‹ Histoire De SoulavieChapitre 10 sur 42 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

LES PREMIERS TIRAILLEMENTS ENTRE SOULAVIE ET LE MINISTERE DES AFFAIRES ETRANGERES (1)

(Juillet-aoht 4793.)

SOMMAIRE

Reception officielle de Soulavie par les Comités de Genéve (3 juillet). — Le voyage & travers le Jura, ~~ Projet de visite a Coppet. — Lettre de Soulavie & Barére et Danlon. -—- Comment Soulavie entendait sa mission & Geneve et comment |’entendait Deforgues. —~ Soulavie va se faire reconnaftre dans le Valais, — Mauvaise impresston produite par le rattachement de la Iégation du Valais & celle de Geneve. — L'opinion de Barthélemy, — Rétablissement d’une légation indépendante dans le Valais.

Le nouveau Résident de France 4 Genéve arriva 4 son poste le 3 juillet et obtiat audience du gouvernement genevois le jour méme. Sa lettre de créance était ainsi congue:

Nous, les citoyens formant le conseil exécutif provisoire de la République frangaise, etc.

Trés chers et bons amis, les circonstances nous ayant déterminés a rappeler le citoyen Chateauneuf, nous avons choisi le citoyen Soulavie pour séjourner auprés de vous en qualité de Résident, et pour vous porter l’assurance du désir sincére ot: nous sommes de maintenir et de cultiver les liaisons de la France avec la République. La connaissance que nous avons des principes et des sentiments du citoyen Soulavienous autorisent 4 penser que sa nomination ne pourra que vous étre agréable, etc,

Voici le texte de son discours de réception:

Citoyens, la République francaise n’est pas la seule puissance qui jette ses (x) Tous les faits et documents, signalés ou mentionnés dans ce chapitre et les

suivants, dont la source n'est pas indiquée, sont puisés aux archives du ministére des Affaires étrangéres (Correspondance de Genéve),

regards sur la nation genevoise. Tous les peuples libres savent combien elle est intéressante par ses vertus, son industrie et ses lumiéres; ils savent que Genéve, la premiére en courage, a renversé depuis des siécles et le despotisme du tréne et le despotisme des autels, Genéve lutta aussi pendant des siécles contre I’aristocratic, le plus vivace ennemi de la liberté populaire; mais enfin, aprés tant de mémorables combats, elle demeure victorieuse de son ennemi domestique.

Vous voyez parmi vous, citoyens genevois, un Frangais touché de vos vertus républicaines et de votre beau caractére, qui servira de modéle aux peuples sensibles a la liberté. Les envoyés de la nation francaise vivront désormais parmi vous avec simplicité, avec amitié et fraternité. Les représentants du peuple francais ne seront fiers qu’avec les rois qui abusent de la crédulité populaire pour réprimer la marche de la liberté au profit de la tyrannie, Le plus beau jour de ma vie, citoyens genevois, est celui od je puis, au nom du peuple francais, vous témoigner ces sentiments, et je me croirai heureux en mon particulier, si je puis mériter et obtenir votre estime et votre amitié!

Bourdillon-Dieday, parlant dans ses Mémoires de I’arrivée de Soulavie 4 Genéve, dit: C’est le premier prétre qui se soit marié ; il succéda 4 Delhorme, le chargé d’affaires avec qui j’étais trés lié, qui assista 4 toutes nos fétes et qui dansa avec nous & celle de Rousseau (1).

La premiére dépéche expédiée de Genéve par Soulavie est du 5 juillet :

Jarrive 4 Genéve aprés avoir passé dans les départements amis ou insurgés contre la Convention. Le résultat de mes observations est : 1° que les prétres réfractaires, les royalistes, les aristocrates restés dans |’intérieur de la France et les émigrés sont tous Brissotins, Rolandins et Buzotins; 2° que le pouvoir exécutif doit veiller avec le plus grand détail sur les efforts de cette coalition criminelle, parce que j’ai trouvé sur le Jura les racines d’une véritable Vendée, sion n’y prend garde; 3° et parce que la coalition s’attache A gagner le peuple des campagnes et les curés constitutionnels. Le Jura, qui est une grande plaine en montagne, vaste et élevée, et dans laquelle on ne pénétre qu’a travers des gorges et des défilés trés difficiles, se trouvant entre Lyon d'un cédté et l’aristocratie de Fribourg, de Berne et du Valais, de Yautre, roérite l’attention de l’administration de la République francaise.

En passant sur le plus haut Jura, le tocsin a sonné 4 minuit dans tous les villages. Tous ces bons paysans, simples et vertueux comme des patriarches, s’assemblaient sans savoir de quoi il s’agissait, armés de piques, de faulx manchées 4 rebours, de broches, de haches, de longs batons, etc. Les officiers du département, qui ont fait sonner le tocsin, n’auront pas été peu surpris de voir que ces bons villageois du Jura avaient l’esprit et les intentions

(1) Manuscrit de Bourdillon & la Bibliotheque de Genéve. I 4

plus sains et plus patriotiques et qu’ils ne voulaient pas s’organiser en armée brissoline, La troupe s'est dissipée. Ma femme, en attendant, me faisait pére d’une fille. Je Yai appelée, sur ce champ de bataille, Montagne, Constance, Victoire, Félicité, Perpétue.

J'ai été fort bien recu a Genéve. On a arrété l'impression de mon discours qu? j’adressorai au ministre des Affaires étrangéres. On m’a offert, selon l’usage, deux truites du lac et autres productions du pays. Je voudrais qu’il ne fit pas si chaud, j’en enverrais une au citoyen ministre. Je vais dans le Valais me faire recevoir et observer les dispositions de ce peuple fanatisé par les prétres réfractaires et les émigrés. — Je passerai & Coppet ov est, chez M. Necker, le baron de Staél, le bon ami de la France; il peut étre effrayé de la révolution du 31 may et, comme il est nécessaire de maintenir la Suéde dans ses bonnes intentions et le systéme surtout qu’a embrassé le comité de Salut public, je verrai, avec le secrétaire de légation, le baron de Staél et je lui démontrerai que la révolution du 31 est un triomphe des Suédois, dont tes Brissotins et leurs agents ont tantdt méprisé, tantét négligé, et tantdt traversé Palliance.

Il est sans doute un peu délicat de voir le baron de Staél chez son beaupére 4 Coppet, mais nous avons résolu, Delhorme et moi, dele voir un moment dans le beau parc, ensuite, si aprés cette démarche il reste toujours l’amide la France, il vieadra nous voir dans notre Résidence. Il est déja venu voir le secrétaire de la légation de France 4 Genéve et il luy a proposé des mesures d’utilité et d’alliance. 11 m’avait assuré en France que sa femme ne s’occupait aucunement de diplomatie ni son beau-pére non plus; il est si important toutefois de distinguer les amis et les ennemis secrets de la France que je reconnaitray,j’espére, en passant 4 Coppet, si nous pouvons toujours compter sur la Suéde.

Deux jours apres, Soulavie, dans une leltre particulitre ct ‘non officielle, adresséc 4 la fois & son nouveau supérieur, le ministre Deforgues, et aux citoyens Barére ct Danton, membres du comité de Salut public (4), exposait tout un plan de politique étrangére, et l'on peut voir, par ce curieux document, qui, d’ailleurs, n’est pas sans jeter quelque lumiére sur la situation internationale a cette époque, importance diplomatique que s’attribuait le nouvel agent de France & Genéve.

Citoyens ministre el législateurs, Avant l’établissement du comité de Salut public, les Brissotins diploma-

(1) Le comité de Salut public avait été institué le 6 avril 1793.Ses premiers membres furent : Barére, Delmas, Bréard, Cambon, Danton, Guyton-Morveau, Treilhard, Delacroix et Robert Lindet., Barére et Danton étaient spécialement chargés des affaires étrangéres, Plus tard, ce fut Barére et Robespierre. Celui-ci n’entra au comilé qu’A Ja fin de juillet, et Carnot au mois d’aout.

tiques ont éludé toute alliance avec la République et n’ont songé qu’a lui faire des ennemis, et la coupable faction de la Convention, qui renvoyait au peuple le jugement de Louis Capet, avait osé elle-méme déclarer la guerre a toute la terre sans consulter ce peuple qui la paye de son sang et de son argent. Un petit nombre de patriotes s’étudiérent 4 faire des ennemis a l’Autriche et A chercher des amis a la France, et on les fatigua, on les éloigna, on amusa le tapis. Staél se présenta avec un traité, on le fit insulter, on lui fit enlever ses armes, etc. Verninac et moi nous travaillAmes 4 un projet d’alliaace avec le nord pour y atlaquer en dos nos ennemis et dégager nos foyers : Verninac et Staél ne furent pas écoutés et pendant quatre mois on m’empécha de partir. Je puis démontrer que, pendant la République jusqu’a Vétablissement du comité de Salut public, on a servi l’Autriche dans presque toutes nos opérations. Ce comits est institué et le traité avec la Suéde est coassati par Barére et Dantoa. est sigas, et Verninac, la veille de notre nomination, pourvu de tout pour aller le signer en Suisse avec Je baron de Staél, devait accomplir une affaire qui a exercé la patience des patriotes qui avaient réussi a faire un ami a la République; Verninac est arrété a Paris.

Voila, citoyen ministre, quinze jours de retard. Sta3l n’était pas sarpris que le comité diplomatique méprisit ses traités, ni qua Danto. anti-autrichien les accueillit et les fit accepter par le comité. C’était dans l’ordre. Mais maintenant que tout est prét, que la Suéde ne respire que pour la conservation de la France, que pour l’humiliation de ses ennemis, pourquoj retarder un départ qui est le complément d’une longue, pénible et difticile négociation, d’abord que le ministre et le comité sont, n’en déplaise aux ennemis de la Montagne, les meilleurs patriotes et les plus zélés anti-autrichiens ?

Votre prédécesseur, instruit de tout ce que j'avais fait sur le Nord, m’dta de Copenhague et m’envoya 4 Genéve : en me donnant cette place, il me dit que je pourrais faire ici le bien que je ms proposais pour le Nord, que je pourrais travailler 4 séduire le fils du Roy de Sardaigne et 4 diriger un jour contre l’Autriche les armes piémontaises en leur abandonnant les possessions autrichiennes en Italie. Je lui ajoutai que j’étais bien plus convaincu que nous aurions les Suisses quand nous le voudrions bien. Quel a donc été mon étonnement, en arrivant ici, de me trouver des instructions insignifiantes relativemeént 4 la position actuelle de la République, et de me voir obligé 4 présent de vous demander la permission de chercher des amis 4 la lépublique et de chercher des ennemis 4 nos ennemis |

Dans cette position, citoyen ministre, je vous priede me donner les moyens de travailler au bien de la République. Nous aurons les Suisses quand nous le voudrons, malgré les suggestions autrichicanes qui les travaillent. Nous aurons le roi de Sardaigne si nous avons encore quelque succés, non pour nous, mais nous pourrons le diriger contre l’Autriche et le faire aider par les Suisses, si indignés du systéme copartageant des Autrichiens qui les menace, — Que si on avait voulu profiter de cette indignation, on edt tout fait

L’Autriche a amusé pendant cing années le cabinet de Louis XV, et elle y

asans cesse payé un parti a elle pour y opiner. La dépopulation de la France obligée d’avoir onze armées est un principe de contre-révolution. L’ennemi ne triomphe & Lyon, a Marseille que parce que les Brissotins formant la majorité ont réussi a en faire sortirles sans-culottes pour faire la guerre. Quand le Sénat romain était embarrassé des plaintes du peuple, il ordonnait deux ou trois trouces de Gaulois et des Vendées; le peuple accourait au secours de la patrie ct le Sénat dégagé régnait A Rome. Voila, citoyens, le fin mot des Brissotins qui ont égaré l’Assemblée nationale et l’ont portée a déclarer la guerre a toute la terre. En conséquence, tout ce qui nous conduira a la paix sera montagnard et national. Nos finances, qui sont dans le chaos, et notre population ssront soulagées, le sang républicain sera conservé. I faut donc la paix, mais A quelque titre que ce soit, pourvu que Ja République indivisible et honas ur francais soient sauvés. — Eh bien ! citoyen ministre, vous n’aurez la paix qu'avec deux moyens : 1° par des succés dans nos armées; 2° par la menace d’union des Frangais avec les ennemis ; 3° ou par des alliances effectives avec des ennemis de |’Autriche... Voila les Suédois qui sont ses ennemis et qui vous tendent les bras, Voila les Suisses que vous pouvez gagner, les Piémontais que nous pouvons mettre dans une position a étre obligés d’attaquer l’Autriche. Reculeriez-vous comme les Brissotins a la vue de ce secours ? Je vous demande donc, citoyen ministre, d’unir les négociations au succés de nos armées, d’envoyer Verninac pour la signature des traités et de me permettre de chercher des amis a la France, et des ennemis a nos ennemis, Je n'ai accepté Genéve, ot il n’y a rien a faire, que parce que Lebrun m’a dit que je pourrais travailler dans ce sens.

Je vais me faire recevoir dans la république du Valais. Elle a constamment refusé de reconnaitre la République frangaise. L’Autriche y travaille contre nous. Je passerai en divers cantons de Suisse. Je suis convaincu que nous aurons les Suisses, si vous le voulez, les Génois de méme; il n’est pas impossible d’avoir les Vénitiens, car jereviens au principe que, Re pouvant les avoir pour nous directement, nous pouvons les diriger contre la coupable et déprédatrice maison d’Autriche, si criminelle par ses envahissements envers toutes les nations, Or, si vous les dirigez contre elle, la sera le salut prochain dela France. Par ce plan on peut la sauver ; sans ces mesures pro-

chaines, elle périclite.

SouLAvIE.

Pal

On se rappelle que la mission de Soulavie comprenait non seulement la république de Genéve, mais aussi celle du Valais. Les instructions ministérielles portaient que Delhorme, le secrétaire de la légation & Gendave, irait remplacer 4 Saint-Maurice le titulaire actuel qui s’appelait Helflinger, et de 1a correspondrait avec Soulavie, dunt il prendraitles ordres. Darneville,

autre secrétaire de légation, devait résider 4 Genéve avec Soulavie. Or, on avait fait un pas de clerc a Paris, en prenant une mesure qui devait froisser !'amour-propre du gouvernement et du peuple valaisans, connus par leurs sentiments | réactionnaires, et Soulavie aggrava encore la chose parla facon dont il agit en cette circonstance. En effet, le Résident de Genéve, aussitét aprés sa réception par les aulorités genevoises, se hata de repartir pour aller installer Delhorme dans le Valais. I! y arriva en méme temps que la nouvelle de sa nomination, ce qui froissa considérablement le gouvernement valaisane qui lui fit un assez mauvais accueil. Helflinger, quoique trés froissé lui-méme de la maniére dont on avait procédé a son égard, parvint a apaiser le grand bailli du Valais. Barthélemy communiqua a Deforgues les craintes que lui inspiraient de telles fagons d’agir : « Nous nous compromettons, dit-il, bien gratuitement. Si le citoyen Delhorme fut arrivé seul auprés du citoyen Helflinger, et que celui-ci, aprés trés pou de jours, leat annoncé au gouvernement du Valais comme la personne qui doit le relever dans ses fonctions, cet arrangement n’aurait éprouvé aucune difficulté : j’en prévois de trés grandes a ce que le citoyen Soulavie, Résident 4 Genéve, se fasse reconnaitre Résident en Valais... »

Voici d’autre part comment Soulavie, dans une lettre datée de Saint-Maurice, 8 juillet, racontait a Deforgues son voyage dans le Valais.

En passant dans le territoire de Lausanne et dans les environs du bord du lac de Genéve, je trouve ce pays des dieux infesté d’émigrés et de prétres réfractaires... Le domestique, le secrétaire et le cocher, nous avons transporté haut la cocarde aux trois couleurs et conservé dans les auberges et partout ce ton d’assurance et de supériorité qui appartient au peuple francais; nous les avons déconcertés. Vous trouverez convenable peut-étre @engager l’embassadeur de France qui ace territoire dans sa légation de négocier l’éloignement de ces hommes-la. Nous avons été le dimanche dans les préches. Les protestants ont paru sensibles a cet hommage rendu aux vertus religieuses d’un autre culte. Celui des protestants est ici simple et majestueux. Le ministre en chaire nous a adressé indirectement la parole fort honorablement.

