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CHAPITRE IV

La première chapelle de Sorel. — Mgr de Laval visite la mission. — Mme de Saurel accorde des concessions à la paroisse. — La belle société à Sorel. — Les commandants du fort. — Courses et déprédations des Iroquois.

A l’origine de la colonie soreloise, les exercices religieux ont lieu dans le fort. Les dimanches et jours de fêtes, colons et militaires se réunissent pour assister aux offices divins et recevoir les sages avis du zélé missionnaire qui les visite de temps en temps. Vers 1670, on bâtit une modeste église de trente pieds de longueur et de douze de largeur, en poutres équarries, car le seigneur ne néglige rien pour doter sa seigneurie d’un édifice aussi nécessaire et si propre à encourager les colons dans leurs travaux. Comme les chapelles de St-Ours et de Contrecœur, celle de Sorel est bien modeste. On l’a placée sous le patronage de Saint Pierre, prince des Apôtres, probablement à la demande de M. de Saurel dont le prénom est Pierre. Le Rapport des Missions de 1683, transmis à Sa Sainteté le Pape Innocent XI, fait mention de la mission de Sorel dans les termes suivants : “Monsieur Volant, prestre natif du pais, âgé de 28 ans, dessert la seigneurie de Saurel, la Rivière du Loup et la Rivière St-François, et fait sa résidence à Saurel où il est en pension. Saurel est distant de Montréal de dixhuit lieues et quarante-deux de Québec, situé du côté du sud, il a deux lieues et demi d’étendue le long du grand

fleuve et deux lieues dans les terres. Il y a quinze familles et cent-treize âmes. Il y a une chapelle dédiée à Saint Pierre, que les habitants ont promis de réparer jusqu’à ce qu’on en fasse une autre.”

Ainsi, en 1683, la chapelle a besoin de réparations, cela suppose qu’elle est déjà vieille de plusieurs années. Elle s’élève au centre du fort. En 1678, Mgr de Laval visite la mission et y confirme plusieurs personnes tant de Sorel que des missions voisines. Ce sont: Louis Jean dit Lafontaine, Marie-Madeleine Richaume, 16 ans, Jeanne Richaume 10 ans, Marie-Charlotte Charron 11 ans, Louis de Contrecœur 10 ans, Charles Robert dit Deslauriers 33 ans, Marie Pelletier 41 ans, François Pelletier 20 ans, Jean- François Pelletier 15 ans, Marie-Madeleine Poutré-Lavigne 8 ans, Marie Poutré-Lavigne 10 ans, Marie-Anne David 19 ans, Mathieu Amiot 11 ans, Louis Crevier 9 ans, Elisabeth Couc-Lafleur dite Cognac 11 ans .

Dans le but d’aider à l’établissement de la paroisse naissante, Mme de Saurel accorde aux curés et à la Fabrique une terre de 120 arpents située sur le Richelieu, bornée par les terres du domaine et par celles de M. Miray de l’Argenterie. Cette terre, jusque-là, a appartenu au sieur Michel Brouillet-Laviolette. M. Chaigneau accepte le don pour les missionnaires et les curés qui se succéderont dans la paroisse. Par ce même contrat en date du 6 mars 1708, Mme de Saurel donne à la Fabrique une autre terre de deux arpents de front provenant de Jean Robin-Lapointe, sise sur le Richelieu, entre le fleuve et les terres de la donatrice. En retour de ce don, la Fabrique fera dire, chaque année, à perpétuité, “quatre messes basses de Requiem, dans l’église de Sorel, durant la vie de Mme de Saurel, pour le repos de l’âme de son mari, et après le décès de la dite dame, pour le

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repos de son âme et du dit sieur de Saurel.” Cette digne châtelaine ne borne pas là ses faveurs. Elle accorde à Messire Chaigneau deux autres lopins de terre, l’un de quatre arpents en superficie, près du fort, à quelques pas du moulin, sous la rente annuelle d’un sol, l’autre comprend l’emplacement sur lequel sont bâtis l’église et le presbytère. M. Chaigneau, la donatrice, les sieurs Jean Petit et Cabazier, apposent leurs signatures au contrat qui fut passé à Villemarie le 6 mars 17081. M. Jean-Baptiste de Ramezay, le 2 février 1762, renouvellera ces titres afin d’assurer la jouissance de ces domaines aux curés de la paroisse.

