CHAPITRE V
Les missionnaires de Sorel : le Père Pierre-Joseph-Marie de Chaumenot. — Le Père François Dupéron. — M. Germain Morin. — M. Hugues Pommier. — M. Pierre de Caumont. — M. Louis Petit. — M. Benoit Duplein. — M. Claude Volant de Saint-Claude. — M. Pierre Volant de Saint-Claude. — M. Paul de Sennémaud. — Le Père Chrétien Leclercq. — M. Jean Séré de la Colombière. — M. Étienne Guyotte. — M. Jean-François Buisson de St-Cosme. — M. Alexandre Doucet. — M. Claude Volant de Saint-Claude. — Le Père Laurent Gaschils. — Les Pères Guillain Beaudoin, Hilaire Hilaire, Romuald Lebrun, Alphonse Droïerres et Michel Bruslé. — M. Philibert Boy. — M. Yves Priât. — M. Claude Le Breton. — M. Louis Geoffroy. — M. Léonard Chaigneau. — M. Louis-François de La Faye. — M. Jean-Baptiste Arnaud. — L’île Dupas. — Le seigneur de l’île : M. Pierre Dupas. — Il est attaqué par les Iroquois. — Sa mort. — Sa veuve se retire aux Trois- Rivières et épouse M. Pierre Boucher.
Avec la reconstruction du fort de Sorel, la mission est reprise. C’est un fait indéniable, partout où le soldat et le colon apparaissent le missionnaire les suit. La Nouvelle-France, dès son origine, a compté sur cette trinité d’hommes héroïques, le colon, le soldat, le prêtre. Quelle œuvre admirable le religieux et le prêtre ont accomplie sur les bords du Saint-Laurent, au milieu des plus grandes fatigues et de périls constants! S’il est impossible de narrer dans tous les détails l’histoire de leur vie, il convient au moins de rappeler leurs noms aux descendants de ceux qu’ils ont soutenus dans leurs travaux d’établissement. Celui qui eut la mission d’accompagner M. de Saurel sur les bords
du Richelieu pour y rebâtir le fort détruit en 1645, fut le Père Pierre-Joseph-Marie de Chaumenot, jésuite. Né en France en 1611, il arriva au pays le 1er août 1639. Après avoir évangélisé la nation huronne et la nation iroquoise, il exerce son ministère aux forts de Sorel et de Chambly. Il meurt le 21 février 1693, à l’âge de 82 ans.
Le Père François Dupéron, jésuite, qui partage ses travaux apostoliques, meurt à Chambly1, le 10 novembre 1665. On porte son corps à Sorel et on le place dans un cercueil exécuté par les soldats du fort et, grâce aux soins de M. de Saurel, il est transporté aux Trois-Rivières où se fait l’inhumation.
Celui qui recueille la desserte est M. Germain Morin, premier prêtre né au Canada. Il est le fils de Noël Morin, charron, et de Dame Hélène Desportes, de Québec2. Il a été baptisé le 14 janvier 1642.
M. Morin a fait ses études chez les Jésuites et a reçu Ponction sacerdotale des mains de Mgr de Laval, dont il fut le secrétaire jusqu’en 1669. Le 17 février de cette année, on le trouve à Sorel. Il y confère le baptême à Marguerite, fille de Jean Collet et de Jeanne Béchard. C’est le seul acte que l’on possède de ce prêtre distingué qui, ayant exercé le saint ministère dans plusieurs autres paroisses, meurt à Québec le 20 août 1702. Il était chanoine de la cathédrale.
M. Hugues Pommier, natif du Vendemois, arrivé au Canada en 1663, exerce le ministère à Québec, et dans l’au-
1 Le Journal des Jésuites, p. 338.
2 Celle-ci était veuve de Guillaume Hébert, fils de Louis Hébert, premier colon canadien. La famille Morin a donné à l’Église deux enfants, M. Germain Morin et sa sœur. Marie, qui entra chez les Sœurs de l’Hôtel-Dieu de Montréal, et porta le nom de Sœur Saint-
Joseph.