Nous entrons dans le pays catholique ot la troupe des prétres réfractaires

augmente et se change cn légion. Il y a en Valais cinq cents déportés de France et cinquante du Mont-Blanc. Ils ont a leur téte l’évéque réfractaire du Puy, & qui l’évéque de Sion en Valais adonné des pouvoirs. Vous sentez, citoyen ministre, combien un diocése francais et contre-révolutionnaire transporté ici peut faire de mal. Ce sont les valets de pied des Piémontais qui, par ‘des allées ct des venues perpétuelles, servent les royalistes et les contrerévolutionnaires de France, et mon premier devoir sera de négocier l’expulsion des traftres envers la patrie, en commencant par Jes chefs...

Les réponses de Deforgues & Soulavie montrent combien le Juangage et les allures du Résidentde Genéve avaientdéja déplu au ministére des Affaires étrangéres, et renferment a son adresse d’assez dures observations dont malheureusement il ne sut pas profiter.

13 juillet. — Je ne m’oppose point au désir que vous me marquez d’eniretenir M, de Staél a Coppet; cependant il oe vous échappera pas que les rapports qui lientce ministre 4 M. Necker et la présence de ce dernier pourront donner lieu contre vous a des soupcons dont les sentiments républicains qui vous animent devraient sans doute vous garantir, mais dont il est possible aussi que les patriotes qui ne vous connaissent pas encore ne puissent se défendre, C’est 4 vous a calculer ce qu’une entrevue de ce genre peut avoir d’inconvénient, et si Pavantage que vous croyez pouvoir en retirer est de nature 4 contrebalancer le danger que vous auriez 4 courir de provoquer des doutes sur vos vrais sentiments.

18 juillet. — Vos observations sur la nécessité de chercher des alli¢s a la République frangaise et les vues que vous présentez A cet égard ne peuvent ‘manquer d’étre prises en considération par le comité de Salut public et par le conseil exécutif. C’est & eux qu’appartient le soin d’examiner ce qui convient le mieux aux intéréts de la République et 4 proposer en conséquence les mesures 4 prendre et les négociations 4 entamer.

Quant & vous, citoyen, vous aurez rempli votre rdJe, lorsqu’aprés avoir communiqué i ceux qui sont appelés a la direction des affaires les pensées que votre amour pour la chose publique peut vous avoir inspirées, vous rentrerez dans la sphére des honorables fonctions qui vous sont déléguées, ct que vous mettrez toute votre application a les remplir dignement.

Je ne puis vous dissimuler ma surprise en voyant le dédain que vous montrez pour le poste qui vous a été assigné. Aspirant a tenir le fil des négociations de la France a l’extéricur, yous vous plaignez de n’avoir pas été autorisé par mon prédécesseur 4 chercher a la nation des amis, et des ennemis a ses ennemis, En vous envoyant 4 Genéve, on n’a pu avoir d’autre intention que celle de vous charger pres de ces Etats des intéréts de Ja République, et vous n’avez pu croire que de ce point vous pouviez suivre avec succés, & l'égard d'autres puissances, des négociations dont la conduite appartient de préférence et nécessairement aux agents que nous entretenons prés d’elles.

Je crains, citoyen, que ce ne soit parce que vous n’avez pas encore apprécié l’étendue et importance de vos fonctions, que vous en cherchez de nouvelles. Cependant un poste qui vous met en présence d’up peuple se donnant une constitution, et dont existence, les principes et les rapports nous touchent d'aussi prés, me paraissait devoir solliciter toute l’attention d’un observateur patriote. J’étais loin de m’attendre, je vous l’avoue, a des plaintes de votre part sur la nullité 4 laquelle vous prétendez étre réduit...

Je vais communiquer a l’ambassadeur en Suisse les articles de votre lettre du8 relatifs aux émigrés et déportés que vous avez rencontrés dans le pays de Vaud et dans le Valais. Je concerterai avec lui les moyens qu’il est possible d’employer, soit pour les écarter, soit pour détruire leur influence.

Vous me mandez qu’en traversant le pays de Vaud vous et les gens de votre suite avez gardé la cocarde tricolore et conservé dans les auberges ce ton d’assurance et de supériorité qui appartient au peuple francais. Sans doute, vous ne pouviez vous dépouiller du signe qui caractérise la nation francaise, mais je vous observe, quant au ton de supériorilé que vous avez pris comme appartenant, dites-vous, au peuple francais, que c’est une grande erreur de penser que ce ton appartient jamais a un peuple quelconque sur un autre, Le peuple est partout souverain de fait et de droit; il est légal de tous les autres, et partout il ales mémes titres aux égards et au respect des étrangers qu'il recoit chez lui... C’est par uno suite de ce principe que je vous recommande, citoyen, d’apporter la plus grande attention & ne pas fronder les préjugés religieux auxquels vous trouverez les Valaisans soumis. Vous chercherez 4 vous concilier Pestime et la confiance de ce peuple simple et bon, dont l’attachement nous est nécessaire.

Le 13 juillet, Phéroique jeune fille, qu’on a appelée « lange de l’assassinat », frappe Marat dans son bain. La famille de Marat, domiciliée & Genéve, avait déposé ala Résidence de France divers actes que Soulavie envoie a la Convention avec une lettre datée du 419 juillet dont voici un passage :

J ajouteray que les bons patriotes genevois se sont écriés en apprenant cette cruelle mort : « On voit maintenant de quel cété étaient les désorganisateurs, les assassins, les ennemis de la République, ct les agents des Autrichiens et des Anglais, » Vous apprendrez avec plaisir, citoyen président, que I’'Assemblée nationale genevoise continuc ses travaux constitutionnels dans les principes de l’égalité et de la liberté, et que si l’ancienne aristocratic de ce pays, persécuta jadis J.J. Rousseau le peuple victorieux a établi maintenant & son honneur des fétes annuelles (1).

Les dépéches suivantes de Soulavie sont consacrées au récitde son voyage dans le Valais. Le 25 juillet, il rend compte

(1) Ancutves Nationaces, F? 4385. Dossier Marat.

de sa réception par le grand bailli du Valais, & qui il a démontré quela France était «/alliée naturelle et nécessaire du Valais, tandis que l’Autriche considérait les Suisses comme des révoltés ». Il a eu la douleur de voir lever des troupes en Suisse pour le service piémontais et hollandais. Il a vu beaucoup de prétres réfractaires dansle Valais. Répondant ensuite aux justes semonces du ministre, il assure qu'il s’est bien gardé de fronder les préjugés religieux des Valaisans. I] a méme visité Pabbaye de Saint-Maurice, sa bibliothéque et son trésor, et les religieux (qui logent l’évéque du Puy déporté) V’ont comblé d’honnétetés. —« Il faut, ajoute-t-il, que nous nous soyons mal exprimé dans notrederniére dépéche. Nous n’avons pas cherché 4 montrer aucune supériorité nationale envers la nation helvétique. Notre ton d’assurance et de supériorité n’a été soutenu que vis-a-vis cette horde d’émigrés ou de déportés qui remplissent les auberges. »

Quelques jours auparavant (20 juillet), Barthélemy, dans une dépéche adressée 4 Deforgues, démentait ]’augmentation dunombre des émigrés en Suisse et de prétendues insultes adressées 4 Semonville 4 Berne et 4 Soulavie a Lausanne.

Le 25 juillet, Barthélemy insistait sur l’attitude correcte de la Suisse al’égard des émigrés... « Quant au Valais, ajoutaitil, il est certain qu'il s’y estréfugié un trés grand nombre de nos prétres, ala grande douleur du gouvernement valaisan. Il ne dépendait pas de lui de les éloigner dans le principe; il en a bien moins les moyens aujourd’hui. Faible et constitué comme il est, ilest bien obligé de plier devant l’ignorance etla superstition du peuple... Je désire que les citoyens Soulavic et Delhorme sentent la force ct la nécessité des ménagements que vous leur avez recommandé d’observer & cet égard...»

Pour en finir avec cette affaire du Valais, il nous faut encore citerune dépéche de Barthélemy, du 24 aodt, constatant que la nomination de Soulavie au pustedu Valais et son voyage dans ce pays « ont tellement exaspéré les esprits que nos intéréls en ont beaucoup souffert. La malveillance y a poursuivi avec non moins de fureur le citoyen Delhorme. Il me parait,

ajoute l’ambassadeur de France en Suisse, que le peuple valaisan serait capable dese porter aux plus violentes extrémités». Barthélemy continue en déclarant que la réunion des deux postes du Valais et deGendve est inexécutable. « Je suis faché, ditil, que lavérité et le devoir m’imposent l’obligation de m’exprimer ainsi, car en lisant les deux premiéres lettres assez extraordinaires que le citoyen Soulavie m’a écrites et que jo joins ici, on pourrait croire que j’obéis a d'autres sentiments.»

On finit par comprendre a Paris la justesse de ces observations, et, dés le mois suivant, il fut décidé de rétablir lo poste du Valais comme il était précédemment, et d’y laisser Helflinger, qui avait l’expérience du pays et la confiance de son gouvernement, Soulavie reconout lui-méme la nécessité de rétablir en Valais une légation indépendante de celle de Genéve ct, dans une dépéche du 6 novembre, il conseilla d’y laisser Helflinger, « dont le rappel serait désavantageux la France, quoique Helflirger soitnoble >... Toutefois, la légation du Valais ne fut officiellement séparée de celle de Genave qu’au mois de décembre suivant, et c’est seulement au mois de février 4794 que Delhorme la quitta pour venir reprendre son poste de secrétaire & Genéve,

(du 34 juillet au 16 décembre 4793.)

SOMMAIRE

Soulavie émet des appréciations défavorables au gouvernement de Geneve, — Tableau des partis. — Les Piémontais violent le territoire du Valais, — Démarches imprudentes de Soulavie. — Salomon Reybaz, — Conférences de Francais a l’hdtel de la Résidence. — La situation en Savoie. — L’abbé de la Bastide. — Armement de volontaires. — Lettre au général Verdelin. — Lettre & Robespierre. — Dénonciation contre Kellermann. — Note de Janot démentant le bruit que le gouvernement de Genéve protege les prétres et les émigrés. —- Faux bruits de projets agressifs contre Genéve. — Proposition d'espionnage pour M=* de Cheminot. — Les agents secrets de la France & Genéve. — Dénonciation contre Gorani. — Réponse de Soulavie ala note de Janot. — Note sur le personnel diplomatique en Suisse. -- Autre lettre de Soulavie & Robespierre. — L’affaire des passeports. — Brouille irrémédiable du gouvernement de Genéve avec Soulavie. — Grenus. — Lettre de Gorani sur Soulavie. — Barthélemy et la neutralité suisse. — Deforgues blame !’attitude de Soulavie. — Soulavie se prononce pour que Genéve reste indépendante et qu'on facilite son approvisionnement. — La capitulation de Lyon détend la situation. — Entrevue avec M. de Watteville. — Soulavie dément qu'il ait conseillé !’envoi d'une garnison francaise 4 Genéve et accuse Delhorme et Darneville d'avoir eu cette idée. — Explications de Darneville. — Dénonciations de Desonnaz aux Jacobins contre Kellermann et Montesquiou, — Soulavie dénonce les « agioteurs genevois ». — Proposition de Soulavie pour mettre la division entre la Sardaigne et l'Autriche. — Suppression du culte catholique & I’hdtel de la Résidence. — L’anticléricalisme de Bourdillon-Dieday. — Entrevue de Soulavie avec un sénateur bernois. — Deforgues blame Soulavie au sujet de l’affaire des passeports. — Chaumette dénonce Soulavie aux Jacobins, — Incident Maligny. — Mémoire des Genevois contre les entraves mises ala liberté des communications. — Lettre de Barthélemy sur la nécessité de ne pas toucher 4 Gen¢ve. — Nouvelle lettre de Soulavie a Robespierre. — Réflexions sur l'état de la France, — Soulavie applaudit au rapport de Robespierre sur la politique extérieure. — Il envoie le frére de Marat & Parts. — Desonnaz dénonce aux Jacobins le général Carteaux. — Entretien de Soulavie avec Carteaux. — Soulavie remet solennetlement aux Comités de Genéve le rapport de Robespierre.— Manifestations au club des Montagnards en faveur de Soulavie. — La féte de I'Escalade. — Plaintes officielles des Comités de Genéve contre Soulavie. — Rapport contre Soulavie au comité de Salut public. — Sa réyocation et son remplacement par Rivalz (16 décembre).

L’inexpérience de Soulavie et ses défauts de caractére et

de jugement, déja trop manifestes pendant les deux premiers mois de sa mission 4 Genave, ne tardérent pas 4 s’accentuer, de fagon a rendre ses rapports avec le gouvernement genevois de plus en plus difficiles et A lui attirer de Paris de nouvelles et plus dures observations. Trois mois ne s’étaient pas écoulés depuis son arrivée & Gendve que les autorités de cette ville demandaient son rappel. En novembre, Hébert et Chaumette le dénoncaient aux Jacobins. Enfin, Je 16 décembre, le comité de Salut public, cédant aux plaintes générales qui lui étaient adressées, signait un décret de révocation qui, d’ailleurs, resta longtemps lettre morte. Nous allons résumer aussi brigvement que possible la série des faits qui amenérent ce résultat.

Dés le 31 juillet, Soulavic, dans une dépéche 4 Deforgues, émettait des appréciations qui révélaient chez lui des tendances peu favorables au gouvernement de Gendve, et qui devaient, dis qu’elles seraient connues, lui aliéner ce dernier. Il no cache pas ses sympathies pour la fraction exaltée, dite des Marseillais, qui censurent« la faiblesse et linaction des autorités constituées ». Les Marseillais s’étanl livrés 4 des actes de violence, les autorités firont arréter quelques-uns d’entre eux «etelles prétendent que ceux-ci sont payés par les aristocrates ». Et ilajoute: « Quolque difficile qu'il soit de se persuader que les aristocrates ont payé les Marseillais pour se faire chatier, j’ai entendu des plaintes vives contre le pouvoir exéculif, qu’on accuse de tropd’indulgence envers lesaristocrates ; et il est cependant bien assuré que les patriotes qui gouvernent l’Etat de Genéve sont la plupart ces illustres défenseurs de la liberté et de P’égalité, qui furemt exilés en 1782 par les Magnifiques. Dans cet état de choses, il me semble que je vois ce qui prépare de loin la destitution de ceux qui ont le pouvoir en mains... Le parti des Marseillais, comparable en quelque sorte & celui de la Montagne, l’emportera tét ou tard, et alors peutétre oo parlera ici de la réunion de Genéve & la République francaise.»

C'est la promiére dépéche ot Soulavie parle de l’état des

partis 4 Genéve. 1] y revient dans une dépéche du 4 aot, ot il raconte d’abord la fin de l’incident signalé par sa lettre précédente. « L’orage, écrit-il, parait dissipé, du moins pour le moment. Quelques Marscillais ont été emprisonnés en chatiment des coups de nerfs de boouf qu’ils avaient appliqués. Les Jacobins ont méme sanctionné par beaucoup de calme au moins ceite mesure, et ils ont déclaré que Janot, qui en est comme le chef, méritait la confiance dela nation. On a déterminé encore dans le club qu’iln’y aurait désormais d’avtre dénomination que celle de citoyens de Gendveet qu’ils ne seraient plus distingués du nom de Marseillais. Enfin les Patriotes et les Marseillais se sont donné en public le baiser de paix en signe de réunion. Cette féte avait été préparée et quelqu’un m’avail assuré que ma présence dans ma loge ferait du bien. J’y ai été et un mouvement spontané a porté les chefs des deux partis, aprés la réunion, 4 venir m’embrasser, ce quia été fait au grand applaudissement de tout le monde. On m’a dit: « Nous sommes ravis que vous soyez témoin et spectateur de notre union. » Suit le tableau des partis a Genéve.

Il y ena quatre : les Aristocrates, les Englués, les Patriotes qui forment la grande majorité, et les Marsetllais, correspondant aux sans-culottes fran- ¢ais; ilsont un club a eux, dit de la Réunion a la France. On les accuse de vouloir le pillage ctle meurtre, cependant ils n’ont tué ni volé personne.

Quant au parti des Patriotes, c'est le nom qu’a pris la majoritédes Genevois. Ses vrais principes sont la liberté, l’égalité et surtout l’indépendance. Cette indépendance leur est si chére que mille horreurs sanguinaires précéderaient l"union a la France si nous la déterminions. La téte de ce parti est d’ailleurs composée de personnages célébres par la persécution combinée qu'ils ont soufferte des despotes de France, de Piémont et de Berne en 1782, époque de leur exil, en punition de leur amour de l’égalité. Ils n’ont reparu récemment 4 Genéve que pour y établir le gouvernement que depuis longtemps ils avaient dans le cveur et dans la téte. Ils ’ont fait sans effusion de sang et ils gouverneraient a laise, si la nature d’un Etat démocrate n’exigeaitde fréquentes mutations dans les autorités constituées, Je suis si convaincu de leur attachement 4 notre République que je les vois s’étudier 4 servir la France dans ces environs comme leur propre patrie. Nous les traitons cependant comnie les Espagnols, les Piémontais, les Allemands sur les vivres. C'est d’cux que je retire tos indices les plus sdrs pour le bien du service ; ils partagent nos joes el nos matheurs, ils adoptent la plupart de nos lois.