La colonie soreloise compte plusieurs familles distinguées. Les seigneurs se tiennent en relations constantes avec les de Saint-Ours, de Contrecœur, Le Gardeur et Berthier. Au fort, il y a encore des officiers d’élite. Leurs noms méritent de passer à la postérité. Citons tout d’abord celui de M. de Mines, capitaine de grande valeur qui, durant quinze ans, rend des services signalés. Arrivé en 1687, il prend une part active dans la campagne contre les Iroquois. A son retour de cette expédition, il devient commandant du fort de Sorel. C’est en cette qualité qu’il signe, le 18 janvier 1688, l’acte de décès de Pierre le Heuss, passé de vie à trépas et qui a le bonheur d’abjurer l’hérésie avant de mourir. M. de Mines, le 9 janvier 1698, épousa Delle Marie-Anne de Saint-Ours2.

Le chevalier de Forrany paraît avoir exercé le commandement au fort. Le 8 janvier 1688, au baptême de François de Grandmaison, fils d’un habitant de Chambly, il signe comme tel à son acte de baptême. Peu de rensei-

1 Adhémar. Archives du Palais de Justice, Montréal.

2 Histoire de la famille et de la Seigneurie de Saint-Ours, I, p. 113.

gnements nous sont parvenus sur ce personnage ainsi que sur le sieur Louis de Mongeneau qui, le 20 août 1700, tient sur les fonts baptismaux Marie-Louise Le Tendre, fille de Pierre Le Tendre et de Catherine Lamy. Cette famille Lamy dont nous disons un mot ici est très importante par ses alliances. Son chef, Isaac Lamy, fils de Jacques Lamy et de Barbe Chevalier, de St-Martin, évêché de Rouen, épousa, le 22 octobre 1663, à Québec, Marie-Madeleine de Cheurainville. Une de ses filles, Catherine, épousa Pierre Le Tendre; une autre, Louise, le 6 juillet 1703, contracta mariage avec Messire Charles Marin de la Malgue, écuyer, sieur de la Massière, veuf de Madeleine Niquet; en secondes noces elle épousa René Le Gardeur. Pierre Lamy, son frère, devenu veuf de Catherine Badaillac-Laplante, convole en secondes noces avec Delle Catherine Salvaye, tandis que Marie Lamy fait une alliance aussi distinguée avec M. Michel Dagneau Douville. Ce dernier officier, arrivé au Canada en qualité d’enseigne, ne tarde pas à recevoir de l’avancement. Comme il désire s'établir au pays, il obtient de Mme de Saurel un fief de six arpents de front, à la charge de la foi et hommage à chaque mutation de propriétaire et “de porter tous les ans, à l’église de Sorel, le jour de la Saint-Pierre, un bouquet de fleurs.” M. de Saint- Ours, seigneur voisin, lui accorde un fief de quatre arpents de front à la charge seulement “de conduire la Dame de Saint-Ours, une fois l’année, à l’église paroissiale de Saint- Ours.” M. Douville a laissé une nombreuse famille; il a dû quitter Sorel vers 1720.

M. Charles-Gaspard Piot de l’Angloiserie et M. Pierre de Saint-Ours ont aussi exercé le commandement au fort. Le premier, capitaine d’un détachement des troupes de la marine, était fils de Martin Piot et d’Anne Petit, de Ha-

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niou, évêché de Chartres1. Il épousa à Sorel, le 15 août 1691, Delle Marie-Thérèse Duguay, fille de M. Sidrac Dugué, capitaine au régiment de Carignan, devenu plus tard seigneur de Sainte-Thérèse. M. de l’Angloiserie eut une belle famille et mourut à Québec, où il fut inhumé le 21 février 1715.

Quant à M. de Saint-Ours, il était fils de M. Pierre de Saint-Ours2, célèbre capitaine au régiment de Carignan, qui a laissé de si bons souvenirs au pays. Parmi les officiers et les soldats de sa compagnie dont nous rencontrons les noms dans les annales du fort, nous connaissons Valérien Porus, sieur de Beaumont, et Pierre Châtelain dit Lapierre, sergents, Nicolas Lessard dit La Toupie, Gérard Alix dit La jeunesse, Luc Poupart, Thomas Dignan, Hilaire Saurel dit Léveillé.

La présence des militaires donne du courage aux habitants que menacent les Iroquois. Toujours sur le qui-vive ils se tiennent prêts à répondre à l’appel. Us accomplissent une tâche pénible mais combien glorieuse ! Leurs noms méritent de passer à la postérité, car ils appartiennent à l’époque héroïque de notre histoire !

