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CHAPITRE II

Le régiment de Carignan. — Sa mission. — M. de Saurel. — Il construit le fort Sorel. — Les officiers et soldats du régiment de Carignan s’établissent dans la colonie. — M. de Saurel obtient la seigneurie de ce nom. — Son mariage. — Ses travaux. — Les premiers colons de Sorel. — Quelques transactions. — Mort de M. de Saurel. — Sa veuve administre la seigneurie. — Reconstruction du moulin banal.

La destruction du fort Richelieu a été un grand malheur pour la colonie. Les Iroquois ne trouvant plus sur leur chemin cette barrière pour les arrêter se répandent sur tous les points du pays et sèment partout la mort et la ruine. La milice canadienne n’est pas encore organisée. Nos colons se font défricheurs et soldats; leur nombre est si peu considérable qu’il n’en impose pas aux barbares. La crainte de tomber entre les mains des ennemis entrave les progrès de la colonisation. Les lois défendent de s’enfoncer dans la forêt loin des bourgades afin d’éviter les surprises. Il faut des secours ; hélas ! ils sont lents à arriver. La France supporte une guerre qui lui fait oublier les pauvres Canadiens. Enfin, l’appel de la colonie agonisante est entendu. Le roi envoie pour la secourir l’un de ses plus célèbres régiments, celui de Carignan-Salières, ainsi appelé du nom des deux généraux qui en ont le commandement : Thomas-François de Carignan, cinquième fils de Charles- Emmanuel Ier, duc de Savoie, et Henri de Chastelard, sieur de Salières, cousin de Sa Majesté Très-Chrétienne, le roi de France.

Le régiment s’est couvert de gloire dans la guerre contre les Turcs. Il a été licencié à son retour en France; M. de Salières reçoit bientôt l’ordre de le reconstituer et de le conduire dans la colonie canadienne. M. de Tracy, lieutenant-général du roi, s’embarque avec quatre compagnies à La Rochelle sur deux navires, le Brésé et le Téron, en destination de Cayenne. Outre les troupes, il y a quantité de noblesse, dit la Relation. La flotte fait escale à l’île Madère et au Cap Vert. Les Portugais reçoivent les Français magnifiquement. A Cayenne, M. de Tracy somme le gouverneur de rendre l’île au roi de France, ce qu’il fait sans difficultés. Ayant visité les îles de la Martinique et de la Guadeloupe, le 25 avril il met à la voile en destination du Canada et il arrive à Québec le 30 juin. Toute la population canadienne et le clergé ayant à sa tête l’illustre Mgr de Laval se rendent au-devant de M. de Tracy, qui porte le titre de vice-roi de la Nouvelle-France. La réception est grandiose; jamais, depuis la fondation du pays, pareil déploiement militaire ne s’est vu. Les quatre compagnies des régiments de Chamballé, d’Orléans, du Poitou, de Broglie, qui accompagnent le vice-roi, se joignent aux quatre premières, arrivées quelques jours auparavant sur le vaisseau le Gagneur. Le 18 juin, le 19 août et le 12 septembre, huit autres compagnies viennent renforcer les troupes royales. M. Jean Talon, appelé à l’intendance du pays, met pied à terre, en compagnie de M. de Courcelles, qui arrive en qualité de gouverneur. Le régiment compte 1,200 soldats d’élite. Les canadiens sont dans la jubilation. La venue de tant de beaux militaires met la joie dans tous les cœurs. On se prend à espérer en des jours meilleurs.

Le gouverneur désire commencer la guerre sans tarder, mais les derniers vaisseaux ont été trop lents à venir

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et le projet de partir en campagne contre les Iroquois est forcément remis à l’hiver. Tout n’est pas perdu. M. de Tracy veut mettre le pays sur un pied de défense. A cet effet, il décide de construire trois forts sur la rivière des Iroquois ; le premier sur l’emplacement de l’ancien fort Richelieu, le second à Chambly et le troisième à Ste-Thérèse.

Le 23 juillet, le capitaine Pierre de Saurel, chargé de la construction du premier, se rend, à la tête des soldats de sa compagnie, à l’embouchure de la rivière des Iroquois1. Le Père Pierre-Joseph-Marie de Chaumenot l’accompagne. Tout aussitôt, ouvriers et soldats se mettent à l’œuvre et bâtissent un fort de cent pieds en dedans des bastions. Les travaux sont conduits avec une telle activité que lors de la visite du gouverneur, le 15 octobre, il est complètement terminé. Il en est ainsi des deux autres forts. Cette fois, on

espère que les Iroquois ne pourront plus courir à travers le pays aussi librement que par le passé.