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tomne de 1670, à Sorel. Il ouvre les registres dans cette mission. Sa juridiction s’étend sur les missions voisines, Saint-Ours, Contrecœur et Autray, et il les dessert simultanément. Nous avons quatorze actes de ce missionnaire : cinq appartiennent à Sorel, trois à Saint-Ours, trois à Contrecœur et deux à Autray. L’autre est illisible. M. Pommier quitte Sorel vers le 15 juillet 1671. Après avoir desservi les missions de la Pointe-Lévis, de Saint-François-du- Lac, la côte de Beaupré, il repasse en France où il meurt en
Ici, il y a une lacune dans le registre. Durant huit mois, il n’est fait mention que d’un acte de baptême dans la mission. Se peut-il qu’elle ait été abandonnée ou que durant ce laps de temps il n’y eut aucune autre naissance, ni mariage, ni sépulture à enregistrer? Cela est peu admissible. Il est plus probable que le missionnaire alors en fonction aura inscrit ces actes dans les registres des missions voisines ou encore sur des feuilles volantes qu’on n’a pu retracer. Le seul acte qu’on retrouve est dû à M. Pierre de Caumont. Ce missionnaire naquit en France vers 1630 et fut ordonné vers 1654. Il dessert la paroisse de Boucherville de 1670 à 1678 et la mission de Contrecœur dans les années 1671-1672. Comme Sorel avoisine cette paroisse, on peut penser qu’il la visite de temps à autre; toujours est-il que le 7 mars 1672 il s’y rend et donne le baptême à un petit enfant. M. de Caumont fut curé du Cap Saint-Ignace en 1679 et 1680. Il devint chanoine de la cathédrale de Québec, où il mourut le 16 février 1694.
M. Louis Petit, ancien officier du régiment de Carignan, lui succède. Après le licenciement de son régiment, il entre dans la milice du Seigneur. Mgr de Laval lui con-
fère l’onction sacerdotale le 21 décembre 1670. Cet homme distingué, tour à tour soldat et prêtre, qui rendit de grands services tant dans les missions de Québec que dans celles de l’Acadie, était le fils de Adrien Petit et de Catherine Dufloc, de la paroisse de Belzane, en Normandie. Il dessert les missions de Sorel et circonvoisines jusque vers le 20 juillet 1676. Nommé vicaire-général de Port-Royal, en Acadie, le 5 septembre, il s’y rend et y demeure jusqu’en 1690. Lorsque les Anglais, sous le commandement de Phipps, attaquent cette place, il fait accepter aux ennemis les articles de la capitulation garantissant aux Acadiens les honneurs de la guerre, la jouissance de leurs terres et le libre exercice de la religion catholique. Phipps fut traître à sa parole. Il désarme les soldats, les enferme dans l’église, met au pillage la maison du gouverneur, brûle le temple et le presbytère, et fait prisonniers M. Petit et son confrère M. Trouvé. Il les embarque même sur le vaisseau amiral et ils doivent assister au bombardement de Québec ainsi que Madame de La Lande1 et sa fille Madame Jolliet, qui ont été capturées dans le bas du fleuve. Une fois rendu à la liberté, M. Petit devient curé de l’Ancienne-Lorette et il meurt à Québec le 3 juin 1709.
Du 1er janvier 1673, et du 12 février au 14 avril 1674, M. Pierre de Caumont remplace M. Petit. M. Benoît Duplein lui succède dans Sorel, du 29 septembre 1676 au 5 juin 1678. Le 2 avril 1677. il fait l’inhumation de Aufray Coulon dit Mabrian, mort subitement, à l’âge de 37 ans. Sa veuve ne le pleure pas longtemps ; un mois plus tard, elle
1 Marie, fille de Guillaume Couillard et de Marie-Guillemette Hébert. Elle épousa François Bissot, sieur de la Rivière; en secondes noces, Jean de La Lande, sieur de Gayon. Sa fille, née Claire-Françoise Bissot, épousa Louis Jolliet, seigneur d’Anticosti, découvreur du Mississipi.
L'Hôtel des Postes et des Douanes
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épouse Pierre Guignard, fils de Pierre Guignard et de Françoise Tiercé, de Contrecoeur. Jean de La Vallée et Michel Brouillet-Laviolette sont les témoins de ce mariage mentionné à la date du 2 mai 1677.
Le 7 janvier 1681, M. Duplein ouvre les registres des missions de Contrecœur et de St-Ours. Le 8 novembre 1684, il est fait chanoine de la cathédrale de Québec et il meurt à Montréal le 20 octobre 1689.
