur le terrain du missionnaire, auprès de l’église”. Chacun des propriétaires doit fournir sa quote-part de matériaux, journées et deniers, à l’exception des habitants de la côte St-Joseph dite le Pot-au-Beurre, lesquels, en considération du nouvel établissement, ne paieront que la moitié des charges. Les sieurs J.-Bte St-Martin, Antoine Joly et Pierre Lavallée, sont nommés syndics.
Le 20 novembre 1766, M. le Grand-Vicaire Marchand permet, dans une ordonnance, de bâtir le presbytère en bois, vu la rareté de la pierre. Le 25 novembre, le sieur James Cuthbert, juge de paix et seigneur de Berthier, homologue cet acte de délibération, et le 3 avril 1767, Samuel Mathew, de St-Denis, juge de paix, recommande aux habitants de l’exécuter sous peine d’amende. Une maison curiale est donc construite dans le cours de l’été et bénite le 13 octobre. Cette construction fut mal faite, puisque treize ans plus tard tout était à recommencer.
A M. Filiau incombe la lourde tâche de rebâtir l’église, bien que celle actuellement existante n’est construite que depuis vingt ans. Le 3 décembre 1769, il y a assemblée des francs-tenanciers de la paroisse, et le curé expose le besoin où ils sont d’édifier un nouveau temple. Tous approuvent le projet, et les sieurs Pierre Latraverse, Charles Cournoyer, Louis Lemoyne et Jacques Vandal sont élus syndics. Le contrat est accordé au sieur Noël Lamothe dit Laramée, qui s’engage à bâtir une sacristie de dix-huit pieds
par douze, à refaire le mur de l’église et à le relever d’un pied, pour la somme de 500 chelins. De son côté, le sieur Jean Cartier, maître charpentier, entreprend les ouvrages de charpente pour 700 chelins. L’église subit de telles transformations qu’à la fin des travaux elle présente l’aspect d’un bâtiment tout à fait neuf. Elle est livrée au culte vers la fin de l’année 1770.
M. Filiau exerce le saint ministère dans la paroisse jusqu’au 18 septembre 1775. Il rend de précieux services à la cause française. Si les habitants se sont montrés quelque peu négligents pour exécuter les travaux ordonnés par les autorités religieuses, il faut bien dire que, durant les dernières années du régime français, la colonie traversait une crise terrible. Il leur fallait non seulement songer à bâtir des établissements religieux, mais encore se pourvoir contre les attaques des ennemis. Déjà, en 1752, le célèbre Franquet avait mis en garde les autorités du pays et leur avait donné des avis très sages afin de mettre le fort sur un pied de défense. De St-Ours, il s’était rendu à Sorel : “Je m’arrêtai dit-il, chez le curé, pour visiter une enceinte de pieux que je jugeais entourer le fort du lieu. Je ne me trompais point. Je la parcourus en dehors; les pieux de douze pieds de hauteur sur dix à douze de diamètre sont serrés l’un contre l’autre et la figure qu’ils forment ressemble à un carré long bastionné aux angles de manière que toutes les parties sont vues et défendues. L’église, la maison du curé et celle du seigneur y sont renfermées et l’espace suffit aux habitants pour y réfugier au besoin les femmes, les enfants et leurs effets les plus précieux, mais on néglige aujourd’hui cette enceinte et il arrivera que quoique les pieux soient de cèdre, on sera obligé, à une prochaine rupture avec les Anglais, de la renouveler entièrement. Mon avis serait que comme
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les bois deviennent chers par leur éloignement, et que les difficultés de s’en procurer augmentent tous les jours, que dans tous les endroits où semblables forts sont établis, on les entretînt soigneusement, et qu’à mesure qu’un pieux tombe en caducité, il fût aussitôt remplacé, et que, dans ce cas, pour rendre à celui-ci sa première défense, on éloignât l’enceinte de dix-huit pieds de l’église, afin d’ôter la facilité que présente son état actuel d’y entrer par les fenêtres1.”