Cependant, l’expédition projetée contre les barbares se prépare. Le 9 janvier 1665, M. de Tracy, M. de Salampar, le Père Rafeix, et trois cents hommes du régiment de Carignan, appuyés par deux cents volontaires canadiens, se mettent en marche. Le 16, la troupe arrive aux Trois- Rivières non sans souffrir du froid et de la fatigue. “Il faut dit la Relation, toute la constance de M. de Courcelles pour entreprendre une semblable expédition avec des soldats si peu habitués à marcher sur des raquettes et à porter une

1 Le Journal des Jésuites, p. 332. M. de Saurel commandait cinq compagnies : Les Relations des Jésivites, 1665, p. 10. Le 14 mai 1665, les soldats de cette compagnie se faisaient remarquer par leur belle tenue, au point que Talon rec&mmandait d’accorder à M. de Saurel de quinze à vingt pistoles. M. Suite prétend qu’il serait arrivé vers le 14 septembre : Le régiment de Carignan, p. 42. C’est évidemment une erreur, puisque M. de Saurel partait de Québec le 23 juillet pour se rendre à l’embouchure du Richelieu y reconstruire le fort.

charge de vingt-cinq à trente livres. Le 24 janvier, les capitaines de La Fouille, Maximin et de Laubia, se joignent aux premiers détachements conduisant vingt soldats et autant de Canadiens. Plusieurs souffrent si cruellement des morsures du froid qu’ils expirent en route. Ces pertes sensibles sont vite compensées par les soldats des sieurs de Chambly, Petit, de Rougemont, Mignardé, de la Colonnelle, qu’on tire des forts St-Louis et Ste-Thérèse. L’armée, forte d’environ cinq cents hommes, se trouve, le 14 février, à vingt lieues des bourgades ennemies. On enlève d’assaut quelques-unes d’entre elles. Il n’y reste que des vieillards, des femmes et des enfants. Les Iroquois d’âge militaire sont allés combattre ailleurs. Les Français n’osent s’aventurer plus loin dans leur pays et reviennent à Québec. Cette campagne n’est pas sans fruits pourtant, car au printemps suivant, M. de Tracy voit arriver des délégués qui viennent lui proposer la paix. M. de Tracy l’accepte avec joie. Elle n’est pas de bien longue durée. Les envoyés ont à peine quitté Québec, que l’on apprend la prise du fort Ste-Anne et le massacre des sieurs de Traversy et de Chusy, capitaines au régiment de Carignan. Cette insulte nouvelle doit être punie. M. de Saurel part avec trois cents hommes dans ce but. Arrivé à environ vingt lieues des bourgades ennemies, il fait la rencontre de nouveaux ambassadeurs qui ramènent les prisonniers faits au fort Ste- Anne et qui offrent toutes sortes de satisfactions pour le meurtre des autres. M. de Saurel ne croit pas devoir continuer sa route dans ces circonstances et revient à Québec. Le 31 août, se réunit le grand conseil auquel assistent les députés des cinq cantons. Cette fois encore, la paix est éphémère; il faut que nos troupes pénètrent de nouveau dans le pays ennemi. Elles prennent les bourgades d’assaut

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et les incendient durant la campagne du mois de. septembre. M. de Tracy prend possession de tout le pays et y plante une grande croix pour commémorer sa victoire.

Les soldats du régiment de Carignan rendent un grand service à la colonie. Leur présence contribue à rassurer les colons et à en imposer aux barbares. Aussi bien, M. de Tracy, dans ses lettres, prie le roi de laisser au Canada quatre compagnies de ce régiment sous le commandement d’officiers “sages qui pourront s’accommoder avec les peuples du pays. Les sieurs de Chambly, écrit-il encore, et de Saurel sont ceux sur lesquels sont jetés les yeux pour les y faire demeurer....” Parlant du dernier, il ajoute: “le sieur de Saurel a mis beaucoup de son bien et celui de ses amis à défricher les terres auprès du fort. Il doit être considéré pour rester dans le fort Richelieu qu’il a mis en l’état où il est et qui a fait défricher plusieurs terres près de son fort sur une concession qu’il demande pour se faire canadien perpétuel....1”

Encouragé, comme on le voit, par M. de Tracy, et attiré par l’espoir de se créer un brillant avenir, M. de Saurel accepte la garde du fort qu’il a fondé et demande au roi une vaste concession de terre qu’il s’engage à exploiter. Plusieurs de ses compagnons suivent ce bel exemple; tels sont les de St-Ours, les de Contrecœur, les Jarret de Verchères, les Béquart de Grandville, les Berthier, qui ont fondé des seigneuries et des paroisses auxquelles ils ont légué leurs noms. Avant même d’avoir reçu le précieux parchemin qui doit lui accorder le titre de seigneur, M. de Saurel a commencé des défrichements autour de son fort. Le 29 octobre 1672, le roi lui accorde enfin un domaine de deux

1 Archives du Canada.

lieues et demie de terre de front situé de chaque côté de la rivière Richelieu sur deux lieues de profondeur dans les terres. L’île Saint-Ignace, l’île Ronde, File de Grâce et plusieurs autres de moindre importance sont comprises dans ses limites. Cette seigneurie est située entre celles d’Yamaska au nord-est, de Saint-Ours au sud-ouest, de Bourgmarie et Bonsecours au sud et au sud-est. Son sol est généralement bon quoique sablonneux aux environs de la ville. Au nord-est se rencontrent des terres basses, marécageuses, baignées par les eaux de la Baie de la Vallière. La rivière Richelieu coupe la seigneurie en deux portions inégales et coule du sud au nord. D’autres rivières : le Potau-Beurre, divisée en trois branches, et quelques cours d’eau, dont le ruisseau Jean, s’y rencontrent.