Soulavie parle ensuite des Eng/ués qu'il traite fort mal : «ce ne sontque des valets des aristocrates. » Quant aux aristocrates, ce sont des ennemis de la Révolution frangaise « faisant des vceux pour les succés de !’Autriche et la ruine de la France. Sila révolution genevoiso fait encore quelques progrés, je vois arriver le moment ou leurs biens seront confisqués pour soutenir les dépenses nationales dela Révolution ».

Soulavie, parlant desclubs établisa4 Genéve, dit qu’on les regarde « comme si essentiels a la révolution qu’ils entrent légalement dans !a forme de gouvernement. Le grand Clud révolutionnaire est ici ce que sont & Paris les Jacobins, ct celui dela Réunion co que sont les Cordeliers. Dans le premier est une loge pour le Résident de France et sa maison. L’esprit de suspicion ou de dénonciation des hommes publics, qui caractérise les peuples républicains, est ici le méme qu’a Paris aux Jacobins ». Il faitl’éloge des moeurs sévéres du peuple genevois. « Les aristocrates avaient appelé des histrions ; Genéve république a changé la salle de spectacle en salle de Jacobins. Le Président siége & laloge du ie a droite; celle qui est vis-a-vis a été adjugée au Résident de France et la tribune de l’orateur est au-dessous. »

Le 12 aout, Soulavie fait part 4 Deforgues d’une démarche qu’ila faite auprés du gouvernement de Genéve, démarche assez inattendue dans les circonstances du moment et qui dut paraitre au moins singuligre aux autorités genevoises. Le Résident s’était avisé qu’il existait 4 Genéve une loi excluant del’état de citoyens lescatholiques. Il fit observer officieusement que c’était de l’intolérance. « Selon cette loi, dit-il, Robespierre et Barére, par exemple, qui se retireraient ici pour respirer l’air de votre lac, ne seraient jamais de leur vie citoyens ! » On luirépondit que la loi serait rapportée ou modifiée. Il ajoute qu’il n’a pas « paru en public » sur cet objet, et qu’il a répété que la France « nese mélait du gouvernement d’aucun peuple ».

Un incident militaire, survenuen Valais, dans les premiers jours du mois d’aoadt, fournita Soulaviel’occasionde démarches beaucoup plus imprudentes. Un corps de 250 Piémontais, descendu par le grand Saint-Bernard, avait violé le territoire valaisan, et il y avait lieu de craindre qu'il vouldt attaquer les troupes frangaises en Savoie. Les dépéches de Barthélemy conslatent quelegouvernement du Valais n’avait pas attaché d’importancea ce fait, mais qu’ons’on était ému en Suisse, en sorte que l’effet on serait bon pour lavenir. Au lieu de se borner a de légitimes réclamations auprés du gouvernement valaisan, comine c’était son devoir, tout cn signalant le fait & Barthélemy pour qu’il agit de son cété auprés du corps helvétique, Soulavie en prit texte d’adresser au gouvernement de Gendve des demandes inopportunes. I] voulait que celui-ci prétat a la France quatre canons, deux cents fusils et quelques canonniers de bonne volonté, en yuede ropousser une attaque éventuelle des Piémontais. Les membres du pouvoir exécutif de Genéve furent unanimes pour répondre qu’on ne pouvait faire droit acette requéte, parce qu’elle constituait un violation flagrante de la neutralité, elils se hatérent de signaler le fait 4 Reybaz(4), leur représentant auprés du gouvernement frangais.

Quelques jours aprés, Soulavie demandait 3.000 coupes de blé pour les troupes du Mont-Blanc, et le gouvernement répondait encore par un refus, « car uo acte semblable serait contraire & la neutralité ».

C’est aussia l’occasionde cet incident que Soulaviecommenga des réunions de Frangais Al’hotelde la Résidence, qui blessérent vivementlessusceptibilités des autorités genevoises. Enrendant

(1) Reybaz (Salomon), né 4 Nyon en 1737, fut recu ministre évangélique en 1765 et bourgeois de Geneve en 1772, aprés avoir ¢pousé une Genevoise, grande admiratrice de Rousseau. On a vu qu'il avait été compromis dans la Reévolution de 1782, Au début de la Révolution francaise, il faisait partie, avec Dumont, Clavitre et Duroyeray, de l’entourage de Mirabeau, et M. Philippe Plan a prouvé, dans une récente notice (publi¢e chez Fischbacher et Sandoz en 1874), que ce personnage avait aidé le célébre orateur dans I’élaboration de plus d’un de ses discours. j

En 1793, Reybaz succéda & Armand Tronchin, comme ministre de la République de Geneve & Paris et garda ce poste jusqu'en 1796. Il mourut en 1804. On a de lui une Lettre sur ia déclamation thédtrale (Fréron, Année litidraire 1777, 0% 21 et 22) et un poéme sur l'art de précher.

compte de la premidre de ces réunions, dans une dépécho adressée le 25 aodt & Deforgues, Soulavie dit qu'il s’agissait de recruter des volontaires pour combattre les Piémontais en Savoie; « mais sur quarante assistants, deux seulement se déclarérent disposés a partir pour lafrontiére. » Onchanta «les chansons chéres aux républicains » et le Résident fit un discours « sur les vices des Etats monarchiques et sur les vertus et le courage des peuples républicains ».

Soulavie continue en racontant les derniers événements de Savoie et les termes de sa dépécho indiquent une exaltation patriotique qui va jusqu’d l’oblitération du sens moral. Il dit que la petite armée républicaine de la vallée de Chamouny est toujours en présence de lennemi. Les patriotes ont triomphé & Annecy des contre-révolutionnaires. « Le Savoyard qui s’était proclamé gouverneur pour le roi de Sardaigne a été frappé d’un coup de pistolet, de méme que deux autres coutrerévolutionnaires. Trois patriotes les ont attirés par des invitalions anonymes dans un lieu écarlé; ils ont donné dans le panneau el ils ont été victimes de leur perfidie. Dans tout le Mont-Blanc, ils n’ont pas méme une seule guillotine pour punir avec des formes les contre-révolutionnaires, et cette guillotine, dont lenom seul fait trembler ici toute 4me vivante, ferait boaucoup de bien. » Il ajouto : « Le promier fil des soulévements est & Paris; les prétres, lesémigrés, les mécontents de Lyon et du Jura ont des intelligences avec la capitalo et avec les environs du pouvoir exécutif. » Il prie lesministres de la République de faire saisif sur le fait le correspondant de Bonnet, Genevois qui regoit trés fréquemmoent sous leur couvert de gros paquets d’assignats. « C’est ce Bonnet qui regoit sous leur couvert des lettres que Lyon envoie a Turin. Il espionne l’armée de Carouge. Un de ces jours, je le ferai saisir militairement. — Je joue ici, citoyen, lo réle d’un chef de police plutdt que le ministére tranquilled’un agent politique, mais il faut que nous laissions égorger les patriotes ou que les ennemis de la Républiquo périssent. »

Trois jours aprés (28 aout), Soulavio se plaint de n’avoir pas

d’armes pourles vingt-quatre Francais de Genéve qui veulent partir pour la frontiére... Revenant sur l'état des partis a Genéve, il dit que les divisions entre les autorités constituées etles Marseillais ont reparu aux Jacobins. « Les Marseillais sont fatigués de ceux qui gouvernent. » Soulavie croit que les Marseillais l'emporteront un jour ; ils se rapprochent de lui, mais il n’appuyera aucun parti; il se sert d’ailleurs du dévouement de tous deux au profit de la France. « Quant aux aristocrates genevois, coalisés avec Lyon, leJura etles émigrés, ils espérent que Delhorme désorganisera tout en secouant la dépendance du Résident 4 Genéve. L’abbé la Bastide, de mon pays, que nous croyionstous massacré a la révolte de Jalés, dont il était auteur, préchant,le crucifix d’une main etle sabre de l'autre, m’écrit que, si je veux favoriser son retour en France, il me rendra des services importants. Ce chef de conspiration est 4 Fribourg & moins qu’il ne soit entré & Lyon; avant 1789, c’était un espéce (sic) et un malhonnéte homme (1). »

Le 4 septembre, Soulavie raconte qu’il aarmé les volontaires, et que des scénes touchantes ont eu lieu ala Résidence. Une femme lui a apporté une épée de 1414, qui servit & repousser Vescalade des Savoyards. Il a envoyé cette épée au général Verdelin avec l’adresse suivante:

Citoyen général,

Trop longtemps les marquis et les barons ont hanté et souillé cette Résidence. Je ne recevrai désormais chez moi que des généraux patriotes tels que vous, de bons Jacobins et des républicains sans-culottes. Tout aujourd’hui nous avons chanté des poésies chéres aux amants de la liberté et je vous annonce une petite compagnie de défenseurs de la patrie.

Je vous envoie, général, une épée qui mérite l’attention de toute votre armée. Elle a été fabriquée en 1414. Elle a servi a mettre honteusement en déroute l’ancétre du despote sarde lorsqu’il tenta d’escalader Genéve. Le veu de l’assemblée tenue chez moi est, général, que vous présentiez cette épée

(1) Il y a ici une confusion évidente. L’abbé la Bastide de la Molette (d'Uzés) avait été massacré, le 13 juillet 1792, avec le chevalier d’Entremeaux sur la place publique de Joyeuse (Ardéche), a la suite dela tentative contre-révolutionnaire de Jalés. Mais ily avait un abbé Constant de la Molette, ancien vicaire général de Vienne, ancien constituant, assez mal famé, et peut-étre est-ce de celui-ci que veut parler Soulavie. (Voir les Camps de Jalés, par F. Boissin, p. 19.)

respectable, cette épée historique, cette vieille épée républicaine, a larmée, et que cette épée marche a cété de notre étendard, et que, victorieuse comme vous du tyran, vous la rapportiez 4 Carouge pour étre déposée dans la salle de mes bonset chers fréres les Jacobins carougiens, que vous et moi nous aimons de toute notre ame a cause de leur énergie républicaine. Je vous embrasse de tout mon coeur, frére et ami général. — Victoire, liberté, haine des tyrans, honneur 4 Brutus: voila nos devises, »

Le général Charles Verdelin, de son quartier général 4 Bonneville, lui répond sur le méme ton.

La lettre suivante de Soulavie 4 Robespierre (1) doit vraisemblablement trouver place ici, c’est-a-dire a la fin d’aout ou au commencement de septembre :

Au citoyen Robespierre, l’atné,

Outre ce que je vous ai marqué, mon cher Robespierre, sur le général, dans les deux lettres que je vous ai écrites, la premiére par le pére et la sceur, la seconde par la poste, sous le couvert du président du comité de Sireté générale, j’ai regu depuis une dénonciation contre Kellermann de la part d’un patriote trés bon (2),

En voici aujourd’hui une autre, qui me vient d’un patriote, qui m’a déclaré étre fondé dans son accusation, pour avoir oui chez les plus notables du pays que Kellermann était vendu a l’Empereur et au Piémont, Kellermann, me dit-il, attend le moment favorable de nous livrer.

La méme personne me dit que Lyon a des intelligences avec Macon et Chalons-sur-Marne, et me prévient que je ne dois pas mettre ma lettre a la poste dans ce pays-ci, mais l’envoyer de Suisse. Je l’envoie en Suisse par le retour de cette personne-la, et elle vous reviendra sous le couvert du président du comité de Salut public.

Vous connaissez le projet des bureaux des affaires étrangéres de ne pas distraire le Valais de la surintendance de M. Barthélemy, ambassadcur en Suisse.

Tous ceux qui prévoyaient l’invasion sacerdotale et piémontaise et qui la désiraient, tous les aristocrates, tous les Brissotins du pays ont été désolés de voir sous la méme surveillance d’un seul agent francais le Valais et Genéve, pays presque contigu et séparé seulement par une langue de terre du Mont-Blanc. Ils étaient furieux que j’eusse la source de cette Vendée et le reméde dans ma légation : la source, parce que le passage des Alpes est dans

(1) Papiers inedits trouvés chee Robespierre, 1, 122 (collection Barriére),

(2) 11 s’agit évidemment ici de Desonnaz, qui était alors dans l’intimité de Soulavie, en attendant de deveair son ennemi acharné, (Voir Correspondance de Grenus et Desonnaz, Iil, 18 et 238.) Robespierre ne paraft pas avoir attaché beaucoup d’importance & ces dénonciations contre Kellermann, car celui-ci ne fut frappé que d'une disgrace provisoire. Quand, plus tard, sur une dénonciation formelle de Levasseur, le général fut livré au tribunal révolutionnaire, qui l’acquitta, Robespierre n’était plus,

le Valais; le reméde, parce que Carouge, ville dévouée a la Montagne, s’est levée sur-le-champ et, au nombre de deux mille hommes, on a été prévenir les effets de cette Vendée, et comme je suis Jacobin de Carouge, et que nous concertons tout avec fraternité,le s Jacobins de Carouge ayant été réprimer cette trouée, on a été fort scandalisé de ce que le mal et le reméde étaient dans la méme agence. J’ai prévenu tous les obstacles contre ma réception dans le Valais, en étudiant le jour d’entrée du grand bailly dans le Valais, et, en entrant chez lui, j’ai vu a mes cétés l’évéque réfractaire et déporté du Puy y entrer également, uni 4 tous ceux qui ne me veulent pas en Valais. Le grand bailli, toutefois, m’a trés bien recu et nous avons traité des intérétdes nations. Ce n’est pas tout: les royalistes, n’ayant pu empécher cette réception, l’ont traversée depuis.

Je n’aurais pas cru que le secrétaire de légation dans le Valais, qui a pris le titre de Résident de France, allat a Paris pour désunir P'union des deux légations. Si on en parle au comité de Salut public dont vous étes membre, Je vous prie de représenter que, pour des raisons de sdreté, on a voulu que agent en Valais, en cas de trouée, pat appliquer le reméde, ce qui est arrivé, ct que la séparation des deux légations serait sujette 4 des dangers, Donnezmoi signe de vie et de sauté et faites-moi connattre que cette lettre-ci vous est parvenue, C’est la troisiéme. Genéve est effrayée pour les pensions dues a ce pays par la nation, Un décret, sans doule mal énoncé, dit qu’on ne payera plus les sommes dues 4 Louis Capet. On ne peut croire que ce soit autre chose que la dette contre-révolutionnaire et secréte faite pendant la législature.

Le plan de dire & présent que tout bien appartient 4 la nation, méme la récoltc, effraye aussi tous les environs, Dans ce moment de crise, je vous recommande trois choses ; les généraux, les négociants, les prétres et les riches; ils peuvent tout culbuter, tout ruiner de fond en comble, Ménagez, au nom de la patrie, ces ennemis naturels des républiques; ils étoufferont

‘la ndtre 4 sa naissance, si vous n’allez trés prudemment avec eux. J'ai le cour navré de tant de nouvelles, mais l’Ame pleine de courage.

ae

On a vu, par la dépéche de Soulavie, avec quelle facilité il voyait partout des conspirateurs et combien la présence de nombreux émigrés en Suisse le préoccupait. Selon toute vraisemblance, il n’était guére plus réservé dans ses paroles que dans ses écrits, el c’est pour cela sans doute que Janot, au nom des Comités, c’est-a-dire du gouvernement provisoire de Genéve, venail, le 29 aout, invoquer son témoignage contre ccux qui disaient que les prétres et les émigrés pullulaient 4 Geneve, sans étre l’objet de mesures d’expulsion. On verra

plus loin, dans une dépéche du 13 septembre, la réponse maladroite et irritante faite par le Résident.

Les bruits les plus alarmants couraient en ce moment & Genéve, a cause de la présence des troupes piémontaises en Savoie. Une dépéche de Bertrand, secrétaire du gouvernement genevois 4 Reybaz, mentionne, en le démentant d’ailleurs, le bruit que Dubois-Crancé, alors occupé au si¢ge de Lyon, devait, auss:tdt cette ville réduile, se porter sur Genéve (4).

