L’honorable Adélard Sénécal mourut le 11 octobre
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trats qu’il a conclus avec la compagnie Richelieu-Drummond-Arthabaska. De son côté, la compagnie du Chemin de Fer Sud-Est, représentée par MM. Valentine Cook, de Wendover, Edward-John Hemming, de Wickarn, William Watts, de Drummondville, garantit tous les ouvrages déjà exécutés, et s’engage à compléter la voie ferrée non avec des lisses de bois mais avec des lisses d’acier. Elle donne, en plus, un billet promissoire de 90,000 piastres. Par ce contrat, passé au bureau du notaire A. Phillips, à Montréal, le 12 novembre 1872, la première compagnie abandonne à la seconde son chemin de fer, dont le parcours va de Sutton à Sorel, pour une durée de quatre-vingt-dix-neuf ans. L’inauguration a lieu le 10 mars 1879. Deux autres projets de voie ferrée sont mis à l’étude plus tard, le premier devant relier St- Jean et Sorel, en passant par les belles paroisses du Richelieu, le second Chambly et Sorel, mais l’un et l’autre sont abandonnés. On leur a substitué la ligne encore existante de nos jours qui va de Nicolet à St-Lambert et qui sera probablement prolongée jusqu’à Lévis. Les intérêts de cette compagnie, qui porta le nom des Comtés- Unis, passèrent plus tard à la compagnie Delaware & Hudson. La voie s’étend encore d’Iberville à Sorel et passe par St-Hyacinthe.
Pour couronner cette oeuvre utile, le 8 juillet 1896, on érige un pont en fer de 500 pieds de longueur, sur les deux rives du Richelieu, entre la ville et la paroisse de Saint- Joseph. Les citoyens souscrivent, par leur Conseil, la somme de 50,000 piastres. Un Sorelois, M. Hyacinthe Beauchemin, l’âme de l’entreprise, obtint le contrat de construction; M. James McCarthy, ingénieur habile, aussi de Sorel, eut la surveillance des travaux. En dépit des dépenses extraordinaires faites pour aider à la construction de
cette voie ferrée, la ville de Sorel ne paraît pas avoir bénéficié comme elle l’aurait dû de tous les sacrifices qu’elle s’est imposés. Son commerce souffre encore et l’on se rend compte que les compagnies ont relégué au second plan non seulement les intérêts des Sorelois, mais encore ceux des autres paroisses de cette partie pourtant si intéressante du pays.
On peut dire que Sorel, dès 1858, prit les allures d’une ville. La Gazette de Sorel, le 8 juin, publiait l’entrefilet suivant, dans lequel son auteur salue avec enthousiasme les progrès déjà accomplis : “En moins d’un an, écrit-il, nous voilà avec une Cour de Justice en pleine opération, un marché en construction, un Palais de Justice et une prison à l’état de projet... On parle même de publier une feuille en langue anglaise....” L’auteur de cet article signale une amélioration importante : le Conseil a fait inscrire les noms des rues dans les deux langues, mais, ajoute-t-il, “celui qui a fait cette besogne n’est pas un traducteur émérite des langues vivantes, autrement il aurait écrit Rue du Roi au lieu de Rue King, Rue du Prince au lieu de Rue Prince, Rue de la Reine au lieu de Queen.... Ce mélange de français et d’anglais a un singulier effet....” Le même chroniqueur félicite les citoyens qui ont le bon goût de planter des arbres dans les rues si bien faites pour recevoir ces ornements. “Dans quelques années, ces rues larges et belles, bordées d’arbres, chargées de verdure, feront de notre ville un magnifique bocage. Faisons donc des plantations partout en vue de ces avantages.” Ce vœu a été entendu.
Le 24 juin 1858, la ville célèbre avec éclat la fête de la St-Jean-Baptiste. Dès 5 heures du matin, la voix des canons se fait entendre et, d’heure en heure, retentit jusqu’au soir. A 9 heures, il y a défilé de chars allégoriques,
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par les rues décorées avec soin. M. l’abbé O’Donnell, alors desservant, donne le sermon de circonstance.... A deux heures a lieu un grand pic-nic; le soir, un bal à l’Hôtel de ville et une illumination féérique terminent la fête.
