‹ Histoire de SorelChapitre 32 sur 64 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Les maires. — M. Georges-Isidore Barthe. — Son origine. — Sa carrière. — Dernières années de sa vie. — Michel Mathieu. — Amédée Gagnon. — Adolphe Germain. — Napoléon-Hormidas Ladouceur. — Alphonse-Antoine Taillon. — L’honorable J. -B. Guévremont. — Louis Morasse. — C.-H. Paradis. — Hyacinthe Beauchemin. — Jean-Baptiste-Théodore Lafrenière. — Le journalisme à Sorel. — Charles Gill, peintre et poète. — L’Hon. M. Arthur Cardin.

M. Georges-Isidore Barthe qui, durant neuf ans, eut la direction des affaires de la ville, naquit à Ristigouche, sur la baie des Chaleurs, le 16 avril 1835, d’une famille originaire de Toulon, France1. Son père, le capitaine Barthe, a joué un rôle politique assez important à Carleton, comté de Bonaventure, au temps de Robert Christie. Sa mère, Dame Marie Tapin, appartenait à l’une des vieilles familles de Québec et des Trois-Rivières.

Georges-Isidore Barthe eut pour professeur particulier M. Olivier Caron, ancien curé de St-Prosper, devenu plus tard Grand-Vicaire du diocèse des Trois-Rivières. Il ter-

1 Alexis Barthe, fils de Jacques Barthe et de Marguerite Béranger, s’établit à Carleton, comté de Bonaventure. Il épousa, le 17 février 1784, Louise-Françoise Poisset, fille de Thomas et de Marie- Anne Lambert. Il mourut en 1807, à l’âge de 48 ans. Un de ses fils, Joseph Barthe, capitaine au long cours, se noya en 1855, par une nuit de tempête, en revenant de chez son fils, le capitaine Honoré Barthe. Dans sa chaloupe, attachée à son vaisseau ancré sur le fleuve, on ne trouva que sa casquette.

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mina ses études au collège de cette ville. Admis au Barreau en 1855, il s’y établit et fit du journalisme. Il publia le Bas- Canada, dirigé d’abord par son frère, Joseph-Guillaume Barthe, et par Odilon Doucet. Le grand incendie des Trois- Rivières étant survenu lors de la création du district judiciaire de Richelieu, M. Barthe abandonna la publication de son journal et transporta son étude à Sorel. Il avait à peine atteint vingt et un ans. Plein d’ambition et débordant d’activité, il désire doter sa patrie d’adoption d’un bon journal. Le 13 juin 1857, il fait part de son projet à M. Jean-Georges Crebassa. Il lui montre toute l’importance de cette fondation pour le développement de la ville. Il met le matériel de son imprimerie à la disposition des amis de l’œuvre, et sans retard, le 13 août de la même année, il publie le programme du nouveau journal: la Gazette de Sorel. Cette feuille portera les couleurs libérales, mais sans fanatisme, “avec indépendance de tous les partis. Elle travaillera à promouvoir l’avancement de Sorel et du district, surtout à l’établissement d’une voie ferrée.”

M. Barthe fut fidèle à ses engagements. Toujours, il appuya les bonnes causes. Le collège, l’hôpital, le couvent, n’eurent pas d’amis plus dévoués. M. le chanoine Millier, dans une lettre datée du 3 avril 1876, lui rend ce beau témoignage.

“Mon cher Monsieur,

“Je vois avec plaisir que vous êtes encore sur la “brèche, combattant avec énergie dans les intérêts de Sorel “et du collège de cette localité, en particulier, voulant obte- “nir un terrain pour y asseoir une bâtisse qui puisse répondre aux besoins de votre florissante ville et des paroisses “avoisinantes.