Les années se succèdent au milieu des épreuves. Les Iroquois ont levé de nouveau la hache de guerre et parcourent le pays en tous sens semant la mort et la ruine. Les missions de Sorel, de Contrecoeur et de Saint-Ours, sont ravagées et brûlées. Les forts ne sont pas assez spacieux pour loger les habitants qui tentent de s’y réfugier. Toute la côte du sud de Sorel à Chambly est dans la désolation. Le deuil entre dans la plupart des familles. Le 8 juin 1690, M. de Saint-Claude, missionnaire, donne la sé-

1 Mgr Cyprien Tanguay : Dictionnaire généalogique, 1, p. 488.

2 Histoire de la Famille et de la seigneurie de Saint-Ours, I, p. 88.

pulture à Paul Hué, enfant de sept à huit ans, tombé sous les coups des barbares. Le 16 mai 1691, Jean Prou dit La Baguette, soldat de la compagnie de M. de L’Angloiserie, reçoit aussi la sépulture chrétienne. M. de Saint-Claude fait son éloge en ces termes : "il a mené une vie exemplaire et la mort précipitée et violente ne lui a pas permis de recevoir d’autres sacrements que celui de l’Extrême-Onction.” Le 19 août, Jean Le Magnan, âgé d’environ quarante-cinq ans, est inhumé à son tour. Les Iroquois l’ont massacré. Il y a donc lieu de se mettre en garde contre ces barbares.

Le chevalier Alexandre-Samuel de Clermont reçoit l’ordre de donner la chasse à l’ennemi qui ne s’est pas contenté de ces massacres, mais s’est enfui en conduisant en captivité quatre jeunes enfants. M. de Clermont les poursit jusqu’à Chambly, d’où il voit l’incendie des villages de Saint-Ours et de Contrecoeur. Il a la joie de délivrer les petits prisonniers et les ramène sains et saufs. Vis-à-vis de Saint-Ours, il apprend du major Provost, ancien capitaine au régiment de Carignan et major de Québec, qu’une flotte anglaise menace la colonie. Il rebrousse chemin et se rend à Québec où il trouve une mort glorieuse1. Il fut inhumé à Beauport le 23 octobre 1690, avec Joseph de la Touche et un autre dont le nom est inconnu : “tous trois donnèrent leur vie pour soutenir leur religion et leur patrie”, dit le registre.

Le 2 novembre 1692, deux autres victimes de la barbarie iroquoise sont inhumées dans le cimetière situé auprès du moulin banal. Ce sont: Jean-François Pelletier et Jean Pelletier. M. de Saint-Claude dit de l’un et de l’autre “qu’ils ont vécu d’une manière très chrétienne et ont donné des marques d’édification et de piété.”

1 Collection de Documents et Manuscrits, I, p. 502.

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En 1696, une bande d’Iroquois attaque Sorel. Les barbares pillent les maisons et les incendient. Mme de Salvaye, devenue la femme de M. Miray de L’Argenterie, sa fille, et plusieurs autres personnes, sont emmenées prisonnières dans le pays ennemi et ne recouvrent leur liberté que l'année suivante. A leur retour, elles trouvent chez Antoine Salvaye une généreuse hospitalité. Ce brave gentilhomme accorde à sa mère et à sa sœur tous les soins que requiert leur état et il emploie le fruit de ses travaux et de ses courses dans les pays de l’Ouest pour aider à rebâtir la maison et les bâtiments qui ont été incendiés. Plus tard, pour reconnaître ces bons offices et témoigner à ce cher fils toute sa tendresse, Mme de l’Argenterie lui accorde une somme de 3,000 livres et cinq arpents des terres paternelles. Le contrat est du 27 mai 171 51. Dans les années suivantes, Pierre de Salvaye eut l’idée d’attaquer les dispositions de cet arrangement et d’intenter un procès à son frère pour rentrer en possession d’une plus grande portion de l’héritage. Le 30 juillet 1726, tous deux se rendent chez le notaire qui a rédigé les conventions. Ce dernier donne la lecture des contrats. Par amour pour la paix, Pierre de Salvaye abandonne ses prétentions et veut bien se contenter d’une terre d’un arpent de largeur. La Providence paraît l’avoir favorisé dans ses enfants et ses descendants. Tous font de belles alliances avec les familles les plus importantes : les Dandonneau du Sablé, Péloquin, Paul Hus. Quant à Antoine, devenu veuf de Delle Marguerite Hertel, il épouse Delle Catherine-Delphine Le Gardeur, nièce de Mme de Saurel. Il devint capitaine des portes de la ville de Montréal.