Ces conseils venaient à leur heure. La Nouvelle- France traversait, quelques années plus tard, les épreuves de la guerre dont l’issue devait la faire passer au pouvoir de ses ennemis. Malgré les efforts surhumains des soldats et des habitants du Canada pour défendre leur patrie il fallut se rendre. Tous les hommes valides en état de porter les armes se mirent sous les drapeaux. La seigneurie de Sorel fournit 145 hommes au-dessus de quinze ans, ce qui fait supposer qu’il pouvait y avoir alors 700 âmes. En 1755, les Sorelois voient partir les troupes françaises, traînant les quelques engins de guerre démodés que le gouvernement a ordonné de transporter à St-Jean, afin de protéger cette place. Sur la rive gauche du Richelieu, près de l’église, on établit un poste de défense et l’on y place une garnison de 500 hommes. M. le curé Filiau dirige les travaux de retranchements; enfin, un peu plus haut, un fort de pieux est construit et garni de quelques petits canons. Bourlamaque arrive de St-François pour commander les troupes. Sur ces entrefaites, Québec tombe au pouvoir des Anglais et la flotte de Murray remonte le fleuve jusqu’en face de Sorel. Là, elle doit s’arrêter, car une longue chaîne, placée par les habitants, barre le chenal principal. Il faut deux
1 Voyage de Franquet en 1752.
heures pour enlever cet obstacle; alors seulement la flotte peut aller jeter l’ancre vis-à-vis l’embouchure du Richelieu. Peu après, trois vaisseaux anglais, commandés par Lord Rollo, vont aussi mouiller près de Sorel1 On rapporte qu'un soir le curé Filiau se rendit faire une visite au noble Lord. On peut croire que l’échange de politesses fut de courte durée. Après les saluts d’usage, le curé revient chez lui. Le lendemain, les vaisseaux sont attaqués par une si vive fusillade qu’ils sont obligés de s’éloigner. Cependant Murray, désireux de faire une descente, envoie un parti de soldats à environ un mille au-dessous du village. Les barbares brûlent les maisons et causent des dégâts considérables dans toute la paroisse. Lord Rollo s’acquitte de cette besogne de son mieux, puis remonte le fleuve pour attaquer le fort. Ayant échoué dans ses projets, il tente d’amener les P'rançais à la soumission par des promesses. Il ne peut y réussir. Découragé, il continue sa route jusqu’à Montréal. Sorel est sauvé. Bourlamaque, peu après, se rend à Longueuil pour secourir les soldats du sieur de Roquemarre et empêcher les troupes anglaises d’opérer leur jonction avec celles du lac Champlain, en prenant le chemin de Chambly, puisqu’elles n’ont pu prendre celui du Richelieu. Profitant de l’éloignement des troupes françaises, Murray fait débarquer un détachement de cinq à six cents hommes à Varennes ; ils s’y retranchent et s'empressent de désarmer les habitants de la rive gauche du St-Laurent jusqu’aux environs de Sorel. Un grand nombre de maisons sont brûlées dans le but d’éloigner les quelques miliciens qui auraient tenté de s’y réfugier. Murray n’y trouve que des vieillards, des femmes et des enfants. Il les laisse sans abri et
1 Collection de Documents et Manuscrits , IV, pp. 298, 299. Voir: W. Chapman : Les invincibles — Le Sorelois illustré.
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plusieurs même sans vie. Il continue sa route jusqu’à Montréal. A son tour, cette place tombe aux mains des Anglais. La puissance française au Canada devient alors chose du passé. Les Canadiens ne peuvent croire à leur malheur. Ils espèrent que la France reprendra la colonie et, durant un an, ils vivent dans cette illusion. Au traité de Paris, les familles des fonctionnaires publics, la plupart de vieille noblesse, quittent la colonie et retournent en France. Il en est ainsi de la famille seigneuriale de Sorel, les de Ramezay, qui vendent leur beau domaine au sieur Jean Bonfield, pour la somme de 24.000 livres, le 9 mars 17641. C’est en pleurant que les Canadiens voient partir le drapeau fleurde-lisé qui disparaîtra pour jamais, vingt-cinq ans plus tard, dans la tourmente de la Révolution.
1 Archives du Palais de Justice, Québec : Saillant, notaire. Ces domaines passèrent au sieur John Bestwreck, le 6 mars 1765; et aux sieurs Greenwood et Higginson, exécuteurs testamentaires de ce dernier.