“Laissez-moi vous féliciter de vos efforts désintéressés “en cette circonstance comme en celle où vous vous êtes “acquis la reconnaissance de THopital dans l’obtention du “magnifique terrain qu’il possède maintenant. Au reste, “ce n’est que justice de ma part de reconnaître que, pendant “tout mon séjour à Sorel, vous vous êtes toujours montré “un défenseur constant de nos intérêts religieux. En vous “souhaitant succès dans votre noble entreprise,

“J’ai l’honneur d’être comme toujours,

“Votre tout dévoué,

H. MILLIER, Ptre.”

M. Barthe fut le plus rude adversaire de M. Crebassa. Il attaqua l’administration de ce dernier avec tant de véhémence qu’il remporta la victoire et conserva les honneurs de la mairie durant neuf ans. Ses dénonciations eurent pour effet de pousser le Conseil à intenter une poursuite contre l’ancien maire. Un événement imprévu mit fin au litige. Depuis l’établissement de la ville, les anciens citoyens avaient été sous l’impression que les lots concédés par le gouvernement devaient être libres de toute rente seigneuriale, qu’ils les possédaient en franc et commun socage. Des documents appuyaient ces prétentions et prouvaient en outre que la ville avait la jouissance de la commune. M. Crebassa, qui avait en mains plusieurs pièces importantes, s’offrit de mettre ses lumières au service de ses concitoyens. Il consentit en outre à céder à la ville l’une de ses propriétés et à travailler de son mieux à éclaircir le point en litige. De son côté, la ville abandonnait ses poursuites contre lui. Entre-temps, le gouvernement nomme une commission chargée de faire une enquête ; elle est formée des honorables Olivier Sanborn, Le Tellier de Saint-Just, Bureau et Gué-

L’Hôpital et l’Orphelinat.

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vremont. Le 29 avril 1870, le sénateur Guévremont, un Sorelois, dans un rapport très élaboré, renverse les espoirs de ses concitoyens. La ville en fut quitte pour payer sa quote-part des frais occasionnés par cette troublante affaire.

A la mort de M. John McCarthy, en novembre 1870, M. Barthe, revenu à Sorel, est élu député pour le comté de Richelieu, à la Chambre des Communes. Défait en 1872, il est réélu en 18741 et conserve son mandat jusqu’en 1878.

Candidat malheureux en 1880 et en 1882, il quitte Sorel et retourne aux Trois-Rivières2. En 1897, il devient greffier du journal français de la Chambre des Communes. Il meurt le 11 août 1900. A sa mort, le Conseil de ville vote des résolutions de condoléances qu’il adresse à sa famille en rappelant les bons services de celui qui fut l’un des plus sympathiques et les plus dévoués de ses premiers magistrats3.

M. Michel Mathieu recueillit les honneurs de la mairie en 1876, et les conserva jusqu’en 1882. Il était né à Sorel, le 20 décembre 1838, du mariage de M. Joseph Mathieu, cultivateur, et de Dame Edwidge Vandal. Ses études classiques terminées au Collège de St-Hyacinthe, il fit sa cléricature chez le notaire Jean-Georges Crebassa. Admis à

1. Le 1er janvier 1877, les élèves de l’Académie du Sacré-Cœur lui présentent un cadre renfermant un plan du fort Richelieu, envoyé par M. Talon avec sa dépêche du 11 novembre 1666. M. O. Matton, au nom de ses confrères, fait cette présentation.

2. De 1857 à 1882, M. Barthe publia, outre la Gazette de Sorel, le Journal des Cultivateurs et The Sorel Pilot. Aux Trois-Rivières, il ressuscite L’Ere Nouvelle et publie The Canadian Democrat. Il est l’auteur d’un roman intitulé : Drames de la vie réelle.

3. Il laissait trois fils. Arthur, qui devint agent d’Assurances à Montréal, Jean-Baptiste-Meilleur Barthe, sergent d’armes de l’Assemblée Législative, à Québec, Georges-René, mort en ces derniers temps, à Ottawa, capitaine de milice, et deux filles : Déliés Blanche et Alice, d’Ottawa.

la pratique du notariat le 20 janvier 1864, il se livra ensuite à l’étude du droit. Le 11 juin 1866, il fut nommé Shérif du district de Richelieu en remplacement de M. Pierre-Rémi Chevalier, démissionnaire, et il conserva cet emploi jusqu’au 14 août 1872, époque où il entra dans la politique. Cette même année, il défit M. Barthe et fut élu membre de la chambre des Communes, à Ottawa, mais fut battu à son tour en 1874. L’année suivante, il fut élu membre de l’Assemblée Législative de la Province de Québec. Le 1er mai 1878, il remporta une autre victoire sur M. Pierre Bergeron, de Saint-Aimé.