M. Pierre de Saurel, comme MM. de Saint-Ours et de Contrecœur, ses voisins, est originaire de la province du Dauphiné. De noble race, il est né en 1628, à Grenoble, de Mathieu de Saurel et de Dame Jeanne de Giraud1. Le 10 octobre 1668, il a épousé, à Québec, Delle Catherine Le Gardeur, fille de noble Charles le Gardeur de Tilly et de Dame Geneviève Juchereau, en présence du père de l’épouse, de M. Jean Juchereau, sieur de Maure, son aïeul, Sidrac Dugué, sieur de Boisbriant, capitaine au régiment de Carignan, et Antoine Amplement d’Héricourt, lieutenant d’une compagnie au même régiment.

Peu de temps après son mariage, il se fait construire un manoir de cinquante pieds de longueur et de trente-quatre pieds de largeur. C’est une vaste maison bâtie de poutres équarries, pièces sur pièces. Auprès de sa demeure

1 La famille de Saurel portait: D'argent, au sureau de sable. MM. E.-Z. Massicotte et Régis Roy, Armorial du Canada français, I p. 123.

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se voient un moulin banal, à vent, en pierres des champs, une écurie assez grande pour loger six chevaux, deux étables de quarante pieds chacune, une bergerie de trente pieds. Ces divers bâtiments sont construits dans l’enceinte même du fort et en bois de charpente. Le seigneur, comme M. de Saint-Ours et de Contrecœur, ouvre tout aussitôt des défrichements autour de son logis. En 1670, la Mère de l’Incarnation écrit “qu’au fort de Chambly et à celui de M. de Saurel, qui sont de fort honnêtes gens, on vit de ménage ; on y trouve des bœufs, des vaches, de la volaille.... Ils ont de beaux lacs poissonneux et la chasse abonde en tout temps. L’on fait des chemins pour communiquer d’un fort à l’autre, les officiers y ont de fort belles habitations et avancent leurs affaires par leurs alliances avec les familles du pays1.”

L’auteur de la Relation de 1667 dit à son tour : “Depuis que le Roy a eu la bonté d’étendre ses soins jusque dans ce pays en y faisant passer le régiment de Carignan- Salières, nous avons vu les choses complètement changées, et nous pouvons dire que ce n’est plus ce pays d’horreurs et de frimas qu’on dépeignait auparavant avec tant de disgrâces, mais une véritable Nouvelle-France, tant par la bonté du climat et la fertilité de la terre que par les autres commodités de la vie qui se découvrent tous les jours de plus en plus....”

“Nous ne parlons à présent que de ce qui est survenu de changement en ce pays depuis l’arrivée des Troupes qui, d'elles-mêmes, ont beaucoup servi à son accroissement, et à le découvrir en plusieurs endroits surtout en la rivière Richelieu où les forts, qui y sont placés de nouveau, voient

1 L’Abbé Richaudeau : Lettres de la Mère Marie de l’Incarnation.

autour d’eux des campagnes défrichées et couvertes de très beau blé.

“Mais deux choses entre autres contribuent beaucoup aux desseins qu’on a projetés pour le bien de la Nouvelle- France, à savoir, d’un côté, les villages qu’on a formés aux environs de Québec, tant pour le fortifier en peuplant son voisinage que pour y recevoir les familles venues de France, auxquelles on distribue des terres déjà mises en culture, et dont quelques-unes ont été, cette année, chargées de blé pour faire le premier fond de leur subsistance.... Et de l’autre côté, les établissements qui se font tant par les Officiers, Capitaines, Lieutenants et Enseignes, qui se lient au pays par le mariage, et se nantissent de belles concessions qu’ils font valoir, que par les soldats qui trouvent de bons partis et s’étendent partout....1

L’année suivante, le Père François Le Mercier écrivait au Pere Etienne Deschamps, provincial : “Nous avons commencé depuis plus d’un an à jouir des fruits de la paix... Il fait beau voir à présent tous les rivages de notre fleuve Saint-Laurent habités de nouvelles colonies qui vont s’étendans de plus de quatre-vingts lieues de pays le long des bords de cette grande rivière, où l’on voit naître d’espace en espace de nouvelles bourgades.... C’est ce qui cause un changement notable en ce pays par les accroissements qui s’y sont faits plus grands depuis qu’il a plu au Roy d’y envoyer des troupes, qu’il n’en avait reçues dans tous les temps passés, et par l’établissement de trois cents familles en assez peu de temps; les mariages étant si fréquents depuis trois ans. On en a fait quatre-vingt-treize dans la seule paroisse de Québec.... La crainte des ennemis n’empêche plus nos