Lors de l'invasion des Féniens, le patriotisme des Sorelois se manifeste par des actes. Le 25 décembre, à l’Hôtel de ville, il y a une assemblée enthousiaste. Huit cents personnes répondent à l’appel du maire M. Crebassa. Les sieurs Gouin, Armstrong, Lanière, Kittson, haranguent la foule: “Jurons, s’écrie l’un des orateurs, jurons, la main sur le cœur, d’être fidèles à la mère-partie et dévoués jusqu’à la mort, pour la défense de notre pays.” Des résolutions de circonstance sont formulées et adoptées. “Les habitants de Sorel, y est-il dit, se rappelant les beaux faits d’armes de 1812, sont prêts à se lever et à marcher contre l’envahisseur...., espérant que le Très-Haut, qui tient la destinée des nations entre ses mains, bénira nos armes et permettra que nous ajoutions d’autres lauriers à ceux remportés dans la dernière guerre par les braves hommes qui ont alors maintenu l’honneur du pays....” Les citoyens adressent au gouverneur-général ces résolutions empreintes de parfait loyalisme.
A cette époque, il y a une population de 3,345 habitants : 3,238 Canadiens d’origine française; 1 Écossais, 7 Irlandais. Les choses sont changées depuis le temps où les loyalistes dirigeaient les destinées de la ville!
En 1862, le conseil accomplit une démarche vraiment patriotique : il prie le gouvernement de substituer au nom William-Henry, que la ville a porté depuis sa fondation, celui de Sorel, afin de rappeler ainsi le nom du fondateur de la seigneurie. Cette faveur est accordée : William-Henry devient la ville de Sorel.
C’est encore en 1861 que les ingénieurs royaux, pour répondre au désir de la population, consentent à ouvrir la rue du Roi.
Deux hommes se sont partagé les honneurs de la mairie depuis 1848 : M. Jean-Georges Crebassa1 et M. Jean- Baptiste Lanière. Le premier a été maire de 1848 à 1855 et de 1858 à 1862, et le second, de 1855 à 1858 et de nouveau de 1862 à 1864.
Le 31 décembre 1861, le maire Crebassa fait ses adieux à ses collègues. Ils s’empressent de lui présenter des résolutions pour le remercier des services éminents qu’il a rendus à la ville durant quatorze ans. On lui décerne aussi le titre flatteur de père de la Cité. Ces résolutions, adoptées définitivement en séance régulière du nouveau conseil, le 28 janvier 1862, seront d’un grand secours à M. Crebassa quand il aura à lutter contre son concurrent, M. Georges-Isidore Barthe, dont nous parlons plus loin.
M. Robert Henry Kittson, marchand, administre la chose publique de 1864 à 1867. Il meurt au mois d’octobre 1887, à l’âge de 70 ans. A sa mort, il était inspecteur des poids et mesures.
Le 28 mars 1864, une émeute éclate dans la petite ville, d’ordinaire fort paisible. En voici la cause. Un certain Augustin Belvalle, étant recherché par Henry Mountain, connétable, se trouve, vers les 3 heures de l’après-midi, chez
1 Jean-Georges Crebassa épousa Delle Mary Walker. Son contrat de mariage, en date du 17 juin 1850, fut rédigé par M. L.-O. Gendron, notaire. M. Crebassa fut inhumé le 2 janvier 1891. Il avait 66 ans. Quant à Jean-Georges Crebassa, fils, qui fut secrétaire-trésorier de la ville un grand nombre d’années, il était fils de Narcisse-Darminault Crebassa, qui exerça la profession de notaire de 1832 à 1846 et petit-fils de Henry Crebassa. Il mourut à l’âge de 72 ans, et fut inhumé à Sorel, le 20 octobre 1912.
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r ex-maire Jean-Georges Crebassa. Le constable chargé de faire l’arrestation se rend à la demeure de ce dernier, où une foule considérable s’est rassemblée. L’officier présente le mandat d’amener à Belvalle. Crebassa intervient et conseille à celui-ci de ne pas se laisser arrêter. Sur ce, la foule se rue sur l’officier de justice, le frappe et l’empêche d’arrêter l’accusé qui prend la fuite, mais qu’on ne tarde pas à saisir et à conduire à la geôle. Vers 8 heures du soir, deux à trois cents hommes, armés de bâtons et guidés par Jean-Georges Crebassa, se dirigent vers la prison. Octave Boucher, qui en est le gardien, leur défend d’y pénétrer. Crebassa persiste à vouloir y entrer. Boucher ferme les portes ; les assaillants se mettent à frapper avec leurs bâtons à coups redoublés et à lancer des projectiles contre la maison du conseiller Louis Beauchemin. Ils ne peuvent délivrer le prisonnier, ce qui exaspère la foule.