D’aprés une autre rumeur, le roi de Sardaigne se proposail d’attaquer Genéve. On disait encore que la France songeait a occuper cette ville pour la soustraire aux Piémontais. Soulavie, en signalant ces bruits dans une dépéche du 4 septembre, conclut : 1° qu’il est de notre intérét de soutenir Genéve en cas d’altaque; 2° d’avoir ici des troupes d’observations ; 3° de ne pas commencer un siége nous-mémes; 4° de ne pas souffrir qu'on le commence ; 5° de soutenir Gendve indépendante.

C'est ici qu’il faut signaler une idée de Soulavie relative a Me de Cheminot, la dame d’un des salons qu’il fréquentait au début de son séjour a Paris. Le Résidentde Gendve avait songé a la faire venir 8 Lausanne, Versoix ou Genéve, pour y surveiller les émigrés, et il avait communiqué & Deforgues un projet de lettre lui adresser dansce but. « En cas d’acceptation, elle doit montrer sa lettre a Clootz, & Cubiéres, a Héraultde Séchelles, etc. Elle connait la société qu'elle aurait 4 surveiller. On ne lui propose pas de traitement pécuniaire, car elle n’en a pas besoin; mais on lui payera ses frais de voyage et de séjour. » Deforgues fit mettre cette lettre do cdté, en décidant qu’il n’en serait fait aucun usage. Quelques jours aprés, il la renvoya 4 son auteur.

Outre les agents officiels et reconnus comme tels, le gouvernement frangais avait en Suisse plusieurs commissaires ou agents secrets, dont cing se trouvaient ence momenta Gendve. C’étaient : Merle d’Aubigné, Rovére, Dubuisson, Mengaud et Gorani. Ce dernier est assez maltraité dans les dépéches de son collégue Dubuisson, ainsi que dans celles de Soulavie.

(1) Brutora. ps Gexkvs, Mss. Correspondance de Reybar.

Le 2 septembre, Dubuisson écrit & Deforgues, qu'il vient d’avoir un entretien avec les chefs du gouvernement genevois : cil en résulte que nous pouvons étre parfaitement tranquilles tout ’hiver sur les mouvements intérieurs de cette ville. Elle maintiendra son gouvernement actuel et restera, par conséquent, notreamie. » Dubuisson soupgonne Gorani d’étre « auteur de ’enlévement de Sémonville et Maret, par Ja correspondance qu'il entretient avec le gouvernement du Milanais, avec lequel il s’est réconcilié 4 nos dépens, si toutefois il s’est jamais brouillé ! Mes informations continuées sur cet agent perfide de notre république m’ont prouvé de plus en plus que c’est unscélérat et un lache espion. Je vous demande son rappel, et, s'il est possible, son arrestation. Je vous réitérerai ce paragraphe sur Gorani jusqu’a ce que j’apprenne qu'il ait eu son effet.Je le termineen réfléchissant avec quelle facilité le ministére donne sa confiance a des yons que leur patrie seule doit nous rendre suspects. »

Presque a la méme date Soulavie écrit & Deforgues :

J’ai vu trois fois le citoyen Gorani. J’ai lu dans une lettre de Lebrun que cet agent devait entretenir une correspondance avec le pouvoir exéculif et qu’il en avait une avec des députés de la Convention. Le citoyen Gorani est ¢tranger. Hors du sein de la République, il peut avoir telle opinion sur la forme des gouvernements qui pourra lui convenir; mais ayant eu des correspondances avec des députés que la révolution du 2 juin ajetés dans les fers, ct ne cachant pas ses sentiments peu favorables aux députés avec lesqucls il ne correspondait pas, ni ses opinions contraires 4 notre constitution, j’ai cru devoir faire part, en mon Ame et conscience, au ministre de l’esprit de cet awent frangais qui s’y attend si bien qu’il n’a cessé de me dire qu’il avait donné au citoyean Deforgues un homme de confiance, éléve de lui, Gorani, et que le ministre le logeait prés de lui en son hétel.

On verra plus loin que l’inimitié était réciproque, et que si Soulavie ne ménageait pas Gorani auprés du ministre des Affaires étrangéres, Yautre ne manquait pas l'occasion de lui rendre la pareille. Le 43 septembre, Soulavie communiquait a Deforgues sa réponse a la note de Janot, en la faisant précéder de ces réflexions:

Genéve, en ce moment, est dans une sorte de morosité sur sa révolution

et sur Ia ndtre. Vous en jugerez par la note officielle qu’elle m’a fait remettre et par ma réponse que je joins ici avec une affiche de Berne qui déclare qu'elle ne veut pas qu’on s’occupe du gouvernement de Genéve. Les Comités de cette ville peuvent avoir eu quelque vue secréte en me demandant par leur note une sorte de certificat de civisme. J'ai dd, en avouant ce qu’ils ont fait de bien, faire le tableau de ce qui leur reste a faire et leur donner tres impartialement un état de leur république.. .

Dans sa réponse & la note genevoise, Soulavie reconnait que les autorités ne tolérent pas de prétres et d’émigrés, mais «Gendve est au centre d’une chaine non interrompue d’ennemis, de Turin 4 Lyon. Cette chaine est formée: en Valais de 500 prétres déportés de France et du Mont-Blanc; dans le pays de Vaud, des émigrés de nos deux nations et de prétres ; & Genéve, de quelques ci-devant Magnifiques et de leurs plus nombreux adhérents; dans le Mont-Blanc, Il’Ain, le Jura et Lyon, des ennemis si connus de la liberté publique. Gendve est un point d’apput de cette trainée detraitres. Elle est l’entrepdt invisible des letires et projets contre-révolutionnaires qui entrent en France et ensortent sous l’enveloppe d’un Genevois. Elle est le rendez-vous des aristocrates qui font ici des tournées, paraissent ct disparaissent en un moment, insultant dans les auberges, dans les rues, cette terre de la liberté, etc. » Soulavie ne veut pas s’immiscer dans le gouvernement intérieur de Genéve, mais, dit-il, « la singulitre situation topographique de votre république peut rendre, & la premiére occasion, votre cité fatale a la R. F... » Il ajoute qu’agissant plutét en amide la liberté qu’en qualité d’agent de la République frangaise il présente aux Comités une suite d’objets qui méritent leur attenlion. I] laisse dix articles Aleur attention et a leur sagesse: i°fractionsintérieures; 2° dépdts d’arines encore entre les mains des Magnifiques ; 3° richesses entre leurs mains et habitude du gouvernement; 4° contrebande de lettres contre-révolutionnaires; 5° allées et venues des émigrés genevois ; 6° possibilités de trahisons dans Je Mont-Blanc; 7° possibilité de succés des Piémontais ; 8° hiyernage possible de lennemi a Gendve; 9°impuissance de Gendve a se défendre; 10° artillerie suffisante dans les places que l’ennemi aura conquises avant d’eficctuer

le projet d’attaquer Gendve.— Il y a méme un passage qui est une atlaque contro les ministres puritains de Genéve.

Le 15 septembre, une seconde conférence des Francais de Genéve avait lieu chez le Résident sur des objets relatifs au salut public, notamment sur l’éventualité du siége de Genéve par les Piémontais. Le lendemaia, Soulavie proposaita Deforgues d’établir sur toute la frontitre des compagnies d’observation de garde nationale et des bureaux de décachetage des lettres.

On comprend I’effet qu'une pareille attitude et surtout la réponse au gouvernement de Genéve devaient produire auprés de ce dernier. On savait déja que Soulavie était loin de jouir d'une pleine et entitre considération au ministére des Affaires étrangéres de France, et Gorani communiqua alors aux Comités de Genéve des lettres de Paris qui ne laissaient aucun doute a cet égard. On y disait méme qu’il avait été question plusieurs fois de la destitution de Soulavie (1).

Dans des notes sur le personnel diplomatique, « remises au ministre pour lui seul, » le 22 septembre, on lit, aprés des éloges mérités de Barthélemy et d'autres agents, les trois paragraphes suivants concernant Soulavie et les deux secrétaires de la légation de Genéve:

Le citoyen Soulavie est d’un patriotisme bien constaté. Tl débute dans la carriére diplomatique. lla 4 faire ses preuves. Il ne paralt pas encore s’étre fait une idée juste de la conduite, des formes et du langage qui conviennent aux agents de la République dans les pays étrangers. Son voyage en Valais, ses procédés et ses discours ont été hors de toute convenance.

Le citoyen Delhorme, patriote trés prononcé. Beaucoup d’instruction et d’activité. Il a été chargé des affaires de la République 4 Genéve depuis le mois de décembre 1792 jusqu’au mois de juillet 1793.

Il a cu grande part a la révolution populaire qui s'est effectuée dans cctte ville.

Le citoyen Darneville. Bon patriote, bon esprit. Trés attaché a ses devoirs. Il est marié. Ses propriétés a Saint-Domingue ont été anéanties par suite de insurrection des négres (2).

(1) Sonnet, les Résidents francais & Genéve.

(a) Kautex, Papiers de Barthélemy.

Voici une autre lettre de Soulavie 4 Robespierre (4). Elleest sans date comme la précédente, mais elle a été évidemment écrite vers le 23 septembre, car ce jour-la le Résident de Genévo envoyait 4 peu prés les mémes informations a Deforgues,

Au citoyen Robespierre laine,

Je vous ai adressé, mon cher Robespierre, des notes sur les différentes classes de conspirations...

Comme vous avez esprit juste et le coeur bien fait, vous aurez jugé en vous-méme que j’étais un bon citoyen, puisque je dénongais tous les ennemis de la chose publique et puisqu’on ne dénonce pas les partisans d’une trahison dans laquelle on tremperait. C’est le langage que T'intérét public veut qu’on parle en cette occasion. Mais je dois, en vous envoyant les notes que vous avez recues de moi, vous dire que je les tiens des ressources que me donne mon état, et j’ajoute que si j’étais appelé en témoignage, on perdrait notre état eton le rendrait inutile 4 la République. Aucun agent n’écrirait plus des vérités qui risqueraient de le faire appeler en témoignage. Ce n’est pas que je rougisse ou que j’eusse la moindre timidité, si j’étais appelé. Je ne vous ai rien écrit que d’aprés ma conscience, mais tout ce que je pourrais dire aux juges, c'est que dans ma place j’ai appris tel et tel fait. Aprés ces observations, je viens vous annoncer qu’il se trame en Europe, 4 Paris, un coup terrible; j’ignore ce que c’est; mais c’est une conspiration contre la République et la Convention. Le Genevois, le clubiste, le patriote que j’ai envoyé en Suisse chez les émigrés et qui s’est mélé avec eux et a parlé leur langage, me !’a dit, mais peu d’émigrés en sont instruits... Ce n’est pas tout : les chefs de l’aristocratie genevoise qui tiennent avec nos cnnemis ont dit en secret: Encore quelques jours, et nos affaires 4 tous iront bien! Ajoutez a cela que je tiens de deux endroits différents, et par divers canaux, qu’il a été dit, A table, chez le scélérat d’Erlach, notre ennemi juré: « Encore quelques scélératesses de la part de cette Montagne et elle croulerat » Enfin homme que je ne puis nommer et qui m’a donné la note sur Kellermann m’a dit que les Brissotins, dans peu, seraient satisfaits. J’ai envoyé ces notes au ministre et lc duplicata au comité de Salut public. Il me vient une idée; la conjuration des poudres est possible en France, ct si Roland, qui vous a placés dans une salle suspendue sur des souterrains, avait pratiqué le moyen de vous faire tous sauter! Et si la garde etla sdreté du lieu étaicnt confiées a un Brissotin! Mon imagination qui m’evtraine me porte peut-étre dans les espaces imaginaires ; mais enfin il faut prévoir toutes les scélératesses et, aprés la mort cruelle de Marat et de Pelletier, il faut s’attendre & tout, Veuillez, mon cher Robespierre, prendre en considération mes idées, elles ne sont pas tant gigantesques. Voici, montrés cher Robespierre, un fait qui m’a glacé le sang, et qui m’a jetédans un moment de désespoir sur le salut et la délivrance

(1) M. Rattier, de Saint-Fortunat, posséde l’original de cette piéce qui, d'ailleurs, a été déja publi¢e dans les Papiers inédits trouvés chez Robespierre.

de notre République... Un patriote, qui sert cette résidence de cceur et d’Ame, est venu me porter une lettre contre-révolutionnaire, sans signaturc, d’un Genevois ; elle est du maitre des cérémonies qui, depuis la Révolution, observe les autorités constituées au profit de l’ancien gouvernement qu’il instruisait de tout: cet homme, avec les debors les plus patriotiques, était le premier & prévenir les Comités des délits contre la liberté publique. Eh bien! cet homme avait écrit une lettre diabolique contre les Genevois et les Francais, lettre que j’envoie aux Comités réunis, sous enveloppe. Lui-méme, chargé de ma lettre, en vertu de sa place, forme la réunion des Comités et porte au nom du Résident de France, en présence de tout le monde, une lettre qui intéresse le salut des deux nations. (Ce scélérat écrivait 4 un émigré en Suisse.) On ouvre la lettre, il entend la lecture, s’échappe, disparatt, s'enfuit, trouve le lac fermé, les avenues de France gardées, est pris chez lui... On lui fait son procés... Nous sommes donc condamnés a nourrir a nos cétés, 4 vivre, a converser avec des traltres! C’était un homme pour les meeurs, le ton, la décence, les propos, le patriotisme, 4 canoniser.

Soulavie mit le comble 4 ses maladresses en soulevant l’affaire des passeports qui amena, entre lui et les Comités genevois, une brouille irrémédiable.

Le 23 septembre, le Résident de Gendéve informe Deforgues

quil vient de signaler au gouvernement genevois un fait grave ; « La chancellerie genevoise a délivré, la semaine pas- -sée, une centaine de passeports qui ont été payés, Ja plupart jusqu’a vingt-ciag louis. » Le méme jour, Soulavie remet une nole sur ce sujet aux Comités. Le 24, les Comités le somment de faire connaitre incontinent le dénonciateur, afin de vérifier le faitet de punir, soit le coupable, soit le calomniateur. Le lendemain, les Comités reviennent ala charge et font comprendre qu’ils se plaindront & Paris, aucomité deSalul public, si le Résident ne leur donne pas satisfaction. La correspondance échangée est des plus aigres.

Les événements de Lyon, qui s’était insurgé depuis le mois d’aout et qui passait pour recevoir du dehors des secours considérables en hommes et en argent, expliquent, vu la facilité des relations entre cette ville ot Genéve, la gravité que prit dés le début l’affaire des passeports. On peut, pour cetle cir-

constance, excuser Soulavie, dans une certaine mesure, d’avoir outré les précautions que son patriotisme lui conseillait de prendre, mais il est certain, dans tous les cas, qu’il agit avec une légéreté et une précipitation inexcusables et qu’a 6a place uo diplomate mieux avisé fit arrivé aux mémes résultats, sans froisser personne et sans nuire ala bonne entente entre les deux pays.

Le 25 septembre, Deforgues, répondant aux précédentes depéches de Soulavie, dit qu’il ne croit pas 4 l’intention prétée aux Piémontais de prendre Genéve. « La Suisse n’en veut pas, ni Genéve non plus... Cette ville tient beaucoup a son indépendance... Nous devons respecter aussi sa neutralité, mais surveiller les Piémontais pour empécher toute surprise deleur part. »

En attendant, Ja question des passeports s’aggravait par le fait que la municipalité de Carouge, devenue francaise, municipalité dévoude 4 Soulavie, refusait de viser les passeports délivrés 4 Genéve. C’est alors (27 septembre) que les Comités de Genéve décidérent d’envoyer a Paris deux délégués (Dupin et Butin) pour demander au comité de Salut public le rappel de Soulavie. En communiquant cette résolution a Barthélemy, Janot écrivait : « Nous sommes si fort molestés par la légation francaise, ou plutét par Grenus (4), qui la maitrise, que nous nous sommes déterminés 4 envoyer une députation a Paris pour nous plaindre de ces procédés. »

Le 28, Soulavie entretient Deforgues de l’affaire des passeports. Il se plaintdes autorités de Gendve. Quand il a signalé la vente des passeports, on lui a répondu qu'il fallait commencer par faire connaitre le dénonciateur. Or, c’est ce qu’il ne peut faire. On a abusé des passeports. On se servait comme passeports des certificals de civisme que les clubs délivraient et quo Jo Résident était obligé de légaliser. Maintenant, il no veut plus délivrer de passeports qu’a des Genevois notvireparas us aucles Rlmals, Guat deve Goes oe ieeh sea ae on ca

ebes selene nie My plus loin d’autres détails sur Jui 4 propos de sa correspon-

ment patriotes. Mais il sait qu’on va agir auprés du comité de Salut public pour se plaindre de lui a ce sujet.