1 Les Relations des Jésuites, 1667, p. 4.

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laboureurs de faire reculer les forêts et de charger leurs terres de toutes sortes de grains, dont elles se trouvent capables autant que celles de France quand on leur donnera une semblable culture.... Ce sont des obligations toutes nouvelles dont notre Canada est infiniment redevable à sa Majesté qui, par une bonté tout à fait royale, a changé la face de ce pays.... par ces puissants secours qu’il a fait passer avec de si grandes dépenses, entre autres le régiment de Carignan-Salières dont bon nombre d’officiers, plus de quatre cents soldats ont grossi la colonie, s’étant faits habitants avec de très avantageuses conditions ; car on a donné à chacun des soldats cent francs ou cinquante livres avec les vivres d’une année à son choix, et cinquante écus aux sergents ou cent francs avec les vivres d’une année.... ce qui est la cause que fort peu retournent en France avec M. de Salières1”

En 1669 et les années suivantes, le roi fit passer au Canada des chevaux, des brebis, des ânes, des chèvres. M. de Saurel ne fut pas oublié, il reçut ainsi que ses deux voisins, MM. Pierre de Saint-Ours et de Contrecœur, le don d’une cavale. .Sa part dans la distribution du bétail fut assez large, car en 1681, il y a au manoir un joli troupeau de vaches, de moutons et de chèvres.

M. de Saurel n’a pas de peine à trouver des colons. Les soldats de sa compagnie lui demandent des concessions de terres pour les défricher. C’est un fait incontestable que la plupart des soldats du régiment de Carignan se sont établis autour de leurs capitaines. Ce qui se passe à Sorel a lieu pareillement à St-Ours, à Contrecœur, à Chambly. L’histoire a enregistré les noms de ces vaillants soldats qui se sont faits canadiens et qui sont devenus les premiers So-

1 Les Relations des Jésuites, 1668, p. 3.

relois, au nombre de trente-trois ; ce sont : le sieur Randin, enseigne, le sergent la Fleur, les soldats Champagne, Le Breton, La Pointe, Lafranchise, Dufresne, La France, Grancé, La Violette, Canada, La Fontaine, La Taille, Poitevin, St-André, St-Martin, La Rose, Lavigne, Labonté, L’Espérance, Jean Dominique, Trempe la Crouste, Saluart Chaudillon, Labarre, du Vernis, La Chesnaye, St-Armand, La Porte, La Jeunesse, La Liberté, Le Breton, Olivier. La plupart de ces soldats portent un sobriquet, c’est la coutume dans la mère-patrie. Pour mieux connaître ces braves colons nous complétons le document officiel1 en ajoutant à ce dernier les noms de leurs familles que l’on trouve mentionnés dans les actes notariés du temps. Ce sont : le sieur Randin, enseigne dans les troupes. Il obtient une seigneurie sur le fleuve d’une demi lieue de terre de front sur une lieue de profondeur. Une île, sise en face de la concession, a porté son nom.

Jean Darbois, dit la Fleur, sergent.

Christophe Laurent, dit Champagne. Il épouse à Québec, le 29 octobre 1669, Marie Petit. Il a un fils, Jean, baptisé à Sorel, le 11 août 1672.

Guillaume Le Breton, dit l’Ardoise, soldat.

Jean Robin, dit La Pointe, soldat.

Claude Pastourel, dit La Franchise, soldat.

Dufresne, soldat.

Pierre Vallet, dit La France, soldat.

Nicolas Moyé, dit Grancé, soldat.

Jean I^c Cannois, dit Laviolette, soldat.

1 M. Suite semble croire qu’il est impossible de retracer la généalogie des descendants de ces soldats : Le régiment de Carignan, 1922. compilé par M. Gérard Malchelosse. C’est une erreur. Ce que nous écrivons ici et ce que nous avons dit ailleurs sont des preuves du contraire . Histoire de la famille et de la seigneurie de Saint-Ours, I, pp. 58, 59.

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Pierre Enaud, dit Canada, soldat.

Nicolas Pion, dit Lafontaine, soldat.

Ant&ine Béthune, dit Lataille, soldat.

Gabriel Gibaud , dit Poitevin, soldat.

Antoine Adhémar, dit St-Martin, soldat, qui devient notaire. Il épouse Marie Sédillot. Il est né du mariage de Sieur Michel Adhémar, bourgeois, de la ville d’Alby, en Languedoc, et de feu Cécile Gaschet.

St-André , soldat.

La Rose, soldat.

André Poutré, dit Lavigne, soldat.

Gilles Couturier, dit Labonté, soldat.

Pierre Villoing, dit L’Espérance, soldat.

Jean Dominique, soldat.

Jean Piette, dit Trempe la Crouste, soldat.

Claude Salois ou Saluart, soldat.

Antoine Chaudillon, chirurgien de la compagnie de M. de Saurel.

Julien Allard, dit La Barre, soldat.

Du Vernis, soldat.

La Chesnaye, soldat.

Jean Pâtissier, dit St-Amand, soldat.

Marin Moreau , dit Laporte, soldat.

Claude Coignac, dit La Jeunesse, soldat.

Pierre Letendre, dit La Liberté, soldat.

