‹ Histoire de SorelChapitre 6 sur 64 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Sorel en 1681. — État de la seigneurie. — Les colons. — Leurs noms. — Leurs défrichements.

A sa mort, M. de Saurel laissait la seigneurie dans une situation vraiment prospère, si Ton en juge par le recensement de l’année 1681. Sur un domaine de dix arpents, réservé par le seigneur, les défrichements ont progressé si vite qu’on y voit déjà cent-cinquante arpents de terre en valeur. Plusieurs domestiques prennent soin des fermes et des troupeaux ; il y a quarante-trois bêtes à cornes, soixante-et-deux moutons et dix-huit chèvres. Au manoir se trouvent quatre fusils pour la protection de ses habitants.

Voici les noms des serviteurs: Gilles Danjou, Pierre Courtois, Nicolas Légaré, Jean de Lisle, Pierre Cassel et Jacques Piot. Danjou est l’un des premiers. De bonne heure, il s’attache à ses maîtres et il reste à leur service jusqu’à sa mort, arrivée le 1er décembre 1690. Son acte de décès lui donne 81 ans. Danjou était normand.

Pierre Courtois a laissé peu de traces de son passage. Il a 32 ans en 1681.

Nicolas Légaré, 27 ans, fils de Gilles Lé garé et de Marie Fontaine, épouse le 10 janvier 1690, Anne Dupré, à Québec. Plus tard, il quitte Sorel et va s’établir au Château-Richer. En 1681, il a 14 arpents en valeur. Jean de Lisle, 49 ans, serviteur au manoir, a pour femme Marguerite Lafieur.

DE SES ORIGINES À NOS JOURS

Pierre Cassel , 39 ans, serviteur. En 1683, il s’engage comme charpentier chez Mme de Saurel, pour un an, moyennant 1000 livres. Il reçoit en plus une concession de trois arpents sur quarante, sur le fleuve, entre celle de Nicolas Moyé dit Grancé et celle de Bonhumeur. Il a pour femme Marie David.

Jacques Piot a dix ans.

Jean Darbois dit Lafleur, 60 ans, Marie Harbaude, sa femme 55 ans. Ils ont un fusil, 4 bêtes à cornes, 15 arpents en valeur. Darbois, l’un des premiers colons de Sorel, abandonne, le 1er mars 1676, au chirurgien du lieu, Antoine Chaudillon et à sa femme, îa terre qu’il a obtenue du seigneur, à la condition que le donataire prendra soin des cédants “pendant leur vie, tant sains que malades, et qu’il leur fera faire des funérailles, et prier Dieu pour le repos de leurs âmes, à sa discrétion et volonté”1.

Antoine Chaudillon , chirurgien, 38 ans, Marie Boucher, sa femme, 31 ans. Enfants: Charlotte 9 ans, Marie 7 ans, Catherine 6 ans, Antoine 4 ans, Claude 2 ans ; un fusil, 6 bêtes à cornes, 10 arpents en valeur.

Pierre Salvaye, écuyer, sieur de Tremont, 31 ans, Catherine Le Roy, sa femme, 37 ans. Ils ont Marie 5 ans, Catherine 3 ans, Louis 2 ans, 2 fusils, 6 bêtes à cornes, 10 arpents en valeur.

M. de Salvaye, d’origine italienne, ancien capitaine au régiment de Carignan, fait rédiger son contrat de mariage par le notaire Adhémar en novembre 1673. Il est fils de Jean-Baptiste de Salvaye, sieur de Tremont2, capitaine au

1 Adhémar : Archives du palais de Justice, Montréal.

2 Non pas: sieur de Fromont. M. Suite: Le régiment de Carignan, p. 126.

régiment d’Espagne et au service de Mgr le duc de Savoie, et de Delle Jacquette Belle, de la paroisse de St-Donnat, évêché de Gênes, en Italie. Melle Le Roy est fille de M. Le Roy et de Dame Marie Lussia, de la paroisse de St- Paul, des ville et archevêché de Paris. Le mariage fut béni en présence de M. de Saurel, son épouse, Catherine Le Gardeur, femme de M. Alexandre de Berthier, Delle Marie- Anne Juchereau, veuve de François Pollet de la Combe- Pocatière. Plusieurs enfants naissent de cette union. Marie-Catherine, l’aînée, baptisée le 29 septembre 1675, a pour parrain M. de Saurel, pour marraine, Mme de Berthier. Elle meurt en bas âge. La seconde fille, baptisée également sous le nom de Catherine, le 6 février 1678, a pour parrain M. de Berthier et pour marraine, Mme de Saurel; Louise-Charlotte née vers 1680. Pierre, baptisé le 4 novembre 1683, a pour parrain M. Gédéon Petit, marchand, pour marraine, Delle Gertrude Le Gardeur, sœur de Mme de Saurel; Antoine, baptisé le 3 juillet 1686, porte le nom de son parrain, le sieur Antoine Chaudillon, chirurgien; sa marraine est Marie Salvaye.