M. Claude Volant de St-Claude, fils de Claude Volant de St-Claude et de Françoise Radisson, né aux Trois-Rivières le 8 novembre 1654, ouvre avec son frère jumeau, Pierre Volant de St-Claude, la liste des étudiants du Séminaire de Québec. Ordonné prêtre le 17 septembre 1678, le 22 du même mois on le rencontre à Sorel avec le titre de curé. Il dessert simultanément la Rivière-du-Loup, Berthier ou Vilmure, La Noraie ou Autray, la mission de St- François et celle de St-Michel d’Yamaska. Plus tard, on lui confie la cure de Saint-François-Xavier, de Bastiscan, et la mission de Champlain. Du 12 décembre 1689 au 13 mai 1693, il est de nouveau missionnaire à Sorel. Le 18 décembre 1693, il devient curé de Varennes et il y décède le 8 octobre 1719.
Son frère, M. Pierre Volant de St-Claude, lui succède du 7 janvier 1687 au 15 mai 1688. Après une absence de trois ans et demi, il revient à Sorel et il y demeure jusqu’au 11 août 1706.
Le 18 septembre 1683, il confère le baptême à Marguerite, fille de Jean Crevier, écuyer, sieur Duvernay, et de Dame Marguerite Hertel ; le 4 novembre, à Pierre Salvaye, fils de Pierre Salvaye de Tremont et de Dame Catherine Le Roy. Le 30 avril 1683, il bénit le mariage de Joa-
chim Germano, 28 ans, fils de Joachim Germano et de Marie Chou f y, de St-Maxime, évêché de Limoges, et de Elizabeth Couc, fille de Pierre Couc-Lafleur, soldat de M. de Frémont, et Marie Miteouamegoukoue, algonquine, de la mission de St-François. Le père du missionnaire agit comme témoin à ce mariage.
M. Paul de Sennémaud succède à M. Volant. Arrivé au Canada le 14 août 1681, il devient missionnaire au Cap Saint-Ignace dans les premiers mois de 1685, et à Sorel du 14 juin au 19 novembre de cette même année. Il ne laisse que huit actes. Il exerce son ministère à St-Ours, où il réside, à Contrecœur, Verchères, Chambly et Lavaltrie. Il retourne à Québec vers 1687 et il y meurt le 14 avril 1690.
De tous les missionnaires de Sorel, le Père Chrétien Leclercq, récollet, est celui qui a laissé les meilleurs souvenirs. Arrivé au Canada en 1673, il se rend d'abord dans File Percé, en Gaspésie, puis, du 2 décembre 1685 au 3 juin 1686, il s’occupe des missions de St-Ours, de Sorel, et de Contrecœur. Au registre de la paroisse de Sorel se trouvent neuf actes. Repassé dans la mère-patrie en 1687, il devient gardien du couvent de Lens, de la province de St- Antoine de Pade, en Artois. Qui n’a lu avec intérêt ses écrits sur les missions canadiennes : Le premier établissement de la foi dans la Nouvelle-France et la Nouvelle Relation de la Gaspésie ?
M. Jean Séré de la Colombière ne fait que passer dans la mission de Sorel. Du 25 juillet au 4 août 1686, il y laisse quatre actes. Rappelé en France en 1691, il entre au Séminaire de St-Sulpice. Mgr de Saint-Vallier l’ayant ramené avec lui au Canada, le fit chanoine de la cathédrale de Québec, le 1er décembre 1692, vicaire-général le 2 mai, et Grand Archidiacre du Chapitre le 14 août 1698. Le 12
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mai 1701, il visite officiellement la mission de Sorel. Tl décède à l’Hôtel-Dieu de Québec le 18 juillet 1723, à l’âge de 72 ans.
M. Étienne Guyotte, né à Paris, exerce les fonctions curiales du mois de novembre 1686 au mois de juillet 1687, à Sorel, Saint-François, Berthier et Autray. Il semble avoir séjourné six mois dans la mission. Aux archives se trouve le premier fragment d’un registre légalement authentiqué, le 22 novembre 1686, par Jean Le Chasseur, conseiller du Roy, lieutenant-général de la Juridiction des Trois-Rivières. Le 8 mai 1687, il baptise un enfant né de Paul Hué et de Jeanne Baillargeon, “sa femme”. Le parrain et la marraine sont le sieur Jean de l’Estang, sous-lieutenant d’une compagnie de milice, et Geneviève-Gertrude de Tilly.