1 Adhémar.

Les colons de la Nouvelle-France n’ont pas seulement à combattre les Iroquois, ils ont à souffrir de la famine. En 1700, M. des Goutins déclare qu’on a un besoin urgent de farine, de lard et de provisions, tant pour la subsistance des troupes que pour celle des habitants. Le roi se laisse émouvoir par le tableau qu’on lui fait des misères du peuple. Il recommande de réparer les forts, notamment celui de Sorel, afin de le mettre en état de soutenir un siège. M. Le Vasseur de Néré trace les plans d’un fort en pierre et les présente à la Cour en 1705.

Durant les longues guerres contre les Iroquois les habitants de Sorel et des environs voient arriver les prisonniers faits par les Français et les sauvages alliés dans leurs courses à travers les colonies anglaises. En parcourant les mémoires qu’ils ont laissés, il fait bon voir avec quelle charité vraiment chrétienne les colons ont su adoucir les misères de l’exil de ces infortunés. Le Révérend John William, de Deerfield1, raconte en quelles circonstances il fut pris le 29 février 1704, et conduit à Chambly et de là à Sorel. “Les Français furent très bons pour moi. Un gentilhomme de l’endroit me prit dans sa maison et me fit mettre à sa table. La nuit, il me fit coucher sur un bon lit de plumes. Les officiers et les habitants m’ont traité de la manière la plus obligeante et.... en nous rendant par la rivière à Sorel nous entrâmes dans une maison où se trouvait une femme anglaise de notre ville. Les Français furent très bons pour elle et pour moi et me donnèrent en fait de provisions ce qu’ils avaient de mieux. Quand nous arrivâmes dans la première maison habitée de Sorel, une femme vint au-devant de nous sur le bord de la rivière et exprima

1 Rév. Henry White : History of New England, p. 122.

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le désir de nous recevoir dans sa maison. Une fois entrés elle s’apitoya sur notre sort et nous apprit cpie, dans la dernière guerre, elle-même fut emmenée prisonnière au milieu des indiens et elle éprouvait beaucoup de pitié pour nous. Elle donna aux sauvages quelque nourriture au coin de la cheminée; elle étendit une belle nappe blanche sur la table et des serviettes pour nous ce qui les offença tellement qu’ils sortirent sans aller au fort”.

Cependant Mme de Saurel lutte contre les créanciers de son mari. On se souvient que. le 26 août 1676, il a emprunté 3,000 livres de M. Bazire moyennant une rente de 300 livres. Cette rente ne fut pas payée régulièrement. M. Aubert de la Chesnaye ayant acheté la créance veut forcer la pauvre veuve insolvable à lui rembourser ces sommes, et il prend des mesures pour faire vendre la seigneurie. Au moins de septembre 1702, il se rend à Sorel. Il se retire chez Marin Moreau, sieur de Laporte, et il envoie à Berthier l’huissier, Jean-Baptiste Pothier, de la Juridiction des Trois-Rivières, pour annoncer aux habitants du lieu et à ceux de Sorel que la seigneurie sera vendue après quatre criées “faites en la manière accoutumée.” Sont présents à cette criée les sieurs Louis Dandonneau du Sablé, Jacques Brisset, copropriétaires et coseigneurs de Pile Dupas, Pierre Houré dit Laferrière, habitant de l’île-aux-Castors, Pierre Dandonneau, René Couillard, Pierre Le Vallois, habitants de l’île Dupas, le sieur Boisjoli, demeurant chez le sieur Dagneau Douville, commandant au fort de Sorel, Joseph et Louis Fafard, Antoine Piet dit Lafrenière, Louis Casaubon-Ladébauche, de Berthier1.

1 Jugements et délibérations du Conseil Souverain, IV, pp. 267, 268.

Le 2 septembre 1702, signification de cette criée est faite à Nicolas Moyé-Grancé, gardien du manoir, en l’absence de Mme de Saurel. Le lendemain et le 1er octobre nouvelles criées à Sorel. A la dernière, M. Michel Dagneau Douville fait une opposition à cause de l’île Ronde, tandis que Pierre Lamy Desfonds revendique l’île Madame et une partie de File de Grâce qu’il possède en commun avec Charles Vanet le Parisien.