Comme ces rassemblements menacent la paix publique, le maire Kittson se croit justifié de signer une proclamation défendant de tenir des assemblées. Le Shérif Chevalier, de son côté, lit au peuple le Riot act. M. Crebassa, lui-même arrêté pour mépris des lois de la justice, subit une enquête préliminaire et il est condamné à comparaître aux assises criminelles du terme judiciaire suivant. Le 29 mars 1864, Robert-Henry Kittson, maire, Jacques-Félix Sincennes, juge de paix, sur les affidavits des sieurs Henry Mountain, constable, Octave Boucher, geôlier, Louis Beauchemin, mécanicien et l’un des conseillers de la ville, Pierre-Rémi Chevalier, Shérif, nomment vingt constables spéciaux pour protéger la propriété publique et privée et faire garder la paix. Cette émeute a son dénouement aux assises criminelles. Le 21 novembre 1864, presque toute la population se porte au Palais de Justice. Crebassa, qu’on a laissé en liberté sous
un cautionnement raisonnable vu sa qualité d’ancien magistrat, déjoue l’attente générale; il n’apparaît pas devant ses juges et il est en défaut à l’appel du crieur. On dispose alors de la personne de Belvalle ; il est condamné à trois mois de prison pour sa première offense, et à quinze piastres d’amende pour avoir résisté à l’autorité. Quant à M. Crebassa, en dépit d’un mandat émané contre lui, sans se soucier des menées des magistrats et fort du verdict populaire, il se présente comme candidat aux charges municipales en remplacement de M. McCarthy qui vient de résigner sa charge. Un M. Grenier, qui est également sur les rangs, est bien étonné à la nouvelle de cette démission, en voyant surgir la candidature de Crebassa. Il n’en continue pas moins la lutte, mais il est vaincu.
La victoire remportée par M. Crebassa ne devait pas l’exonérer aux yeux de la Justice. Il comparait le 20 mars 1865, devant l’honorable juge Jean-Thomas Loranger; malgré un plaidoyer éloquent, il est trouvé coupable et condamné à trois mois de prison.
En 1871, plusieurs centaines d’Irlandais, de Montréal, venus à Sorel par bateau, sont la cause d’une bagarre fatale. Un citoyen de la ville et plusieurs excursionnistes perdent la vie. Des femmes violent l’église paroissiale et M. le curé Dupré est obligé d’en enlever les Saintes Espèces.
Le 17 août 1882, nouvelle bagarre, due encore à des Irlandais, de Montréal. Ils se conduisent avec une extrême insolence. Ils détruisent les fleurs dans les parterres et saccagent tout ce qui leur tombe sous la main. Les Sorelois indignés font voler pierres et briques. Toutes les fenêtres du bateau le Trois-Rivières ont été brisées. Une jeune fille tombe à l’eau, mais elle est sauvée par M. Deligny Boucher.
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Les années suivantes voient s’accomplir des événements importants. Le 1er septembre 1868 a lieu l’ouverture du couvent, le lendemain, l’inauguration du collège du Sacré- Cœur.
En 1871, MM. Labelle, Vignault, Chevalier, achètent des terrains sur le bord du fleuve pour y bâtir des quais et faire le commerce du bois. L’établissement coûte 20,000 piastres. Le 17 septembre 1872, quelques citoyens influents fondent une Société de Construction, ce sont : MM. A.-A. Taillon, A.-D. de Grandpré, Cyrille Labelle, P. Guévrernont, Charles Gill, Aimé Roy, Léon Leduc, Hubert Piché, L.-Z. Gauthier, Hyacinthe Beauchemin, H. -R. Turgeon, Jean-Baptiste Brousseau. Bientôt l’on voit s’élever de belles résidences, entre autres celles de MM. Précourt, Labelle, Mathieu et Beaulieu.