Jean Olivier, soldat.

Ces colons, anciens soldats, sont tous de la compagnie de M. de Saurel, mais d’autres, appartenant à la compagnie de M. de Laubia et à celle de M. de Tremont, se fixent également dans la seigneurie. Ce sont : Pierre Loseau et Donet le Dragon, de la première, et Louis Badaillac, dit La Plante. Pierre Montarras, dit Marmende, Jean Guillet, dit St-Mars,

Étienne Raimbault , Bernard de Niger , dit Sansoucy, Antoine Francœur dit Brûlé, Charles Vanct, dit Le Parisien, de la compagnie de M. Pierre Salvaye de Tremont. Les familles Vincent Beaumont, Guillaume David et François Bénard, viennent augmenter cette petite colonie. Bientôt trente foyers surgissent au milieu de la forêt. On y trouve un notaire dans la personne d’Antoine Adhémar, un chirurgien : Antoine Chaudillon, des charpentiers, qui, tout en défrichant leurs terres, prennent les moyens de se rendre utiles à leurs voisins.

Les premiers lots de concession sont accordés sur simples billets. Plus tard, le notaire Adhémar rédige des contrats pour les concessionnaires. Parmi les plus intéressants citons celui d’André Poutré dit Lavigne, en date du 15 mars 1673. Le seigneur lui accorde une terre de quatre arpents sur quarante, située entre le fleuve et la rivière Richelieu, tenant du côté sud à la terre de Vincent Beaumont. Poutré paiera au seigneur une redevance de huit livres annuellement, douze deniers de cens et un chapon vif en plumes, pour chacun des dits arpents de terre de front ou trente sols. Le 8 septembre de la même année, Nicolas Pion-Lafontaine et Jean Casaubon-Ladébauche reçoivent une concession. Le 28 septembre, Gilles Danjou, Jean Piette dit Trempe, François Marceau, François Tourmente, Pierre Lozeau, Jacques Joubert, François Bénard, Jacques Devaulx, Pierre Cellier dit Pasqualin, reçoivent leurs contrats.

Cependant, quelques colons ne se trouvant pas heuî eux dans Sorel, prennent la resolution de s’en aller sous d'autres cieux. Dès ses humbles débuts, la colonie voit s’opérer des changements au milieu de ses habitants. Le 25 avril 1670, Jean Donet dit Le Dragon vend son habita-

St. iJièrre, Sorç!

L’église St-Pierre-de-Sorel.

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tion à Noël Laurence. Ce contrat est passé au fort, en présence de M. de Saurel, M. Peltier, Pierre Huynan dit La Forge, Antoine Bétune dit Lataille, et Nicolas Pion dit Lafontaine.

Le 25 mai 1671, Jean Levannois-Laviolette fait un marché avec Thomas Lefebvre, maître tonnelier, de Québec. Il s’engage à travailler durant deux mois et demi “à tout ouvrage qui lui sera commandé.” On lui donnera pour salaire deux barriques d’anguilles, bien salées, d’autres marchandises et douze livres, dix sols.

Le 29 septembre, Jean Le Breton vend à M. de Saurel une concession de terre qu’il a achetée de Jean-Baptiste Pâtissier-St-Amand, située entre la terre de Jean Garnier et celle de Villoing Lespérance. Le 1er mars 1676, Jean Darbois abandonne à Antoine Chaudillon, chirurgien, sa terre, bornée à l’ouest par le fleuve, au nord-ouest par les terres de M. de Saurel, au sud par celle de Chaudillon qui s’engage à entretenir le cédant et, sa femme “tant en santé qu’en maladie.”

Le 1er octobre, Charles Le Sueur obtient le contrat d’une terre de trois arpents sur quarante, située entre celle de Louis Badaillac-Laplante, et au sud-ouest, tenant à celle de Jean Pion-Lafontaine. Le même jour, Le Sueur vend à Jacques Girard et à Jean Lavallée “une paire de bœufs caille et brun, estimés par Gilles Danjou et Jean Guillet, à la somme de 125 livres, ainsi qu’une chaîne et une charrue évaluées à trente-quatre livres.”

Parmi les transactions les plus instructives pour nous se trouve la suivante. Il s’agit de la vente d’une terre de deux arpents sur quarante, tenant au fleuve, située entre celle de Jean Levallois et la terre de Louis Badaillac. Le 9 mars 1676, Luc Joubert l’a cédée à Pierre Lozeau lequel, à

son tour, étant sur le point de partir pour l’Acadie, donne au seigneur l’autorisation de la vendre, ce qui eut lieu le 29 septembre 1676; Jean Guillet dit St-Mars l’achète pour 250 livres. La lettre de Lozeau nous fait connaître quelques soldats du régiment de Carignan.

De Saurel, le 1er septembre 1676.