M. Jean-François Buisson de St-Cosme, né à Québec, le 26 novembre 1660, fils de Gervais Buisson de St-Cosme et de Dame Marie Lereau, dessert la mission de Sorel du mois de novembre 1686 au mois de mai 1688. Le 18 mai de cette même année, il bénit le mariage de Michel Dagneau, écuyer, sieur Douville, cadet de la compagnie de M. Le Moyne et de Delle Marie Lamy, fille du sieur Isaac Lamy et de Dame Marie-Madeleine de Cheurainville. Le séjour de M. Buisson est marqué par les incursions des Iroquois qui répandent partout la terreur. Ce missionnaire, après avoir desservi la paroisse de St-François de Sales de l’île Jésus, meurt à Québec le 15 mars 1712.
M. Alexandre Doucet, qui lui succède, né à Paris en 1656, du mariage de Jacques Doucet et de Marie Pinet, est ordonné prêtre à l’Hôtel-Dieu de Québec le 5 mars 1689. Il séjourne à Sorel durant les mois d’octobre et de novembre
de la même année. Nommé curé de Charlesbourg en 1690, il se rend à Port-Royal en 1693, et il y meurt le 26 mars
M. Claude Volant de St-Claude, que nous avons rencontré déjà, remplace M. Doucet et dessert la mission de Sorel de 1689 à 1693. Il faut remarquer que durant une période de vingt ans les archives sont incomplètes. On y rencontre plusieurs inhumations de personnes assassinées par les Iroquois. M. de St-Claude n’abandonne pas complètement la mission, car son nom apparaît de temps en temps du mois de décembre 1693 à l’année 1704.
Le Père Laurent Gaschils, récollet, arrivé au pays le 5 juin 1692, se rend à Sorel au mois de décembre 1693 et y demeure jusqu’au mois d’août 1697.
Quelques jours après son arrivée, le 9 décembre 1693, il bénit le mariage du sieur Étienne Volant, fils de Claude Volant, sieur de Saint-Claude, et de Dame Françoise Radisson, et de Delle Geneviève Le Tendre, veuve de Jean Pelletier. Le 25 décembre 1695, il bénit le mariage d'Étienne de Miray, écuyer, sieur de l’Argenterie et de Delle Louise- Charlotte de Salvaye.
Les cinq missionnaires qui se succèdent à cette époque dans la mission sont tous des religieux récollets. Ils ont laissé peu de traces de leur passage. On rencontre le Père Guillain Beaudoin de la fin de l’année 1697 au 7 janvier 1698. Il fait un mariage et un baptême; le Père Hilaire Hilaire, son successeur, laisse un seul acte; le Père Romuald Lebrun dessert également St-François. Le 1er décembre 1690, il fait l’inhumation de Gilles Danjou, mort à 81 ans, au service de Mme de Saurel. Le Père Alphonse Droïerres se rencontre à Sorel du mois de novembre 1700
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au mois de février 1701. Le 29 juin de cette même année, le Père Michel Bruslé, missionnaire de Contrecœur et de Saint-Ours, fait un baptême.
M. Michel-Philibert Boy, prêtre séculier, arrivé au pays en 1700, fait la desserte du mois de janvier au mois d’octobre 1702. Durant les années suivantes cette mission reçoit des prêtres de St-Sulpice, députés ad hoc. Ainsi MM. Yves Priât, Claude Le Breton, Louis Geoffroy, Léonard Chaigneau ne font pour ainsi dire que passer. M. Louis-François de La Paye y fait un plus long séjour. Né à Paris en 1657, il est nommé curé à La Prairie en 1695 et, du 10 juillet 1704 au 9 novembre 1724, il est chargé des missions de Verchères, de Contrecœur, de St-Ours et de Sorel. Le 26 novembre 1706, il obtient de l’Intendant Raudot une ordonnance qui oblige les “habitants de Sorel et des autres paroisses à venir le chercher dans l’endroit de sa demeure afin de le conduire dans les lieux où il sera nécessaire pour les fonctions de son ministère et de le ramener ensuite chez lui1.”
Le 21 avril 1705, il baptise Étienne, fils de Claude Drouet, écuyer, sieur de Richardville, officier du détachement des troupes de la marine, et de Dame Marie-Jeanne Desrosiers, habitant l’île-aux-Castors.
Trois autres sulpiciens ont exercé leur ministère dans la mission de Sorel. Ce sont: M. Louis Chaigneau en 1703 , il dessert l’île Dupas du 21 janvier 1704 au 12 août 1706. Il est de nouveau à Sorel du 17 février au 16 août 1708. M. Charles de la Goudalie, du 16 septembre 1708 au 12 septembre 1718, et Joseph Ysambert, du 16 octobre 1718 au mois de janvier 1720.
