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CHAPITRE XXII

SOMMAIRE

La correspondance du ministére secret de Louis XV. — Lettre de Soulavie a Cambacérés (octobre 1809). — Mémoires a l’Empereur (janvier 1810). — Lettre 4 M, de Ségur. — Saisie des papiers de Soulavie (1811). — Lettre de Soulavie au ministre de la Police (mai 1812). — Scellés mis sur ses papiers aprés sa mort. — Etat de ses manuscrits. — Lettre de l'abbé Soulavie cadet au général de Chambarthac.— Indemnité de 20,000 fr. allouée a la famille de Soulavie, réduite plus tard & 4.000. — Inventaire des documents transportés aux archives du ministére des Affaires étrangeres. — Lettre du comte de Hauterive sur le Masque de fer. — Vente de la bibliothéque de Soulavie. — Sa collection d’estampes. — Le dessin de David représentant Marie-Antoinette conduite a I’échafaud. — L'histoire écrite et l'histoire monumentale. — Attaques sans preuves contre la probité de Soulavie.

Il a été souvent question dans cet ouvrage du ministére secret de Louis XV. Soulavie en avait ardemment adopté les principes, et l’on a pu voir que toute sa carriére d’historien et d’homme politique avait été employée 4 en propager les idées et en provoquer l’application. C’est lui qui, le premier, & la suite de ses découvertes dans les papiers de Louis XVI, aprés la journée du 10 aodt, donna au public un apercu de Phistoire du ministére secret avec le fameux mémoire de Favier. I] avait mis non moins d’ardeur 4 en reconstituer les archives, et sa passion de collectionneur en a sauvé au moins une bonne partie. Grace lui, M. Boularic (4) a pu travailler

(1) Correspondance secrete de Louis XV. Plon, 1866, 2 vol. in-8,

sur des documents authentiques, et M. le duc de Broglie, s’aidant en outre do ses papiers de famille, a pu écrire le Secret du Roi (4) qui, on présentant le tableau complet de l’origine, du but et de toutes les péripéties de la diplomiatie intime de Louis XV, de 1752 4 1774, éclaire d’un jour nouveau les dessous de la politique européenne de ce temps-la. On y voit notamment, en méme temps que la clairvoyance de certains agents secrets de Louis XV, les hésitations et l’impuissance de ce monarque vis-a-vis des agissements des trois cours du Nord coalisées contre l’infortunée Pologne. « Par une politique singuliére, dit l’auteur du livre, ce que le débile Louis XV a pris soin de déguiser pendant vingt ans 4 ses agents comme a ses ministres, c’est ce qu'il y avait de meilleur en luiméme...» Le duc de Broglie, aprés avoir rappelé loffro faite par Soulavie en 1810 de céder augouvernementses collections, au premier rang desquelles figurait « ce qu’il appelait avec uo peu d’emphase les archives du ministére secret », ajoute : « La négociation entamée avec lui n’aboutit qu’aprés sa mort. Sa veuve et ses héritiers recurent du ministére une somme de 20.000 fr. pour une acquisition qui valait, a dire le vrai, bien davantage. Comment Soulavie s’était-i] procuré ces piéces importantes ? Etaient-ce des minutes conservées par le comte de Broglie 4 l’insu du Roi, puis confiées par lui & quelque dépositaire infidéle, qui les aura livrées aprés la mort du comte et quand l’émigration eut dispersé toute sa famille ? Ont-elles été, au contraire, soustraites 4 quelque dépoét public dans ces jours d’orage ? C’est ce qu’il est difficile de savoir, Soulavie n’ayant jamais donné a cet égard que des explications peu salisfaisantes. De quelque fagon qu'il fat entré en possession de ce qui appartenait légitimement a I’Etat, il faut lui savoir gré d’en avoir fait restitution (2)... »

1] y a dans ces lignes quelques inexactitudes a relever. Au lieu une négociation entamée avec Soulavie de son vivant, il

(1) Le secret du Roi, correspondance secrete de Louis XV avec ses agents diplo-

matiques. Calmann-Lévy, 1879, 2 vol. in-8, (a) Préface du Secret du Roi, p. vi.

y eut deux saisies de ses papiers, l'une avant et l’autre aprés sa mort. Il est vrai qu’on alloua une indemnité de 20.000 fr. a ses héritiers, mais cette somme, apres 1815, fut réduite a 4.000 par le duc de Richelicu.