“Monsieur,

“Tout le plus grand desplaisir que j’aye présentement est destre assez malheureux destre party de Saurel “sans avoir eu l’honneur de vous dire peut-estre le dernier “adieu, mais je ne croyais pas n’avoir pas l’honneur de vous “revoir car je croyais bien retourner, c’est pourquoi Mr, “vous aurez la bonté de m’excuser et vous prie Mr que “quoique je sois privé de votre présence je ne le sois jamais “de votre Esprit vous suppliant de me prester la main à “toutes mes petites affaires. Sur l’affaire de mon habitation et de ce qui peut m’estre deub car je ne puis demander assistance à qui que ce soit qu’à vous, estant bien as- “suré Mr que comme vous m’avez toujours fait la grâce de “m’assister dans mes nécessités, vous ne me délaisserez pas “dans un besoin si nécessaire comme celuv d’à-présent. “Pour mon habitation vous la vendrez à qui il vous plaira, “cependant Trempe la Crouste la demande, vous la luy ven- “drez ou à Labonté, ou à quelque autre que vous trouverez “à propos, ou bien qu’elle vaut cent écus, cependant vous en “ferez à votre volonté. Pour le bois qui est esquarri vous “le donnerez aussi, car je crois l’avoir bien payé à Gilles “Danjou, de ce qu’il a fait, je l’ai nourry pendant qu’il a “travaillé et luy ay avdé à lescarrir et luy ay donné treize “francs et demy pour six jours qu’il y a mis, pour ce qui “est de ce que je puis vous debvoir, je n’en sçais rien, je

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“sçais que je vous ay donné trois journées de récolte, une “au fossé de votre moulin, environ deux journées et demy “à votre foin, je sçais bien que j’ay donné un minot de pois “à Mademoiselle pour deux chopines d’eau-de-vie et je crois “un minot pour deux pots de vin, et les raquettes que je “vous fis cet hyver cela fait environ vingt-une livres, que “si vous voyez que ce soit trop cher pour les raquettes en “raison de sept livres, vous y mettrez à votre conscience, “ce qu’il vous playra. Monsieur, j’ay des outils de me- “nuiserie, si vous en avez besoin vous les prendrez et les “ferez valoir ce qu’ils valent. Il y a pour 13 livres de fer “sans les montures.

“Voilà ce que puis vous mander pour le présent sinon “que M. Petit et moy nous partons pour aller à l’Acadie. “Je ne sçav sy ce sera pour longtemps ou sy ce sera pour “toujours, je vous dis adieu, Mr, vous assurant que moyen- “nent la grâce de Dieu je me souviendrai toujours, dans “mes petites prières, de vous Mr et de Mademoiselle partout où il playra à Dieu de m’envoyer.

“Je suis et seray toute ma vie, de Mademoiselle comme “de vous, Monsieur,

“Votre très humble et affectionné serviteur,

LOZAULT.”

Cette lettre n’est-elle pas d’une touchante naïveté? Elle fait voir la confiance que son auteur met dans l’honnêteté de M. de Saurel et l’encouragement que celui-ci donne à ses censitaires aux prises avec les difficultés de la vie1 .

1 M. Petit, dont il est question, est cet officier qui,- devenu prêtre, desservit tout d’abord la colonie de Sorel et partit plus tard pour les missions de l’Acadie.

D’autres événements plus heureux se produisent dans la petite colonie. En dépit des misères du temps, les colons s’établissent, se bâtissent des maisons et s’unissent pour toujours avec des Canadiennes ou des Françaises nouvellement arrivées au pays. A cette époque, plus encore que de nos jours, les conjoints tiennent à faire rédiger leurs contrats de mariage par un notaire. Pour cette cérémonie, les personnes intéressées, les parents et les amis se rendent à la demeure de l’un ou l’autre des futurs époux et il y a fête ce jour-là. Le 23 octobre 1673, le notaire Adhémar, dans sa maison, à Sorel, rédige le contrat de mariage de Vincent Moriceau, fils de Pierre Moriceau, habitant d’Autray (Berthier) et de Marie- Anne Beaumont, fille de Vincent Beaumont, habitant de Sorel, et de Marie de Saint- Martin, de la ville de Courtray en Flandres. MM. Pierre Salvaye de Tremont, Pierre Vallet et Joseph Lamy, apposent leurs signatures au contrat.

Le 6 décembre 1674, une partie des habitants se réunissent dans la maison de Guillaume David1, à l’occasion des fiançailles de Marie et de Marguerite, ses filles. La première devient la femme de Pierre Girardeau, fils de Louis Girardeau et de Suzanne Bilhaude, de Marcelle, évêché de La Rochelle, la seconde s’allie à Pierre Montarras dit Marmande, fils “à feu Barthélémy Montarras et de Marguerite Bedat, de la ville de Marmande, paroisse Notre-Dame, évêché d’Enghien.” Là se rencontrent Mme de Saurel, Marguerite Andrieu, femme de Pierre Augrand Lapierre, Nicolas Chasnion, Jeanne de Corps, femme de Martin Massé, Nicolas Moyé-Grancé, François Gaignon, cousin du futur époux2.

1 Époux de Marie Arnaud.