Le Iendemain, nouvelle dépéche de Soulavie 4 Deforgues. Il dénonce les agents secrets que Monsieur et les Brissotins entretiennent auprés des puissances étrangéres. IJ revient sur la question des passeports. I} faut étre ferme sur ce chapitre; c’est une nécessité de salut public, & cause des rapports de Genéve avec Lyon insurgé. Le ressentiment des Genevois, qui se manifeste par l’insolence de leurs réclamations, s explique par notre sévérité 4 leur égard au sujet des vivres. Nous devrions excepter Genéve de la mesure qui interdit l’exportation des denrées.

Il résume ainsi sa lettre:

Pour les passeports, il faut étre ferme : il ne faut point exposer aux yeux du parti francais les preuves variées des abus ou plutét des délits de la chancellcrie genevoise qui retournerait contre ses autorités constituées; il faut ménager ces autorités, crainte que le gouvernement ne tombe entre les mains des Englués qui nous trahiraient bien autrement. Je ne crois pas que pour le moment les Marseillais soient assez considérés de la majorité, ni assez nombreux, ni capablesde faire a leur profit aucune révolution 4 Genéve. Enfin, je pense qu’il faut, de toute nécessité, excepter Genéve (mais avec des modifications) de la loi sur la sortie des comestibles, parce que si, d’un cété nous lui refusons du pain, et si de l’autre nousla cernons et nous tenons ses Englués et ses aristocrates chezelle, elle imaginera quelque expédient pour sortir de cette situation, et cet expédient ne sera pas 4notre avantage.

Le ministére des Affaires étrangéres de France avait fait demander & Gorani des renseignements sur Soulavie et sur sa situation 4 Genéve. Gorani répondita Deforgues le 30 septembre. Aprés avoir déclaré loyalement que Soulavie a toujours été son ennemi déclaré, bien longtemps avant sonentrée dans la diplomatie, il dit que Genéve est une ville & beaucoup ménager et continue ainsi :

fl y faut pour Résident un homme d’expérience, doux, loyal, poli, vrai et en méme temps capable d’une dextérité loyale. Or, Soulavie n'est rien de tout cela. Il n’a cherché qu’a entraver le gouvernement, & empiéter sur ses attributions; il a fait des demandes insens¢es. Je regarde comme trés odieux que de tendre des pi¢ges aux autorités genevoises, si légitimement et si démocratiquement constituées, de Ies charger de reproches qu’elles n’ont point mérités,

ainsi que d’attenter 4 son indépendance , et c’est vers ce but que tendent tous les services du curé Soulavie depuis qu’il est ici en qualité de Résident, Cet homme n’a pas assez d’esprit pour sentir que Genéve indépendante et laissée & elle-méme nous est cent fois plus utile que si elle était réellement agrégée Anotre territoire,.. Le favoride Soulavie est Grenus, un exilé de 1782, qui a gardé Contre son pays natal un baine mortelle,et ne respire que la vengeance. Un autre de ses confidents est Desonnaz, le déserteur des Allobroges, dénonciateur de Kellermann au club de Genéve. Je connais Desonnaz, c’est une trés mauvaise téte, c’est un pauvre faiseur de mauvais vers, un politiqueur ridicule et incapable de lier trois idées solides de suite.

Gorani regarde |’accusation de Soulavie sur les passeports comme une indigne calomnie. I présente les Genevois comme étant tous, dans I|’administration publique, d’une intégrité admirable. La lettrea un P. S. ainsi congu :

Je vous félicite, citoyen ministre, pour les heureux succés des armées fran- ¢aises ; je n’en suis point étonné; car vous avez pour vous le nombre des combattants et le courage, Je souhaite que vous puissiez remporter des victoires d’une autre espéce qui seraient encore plus nécessaires a votre bonheur, et que vous vous mettiez dans la position heureuse de calmer la violence de vos passions qui sont vos ennemis les plus redoutables. Je souhaite surtout que vous vous rendiez plus difficile & Vaccés des inculpations calomnieuses, car cette facilité funeste vous nuira plus que toutes les puissances réunies contre vous et elle éloignera toujours de votre pays les Ames honnétes,

Le méme jour, Barthélemy écrivait de Baden 4 Deforgues:

..« Aujourd’hui j’ai 4 vous mettre sous les yeux une lettre que le gouvernement de Genéve m’adresse. Son contenu est infiniment délicat. Je n’ai rien a dire sur les plaintes qu'on y forme de la conduite du citoyen Soulavie, et sur lademande qu’on y établit de son rappel, si ce n’est que je regrette d’étre Porgane de ces dénonciations et que je suis affligé de voir qu’un agent de la République soit accusé de la compromettre aux yeux du peuple auprés duquel il la représente. Mais voila Genéve dans la méme situation que Mulhausen. Elle est également presque bloquée. Ses passeports ne sont plus reconnus, son commerce est paralysé, Je sais bien que la pensée de réunir Genéve au territoire francais flatte quelques imaginations, mais l’exécution de ce projet aurait des inconvénients graves. La correspondance entre cette ville et les deux premiers cantons helvétiques est absolument interrompuc. Ils n’ont pas reconnu le gouvernement provisoire de Genéve. Cependant, les traités subsis~ tent. Genéve n’a point cessé d’étre une deg clés de la Suisse, ni la Suisse de s’intéresser vivement A son indépendance, Nous avons a peu prés fait connaitre au corps helvétique que, quand méme Genéve voudrait se donner libremeat & nous, nous repousserions son veu. Ainsidonc, si les génes que cette

ville éprouve étaient dirigées par le calcul d’une réunion, il serait difficile qu’il n’amenat pas des discussions sérieuses avec la Suisse et qu’en méme temps il ne compromit pas la réputation de la loyauté francaise. Veuillez donc, par ces motifs, prendre en considération la situation de Genéve. Prenons quelques précautions pour maintenir un ordre de choses (la neutralité) si utile pour nous, si cher aux cantons, si désagréable 4 nos eanemis (1).

Les mémoires de Bourdillon-Diéday contiennent un passage qui se rapporte 4 cet incident. Bourdillon raconte que son fils fut député, en cette circonstance, avec Constantin, auprés de Barthélemy. Celui-ci leur dit que la Suisse tenait beaucoup a Genéve, tout en désapprouvant sa constitution trop avancée. Toutefois Berne vient de repousser une proposition aristocrate par 89 voix contre 28. « Barthélemy parut fort instruit de ce qui se passait dans Genéve et recommanda a nos envoyés de ne pas céderaisémentauximpulsions qui nous seraient données par Soulavie. On parla de diverses choses et de l’indépendance de Gentve menacée par les Piémontais, et Barthélemy les saltisfit de la fagon la plus gracieuse. I! les assura que Genéve n’avatt rien a craindre pour le présent, mais que dans la suite il était 4 craindre que l'une des trois puissances qui !’environnent ne cherchat a prévenir les autres pour l’occuper par le droit de primauté (2). »

La note de Soulavie du 4 septembre, qui semblait conseiller l’envoi d’une garnison frangaise & Genéve, avait été, i Paris, l'occasion d’un rapport trés raide sur l’imprudonce de sa conduite a Genéve ; mais ce rapport ne fut pas envoyé au cumité de Salut public et l’on se contenta de lui communiquer une lettre du ministre 4 Soulavie en date du 3 octobre. Dans cette lettre, aprés avoir démontré l’impossibilité d’une occupation de Gendve par les Piémontais et les autres motifs qui devaient écarter l’idée d’une occupation frangaise, le ministre ajoute :

(1) Kauter, Papiers de Barthélemy.

(2) Brarig1akgur pe GEnive. Mss.

C'est cependant, citoyen, dans ces circonstances que vous avez remis au gouvernement une note officielle dans laquelle vous lui dites que /a ville de Geneve est & la veille d’étre attaquée, et que vous lui faites sentir que sa population est loin de suffire 4 sa défense et que vous lui observez que des administrateurs prévoyants doivent s‘attacher & remédier au danger de celle position... N’est-ce pas lui faire, implicitement il est vrai, mais de la maniére la plus claire, la demande de l’introduction des troupes frangaises? N’est-ce pas supposer 4 la République francaise un dessein qu’elle n’a pas, exciter Palarme dans les cantons et peut-<tre y provoquer des dispositions contraires a leurs intéréts et aux ndtres?

Le ministre reproche 4 Soulavie d’avoir fait abus de ses fonctions. ll déclare sa note irréguliére et déplacée. Il lui reproche d’avoir fini par des sortes d’excuses ouisibles a sa dignité. Il lui reproche d’avoir formé une sorte de conseil dans lequel on a examiné toutes les éventualités relatives & Genéve, méme la question d’une occupation frangaise. « De pareilles conférences n’ont pas d’exemple et supposent un oubli total de toutes les notions et de tous les principes. Vous n’avez pas le droit d’attirer des Frangais 8 Genéve; vous o’avez pas celui d’y conférer dans des assemblées publiques sur les intéréts de la France, et encore moins sur ceux de Genéve. » Le ministre rappelle & Soulavie qu'il doit se renfermer dans les instructions qu’il a regues, rester étranger atous les partis AGenéve, ne manifester aucune opinion personnelle, etc. Telles sont les régles qui doivent diriger sa conduite. « Je ne saurais trop vous inviter 4 ne plus vous en écarter. »

La lettre contient & ladresse de Soulavie des reproches d’un autre genre: « Je vous engage aussi A mieux soigner votre correspondance; les ratures, les surcharges, le désordre et l'incohérence des idées que présentent vos dépéches, les rendent peu dignes de vous et accusent la précipitation avec laquelle vous les rédigez. » Le ministre le prie de ne pas confondre les objets politiques avec les objets particuliers et de faire, a cet égard, des lettres distinctes ; il aurait dd écrire directement aux administrateurs de !’Ain, du Jura, ainsi qu’aux représentants du peuple envoyés dans cette partie de nos fronligres, pour ce qui pouvait les concerner. — Répondant ala plainte de Soulavie sur la rareté des dépéches qui lui vien-

nent du ministére, Deforgues dit ; «Je no partage pas votre crainte; si notre correspondance devait un jour s’imprimer, ce que vous ne désirez cortainement pas, on nous jugerait, non par le nombre de nos dépéches respectives, mais par les résultats qu’elles présentent. On se demanderait si je vous ai donné les instructions et les avis qui vous étaient nécessaires et si vous vous y étes exactement conformé. Or, sous ce rapport, je ne redoute aucun jugement. Croyez-moi, citoyen, nattachons d’amour-propre qu’a bien remplir les fonctions quinous sont confiées. Notre gloire est Ja et n’est que la. »

Soulavie écrit de Genéve le 5 octobre 4 Deforgues: « Nous faisons tout & Genéve pour nous faire détester. Nous lui refusons du blé, et ce sont les Autrichiens qui lui en vendent, craignant qu’elle ne se donne a la France. Nous les vexons par les passeports, et cependant ces restrictions sont nécessaires tant que Lyon est insurgé. » Soulavie est pour l’indépendance de Gendve. II craint qu’elle ne se donne a la Suisse. i] faut que Gendve reste indépendante de nous, de nos ennemis (les Autrichiens)et de nos voisins (les Suisses). I) faut la traiter en amie, ne pas toucher & son gouvernement et laisser le plus qu’on pourra les partis en balance. « Vous avez pu voir, citoyen ministre, mon zéle emporté quelquefois au dela des devoirs ordinaires des agents francais chez l’étranger, mais ma position est toute particuliére. Placé dans le sein des conjurations, dans une ville en révolution, environné de villes francaises ou suisses travaillées par des brissotins, des aristocrates, desémigrés ou des royalistes ou des ennemis étrangers, je ne puis croire qu’uo autre agent patriote eut pu agir autrement. »

Dans une autre lettre (7 octobre), Soulavie se désole des bruits répandus que la France veut annexer Genéve. « Depuis cing jours, dix & douze personnes ont osé mo pénétrer la-dessus. Je leur ai répondu par les trois articles de la Constitution qui lient les mains & tout projet sur cette matidre qui contrarierait la parfaite indépendance de Genéve. Il revient sur le mauvais effet des mesures de prohibition d’exportation

des grains de France et sur les restrictions des passeports. « De malheureux incidents aigrissent les rapports des deux pays. Des gardes nationales ont confisqué quinze louis 4 des Genevois rentrant chez eux. Des gens de Genéve ont assassiné un patriote aux confins des deux Etats. Ona hué les femmes des présidents du district et de la municipalité de Carouge qui portaient la cocarde. Grenus a étéexclu du club révolutionnaire comme ayant été fonctionnaire frangais. Les aristocrates inclinent vers le Piémont et vers la Suisse et répandent le bruit que nous affamons Genéve, afin de la forcer 4 se jeter dans nos bras. Il faudrait conclure un trailé avec Genéve, afin de ranimer le parti chancelant patriote et d’imposer silence aux bruits d’annexion. Il faut permettre l’exportation du blé pour Genéve, mais il faut qu’on sache bien qu’on le doit a la demande du Résident. »

ate

La reddition de Lyon, qui eutlieule 9 octobre, vint amélioror considérablement I’état des choses & Genéve. Soulavie écrit a Deforgues, le 42 octobre, qu’il a regu la visite de plusieurs membres des Comités. On a examiné la question de savoir s'il fallait armer Genéve pour la mettre & !’abri d’une altaque des émigrés. Soulavie a répondu qu’il croyait la chose inutile. La situation se détend.

Le 17 octobre, Soulavie envoie a Deforgues le récit de deux entretiens qu’il a eusavec M. de ‘Wateville, notable de Paristocratie bernoise et bailli de Vevey. Ce personnage s'est plaint des difficultés des passeports. Soulavie lui a démontré que c’était une nécessité pénible et momentanée, provenant de la facilité qu’ont mise les autorités suises a délivrer des passeports au premier venu. — C'est grace a cela que les émigrés ont pu insurger Lyon. Actuellement, il s'agit d’empécher d’autres émigrés de rentrer pour aller se joindre aux fuyards de Lyon et exciter peut-étre une autre guerre civile.

M. de Wateville a paru convaincu.

Le 49 octobre, le gouvernement de Genave envoie a Reybaz un note contre Soulavie et Grenus, en le priant de la remettre au ministre Deforgues (4).

Le 21 octobre, Soulavie informe Deforgues que M. de Wateville a destitué beaucoup d’employés suisses, coupables d’abus dans la délivrance des passeports. Les autorités genevoises, de leur cété, se sont beaucoup adoucies a cet égard.

Le méme jour, les Comités genevois signalent 4 Reybaz une note de Soulavie qui se serait plaint 4 Paris au sujet d’une brochure ct du portrait de Charlotte Corday, brochure renfermant une foule de principes et d’articles favorables aux tyrans, et, par suite, hostiles 4 la République frangaise (4).

Le 23 octobre, Soulavie répond aux reproches de Deforgues au sujet de sa note du 7 septembre, d’ot les Comités de Genéve avaient pu conclure qu'il voulait introduire une garnison frangaise dans cette place. « Les Comités, dit-il, m’ont souvent sondé la dessus; leur suspicion et votre lettre augmentent ma surprise. » I] cherche d’ou cela peut venir. C’est un fonctionnaire francais (Darneville), qui a fait & Janot la proposition d’introduire des troupes frangaises 4 Genéve. Ce fonctionnaire est venu pour la troisiéme fois prier Soulavie de ne pas parler de cette affaire 4 Paris. Le Résident en a la preuve dans son portefeuille. Pareille demande aété faite a Janot par un des fonctionnaires frangais qui sont ici, mais Soulavie n’en a pas la preuve. « Or; 4° ces demandes et insinualions ; 2° un mémoire de Delhorme sur les avantages de la réunton de Genéve 4 la France que je vous supplie de lui demander (il ne l’a pas laissé ici) ; 3° la communication faite récemment de ce mémoire aux Comités, je ne sais par qui ni comment; 4° l’opinion que proclamait sur cet objet le général Kellermann sont les seules causes des terreurs paniques des Genevois sur un objet, sur lequel j’ai été sans cesse dans une réserve la plus étudiée. » Soulavie assure, du reste, qu'il est

(1) Biatiotakgue vz Ganive, Mss. Correspondance de Reybas. (a) Brsticrazgue pe Grnkvz, idem.

actuellement dans les meilleurs termes avec les autorités de Genéve.