La seigneurie de Sorel est convoitée par plusieurs représentants de nos vieilles familles canadiennes. Une fois mise à l’enchère, le sieur Hainard offre 7,000 livres, Mme de Noré Dumesnil 7,800, le sieur Perrot 8,000, M. Denis de Saint-Simon 8,400, M. Fleury de la Gorgendière 8,500, M. Jean Crespin 8,700, le sieur Hubert 9,000, le sieur de Ramezay 9,200; elle est adjugée enfin pour la somme de 9,200 livres au sieur Hubert, qui l’achète au compte de M. de Ramezay, par contrat passé le 14 février 1713. M. Paul Dupuy* 1, lieutenant-général de la Prévôté à Québec, présidait l’audience des criées.

Le 22 mars, M. de Ramezay charge le notaire Le Pailleur, de Montréal, de donner avis à Mme de Saurel “de quitter, délaisser la seigneurie, le manoir et les dépendances”, tandis que le 26 avril il signifie à M. Michel Dagneau Douville et à M. Étienne Volant Radisson qu’il réclame l’île Saint-Ignace en vertu de l’acte d’adjudication. Les droits de quint s’élèvent à la somme de 1,226 livres, 13 sols. Le 15 septembre 1714, le nouveau seigneur prend

1 II fut seigneur de l’île-aux-Oies. Il avait épousé Delle Jeanne Coudlard, fille de Louis Couillard, sieur de Lespinay, et de Delle Geneviève des Prés, seigneur de la Rivière-du-Sud, et ancêtre de l’auteur. Histoire des Seigneurs de la Rivière-du-Sud. Voir aussi Louis

l ouillard, sieur de Lespinay, dans les Mémoires de la Société Royale du Canada, par le même auteur, 1924.

possession de son domaine. C’est ainsi que Mme de Saurel vit passer en des mains étrangères cette belle seigneurie que son mari avait ouverte à la colonisation et sur laquelle il avait dépensé la plus grande partie de sa fortune. On ne peut lire sans émotion la lettre suivante que la pauvre veuve écrivit durant le long débat qui se faisait autour de la succession.

“Mademoiselle ma très chère cousine,

“Je viens de recevoir votre lettre tout présente- “ment où vous me marquez que je vous donne mon consentement pour enlever mais (pour mes) coffres, qui sont “ici. Je consens volontiers me trouvant hors d'état présentement de vous donner quelque chose, cependant, ma chère “cousine, j’espère que vous me rendrez votre parole et qu’ils “ne seront point vendus. Cependant, ma chère cousine, s’il “se trouve quelqu’un qui vous voulût répondre jusqu’à cet “automne, je vous prie de les laisser parce cpie je perds “au moins autant que la valeur de ce qui est dans les coffres, “cela court les risques pour l’aller et le revenir et n’ai pas “beaucoup de choses pour vous. C’est beaucoup pour moi “qui suis dénuée de tout! J’écris à mon cousin des Mus- “seaux et le prie de s’en vouloir bien charger jusqu’à l'automne, si cela n’avait pas été si pressé je serais montée “là-haut; j’ai écrit deux fois à M. Paschot sans en avoir “aucune réponse.... Enfin, ma chère cousine, s’il se trouve “quelqu’un qui veuille bien nous répondre des coffres jusqu’à l’automne, je crois que vous me ferez ce plaisir.

“J’espère, ma chère cousine, que vous m’épargne- “rez le plus que vous pourrez, vous le pouvez en cherchant

“quelques moyens.... Je ne vous demande que jusqu’à l’automne, vous ne me refuserez pas s’il vous plaît.”

“Je demeure, ma chère cousine,

“Votre très humble et très obéissante cousine et servante, Catherine le Gardeur de Saurel.”

Cette missive montre la grande détresse dans laquelle se trouve la pauvre veuve. Ces coffres renferment des nappes de toile, des draps, des essuie-mains, des tabliers. Le plus petit appartient à la femme de M. Radisson, l’autre aux habitants.

Mme de Saurel vécut encore de longues années, aimée et respectée des colons. Elle mourut à Sorel le 23 juin 1732, à l’âge de 82 ans, 10 mois et demi. Elle fut inhumés dans le cimetière de la paroisse le 25 juin 1732.

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