2 Girardeau.

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Dans cette paroisse en formation, il y a beaucoup de va et vient. Tandis que d’anciens colons quittent leurs terres, d’autres arrivent d’ailleurs pour les acheter. Le 21 mai 1675, Charles Martin s’engage au seigneur de Chambly, M. de la Mothe, à raison de trente livres de gages pour quatre mois de service. François Pelletier- Antaya vend à Pierre Courtois une terre de quatre-vingts arpents. Le 8 septembre 1675, Gilles Dufault vend à Michel Brouillet- Laviolette, nouvellement arrivé de Chambly, une terre de quarante arpents pour la somme de 300 livres. Dufault, charpentier de son métier, épouse, le 26 juillet 1678, Françoise Simon, veuve de Claude Coignac dit Lajeunesse, ancien soldat du régiment de Carignan1. Le contrat de mariage nous apprend que Dufault est le fils de Pierre Dufault et de Marie Rioux, de la paroisse de Châteauneuf, évêché de Cornouailles, en Bretagne, et Françoise Simon, la fille de Pierre Simon et de Marie Gervaise, de la paroisse de Magny, archevêché de Rouen.

Françoise Simon apportait à son second mari un héritage modeste : une maison estimée à 250 livres, 40 minots de blé, 78 minots de maïs et tout un ameublement2.

Cependant, M. de Saurel, comme tous les seigneurs de cette époque, ne vit pas dans l’opulence. Il traverse la période critique de la fondation. Il s’impose des sacrifices de toutes sortes, des courses, de pénibles travaux. Dans un pays neuf tout est à créer. Les choses nécessaires à la vie manquent. Il en est ainsi des instruments de travail. Les colons doivent trouver les moyens de fabriquer ici les outils dont ils ont un si grand besoin. Il n’y a pas jusqu’aux

1 II mourut à l’Hôtel-Dieu de Québec en mai 1678.

2 L’inventaire des biens de Coignac fut fait par M. de Saurel, Paul Hué et Marie Moreau.

meules de moulin qu’on doit faire venir de France. M. de Saurel trouve aisément dans son domaine des hommes de métiers, entre autres des charpentiers, qui ont construit le manoir, le moulin banal, et les autres édifices que l’on voit sur sa propriété. Il paraît que Gilles Danjou fut longtemps l’homme de confiance du seigneur. Le 27 décembre 1673, il s’engage à ériger des bâtiments sur une terre qu’il a prise à ferme et à y faire des défrichements. Le 17 septembre 1677, se trouve un premier règlement de comptes. Le notaire déclare dans l’acte que “le travail de Danjou ne compense pas le seigneur pour les objets qu’il lui a fournis et qu'il doit encore à ce dernier 104 livres, 10 sols. Il se déclare payé pour la façon de la grange qu’il a construite et, de son côté, M. de Saurel lui tiendra “compte du bois qu’il a nettoyé le long du fleuve.” Danjou entrera en possession de ce bois et il jouira de la concession durant deux ans. Après ce laps de temps, la terre sera chargée d’une rente annuelle de “trois minots de blé français qu’il portera dans la grange du seigneur.” François de la Bernarde et Nicolas Moyé-Grancé, habitants de Sorel, sont présents à cette convention, cpii est conclue au manoir. Au règlement en date du 5 septembre 1681, Danjou doit encore au seigneur la somme de 561 livres et 9 sols. Il a à son crédit 192 livres pour les travaux exécutés. Danjou demeure en service au manoir jusqu’à la fin de ses jours.

Pour subvenir aux dépenses que nécessite l’exploitation de la seigneurie, M. de Saurel fait divers emprunts. Le 26 août 1676, M. Charles Bazire, le plus riche marchand de Québec1, lui prête 6,000 livres sous la rente annuelle de 300 livres. Ce n’est pas le dévouement qui man-

1 II avait épousé Delle Geneviève Macard, fille de Nicolas Macard et de Dame Marguerite Couillard.

DE SES ORIGINES À NOS JOURS

que à nos seigneurs, ce sont les fonds qui leur permettraient de mener à bien leur entreprise. Ils sont forcés de faire de lourdes dépenses, car ils doivent aider leurs censitaires. Après dix-sept ans d'un dur labeur, M. de Saurel n'est pas encore arrivé à la fortune. Il cherche à combler ses déficits et se livre au trafic des fourrures, bien que les lois l’interdisent aux gentilhommes. Des colons de sa seigneurie suivent le même exemple. En juin 1681, six d’entre eux sont pris par M. Boisseau, l’agent de la ferme du roi. Ce sont : Pierre Salvaye, Meunier-Lapierre, Augrand Lapierre, Denis Gonthier, et Herpin, de Saint-Ours. Le procès de ces coureurs de bois s’instruit, mais Dame justice se montre clémente. Quant à M. de Saurel, qui avoue s’être livré au trafic, il ne paraît pas avoir été inquiété.