Nous ignorons quand et comment mourut M. Pierre de Salvaye. Il compte encore de nombreux descendants dans la seigneurie de Sorel. En 1689, sa veuve épousa le sieur Jean Miray de l’Argenterie.

Pierre Vallet dit Lafrance, 31 ans; un fusil, 10 bêtes à cornes, 20 arpents en valeur. Ancien soldat du régiment de Carignan.

Joseph Lamy, tanneur, 41 ans, Marie Fontaine, sa femme, 31 ans; enfants: Marie 10 ans, Noël 7 ans, Jeanne 5 ans, Catherine 3 ans, Claude 6 mois. Un fusil, 4 bêtes à cornes, 10 arpents en valeur.

DE SES ORIGINES À NOS JOURS

Jean le Magnan dit La Grange, charpentier, 52 ans, Perrette Bougon, sa femme, 56 ans. Deux fusils, 5 bêtes à cornes, 8 arpents en valeur.

Paul Hué (Hus), 38 ans, Jeanne Baillargeon, sa femme, 26 ans ; enfants : Louis 1 1 ans, Antoine 10 ans, Marc 9 ans, Jean-Baptiste 7 ans, Jean 5 ans, Pierre 3 ans, Jeanne 1 an; 8 fusils, 7 bêtes à cornes, 20 arpents en valeur.

Paul Hué, ancêtre des Paul Hus, a laissé dans Sorel une véritable dynastie, ainsi que nous le verrons plus loin.

François Marceau, (Marcé) cordier, 42 ans. Masseron, sa femme, 33 ans ; enfant : Marie 8 mois ; 1 fusil, 4 bêtes à cornes, 12 arpents en valeur.

André Poutré dit Lavigne, cordonnier, 38 ans, Jeanne Burel, sa femme, 33 ans. Enfants : Marie 13 ans, Madeleine 10 ans, Marie 8 ans, Catherine 6 ans, Charlotte 4 ans, Jean 2 ans. Un fusil, 1 vache, 6 arpents en valeur1.

Jean Le Vannois dit Laviolette, poudrier, ancien soldat de Carignan, 54 ans; Charlotte de la Rue, sa femme, 45 ans. Un fusil, 8 bêtes à cornes, 3 arpents en valeur. Le 24 juillet 1678, M. de Berthier lui concède une terre dans sa seigneurie.

Jean Guillet dit St-Mars, soldat du régiment de Carignan;

3 bêtes à cornes, 4 arpents en valeur.

Gilles Couturier dit Labonté, cordonnier, 39 ans. Elisabeth de Tarragon, sa femme, 30 ans. Enfants : Pierre

1 Poutré était fils de Pierre Poutré et de Philippe Rocquet, de St-Géry, évêché de Valenciennes. Il se maria à Québec, le 3 novembre 1667, avec Jeanne Burel, fille de Daniel Burel et d’Anne Le Suisse, de St-Denis-de-Clair, évêché de Rouen. Peu après 1681, il abandonne sa terre à Mme de Saurel et va demeurer à Montréal.

5 ans, Jean, Gilles. Un fusil, 5 bêtes à cornes, 10 arpents en valeur.

Louis Badaillac dit Laplante, 37 ans, Catherine Lalors, sa femme, 24 ans; enfants : Catherine 8 ans, Marie 6 ans, Anne 3 ans, Louis 1 an. Quatre bêtes à cornes, 8 arpents en valeur.

Jean Lavallée, 29 ans, Marguerite Duson, sa femme, 26 ans. Enfants: Anne 10 ans, Jean 8 ans, Françoise 6 ans, Noël 4 ans, Catherine 1 an; deux bêtes à cornes, 12 arpents en valeur. Il a laissé une nombreuse descendance. Lavallée était à Québec en 1664, à l’emploi de M. Jean-Baptiste Peuvret, sieur de Mesnu, greffier du Conseil Souverain. Il apparaît à Sorel pour la première fois, le 14 février 1674. On le désigna sous les noms de Jean de La Vallée, Jean Vallée, Jean Lavallée. Son fils aîné, Jean, entra dans la famille de Paul Hus, par son union avec Catherine Hus. Il eut onze enfants.

Jean Olivier, 50 ans, Elisabeth Renault, sa femme, 29 ans. Enfants : Thomasse 7 ans, Geneviève 6 ans, Marie 4 ans, Elisabeth 2 ans, Jean 7 mois; 8 arpents en valeur. Olivier, l’un des premiers colons et soldat de la compagnie de M. de Saurel, épousa, le 20 septembre 1673, Élisabeth Renault, fille d’Antoine et d’Étiennette Cleignier, de St-Étienne, évêché de Latigres. Olivier était né du mariage de Laurent Olivier et de Jeanne Mathurine, de Sallegrisson, évêché d’Entrevaux. Olivier, après 1681, s’établit à Berthier.