Il publia le Courrier du Richelieu et La Revue Légale. Créé membre du Conseil de la Reine, le 11 octobre 1880, il devint juge de la Cour Supérieure le 3 octobre 1881. L’honorable Juge Mathieu fut un citoyen distingué. Il prit une part active dans la fondation du collège de sa ville natale. Il se maria deux fois. Le 22 juin 1863, il épousa Delle Rose-Délima, fille du Capitaine St-Louis, de Sorel. Il eut un fils et une fille. Mme Mathieu mourut le 23 mars 1870. Le 30 octobre 1881, il épousa Delle Marie-Amélie-Antoinette, fille de l’honorable David Armstrong et de Dame Léocadie de Ligny. Un fils, M. D. Mathieu, issu de cette union, devint avocat. Mme Mathieu est décédée à Montréal le 27 avril 1898. L’honorable juge Mathieu l’a suivie dans la tombe le 2 août 1916 et fut inhumé au cimetière de Sorel.

M. Amédée Gagnon succéda au maire Mathieu en 1882 et il administra les affaires publiques durant un an. Son successeur fut M. Adolphe Germain, avocat. Né à Saint- Ours-sur-Richelieu, en juin 1837, et fils de M. François Germain, ancien patriote de 1837-1838, il fit ses études classiques au Collège de Saint-Hyacinthe. Il se livra ensuite à

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l’étude puis à la pratique du droit. Créé Conseil de la Reine en 1878, il fut l’un des représentants de la Couronne dans le fameux procès de Provencher. Il fut maire de Sorel de 1883 à 1885. Il aida par son influence à l’érection des principaux édifices publics de la ville. Lors de son départ en 1893, ses concitoyens lui donnèrent un superbe dîner d'adieu ainsi qu’à M. Taillon, que nous rencontrerons plus loin. Il fut nommé magistrat pour -le district de Richelieu le 28 février 1902. Il revint alors à Sorel avec sa famille; il y mourut le 30 avril 1903. Il avait épousé, en février 1862, Delle Louise Demers, qui lui donna cinq enfants. Il a laissé un excellent souvenir.

M. Napoléon-Hormisdas Ladouceur, médecin, fut maire de 1883 à 1885. Il est décédé à West Supérieur, dans le Wisconsin, le 17 juin 1892, à l’âge de 53 ans.

M. Alphonse-Antoine Taillon, en 1887, devint maire de la ville. Il naquit à Ottawa, le 7 juillet 1847, du mariage de M. Jean Taillon et de Dame Geneviève Lionais. Son père fut l’un des premiers marchands de la ville de Bytown. Le maire Taillon fit ses études au Collège d’Ottawa, devenu depuis l’Université. Durant la campagne des Féniens, il s’enrôla dans les Chasseurs Canadiens et il était présent à Saint-Jean, à Laprairie et à Saint-Armand. Il devint lieutenant en 1869 et capitaine en 1870. Entré au service de la Banque des Marchands, à Montréal, en 1867, il devint gérant de la succursale de Sorel en 1871. Son élection à la mairie fut une des plus contestées dont l’histoire de la ville fasse mention. Il avait pour lui disputer la victoire l’honorable Sénateur Guévremont, qui fut défait par une forte majorité. Son élection en 1888 et en 1889 se fit à l’unanimité des voteurs. Sous son administration, la ville fut élevée au rang des cités de la Province de Québec.

Ce fut un événement important qui donna lieu à des fêtes splendides. Des personnages distingués, entre autres l’honorable Honoré Mercier, premier ministre de la Province, y assistèrent. Le S or dois, dans son édition en date du 1er juillet 1889, rapporte avec force détails les incidents qui marquèrent ce jour mémorable :

“Temps superbe, foule énorme, décors splendides; tout s’était mis de la partie : la ville, le ciel, le public, pour faire des fêtes qui viennent de finir, un succès sans précédent dans les annales de Sorel.... Dès vendredi soir, les étrangers commencèrent à affluer, chaque train de chemin de fer, chaque bâteau, apportant son contingent de telle sorte que, à dix heures, les principaux hôtels n’avaient plus aucune chambre disponible.”