Lorsqu’en 1685 le commerce devient libre, plusieurs Canadiens s’y adonnent de préférence à la culture de la terre. On peut, dès lors, acheter des permis ou congés pour aller dans les pays de l’Ouest trafiquer avec les sauvages. Le 15 janvier 1683, nous voyons quelques Sorelois en partance ; ce sont : Pierre Augrand-Lapierre, Gilles Couturier, Jean-Baptiste Pâtissier-Saint-Amand. Ils fournissent la somme de 1000 livres pour acheter “un congé et se rendre chez les sauvages faire la traite de la manière accoutumée.”

Le commerce des fourrures, malheureusement, est fort souvent accompagné de celui de l’eau-de-vie. Des lois sévères sont promulguées contre les délinquants, grâce à Mgr de Laval, qui menace de refuser l’absolution à ceux qui les transgressent. Le 20 octobre 1678, le gouverneur convoque une assemblée de quelques-uns des principaux habitants de la colonie afin d’étudier cette question délicate. On y rencontre les sieurs d’Ailleboust, Dugué, Le Ber, Berthelot, de Repentigny, Boucher, de Saurel, Berthier, de Saint-

Ours, de Verchères, Crevier, de la Touche, Duplessis, Chorel de Saint-Romain, de Bécancour, Charron, Vallon des Coulombiers, Jolliet, de St-Pierre. MM. de Saurel, de Berthier et de Repentigny, considérant cette grave question au point de vue matériel et non pas au point de vue moral, soutiennent que la prohibition de ce commerce ruinerait les affaires du pays et ferait que les Hollandais, moins scrupuleux que les Français, supplanteraient ceux-ci. C’était là sans doute une erreur qui s’est répandue longtemps dans nos campagnes et qu’ont exploitée à leur profit les trafiquants de boissons ou liqueurs alcooliques, dont l’abus a causé beaucoup de ravages chez tous les peuples. Vers cette époque, M. de Saurel entreprend des courses dans l’Ouest au profit de son commerce. C’est au retour d’une de ces expéditions qu’il trouve la mort. Dans le cours du mois de juin 1682, en compagnie de MM. de Radisson, Chouart, des Groseilliers, de la Forêt, de la Chesnaye, Caujon, Gitton et vingt-neuf hommes, il se rend dans l’Ouest d’où il revient au mois de novembre. Le 26, on le retrouve à Montréal, où il meurt subitement. Ses funérailles ont lieu dans l’église de cette ville en présence de MM. de Saint-Sulpice, et ses restes mortels sont ensevelis sous les voûtes de Notre- Dame1.

Telle fut la fin subite de cet homme entreprenant. Sa disparition fut une perte réelle pour toute la colonie. Il était doué d’une énergie peu commune et il ne recula devant aucun sacrifice pour arriver au succès. Frappé au milieu de ses travaux dans un temps où il a engagé ses biens et

1 Le vingt-huitième Jour de novembre 1682 a été enterré monsieur de Sorelle dans l’église de ville marie, il mourut le 26 de mort subite tous les messieurs du séminaire ont assistez à son Enterrement, K. Guyotte Curé.

Cotté et paraphé suivant l’Ordonnance Boyvinet.

DE SES ORIGINES À NOS JOURS

ceux de ses amis, pour exploiter ses terres, il laisse sa veuve dans une situation pénible. Quoiqu’il en soit, son nom doitil être placé sur la liste des seigneurs ratés, ainsi que l’écrivait un de nos bons historiens1 ? Nous ne le pensons pas, car en mourant il laissait sa seigneurie dans un état des plus prospères.

Mme de Saurel restée seule, sans enfants2, dut s’imposer de nombreuses démarches pour n’être pas tout à fait dépouillée par les créanciers de son mari, décédé intestat. Le 20 janvier 1682, commencent les formalités légales de l’inventaire. Mais comme M. de Boisvinet, lieutenant-général des Trois-Rivières, ne peut facilement se transporter à Sorel, à cause des rigueurs de l’hiver, la pauvre veuve obtient un délai ainsi que la faculté de faire subir au moulin banal d’urgentes réparations. M. de Saurel avait songé à le rebâtir, car peu de temps avant sa mort, il avait acheté de Pierre Letendre tout le bois de charpente. A son tour, Mme de Saurel engage un charpentier de Champlain, Pierre Mercereau qui, pour la somme de 850 livres, consent à le mettre en état “de faire de la bonne farine”3.

1 M. l’abbé Groulx: La naissance d’une race.

2 M. Émile Salone, dans son beau livre : La colonisation de la Nouvelle-France, p. 316, écrit qu’il laissait un fils qui repassa en France. M. de Saurel n’eut pas d’enfants de son union avec Mlle Le Gardeur.

3 Le contrat explique minutieusement les obligations des deux parties. Mme de Saurel, le 1er mars, versera 200 livres, et 325 livres à la fin des travaux, la balance à la Saint-Michel de 1684. Elle accorde, en plus, au charpentier 20 livres pour le pot-de-vin; elle fournira le bois, les portes, les pieux, les planches, les madriers, les clous et le plâtre. Nicolas Moyé-Grancé et le chirurgien Antoine Chaudillon agissent comme témoins. Adhémar : Archives du Palais de Justice, à Montréal, faveur de M. E.-Z. Massicotte, archiviste.

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