Le 24 octobre, Soulavie répond 4 Deforgues au sujet des conférenves tenues 4 Vhétel dela Résidence. « Il faut, dit-il, se reporter aux circonstances : l’ennemi était 4 une lieue et demie d'ici; le Chablais était insurgé ; le mal communiquait; la Suisse vomissait ses émigrés; Genéve se fédéralisait; Lyon et Turin tenaiont ensemble et le général Sans- Terre dormait... » Depuis la prise de Lyon et ’expulsion des Piémontais du Mont-Blanc, la situation a changé, et iln’y a plus de conférences, mais de simples réunions de citoyens qu'il ne veut pas renvoyer, ayant besoin de ce monde. Il rappelle qu’il n’est aucunement responsable des bruits que ont couru d’une garnison & Geneve. I] apprend que « Delhorme ne pouvait refuser son mémoire a d’excellents républicains qui n’ont jamais eu que de bonnes intentions, mais les Genevois, qui ne sont pas obligés de connaitre ces motifs, ne sont pas moins autorisés A-avoir pour nous laplus grande méfiance. J'ai mis d’ailleurs sous vos yeux et avant son arrestation, les propos du général Kellermann, et j’ajoute aujourd’hui qu'il a si bien persuadé les troupes de Lyon et du Mont-Blanc, des avanotages d’hyverneraGendve, qu’elles manifestent hautement leur désir, et ce bruit, qui se répdte ici, glace d’effroi tous les habitants. » Soulavie revient aussi sur la proposition de Darneville, 4 quiilne laisse plus désormais voir sa correspondance. 11 défend de nouveau sa note du7 septembre et, rappelant les deux compagnies de Frangais de Gendve formées par ses soins, et envoyées |’une dans le Mont-Blanc, |’autre en Alsace, il montre que, loin d’avoir négocié avec les Comités genevois ]’introduction de troupes frangaises 4 Genéve, il a fait 'opération inverse, savoir : introduction de Francais qui étaient a Geneve dans le sein de la République. Mi ajoute qu’il a tout fait pour se concilier les Suisses. «J’ai obtenu, citoyen ministre, la confiance des gens du Mont-Blanc, des patriotes genevois et des Suisses du voisinage; je serais bien faché d’étre privé de la vétre. » Il termine en deman-

dant au ministre de lui envoyer un secrétaire de confiance.

Notons ici que les accusations de Soulavie contre Darneville furent démenties par une lettre de Janot a Deforgues, en dale du $ décembre. Janot déclare que l’accusation est entitrement fausse. Si quelqu’un lui edt fait une pareille proposition (celle d’introduire une garnison francaise & Geneve), il !aurait fait arréter. Sa lettre se termine ainsi : « Citoyen ministre, au nom de la dignité du peuple frangais, au nom de la justice, donne-nous un autre Résident. »

Dans une lettre datée du mémejour, Darneville explique a Deforgues ce qui a pu donner lieu a l’accusation dont il est Yobjet. Un jour, dans une conversation avec Janot, il lui demanda si, au cas d’une victoire des Piémontais, les troupes frangaises ne recevraient pas aide et protection sur le territoire genevois. I] n’avait en vue que de procurer aux défenseurs dela patrie une retraite assurée en casde malheur. C’est la-dessus que Soulavie le calomnie aujourd’hui. Darneville attaque longuement Soulavie comme fourbe, méchant, intrigant, « mais enfinc’est un prétre, iln’a pu changer de caractere comme il changeait de masque ». Hl dit que, par l’affaire des passeports, Soulavie a voulu tracasser les autorités genevoises, qu'il déclamait contre elles avec tous ceux qui venaient le voir; que Soulavie lui faisait tout faire, afin de s’épargner les frais d’un secrétaire particulier, prétendant qu'il n’avait élé envoyé 4 Gendve que pour y travailler & sun histoirede la Révolution; que Soulavie ne se levait qu’d 10 ou 14 heures du matin, comme les ci-devant chanoines... Darneville croit | que Soulavie a voulu lui faire perdre sa place, parce qu'il n’a pas voulu lui abandonner le produit total du secrétariat qui, selon l’usage, aété toujours partagé entre le secrétaire et le Résident.

ae

Reprenons la série des événements : Le 31 octobre, Soulavie enyoie 4 Deforgues ua véritable réquisitoirecontre «les agio-

leurs genevois » qui ont fait passer 4 Lyon une partie des fonds qui ont servi au soulévement.

Instruments de Pitt et de la Hollande, ils ont servi tout a la fois et nos ennemis du dehors et nos ennemis du dedans. Maintenant que le coup est manqué, ils ne se cachent pas: ils disent qu’il sera remonté d’une autre maniére pour l’année prochaine. lls m’envoient des papiers de finances a légaliser; il y en aen espagnol, en hollandais, en anglais et en allemand. Les agioteurs tiennent 4 toute la terre. Et parce que je refuse mon seing, vous pouvez juger, citoyen ministre, dans quelle situation je vais étre ici; car les agioteurs tiennent a toute la ville, 4 l’aristocratie comme aux patriotes, Ils se sont placés dans un poste intermédiaire. En légalisant leurs papiers sur Lyon, le payement des sommes qu’ils y avaient fait passer pour Vinsurrectionner leur est assuré et accéléré. Jamais de ma vie ma main ne signera que pour le service du peuple. J’en ai écrit aux représentants du peuple a J.yon et j’ai proposé deux arrétés : par le premier, il serait défendu aux Lyonnais de payer tout effet qu’ils doivent 4 Genéve jusqa’a l’épurement des affaires; par le second, les effets des négociants genevois seraient soumis a une revision 4 Ville-Affranchie. Sans ces précautions, Genéve va devenir Ventrepdt de Pargent que les contre-révolutionnaires lyonnais voudront y faire passer. Les agioteurs ont ici mille virements de parties pour pallier leurs opérations et pour frustrer ma patrie des sommes confisquées.

Soulavie parle ensuite du baron d’Erlach, bailli de Lausanne, comme étant!’un des plus ardents ennemis de la France. Ce baron vient de passer au conseil secret 4 Berne.« S’il parvient & s’attribuer la partie des affaires de Genéve, la place du Résident de France A Genéve sera infiniment plus délicate encore. » Suit le récit d’un nouvel incident relatif a « l’éternelle affaire dos passeports ».

Dans une autre dépéche de la méme date, Soulavie, abordant la politique générale, écrit Deforgues que le moment est venu de mettre la division entre le roi de Sardaigne et PAutriche. Il faut montrer au roi le Milanais et le Mantouan en perspective comme compensation du Mont-Blanc, lui promettre méme de payer des Suisses pour l’aider & démembrer l’Autriche, pourvu : 4° qu’il se détache de la coalition ; 2° qu’il renonce a la Savoie ; 3° qu’il attaque le Mantouan et le Milanais. Soulavie a souvont vu 4 Paris le dernier héritier du duc de Mantoue, dépouillé par I’Autriche, lequel lui a dit cent fois : « Qu’on me procure un dédommagement et je cede au

roi de Sardaigne mes propriétés et moa duché. — Si vous approuvez mon projet, j’écrirai dans ce sens, ct comme venant de moi-méme, a des condisciples, sujets du roi sarde, avec lesquels j'ai fait 4 Avignon mes études (1). »

Ici se place un trait de la mission de Soulavie, que rapporte ainsi Bourdillon-Dieday dans ses Mémoires (2) :

30 octobre. — Une suppression a laquelle on ne s’attendait pas encore. Le Résident Soulavie supprima entiérement tout culte catholique dans sa chapelle. A cet effet, il invita nombre de Genevois et prit toute notre musique. Il monta en chaire et, par un excellent discours, il prouva que la France devait a Genéve et sa liberté temporelle et sa liberté spirituelle; que c’était de Genéve qu’étaient sorlis toutes les lumiéres et tous les grands hommes qui lui avaient procuré des biens aussi précieux. La musique accompagnait les applaudissements, Puis il fit sentir tout le ridicule des hochets de la superstition etles jetait, les uns apres les autres, au milieu de l’assemblée, 4 quoi la musique applaudissait. Ensuite il ouvritl’arche; ilen sortittous les ameublements et vétements, mais il ne voulut pas que rien fat brisé nidéchiré, afin que les pauvres, auxquelsil fittout distribuer, pussent en profiter. ll envoyalaclochette au cercle des citoyens mineurs avec de sages avis. Il neseréserva que les vases d’argent pourles envoyer 4 Ja Convention nationale, II ne lui restait dunc que la Bible, sur laquelle il fitdresserle verbal de tout ce qui s’était passé et l’envoya 4 notre Bibliothéque pour en conserver le souvenir. Ce fut donc lui qui fit cesser le service dela messe établi depuis 114 ans dans la chapelle du Résident, lorsque Louis XIV nous envoya Chauvigny pour remplacer Jean Favre, qui fat le dernier citoyen revétu de cet emploi. Le soir, Soulavie se rendit au club fraterne) of il fut accueilli par les plus vifs applaudissements, La musique entonna I’hymne marseillaise, que toute l’assemblée répéta en chceur, etavec tant d’ordre et de méthode que les voix des femmes s’y distinguérent beaucoup. Aprés quoi, le président Anspach adressa au Résident un excellent discours que la musique termina par ce morceau : Ou peut-on étre mieux qu’au sein de sa famille !

Ce Bourdillon, que l'on verra plus loin jouant le réle décisif dans la révolution de juillet 1794 & Genéve, était renommé par sa haine du cléricalisme protestant aussi bien que catholique. Le 44 octobre de cette année, il avait relu au club un discours, déja prouoncé par lui Je & juin 1786, par lequel il demandait de supprimer la lecture duCredo dansles églises. Sa proposition fut naturellement rejetéc.

(1) On peut voir quelques détails sur ce prince de Mantouc, dans les Mémoires do

Richelieu, VI, 198.

(2) Manuscrit de la Bibliothéque de Genéve.

Le 2 novembre, le gouvernement genevoisinforme Reybaz que Soulavie refuse de Iégaliser tous actes quelconques, ce qui était la conséquence de sa dépéche du 30 octobre (1).

Le 4 novembre, Soulavie rend compte d'une conférence qu’il a eue avec le sénateur bernois, M. de Sinner. Ses explications sur l’affairo des passeports sont les mémes qu’avec M. de Watteville, 1] a reproché aux Suisses le choix du baron d’Erlach pour le comité secret. — M. de Sinner lui a parlé des révolutions de Paris. « Tant de révolutions ! Tant d’incertitudes ! A qui pouvons-nous nous fier ? » Soulavie s’est attaché a Jui démontrer que ces révolutions avaient été profitables a la Suisse : Robespierre et les Jacobins ont toujours été les partisans de l’alliance suisse, et. sans eux, les intrigants auraient brouillé la France avec la Suisse comme avec le reste de I’ Europe. « Cette conférence et tout ce que j’apprends d’ailleurs me porte a vous dire que si nous savons prendre les Suisses comme il faut, nous en ferons ce que nous voudrons. Nous les attacherons méme & notre cause contre nos ennemis. L’effroi gagne tout le pays 4 cause de l’énergie actuelle de notre gouvernement, Béni soit le comité de Salut public ! Le nom [rancais sera enfin respecté! »

Le 9 novembre, Deforgues fait connaitre 4 Soulavie son sentiment sur l’affaire des passeports. Il reproche a son agent un excés de zéle, et (c’est la premiére lettre of on se tutoic) il ajoute : {

La prise de Lyon, les avantages remportés sur les Piémontais doivent avoir rendu ta position plus simple et diminué nécessairement la défiance qui avait engagé 4 prendre sur la délivrance des passeports toutes les pré= cautions qui, bien qu’elles aient pour motifs le zéle et le patriotisme, t’ont cependant porté souvent au dela de tes pouvoirs. Tu te renfermeras a Il’avenir dans les seules fonctions que t’attribue le conscil exécutif par son arreté du 25 mai et qui se bornent & Ia légalisation pure ct simple ct sans opposition des signatures des autorités qui ont, suivant le gouvernement provisoire de Geneve, le droit de donner des passeports. Cette marche, dont tu n’aurais jamais dd réellement t'écarter, n’interdit pas !a surveillance que tu peux exercer sur des abus dangereux; elle ne t’dte en aucune maniére la voie de

(1) Breutioruégve pe Gexive, Mss. Correspondance de Reybas.

représentation ou officielle ou confidentielle suivant la circonstance. Par une semblable mesure dans ta conduite, tu concilies & la fois les devoirs de la place qui t’est confiée, avec les égards dus a la nation chez laquelle tu es accrédité, et dont tu dois étre le premier A respecter la souveraineté et les droits, sans prendre jamais aucun parti, du moins publiquement, dans ses querelles intérieures, ou dans la différence d’opinion qui se manifeste chez elle sur le régime qu'elle se propose d’adopter. Les décrets de la Convention nationale, qui a déclaré ouvertement que le peuple francais ne s’immiscerait aucunement dans les gouvernements étrangers, sont une loi dont Pexécution est particuliérement confiée 4 ses agents extérieurs, et de infraction de laquelle tu es, par conséquent, plus responsable que tout autre. En partant de ces principes, la suspension des passeports qui a eu lieu aurait do étre le résultat de tes communications avec les autorités constituées de Genéve dans le moment oi tes craintes sur l’introduction des émigrés dans Lyon étaient réellement fondées, et non pas la suite d’un refus positif de ta part de les viser. Notre influence & Genéve nous aurait sans doute fait obtenir tout ce que nous aurions demandé sur une mesure momentanée et que tu jugeais indispensable, mais au moins nous n’aurions pas engagé de querelles et nous n’aurions pas, en quelque sorte, abusé de notre force, et, ce qui est encore plus essentiel aux yeux d’un républicain, nous n’aurions pas cessé de respecter dans un Etat faible nos propres principes...

Deforgues continue par des reproches analogues au sujet de l’accusation de vente de passeports, dirigée par Soulavie contre la chancellerie genevoise :

Toute ta correspondance sur cet objet est couverte, en quelque sorte, d’un voile que je ne puis percer et je n’y trouve aucune lumiére faite pour satisfaire et justifier la conduite étrange que tu as tenuc en cette circonstance. Les mauvais effets de cette foule d’inconséquences sont faciles 4 deviner. Elles ont aliéné Vesprit de ceux avec lesquels tu es chaque jour dans le cas de traiter e¢ affaibli le respect et la considération que doit inspirer tout agent de la République francaise ; ilest indispensablement nécessaire qu’une conduite plus mesurée rétablisse Vharmonie entre toiet les autorités constitudes, quelles qu’elles puissent étre, tant qu’elles tiendront du peuple de Genéve un pouvoir légitime ; que tu te renfermes entiérement dans les limites de tes instructions et des fonctions qui te sont attribuées ; enfin, que tu fasses parler la nation francaise avec la dignité ct la gravité qui lui convient, en ne mélant jamais son nom & des discussions domestiques étrangéres & ta mission. Une telle circonspection est indispensable...

Le 40 novembre, Soulavie écrit que les agioteurs, voyant qu’on ne légalise aucun de leurs papiers sur Lyon, sont dans une fureur concentrée; ils disent que l’an prochain le Jura ne sera pas A nous. Des fails fachoux sont signalés a la

frontiére : le 8 novembre, & Chesne, des cavaliers frangais ont arraché ades Genevois leurs cocardes genevoises. Les Comités réclament auprés de Soulavie. Celui-ci a réclamé auprés du général Verdelin et on a emprisonné les coupables.

1] était impossible quo les sottises de Soulavie & Gendve ne parvinssent pas & attirer l’attention publiquo 4 Paris. C’est Chaumette qui posa la question dans la séance du 8 novembre aux Jacobins. Le Moniteur du 42 novembre rapporte briévement le fait en ces termes : « Chaumette dénonce notre agent de Suisse, l’abbé Soulavie; il demande son rappel et désire que la société melte & son grand ordre du jour s’il est convenable que la nation frangaise entretienne prés des autres puissances des ambassadeurs. »

Reybaz est plus explicite, dans une dépéche adressée le 40 novembre a son gouvernement. Il dit que le citoyen Chaumette, procureur général de la Commune de Paris, et Hébert, son substitut, ont exposé avec beaucoup de force, dans une séance des Jacobins, l’intérét qu’a la France 4 vivre en bonne harmonie avec la Suisse et Genéve,et qu’ils ont dénoncé le Résident Soulavie comme formant des plans antirévolutionnaires et déshonorant sa place. Les Jacobins ont chargé une commission de se transporter au comité de Salut public pour demander que Soulavie soit promptement rappelé.