La population de la ville est de 5,636 âmes, celle de la paroisse de 3,446. Le 19 juillet 1873, le Conseil fait l’inauguration d’un aqueduc destiné à fournir aux citadins l’eau potable et à les protéger en cas d’incendie. Les travaux ont été exécutés par les frères Beauchemin, Philippe, Moïse et Hyacinthe, de la maison importante de ce nom ; ils ont construit une maison en brique et procédé à l’installation des bouilloires et des pompes d’une capacité de 50,000 gallons à l’heure. Leur contrat leur accordait 12,000 piastres. Une fois complété, le système d’aqueduc coûta la jolie somme de 40,000 piastres. Le terrain sur lequel l’aqueduc a été érigé fut loué à la ville par le gouvernement, à raison de quatre piastres payables annuellement. Le bail est pour une durée de quatre-vingt-dix-neuf ans.
L’éclairage au gaz remplaça le système des lampes à pétrole dans les rues trois ans plus tard. Depuis le 29 octobre 1855, une compagnie s’est formée dans le but de doter
la ville de cette importante amélioration. MM. Jean-Georges Crebassa, François Gervais, Daniel McCarthy, Robert Hunt, Joseph-Octave Duplessis, le 5 juillet 1858, avaient obtenu déjà du Conseil de ville l’autorisation d’installer des conduites dans toutes les rues. Ce projet, bien que lent à être ralisé, fut mené à bonne fin. Le 6 novembre 1876, à la grande joie de la population, toute la ville apparaît illuminée pour la première fois. Le coût des usines s’éleva à la somme de 8,750 piastres.
Tout en créant ces institutions utiles et en les favorisant, le Conseil de ville sait encore fournir au peuple l’occasion de s’amuser. Disons sans tarder que des jeunes hommes de talents, des dames et demoiselles, de temps à autre, donnent des séances, des concerts, pour des fins de charité. Les profits vont tantôt aux pauvres, tantôt au collège ou à d’autres œuvres recommandables. Il est intéressant de parcourir sur ce sujet les journaux du temps. On y lit des noms biens connus qui rappellent des citoyens distingués, maintenant disparus. A la date du 20 février 1879, à l’Hôtel de ville, on jouait Le Château des Sept-Tours. Les acteurs étaient MM. E. Crépeau, Charles Dorion, E. Maurault, A. De Grandpré, A. Gagnon, W.-H. Chapdelaine, L.- P.-P. Cardin, C. Harpin, J. Dauphinais, J. Raiche, H. Vilandré, A. Roy, A. Paradis, Dlle J. Roy, Dlle E. Phillipps. Le 20 mars, à la représentation d’une Nuit de Noël , on voit au programme les noms des Déliés Lacroix, Anna Charbonneau, Joséphine Roy, Cartier, Des jardins, Paulet, Anna Desjardins et de Mme Fosbroke. Il nous est impossible de dresser la liste complète des amateurs de Sorel qui ont participé aux œuvres de charité.
La Fanfare, fondée vers 1877, donna le 19 avril de cette année, une représentation à l’Hôtel de Ville. On y
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joua Félix Poutre. Qu’on nous permette de mentionner les noms des acteurs: Frs Allard, A. Trempe, Joseph Dauphinais, C. Germain, G. Dauphinais, P. Girard, O. Fréchette, E. Boucher, Ls Laliberté, A. Garceau, T. Duplessis, G. Patenaude, A. Langlois, A. Fréchette, A. Casaubon. Ce fut, paraît-il, un succès.
Le Conseil de ville ayant fait ériger un kiosque au centre du Parc-Royal, le 12 juin 1879, la Fanfare y donne un premier concert en plein air. Le 15 juin, celle du collège, à son tour, exécute un beau programme. Les citadins sont là pour applaudir le talent des jeunes artistes.
Le 24 juin, la Saint- Jean-Baptiste est célébrée avec solennité. On y voit un long défilé de chars allégoriques ; rarement fête eut plus de succès. Le 23 septembre 1884, Sir Hector Langevin, Ministre des travaux publics, vient poser la première pierre des édifices de la Poste et des Douanes. C’est grande solennité, le maire Germain ayant invité à décorer les rues pour la circonstance. Il y a présentation d’adresses, discours, banquet, et le soir, feu de joie et illumination de la ville.