1 Édits et Ordonnances, II, p. 26 7.
Celui qui ferme cette longue liste des missionnaires de Sorel est M. Jean-Baptiste Arnaud. Né au Canada en 1692, il a fait ses études au Séminaire de Québec. Ordonné prêtre le 22 mai 1717, il devient curé de l’île Dupas le 19 novembre. En même temps, il exerce son ministère dans les missions de Sorel, de Berthier et de La Noraye, du 20 octobre 1720 au 16 septembre 1726.
On s’imagine difficilement ce qu’est la desserte de ces îles. Durant la belle saison, le missionnaire se fait transporter en canot par l’un ou l’autre de ses administrés. L’hiver, sur la glace, le voyage se fait encore plus rapidement, mais dans les saisons du printemps et de l’automne ce trajet est des plus périlleux. Voilà pourquoi, dès l’arrivée des premiers habitants sur l’île Dupas, il fut question d’y établir une mission. Cette île fut concédée à un ancien officier du régiment de Carignan, Pierre Dupas, sieur de Braché, fils de Jean Dupas et de Jeanne Letendre, de Braché, évêché de Châlons, en Champagne. Dès 1669, Pierre Dupas se rencontre sur l’île ; le 19 juillet, trois Iroquois l’attaquent dans sa maisonnette où il s’est réfugié avec deux serviteurs, Étienne Clémenceau dit Lachenaye et Pierre Dupineau. Les Français réussissent à tuer deux sauvages et une femme qui les accompagne, le troisième est pris à Sorel où il est tenu prisonnier en attendant le procès. Cependant, sur la prière de trois des chefs de la nation, on le remet en liberté moyennant certaines conditions.
Le seigneur Dupas, le 3 novembre 1672, obtient la concession d’une lieue de terre de profondeur sur une demi lieue de front sur la rivière Chicot, et le 7 novembre 1677, il épouse à Québec Delle Charlotte Denis, fille de Simon Denis de la Trinité et de Dame Françoise Dutartre. Par cette alliance, il entre dans une des plus importantes familles ca-
nadiennes et devient l’allié des Le Gardeur, de Saint-Ours, Couillard de Lespinay, le Neuf. Cette union fut trop tôt brisée. Un mois et treize jours plus tard, M. Dupas meurt emporté par une fièvre violente qui ne lui permet pas de recevoir les derniers sacrements. Son inhumation a lieu le 22 décembre 1677, dans le cimetière de Sorel.
Seule maintenant sur son île déserte, éloignée de toute habitation et dénuée de tout secours, sa veuve n’y pouvant vivre prend le parti de se retirer aux Trois-Rivières chez M. Michel Cressé, son beau-frère. Elle emporte une cassette et un coffre “remplis de ce qui est à son usage et le plus nécessaire.” Avant de partir, elle a confié à Julien Allard-Labarre, son pins proche voisin, les meubles, le bétail, les provisions de la maison. Plus tard, ayant appris qu’il les dissipe et en fait mauvais usage, elle fait transporter tout ce qu’elle peut aux Trois-Rivières. L’inventaire des biens a lieu le 22 mars 1678. Le 25 avril, elle sollicite la faveur de renoncer à la communauté de biens qui a existé entre elle et son mari. Voilà des faits qui nous montrent quel grand courage ont dû déployer nos ancêtres pour s’attacher, au milieu de tant de difficultés, à l’œuvre si importante de l’établissement de notre belle patrie! Nobles et roturiers, riches et pauvres, ils ont dû payer de leurs personnes, car tout à cette époque encore plus que de nos jours devait s’acquérir par le courage et le travail.
Six ans plus tard, Mme Dupas épouse à Québec M. Pierre Boucher, seigneur de Boucherville, fils aîné de M. Pierre Boucher de Grosbois, ancien gouverneur des Trois- Rivières.
L’île demeure déserte durant un quart de siècle. M. Charles Aubert de la Chesnaye en fait l’acquisition, et le 11 novembre 1690, il la vend aux sieurs Jacques Brisset et
Louis Dandonneau pour la somme de 1,500 livres. Le 16 février 1699, Jeanne Le Noir, femme de ce dernier, fait lever toutes les hypothèques sur cette île. A cette date, des colons viennent s’y fixer. Une desserte est fondée en 1704. M. Jean-Baptiste Arnaud, missionnaire de Sorel, en est chargé de 1720 à 1726 et une seconde fois de 1729 à 1732