Jean Cassenave, 37 ans; 4 arpents en valeur.

Michel Brouillet dit Laviolette, 36 ans, Marie Dubois, sa femme, 37 ans. Enfants: Bernard 10 ans, Jean 9 ans,

DE SES ORIGINES À NOS JOURS

Gilles 8 ans, Pierre 7 ans, Marie 5 ans. Un fusil, 2 bêtes à cornes, 6 arpents en valeur.

Brouillet s’établit d’abord à Chambly. C’était un ancien soldat du régiment de Carignan. Bernard Brouillet fut la souche de la famille Bernard de laquelle sont issus feu Mgr A.-X. Bernard, ancien évêque de Saint- Hyacinthe, M. le chanoine Bernard, curé de Sorel, M. l’abbé Adhémar Bernard, sulpicien.

Marin Moreau, 27 ans, Catherine Lucas, sa femme, 35 ans. Lui fusil, 2 bêtes à cornes, 8 arpents en valeur.

Marin Moreau meurt à Sorel, en 1704.

Jean Carron, taillandier, 30 ans. Il a 8 arpents en valeur. Il est originaire de La Rochelle. En 1685, il épouse Elisabeth Rabouin, et vers 1690 il s’établit à Champlain.

Jean Garnier, 49 ans, Françoise Feuilleton, son épouse, 35 ans. Enfants : Anne 5 ans, Catherine 3 ans, Marie 1 an. Il a un fusil, 5 bêtes, 12 arpents en valeur. Jean-Baptiste Pâtissier dit Saint-Amand, 35 ans; Marie Giguère, sa femme, 25 ans ; enfants : Catherine 3 ans, Pierre 1 an et demi. Il a un fusil, une vache, dix arpents en valeur1.

1 Son mariage a lieu le 10 janvier 1678, en présence de Mme de Saurel et de Jacques Gauthier dit Loranger. Le 29 septembre 1676, M. de Saurel accepte pour Saint-Amand une terre que lui abandonne Jean Hémard dit l’Ardoise. Plus tard, on retrouve St-Amand à Villemarie, où il intente un procès à Jean Hubou de Longchamps dit Tourville. M, E.-Z. Massicotte, conservateur des Archives du Palais de Justice, à Montréal, raconte ainsi la cause du procès. “Jean Hubou de Longchamps, âgé de 31 ans, brigadier au service de M. le marquis de Denonville, était entré dans le cabaret de Jean Petit-Boismorel, vers 7 heures du matin, avec La Charité, Lespine et Saint-Amand, habitant de Sorel. Ces compères n’en sortirent qu’à 7 heures du soir, après avoir bu force bouteilles. Ainsi qu’il arrive souvent entre amis surchauffés, on se prit de querelle et St-Amand reçut un coup d’épée.... La justice accorda au blessé 200 livres comme dédommagement et il fut soigné aux frais de son agresseur.” Ce procès eut lieu le 8 septembre 1687. Bulletin des Recherches Historiques, année 1915, p. 356.

Charles Vanet dit Le Parisien, charpentier, 32 ans; Catherine Le Magnan, sa femme, 31 ans. Enfants: Catherine 7 ans, Marie 5 ans, Jeanne 3 ans, Charles 1 an. Il a un fusil, 5 bêtes à cornes, 12 arpents en valeur. Charles Vanet fut le premier marguillier de la paroisse et il paraît en avoir conservé le titre jusqu’à sa mort arrivée en 1715. Sa femme fut inhumée au cimetière situé près du moulin banal, le 15 février 1694.

Nicolas Moyc dit Grancé, tonnelier, 35 ans. Il a un fusil, 4 arpents en valeur. Il est inhumé le 13 septembre 1713, après avoir reçu les sacrements “et avoir donné toutes les marques du bon chrétien.” Il est dit âgé de 81 ans et ancien soldat de Carignan.

Zacharie Dignan, boulanger, 39 ans ; 3 arpents en valeur. Claude Pigeon, 40 ans; 2 arpents en valeur.

Pierre Augrand dit Lapierre, 47 ans; Marguerite Andrieux, sa femme, 27 ans. Enfants : Jeanne 7 ans, Pierre 5 ans, Anne 4 ans, Louise 2 ans. Deux fusils, 7 arpents en valeur.

Pierre Augrand, fils de Jean et d’Audine Robiscar, de Larocque, évêché de Condom, épousa à Québec, le 19 septembre 1673, Marguerite, fille de Guillaume Andrieux et d’Anne Couillard, du bourg de Dactère, évêché de Rouen. Augrand meurt à Québec le 23 mai 1713.

Tels sont les habitants de Sorel en 1681. On y rencontre vingt ménages formant une population de 118 âmes, 61 hommes et 57 femmes. Il y a 26 fusils, 202 bêtes à cornes, 403 arpents en valeur. La seigneurie en 1681 est donc l’une des plus prospères de la Nouvelle-France.

Page 1