CHAPITRE XI
Les curés de Sorel: M. Pierre-René Martel. — M. Louis-Gabriel Lenoir-Rolland. — M. François Boissonnault. — La guerre de 1812. — Loyauté des Sorelois. — M. René-Olivier Bruneau. — M. René- Pierre Joyer. — M. Pierre Bourget.
Pendant que ces événements se produisent chez les loyalistes, la paroisse catholique passe sous l'administration de plusieurs curés. Au mois de septembre 1775, quelques jours seulement après son ordination, M. Pierre-René Martel est nommé, par son évêque, curé de Sorel et de Pile Dupas. Né du mariage de M. Pierre Martel et de Dame Marie-Anne Roy, le 27 novembre 1751, à St-Antoine-sur- Richelieu, ce bon prêtre occupa la cure durant vingt-neuf ans. Il assiste à la guerre de l’indépendance américaine et voit sa paroisse plusieurs fois envahie par les troupes anglaises ou rebelles.
Les 16 et 17 juillet 1788, Mgr François Hubert visite Sorel et il confirme un grand nombre de personnes. Cette année, les récoltes manquent. La famine fait souffrir presque toute la population du pays. Dans le cours du mois de février 1789, nombre de familles n’ont pas même le nécessaire et ne peuvent réserver les grains destinés aux semailles du printemps. Dans cette extrémité, l’évêque de Québec, pour venir en aide à ses ouailles en détresse, écrit une lettre à seize curés et les engage à subvenir de leur
DE SES ORIGINES À NOS JOURS
mieux aux plus nécessiteux. Le curé de Berthier, M. Jean- Baptiste Pouget, et M. Martel, de Sorel, reçoivent en même temps l’autorisation d’employer la moitié des argents déposés dans le coffre de la Fabrique et, avec le consentement des marguilliers, de faire une distribution judicieuse de ces diverses sommes. Au témoignage de l’évêque, plusieurs curés renoncent à leurs dîmes pour secourir leurs paroissiens éprouvés. Pour sa part, la Fabrique distribue aux plus pauvres la somme de 3,175 livres, tant en billets qu’en monnaie, afin de les aider à se pourvoir de grains de semence.
Durant la guerre anglo-américaine, les Sorelois manifestent publiquement leurs sentiments de loyauté envers la couronne britannique. Sur l’ordre du gouverneur, ils sont forcés de livrer leurs armes. Bientôt la saison de chasse arrive; ils s’adressent alors à Robert Jones et le prient d’intercéder pour eux auprès du gouvernement pour obtenir la remise de leurs fusils. Jones s’acquitte de sa mission fidèlement. Dans une belle lettre, il témoigne de la conduite loyale des habitants de la seigneurie.
“Monsieur,
“J’ai été prié par les habitants du Chenal du Moine “de la paroisse de Sorel, de placer sous les yeux de Son Excellence le Gouverneur-Général le mémoire ci-inclus le “priant de leur rendre les armes qu’on leur a enlevées du- “rant la dernière rébellion. Dans cette partie de la paroisse “tous sont chasseurs; la plupart se nourrissent du gibier “qu’ils tuent le printemps et l’automne.
“Je puis dire que je ne connais pas un homme dans “cette seigneurie qui a montré, en quelque manière, des “marques de déloyauté ; tous étant très obéissants et soumis
“si l’on excepte deux ou trois dans la ville qui ont été soupçonnés. C’est un fait connu que, durant l’expédition du “général Bourgoyne, il s’est rencontré plus de volontaires “dans Sorel que dans toute autre partie du pays. On les a “gratifiés de provisions pour trois ans et d’une concession “de terre.
“J’ai l’honneur d’être votre serviteur,
Jones.”
Pour reconnaître une conduite si digne d’éloges, le gouverneur ne se contente pas d’ordonner la remise des armes mais, le 14 juillet 1789, il accorde au curé et à ses successeurs une terre de soixante âcres.
Le 21 janvier 1775, a lieu la sépulture de Jean-Armand Drouet de Richardville, mort à quatre-vingts ans. L’inhumation a lieu dans l’église. Cette famille, on le voit, n’est pas encore éteinte à cette date puisqu’un autre Drouet, le 31 juillet de la même année, fait baptiser un fils sous le nom de Joseph1.
Charles de Couagne, autre représentant de la noblesse soreloise, fait baptiser, le 7 août 1777, une fille, Marie- Louise, issue de son union avec Delle Marie Trudel.
Le 5 juin 1781, a lieu dans l’église, du côté de l’Épitre. l’inhumation de M. Pierre Martel, père du curé de Sorel, décédé à l’âge de 73 ans. M. le curé Pouget chante le service. Le 2 janvier 1782, dans l’église, Jean-Baptiste Hus- Cournoyer, est inhumé sous son banc, dans la rangée du milieu du côté de l’Évangile. Le défunt était capitaine de milice de la 1ère compagnie et âgé de 77 ans. Le 25 février de la même année, un autre officier de la même com-