Une messe solennelle en plein air eut lieu à dix heures au Parc-Royal : “Ou’on imagine douze cents soldats rangés en bataille, formant les trois côtés d’un rectangle dont un autel champêtre et un chœur d’officiers aux uniformes brillants forment la base; qu’on se figure l’officier commandant — un beau type de soldat — entouré de son état major, droit, grave, respectueux; ajoutons en plus une foule silencieuse en costume de gala.... M. le curé Dupré célébra la messe en présence d’une foule immense..; Cette messe en plein air, sous la voûte de verdure formée par les arbres touffus du Parc-Royal, présentait un aspect féérique. Un chœur puissant auquel se mêlait la foule a rendu avec beaucoup d’effet plusieurs chants. Une collecte a été faite par Mesdames L.-O. Boucher, J.-O. Portier, Hardy, A. Richard, Sylvestre, Latraverse, Gobeille, L. Dauphinais, J.-A. Chênevert. M. l’abbé Bélanger, de la paroisse du Sacré-Cœur, de Montréal, a prononcé le sermon de circonstance. Dans le défilé de la

procession on remarquait environ 1,200 volontaires, commandés par leurs officiers en brillants uniformes et accompagnés de leurs fanfares, les membres des diverses sociétés nationales et de bienfaisance avec leurs insignes, ceux du club de raquettes, le Canadien, en costumes, les brigades du feu en uniformes, avec leur matériel, les membres de la Chambre de Commerce, ceux des professions libérales, un très grand nombre de citoyens et d’invités, les échevins. Il y avait trois chars allégoriques artistiquement décorés : M. H. Berthiaume représentait Samuel de Champlain, M. R. Berthiaume, Jacques-Cartier, l’enfant de M. le notaire Cardin, M.P.P., le petit Saint-Jean-Baptiste. Son honneur le maire, accompagné de l’honorable Honoré Mercier et de l’honorable Juge Ouimet, était dans un carrosse attelé de quatre chevaux blancs.

“Dans une autre voiture, attelée de deux chevaux blancs, on remarquait les honorables Georges Duhamel et Guévremont, M. Cardin, M.P.P., et le pro-maire Patenaude.

“A midi, son Honneur le maire donnait à sa résidence un dîner princier auquel assistaient : 1’ honorable Honoré Mercier, M. le curé Dupré, le révérend M. Windsor, l’hon. Guévremont.... Une réception brillante eut lieu après le banquet à l’Hôtel de ville. Son honneur le maire lut en présence des assistants la proclamation suivante:

“Cité de Sorel,

Province de Québec, Canada.

DÉCLARATION DE l’érection de la VILLE de SOREL en CITÉ.

“Attendu qu’il a plu à Sa Majesté Victoria, par la grâce de “Dieu, Reine du Royaume-Uni de la Grande-Bretagne et

“d’Irlande, par et de l’avis et du consentement de la Législature de Québec, de conférer des pouvoirs plus étendus à “la Corporation de la ville de Sorel, et de donner à cette “ville le titre de Cité;

“Attendu que l’acte constituant la dite ville en Cité “entre en vigueur ce jour même,

“Le soussigné, Maire de la Cité de Sorel, au nom des “échevins et des citoyens de la dite cité, déclare solennelle- “ment accepter avec reconnaissance la nouvelle constitution “promulguée ce jour.

“Et maintenant que Sorel entre dans une ère nouvelle, “inspirons-nous tous de l’esprit du temps qui pousse les na- “tions et les particuliers vers le progrès. L’avenir de notre “cité est entre nos mains; il dépend de nous de lui donner “le rang auquel lui permettent d’aspirer sa position géographique et ses autres avantages naturels ; et, avec de l’union, “dans une entente cordiale, nous pourrons obtenir, dans un “avenir prochain, la réalisation de nos ambitieuses et légitimes espérances.

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