Notons ici une lettre de Grenus 4 Desonnaz, qui se rattache évidemment & cette séance des Jacobins. Le député suppléant 4 la Convention écrit, le12 novembre, que les Jacobins veulent conserver a tout prix la neutralité helvétique... « Nul n’en veut a la chére indépendance ( de Genéve). En effet, on ne veut pas, pour un petit coinde terre, au fond trésinsignifiant, se découvrir soixante lieues de frontiére. »

Le 16 novembre, Soulavie écrit qu’il prévoit des 6vénoments a Genéve : les Montagnards (ou Marseillais) veulent tenter lassaut du pouvoir. Tout en leur étant sympathique, il trouve cependant qu’ils parlent trop tét de proscriptions, de confiscations et de guillotine. Les Montagnards cherchent a se concilier lo Résident; mais celui-ci est bien résolu A ne pas se dé-

partir de son attitude de pure observation. Il ne croit pas que ies nouveaux Comilés (a élire) vaillent plus ( pour la France) que les anciens. « J’enconclus que Genéve, dans tous les temps et avec toutes les sortes de gouvernement, ne pouvant se nourrir que par l’agio et l’industrie, parce qu’elle n’a pas de territoire, nous donnera souvent des inquiétudes et que, lorsque la vertu la plus pure ne sera pas a la téte du gouvernement, la France n’achetant personne, Genéve se vendra au plus offrant. » Soulavie constate que les Suisses ont décidéde laisser Genéve & ses affaires intérieures, « 4 son sens réprouvé, » mais qu’ils sont trés jaloux de son indépendance. I] se plaint de l’attitude de Berne dans l’affaire Maligny. I] applaudit auchoixdeM.de Weisscomme envoyé de Suisse en France. Cette lettre contient le passage suivant : « Le temps est arrivé de proscrire en France tout papier étranger, d’ouvrir toutes les lettres, de publier toutes les perfidies autrichiennes, tous les actes sanguinaires de nos ennemis... »

L’affaire Maligny, dont il est ici question, ne fait pas honneur & Soulavie. M. de Maligny, aprés avoir été longtemps le secrétaire de M. de Castelnau, Résident de France (4784 21791), avait été lui-méme chargé d’affaires auprés de la République de Genéve, du 29 janvier au 25 avril 1794. Il avait rempli ses fonctions avec beaucoup de sagesse et de modération, et quand il se retira le gouvernement genevois lui exprima sa gratitude et lui fit un présent de la valeur de quarante louis (1). Soulavie accusa son prédécesseur d’avoir emporté, dans sonémigration, une partie des archives de la légation, « afinde détruire, disait-il, la mémoire de la coalition de l’aristocratie etde la royauté contre le peuple ». Maligny répondit que, suivant l’exemple de ses prédécesseurs, il avait emporté la correspondance qui le concernait, mais que cela n’avait pas d'importance, car les originaux sont aux archives des affaires étrangéres a Paris. Deux délégués, dont |’un était Monachon, juge de paix de Carouge, furent envoyés 4 Lausanne pour

(1) Sonver, Histoire des Residents frangais a Genéve.

retirer les papiers. — Dans leur rapport, daté du 24 novembre, ils constalent que les Suisses « sont singulitrement attachés 4 leur gouvernement, qu’ils l’aiment et se battraient comme des forcenés contre quiconque voudrait leur en dicter unautre. Du reste, ilssont trés sympathiques a Ju Révolution frangaiso, et il n’y a pas a craindre de les voir sortir de leur neutralité >,

Le 26 novembre, Deforgues blame Ja voic suivie par le Résident de Genéve dans !’affaire Maligny et, comme Soulavie s’élait adressé au gouvernement de Berne, le ministre lui rappelle assez durement qu'il n’a rien 4 faire avec ce gouvernement et qu'il aurait di s’adresser 4 Barthélemy.

Le représentant de Genéve a Paris, Salomon Reybaz, soumit & cette époque, au comité de Salut public, un mémoire sur la situation politique de Genéve et sur les entraves dont cette ville était environnée. Le mémoire rappelle que Genéve fut toujours amie de la liberté. En décembre 1792, une révolution salutaire renversa de fond en comble |’ancien ordre de choses, soutenu par la ci-devant cour de Versailles. Le peuple, réuni en assemblée générale, a élu une assemblée nationale chargée d’élaborer une Constitution, mais il s’est réservé de la reviser. En attendant, le peuple acréé deux comités, l'un d’administration, l’autre de sireté, dont il a élu tous les membres. Les Comités réunis traitent les questions générales et les rapports avec les puissances étrangéres. « Enfin, le peuple a beaucoup augmenté ses moyens d’union, d’instruction et de force, en réunissant tous les clubs politiques patriotes, dont antique institution avait déja rendu de si grands services a la liberlé, en un grand club, dit fraternel, des révolutionnaires genevois : telle est exactement la situation politique intérieure de Gendve. » Le mémoire constate les sympathies du gouvernement genevois pour la France. L’objet principal de la réclamation, ce sont les atteintes portées a la liberté des communications soit par terre, soit par eau. Déja Geneve s’était plainte en mai dernier. [1 s’agit surtout des communications entre Genéve et la portion de ses territoires qui est enclavée dans le territuire frangais. Le méinoire demande

qu’on donne des ordres a cet effet aux municipalités del’ Ain et du Mont-Blanc. Ce document est daté du 28 brumaire; il ne contient aucune attaque contre Soulavie.

Le 23 novembre, Barthélemy mande a Deforgues :

-.. Tu vois par la lettre de Zurich qu’on croit que nous avons des vues sur Genéve. Ce ne sont pas seulement les Genevois eux-mémes qui s’occupent d’éveiller la jalousie des Suisses sur ce point, nos ennemis prendront 4 plus forte raison ce soin, J’ailieu de croire positivement que le nouveau ministre sarde en Suisse a déja fait des démarches a cet égard et qu’il a annoncé que le roi de Sardaigne ne tarderait pas a faire des instantes demandes aux deux premiers cantons pour veiller, comme ils le doivent en effet par les traités, a Vindépendance de Genéve.Cettesollicitude sarde est au moins singuliére, mais au moins est-il certain que l’acquisition de Genéve nous mettrait en démélés avec la Suisse... Ne prends pas en mauvaise part si je laisse subsister ce qu’on dit dans la lettre de Zurich du citoyen Soulavie. Je ne doute pas que ce ne soit uniquement le Jangage de Ja passion. J’ai cru ne pas devoir supprimer ces inculpations afin que tu saches tout ce qu’on me mande (1)...

Ici se place une autre lettre de Soulavie & Robespierre.

Mon cher Robespierre,

Nous triompherons, mais avec de la sagesse et dela prudence,

Je persiste 4 vous prier de demander en original ma correspondance. J’écris Je 15€ numéro, voici des piéces dont vous ferez ce que votre prudence vous persuadera,— Faites saisir, je vous prie, le vieux Hennin.

La premiére des pices en question contient une déclaration du directeur de la poste de Genéve, en date du 27 novembre, constatant qu’un inconnu, a mine suspecte, avait jeté ce jourla, dans la bofte aux lettres, quatre plis dont un contenait une proclamation imprimée de Georges III.

Voici le texte de la seconde :

Réflexions sar l'état de la France.

Réponse & quelques demandes qui mont été faites.

Il faut prendre bien haut pour avoir l’ensemble. La cours’est réservé, pendant toute l’Assemblée constituante, de s’occuper seule des affaires étrangéres. Elle a eu soin d’écarter I’ Assemblée nationale de toute connaissance. Laest la source des maux que nous souffrons.

C’est avec la cour de Vienne que !a cour de France a tout arrangé; c’est

(1) Kauces, les Papiers de Barthélemy.

cette cour quia dit Louis XVI; il faut sacrifier une portion pour ayoir autre.

Si Gustave II ne fot pas mort, vous !’eussiez eu a la téte de vos ennemis,

Pour faire déclarer la guerre, il fut résolu d’en dter I’odieux 4 Louis XVI, en la faisant demander par les Jacobinsqui donnérent dans le panneau.

Il fut résolu de Ja faire conduire par des Jacobins aussi, et on est certain que Dumouriez était vendu a |’Autriche et au Roi et plusieurs autres aussi,

La guerre étant déclarée, on était bien sdr qu’elle serait conduite comme la cour le voudrait. Lafayette et les autres généraux disaient hautement : Jamais je ne me battrai au profit des Jacobins. L’armée seule était fidéle.

Le peuple, qui ne se trompe pas, surprend la cour de France dans ces trahisons et jette le Roi dans une tour du Temple, malgré la majorité de Vassemblée dont les meneurs avaicnt quitté les Jacobins et s’étaient retirés a Saint-Roch, demandant la punition des contre-révolutionnaires républicains et de ceux de Coblentz,

On croit quec’est par l’organe de Manuel que la cour prisonniére a continué d’intrigailler. C’est en cette circonstance que ]’Autriche intrigua encore avec le pouvoir exécutif et la Convention nationale qui commence a se diviser en deux partis.

L’Autriche en choisit un, et c’est le parti qui a fait déclarer la guerre, et qui a constamment voulu un roi. L’Autriche a traité avec lui pour sauver Louis Capet, Elle a traité avec lui pour tous les grands décrets qui ont été combattus et contestés par la Montagne. Elle a traité avec lui pour chasser les Orléans ou les poursuivre.

Il n’y a pas un seul décret qu’ait fait passer le cété noir qui ne soit dans le sens des Autrichiens. Ils se sont emparés des finances par les vivres; ils s’en sont emparés par les vivres des armées ; ils s’en sont emparés par les blés de Roland. Ils se sont emparés de l’esprit du peuple par tous les journaux, tous 4 la solde du parti, sans en excepter aucun de ceux qui existaient a I’époque du ro aot. Ils soudoyent méme les journaux monarchiques, tel, le Journal frangais, qui n’a pas 400 souscripteurs.

Ils se sont emparés des affaires étrangéres et voici comment ils les ont gouvernées,

Aucune négociation de l’Autriche n’avait pu déterminer contre nous ni VEspagne ni l’Angleterre, Celle-ci craignait les commercants. Maltres du pouvoir exécutif, ilsirritent l’Angleterre par l’ouverture de l’Escaut.

Le cabinet de Londres est composé de deux factions ; la hanovrienne despotique qui voulait la guerre : ce parti est conduit par Pitt; et la faction anglaise qui veut et a toujours voulu la paix. ‘

L’Escaut, ouvert arbitrairement par Lebrun aux instigations de |’Autriche, Angleterre gronde et menace, le parti anglais mollit et Pitt triomphe. C’est quand il parle de guerre que nous la lui déclarons et a la Hollande et a )’Espagne.

Il est inoui en Europe qu’aucune puissance ait fait la gucrre sans allié, qu’elle n’ait été démembrée.

C’est parce que la Pologne n’en avait pas en 1772, pendant la nullité de

Louis XV, ni en 1793, par la nullité de son prédécesseur, qu’elle a été démembrée.

Les puissances coalisées n’ont en idée un démembrement que parce qu’elles nous ont surpris sans alliés, et nous sommes sans alliés, parce qu’Antoinette, voyant arriver la Révolution, nous avait mis en celte situation,

Cette lettre, publiée sans date dans les Papiers inédits, dut étre écrite 4 l’occasion du rapport de Robespierre sur la situation politique de la République frangaise a I’égard des autres peuples.

Peut-étre Robespierre avait-il demandé 4 Soulavie quelques notes sur les intrigues diplomatiques des derniers temps. Le rapport de Robespierre fut’suivi d’un décret (4) qui avait surtout pour objet de proclamer I’exécution loyale des traités avec la Suisse, afin d’empécher celle-ci de céder aux obsessions austro-anglaises, mais qui contenait aussi un sévére avertissement & l’adresse des hébertistes, dont les folies antireligicuses, trés vivement désapprouvées par Robespierre, venaient de faire & la République des millions d’ennemis nouveaux.

Deux jours aprés, 24 novembre, Robespierre attaquait V’hébertisme au club des Jacobins et, le 5 décembre suivant, il plaidait éloquemment, ala tribune dela Convention nationale, la cause de la liberté religieuse foulée aux pieds par l’hébertisme. Répondantaux attaques des rois coalisés, i] disait: «Ils nous accusent d’irréligion, ils publient que nous avons déclaré la guerre a l’humanité. Qu’elle est édifiante la piété des tyrans !... » Séparant la cause des peuples de celle des rois, il ajoutait : « Vos maitres disent que la nation frangaise a proscrit toutes les religions, qu’elle a substitué leculte de quelques hommes a celui de la Divinité; ils nous peignent a vos yeux comme

(1) Du 18 novembre 1793 :

La Convention nationale, voulant attester & tous les peuples Ices principes qui la dirigent et qui doivent présider aux relations de toutes les sociétés politiques ; vou- Jaut en méme temps deéconcerter les mouvements perfides employés par ses ennemis pour alarmer sur ses intentions les deux fidéles alliés de la nation frangaise, les can tons suisses et les Etats-Unis d’Amérique, declare, au nom du peuple francais, que Ja résolution constante de la République francaise est de se montrer terrible envers ses ennemis, généreuse envers ses alliés, juste envers lous les peuples; les trailés qui

hent le peuple francais aux Etats-Unis d’Amérique et aux cantons suisses seront loyalement exécutés, etc.

un peuple idolatre ou insensé. Ils mentent. Le peuple frangais et ses représentants respectent la liberté de tous les cultes et n’en proscrivent aucun ; ils abhorrent l’intolérance et la persécution, de quelques prétextes qu’elles se couvrent; ils condamnent les extravagances du philosophisme comme les crimes du fanatisme.,. »

Dans cette méme séance, !a Convention rendit son décret relati a laliberté des cultes, ce qui n’empécha malheureusement pas les démolisseurs d’autels et les persécuteurs de consciences de continuer leurs tristes exploits.

Sur toutes ces questions, il existait un complet accord de vues entre le célébre membre du comité de Salut public et le Résident frangais 4 Genéve. Aussi cedernier, dans sa dépéche du 29 novembre, s’empresse-t-il d’applaudir aux idées émises dans le rapport. « Depuis que je suis ici, écrit-il A Deforgues, jai travaillé dans le sens du beau rapport de Robespierre qui fait ici la plus grande sensation. Les seuls Comités et les seuls aristocrates ne |’ont pas lu avec enthousiasme. Marat (le jeune) voulait partir dans quelques jours pour étre témoin des fétes de son frére, Je l’ai engagé a étre le courrier des lettres d’Autichamp. C’est un bon et honnéte garcon qui, sans avuir Pouverture de son frére, en a les principes. Il a a Paris une scour quia beaucoup d’esprit, qui voit beaucoup de mondo ot des députés, qui veut reprendre le journal de son frére, qui a les talents propres a cet emploi, et qui est attachée a sa patrie, Genéve... »

Les lettres d’Autichamp, saisies & Lausanne, dont parle cette dépéche n’avaient pas, & ce qu’il semble, beaucoup d’importance. Au moins, le ministre déclara qu’elles n’auraient pas da motiver l’envoi d’un courrier extraordinaire. Il fit compter toutefois au frére de Marat 600 livres pour son retour Genéve.

Le 30 novembre, Desonnaz écrit aux Jacobins : « Je vous dénongai la perfidie des généraux Montesquiou et Kellermann, celle de leur état-major et les trames qui s’ourdissaient dans le midi de la République frangaise : je viens vous entretenir

aujourd’hui de nouvelles trahisons, non moins dangereuses pour les intéréts de la liberté ...» C’est le général Carteaux que Desonnaz dénonce cette fois. Il l’accuse de vouloir « faire rompre au corps helvétique une neutralité si nécessaire aux intéréts de la République francaise. C’est par le moyen de Genéve qu’il prétend réussir dans ce perfide projet ». Il cnvoie donc aux Jacobins un mémoire, en les priant de le communiquer au comité de Salut public.

Le 2 décembre, nouvelle lettre de Desonnaz au club des Jacobins. Il défend Gendve contre ceux qui Ja calomnient et accuse Soulavie de comploter contre son indépendance. I! dit que Pitta des agents dans la Suisse et 4 Genéve et que leur chef est Duroveray, qu’il serait bon do faire arréter, s’il est sur les terres de la République frangaise. I] signale les relations de Soulavie avec le baron de Staél. [1 cite enfin la conversation suivante de Soulavie avec Carteaux, lors du passage de ce général & Genave :

Canteaux. — De combien est la population de Genéve ?

Souraviz. — De 30.000 Ames,

Cartgaux. — Combien y a-t-il, sur ce nombre, d’hommes en état de porter les armes ?

Sou.avis. — 4 ou 5,000.

Canteaux. — Cela n’est pas beaucoup. Les Genevois ont-ils beaucoup d’artillerie ?

Soutavis. — Passablement.

Cantgacx. — Les artilleurs sont-ils bien exercés?

Sou.avig. — Pas extrémement, que je sache.

Carnteaux. — I] ne serait pas difficile de faire un coup...

SouLavie. — Vous dites bien, mais il faudrait qu'il fot assez prompt pour que les Suisses ne fussent pas avertis a temps.

Canteaux. — Combien les Suisses pourraient-ils envoyer de troupes & Genéve et dans combien de temps ?

Soutaviz. — 40.000 hommes dans deux fois 24 heures.

La conversation, ajoute Desonnaz, fut interrompue ici, et on n’a pas pu cn entendre la suite (1).

On verra au 3 janvier la réponse des Jacobias & Desonnaz. Bourdillon, dans ses Wémoires, croit que Carteaux conspi-

(1) Correspondance Girenus et Desonnaz, I, 46.

rait avec Soulavic, et que celui-ci voulait provoquer une sé dition & Genave, afin dela forcer de se donner a Ia France. ll ajoute que Robespierre tenait le fil des événements.

Le 3 décembre, Soulavie écrit 4 Deforgues :

Gitoyen ministre, tu as élé bien étrangement trompé par quelques ennemis de leur patrie et de la mienne, lorsque tu as pu croire que VEtat de Genéve avait cessé d’avoir pourle Résident de la République frangaise la considération qu’il n’a pas cessé un instant de mériter. Trois fois depuis ta lettre, il a voulu savoir de la nation si cette inculpation était fondée, et trois fois il a recu du grand club des révolutionnaires, bien plus nombreux que les assembiées du souverain, plus de démonstrations d’amitié et de vénération méme qa’aucune autorité constituée genevoise en ait encore recu depuis la Révolution.

Soulavie demande qu’on écarte les troupes placées a Versoix, qui arrétent les voitures de Suisse: ce sont des vexations de nature 4 nous aliéner les Suisses. Il voit dans tout cela un complot des Brissotins et des aristocrates genevois.

Le 7 décembre, Soulavie, ayant obtenu une audience des Comités, fil un discours pompeux ot il disait que le peuple francais, plus juste et par cela méme plus grand que le peuple romain, puisque ce dernier dépouillait les faibles qui se confiaient a lui, venaitde rendre un décret par lequel, en déployant sa vigueur contre ses ennemis, il promettait justice et amitié aux Etats qui n’élaient pointen guerre avec lui. Il remit ensuite le rapport fait par le citoyen Robespierre, au nom du comité du Salut public, sur la situation de Ja France, auquel était joint le décret adopté par la Convention nationale (4).

Le méme jour, Soulavie signale 8 Deforgues les menées des Anglais etdes Autrichiens en Suisse. Mais, dit-il, la Suisse gardera la neutralité. I] constate que Necker reste en dehors de toutes les manoeuvres hostiles contre la France. Le Résident a été, le 22 novembre, dans sa loge, au club des révolutionnaires de la Montagne, l’objet d’une ovation. « Le procés-verbal du club cijoint n’exprime pas l’enthousiasme avec lo-

(1) Sonnet, les Résidents francais a Genéve.

quel je fus regus et dans un moment od les Anglais me disaient émigré ou rappelé 4 cause de la défonciation de Chaumette. De nouvelles manifestations ont eu lieu les jours suivants. » Soulavie montre la situation délicate du Résident & Genéve. Il croit avoir toujours fait preuve de réserve et de prudence.

Le 8 décembre, Darneville écrit 4 Deforgues que la présence de Grenus 4 la Résidence a beaucoup indisposé les Genevois contre le Résident. ()n a vivement accusé Soulavie d'intriguer avec Grenus pour Ja réunion de Genéve 4a la France.

A la méme date, Grenus informe Desonnaz que « le malheureux Claviére s’est tué, victime de la faction Brissot, Girondins et autres, auxquels il s’était livré; un des hommes qui, je crois, l’ale plus infecté, est Reybaz... ».

L’anniversaire de |’Escalade (42 décembre) fut célébré cette année a Genéve comme les années précédentes. Les Mémoires de Bourdillon rendent compte de la féte et du discours prononcé a cette occasion par le Résident de France. Soulavie parla des sentiments d’estime etd’affection dela République frangaise «pour le peuple genevois». On vit, paratt-il, dans cette expression une nuance dans le sens francais. Bourdillon dit qu'elle n’échappa pas & Gasc, qui répondit 4 Soulavie que« l’honneur d’appartenir a la République frangaise ne valait pas |’inestimable avantage dese gouverner svi-méme ».

Desonnaz raconte ainsi 4 Grenus la féte de I’Escalade.

Vous savez sans doute que Soulavie est rappelé et que Delhorme vient a sa place. Beausobre (Soulavie), je ne saurais trop vous le répéter, est le plus grand scélérat que j’aie jamais connu. C’est un fourbe a qui les crimes sont familiers... [Il est toujours avec Goehringer et C'*. Carteaux a dtné hier 4 la Résidence avec quelques officiers de son état-major. Dupas, adjudant général de l’armée des Alpes, m’a assuré qu’il y avait quelque chose a la charge de V’ex-prétre tonsuré, Je le croirais sans peine : tout ce qui tient ou tint a l’Eglise m’est suspect. Je suis toutes les trames qui s’ourdissent dans ces contrées, et j'espére, dans peu, pouvoir vous faire passer, ainsi qu’aux Jacobins, avec lesquels je suis toujours en correspondance, un mémoire qui ne sera pas inutile a la cause de la liberté...

Le gendre de Necker est 4 Coppet avec son beau-pére. Quant a Pancien secrétaire de |’ex-ministre financier (Coindet), il ne fait que voyager de Genéve & Coppet, et je le crois trés fort un agent; je l’ai rencontré plusieurs

fois chez Beausobre. Je crois que Gorani est un étre peu dangereux; cependant, je le surveillerai exactemeat...

Le 415 décembre, Soulavie raconte que, l’avant-veille, au club, un orateur (Bourdillon) a vivement attaqué les autorités de Genéve, en priant le Résident de faire connaitre le véritable état de Genave au comité de Salut public. — Le Résident a aussitét répliqué quo, fidéle aux lois du peuple frangais, il ne partageait pas les sentiments de l’orateur sur les autorités constituées. Les autorités l’ont fait remercier. Le club a voté impression de son discours. En recevant chez lui les remerciements des autorités, Soulavie a constaté qu’il n’y avait eu quelques nuages entre lui et les autorités qu’a l’occasion des passeports, mais que maintenant, la situation étant changée, tout était terminé. Soulavie réfute, & ce propos, les accusations portées contre lui par les Comités dont il démontre Jes torts; mais, ajoute-t-il, « mes instructions ne portaient pas d’étre leur premier commis, comme tant de mes prédécesseurs. » Il revient sur l'idée que dans tout ce qui s’est passé, il y a une machination pour attirer les Suisses & Gendve et les brouiller avec la France.

Le sort de Soulavie était décidé 4 Paris, bien avant que cette derniére dépéche y parvint. Voici Je texte du rapport présenté au comité de Salut public sur les plaintes du gouvernement de Gendve, avec le décret de révocation qui en fut la conséquence :

Plaintes portées contre le citoyen Soulavie, ministre Résident de France a Geneve.

Les Comités, qui composent le gouvernement provisoire de la République de Genéve, ont envoyé a Paris deux députés chargés d’y porter leurs plaintes contre la conduite du citoyen Soulavie.

Ces députés ont consigné les griefs de leur gouvernement dans un Mémoire remis au ministre des Affaires étrangéres par le ministre de la République de Genéve. Voici l’énumération des griefs exposés dans ce mémoire:

1° Le 13 aodt, le citoyen Soulavie a remis au gouvernement une note par laquelle il lui demande des fusils, ducanon et des canonniers. Le gouvernement n’a pas dd accéder a cette demande. Genéve neutre, exposée aux ressentiments des Piémontais, qui semblaient menacer ses murs, dépouillée, depuis 1782, d’une partie de son artillerie et de ses fusils, ne pouvait, sans compromettre sa sdrelé et violer sa neutralité, abandonner le reste de ses armes.

2° Le3o du méme mois, le Résident fit demander par son secrétaire de légation le prét de 3.000 coupes de bled. Genéve qui ne recoit pas de grains de ses voisins, et qui ne tire ses approvisionnements de l’Allemagne qu’a la condition et sous engagement de ne les employer que pour ses habitants, s'est encore trouvée dans l’impossibilité de satisfaire A cetle demande,

30 Des malveillants avaient répandu que le gouvernement tolérait & Genéve beaucoup d’émigrés. Les Comités demandérent par une note du 29 aout que le Résident attestat la fausseté de ce bruit, Par une note du 7 septembre, le citoyen Soulavie fit la déclaration qu’on lui avait demandée. Mais son écrit contenait les principes les plus contraires 4 ceux que professe la République frangaise. Il y annonce qu’en conformité des décrets de la Convention il ne s'immiscera point dans le gouvernement de Genéve, et, en méme temps, il s’en occupe dela maniére la plus directe et la plus affligeante pour les Comités.

4° Le 23 septembre, le citoyen Soulavie remit au comité deSdreté générale une note dans laquelle i] expose qu’un patriotes’est plaint de ce que, la semaine précédente, il a été remis 4 des émigrés, par Ia chancellerie de Genéve, une centaine de passeports qui ont été payés la plupart jusqu’a 25 louis. Un fait d'une aussi haute importance devait étre vérifié sans délai, Le comité de sdreté générale requit le Résident de lui nommer incontinent le patriote qui avait connaissance de ce fait et lui déclara qu’il resterait en permanence jusqu’a ce que l’affaire fut entiérement éclaircie. Le Résident ne tint aucun compte de la note qui contenait cette réquisition, Le comité de Sdreté générale se vit, en conséquence, obligé de porter ]’affaire au comité d’administration, et les deux Comités réunis firent remettre une nouvelle note au citoyea Soulavie. Dans un entretien qu’il cut avec le membre du comité d’administration chargé de la remise de cette note, le citoyen Soulavie déclara qu'il prenait, au nom de la nation frangaise, tous les dénonciateurs et délateurs sous sa protection et il laissa la note des deux Comités sans réponse.

5° Bientét une nouvelle circonstance forga les Comités de lui remettre une autre note. Depuis quelque temps, il avait refusé de viser les passeports délivrés par le gouvernement de Genéve, Cependant ces passeports n’étaient pas méconnus par les municipalités frangaises des départements voisins. Mais tout A coup il les engagea a ne pas y avoir égard et 4 empécher ceux qui en seraient munis de passer outre. Les Comités se plaignirent d’un procédé aussi étrange. Le Résident avoua qu'il avait donné aux municipalités l’avis dont il était question. Mais il ne répondit pas plus a la note relative a cet objet qu’a celles qui Jui avaient été précédemment remises.

On ne sera pas surpris, disent les députés de Genéve, de voir le Résident de France se conduire d’unc maniére aussi extraordinaire 4 l’égard des Gene-

LES CAUSES D'UNE PREMIERE REVOCATION ait

vois, lorsque l’on saura que l’ennemi de la France, de la Suisse et de Genéve, s'est depuis quelque temps emparé de lui. Cet ennemi est Grenus. Il loge a la Résidence : le citoyen Soulavie I’a associé & ses fonctions, c’est a lui qu'il renvoie les personnes qui s’y présentent, c’est lui qui expédie les affaires. Grenus est Genevois. Mais il est, en méme temps, ci-devant noble frangais. Sa mére posséde un domaine dans le district de Gex. Dés le commencement de la Révolution, il s’attacha au parti des aristocrates; il se mit a la téte de la noblesse du pays de Gex, ilen fut syndic, Au 10 aout, il était 4 Paris et passa soudain en Angleterre. Quelque temps aprés, il reparut dans le Mont- Blanc et fut nommé député suppléant 4 la Convention nationale. Il allait et venait, intriguant sans cesse de Chambéry 4 Genéve. Il se fixa dans cette derniére ville, s’introduisit daus le club fraternel, et y préta le serment porté par les réglements. Nommé membre du comité de constitution que ce club avait établi, il s’en rendit mattre, développa ses idées et proposa, sous de fausses couleurs, le rétablissement de l’ancien régime avec quelques modifications, Son projet fut écarté et l’on cassa le comité qui l’avait proposé. Grenus a voulu derniérement reproduire ce projet dans le club fraternel; on l’en a chassé.

D’aprés l’exposé de ces faits, et particuliérement d’aprés l’inculpation outrageante faite aux Comités de Genéve, les députés de ces Comités s’en référent au ministre des Affaires étrangéres pour juger s'il est possible qu’il existe des relations de confiance entre leur gouvernement et le Résident actuel de France.

Observations.

Le citoyen Soulavie a compromis la République frangaise en faisant des demandes officielles dont le résultat devait étre des refus, puisque le gouvernement de Genéve n’aurait pu y accéder sans compromettre sa neutralité et méme son existence politique, si l'on considére les circonstances ov ces de« mandes étaient faites.

Il a compromis la République frangaise en outrageant le gouvernement de Genéve. C’était, en effet, l’outrager que de lui imputer hautement un délit de la nature de celui que présente la vente de ses passeports, sans en administrer aucune preuve et en refusant obstinément de nommer la personne sur la foi de laquelle il avait fait cette imputation au gouvernement.

Ii a excédé les bornes de !’autorité qui lui est confiée, en refusant d’apposer gon visa 4 tout passeport délivré 4 des Genevois par le gouvernement de Genéve. Le visa n’étant qu’une formalité prescrite pour assurer en France lauthenticité des piéces délivrées par les gouvernements étrangers, les agents extérieurs ne pourraient le refuser que dans des cas rares, et aprés avoir fait part de leurs motifs au gouvernement vers lequel ils sont envoyés.

Le citoyen Soulavie a manifestement contrevenu aux décrets de la Convention eo s’immis¢ant dans les affaires du gouvernement de Genéve et en établissant dans sa maison une espéce de club, dans lequel on présentait ala discussion publique, non seulement les affaires relatives au gouvernement, mais méme celles qui concernaient la République francaise. Et cette conduite est

d’autant plus étrange que ce club était composé de maires et d’officiers municipaux des communautés du MontBlanc qui ne pouvaient se rendre a Genéve sans étre réputés émigrés.

Enfin le citoyen Soulavie, sous le rapport de ses liaisons avec Grenus, est encore trés repréhensible. Si Grenus est, en effet, un Francais, s'il a rempli dans le Mont-Blanc les fonctions d’agent du pouvoir exécutif, s’il est, en un mot, député suppléant 4 la Convention nationale, il n’a pu se rendre a Genéve sans émigrer, et le citoyen Soulavie n’a pu le recevoir chez lui sans crime.

Le ministre consulte le conseil exécutif sur le parti A prendre relativement au citoyen Soulavie.

Rapport sur le ctloyen Soulavie, ministre-résident a Genéve.

Le citoyen Soulavie avait été désigné pour ministre plénipotentiaire en Danemark. On s’apercut que ses moyens et ses qualités le rendaient peu propre a remplir cette mission; on le nomma ministre-résident 4 Genéve.

Depuis cing mois qu’il exerce les fonctions de cette place, le ministre s’est convaincu que ses talents ni sa conduite ne répondaient point 4 !’opinion qu’on s’en élait formée. Il a déj& compromis plusieurs fois la République. ll est instant de le rappeler, et le ministre n’attend a cet égard que l’autorisation du comité de Salut public.

Approuvé par le comité de Salut public.

Le 26 frimaire,!’an second de la République (16 décembre) : Signé : Cannot, Brttaup-Vanenneé, Baring, RosespigAre.

26 frimaire.

Le comité de Salut public, sur le rapport a"lui fait par le ministre des Affaires étrangéres, arréte que le citoyen Soulavie, Résident dela République francaise 4 Genéve, sera rappelé sans délai et que la mission dont il était chargé prés la République genevoise sera confiée au citoyen Rivalz. Le ministre des Affaires étrangéres demeure chargé de l’exécution du présent arrété, de laquelle il rendra compte au comité de Salut public.

Cannot, R. Livper.

Suit un rapport sur Rivalz, ci-devant secretaire de Iégation a Berlin (4). ey Cet agent a rempli une mission particuliére en Suisse. Le ministre en a la plus haute idée d’aprés sa correspondance.

(1) Rivalz, agent frangais & Bale, nommé ensuite en Suéde. Voir dans les Papiers

de Barthélemy sa correspondance avec Deforgues, Buchot, le comité de Salut public, etc.

Page 1