Les archives du ministére secret de Louis XV, du moins ce qu’en possédait Soulavie, furent le noyau de importante collection de manuscrits, d’imprimés et d’estampes, qu'il avail réunie et quia été malhcureusement dispersée apres sa mort. Nous allons exposer aussi britvement que possible la série de faits etde pieces qui éclairent l'histoire de cette collection, et nous aimons a croire que les explications plus completes de Soulavie, que nous avons & communiquer, dissiperont les doutes qu’a pu laisser au public Je langage de M. le duc de Broglie.

an

Le 3 octobre 1809, Soulavie écrivait au prince archichancelier (Cambacérés) pour lui exposer qu’il possédait, « des l’époque de Yancien régime, » la plupart des piéces du ministére secret de Louis XV. — Il a beaucoup augmenté cette collection qui se compose aujourd'hui de 32 volumes in-folio et douze in-4°, Il cite des extraits de journaux prouvant que cette collection est depuis longtemps entre ses mains. Dans toutes les occasions, il a communiqué aux pouvoirs exécutifs, qui se sont succédé, ce qu'il acru de leurs intéréts qu’ils connussent ; mais, ajoute-t-il, « en continuant mes acquisitions, celles que j’ai faites depuis peu de jours m’ont paru d’une telle importance que je me crois tenu, en l’absence de S. M., de vous en donner avis (1). »

M. Lavollée répund, Je 6 octobre, au nom du prince archichancelier : « Les détails contenus dans votre lettre ont été lus avec intérét par S. A. S. L’utilité de vos collections ne lui parait pas incertaine, et il est & désirer que vous puissiez

(1) Cette piéce, comme la plupart de celles qui seront mentionnées dans cechapitre, se trouve aux Archives Nationales, F? 6,572.

les conduire a l’état de perfection qu’elles doivent avoir. Si vous étes dans le cas, Monsieur, d’avoir recours & !’intervention du gouvernement, Monseigneur estime que c’est par S. E. Je ministre des Relations extérieures, ou par S. E. le ministre de l'Intérieur, que votre demande doit parvenir aS. M. I. et R. Monseigneur ne peut, en l’absence de S. M., rien statuer a cet égard, attendu que ses attributions sont circonscrites. Mais si l’Empereur daigne le consulter, le prince aura un vrai plaisir A lui dire la bonne opinion qu’il a de vos ouvrages et des intentions de |’auteur. »

Soulavie écrivit une nouvelle lettre, le 44 janvier 1840, au prince archichancelier. — M. Lavollée répondit, des le lendemain, qu'il avait mis sous les yeux du prince cette lettre ainsi que les deux mémoires qui y étaient joints. Le prince Jes lira, mais il n’a pas voulu différer ses remerciements.

Le 15 janvier, Soulavie écrivait 4 l’Empereur :

Sire,

Les archives du ministére secret de Louis XV, deux fois saisies en 1765 par le duc de Choiseul, deux fois rendues par M. de Sartines au Roi; distribuées aux initiés en 1766 par ses ordres; condamnées au feu en 1774 par Louis XVI; acquises peu 4 peu depuis 1782 ct classées par mes soins; transportées 4 Genéve en 1793; mutilées en 1794 pendant le pillage de la légation par Ja force arméc des clubs insurgés; envoyées au comité de Salut public et renvoyées chez moi par la personne délicate qui le présidait (S. A. S. M. larchichancelicr), viennent d’étre augmentées de trois manuscritsinfolioacquis ala mort du dernier écrivain appelé au secret, qui ne doivent appartenir qu’d V., M. Ils traitent de la défense des cétes; des opérations faites en Angleterre par ordre du Roi pour ane descente et pour la raine du tréne de Georges If. Je supplie V. M. de me permettre de porter ces travaux & ses pieds avec deux mémoires adressés & elle en son conseil,

La lettre suivante, datée du 25 janvier 1810, était adressée sans doute 4 Cambacérés:

Monseigneur,

Plus V. E. multipliera les questions sur les documents du secret de Louis XV, plus elle trouvera de droiture et de délicatesse, Je pose sous ses yeux les preuves des réponses que j’ai eu ’honneur de lui faire. C’estS. E. M. le comte de Ségur qui me les fournit, comme éditeur d'un mémoire trouvé le 10 aont

chez le Roi, composé par le comte de Broglie, dernier directeur du ministére secret, J’ai l’honneur de vous |’adresser.

10 Hl est constant qu’A la mort de Louis XV les papiers du secret étaient dispersés en différents dépdts & Paris. Le comte de Broglie exilé demandait d’étre rappelé pour les réeunir (pages 94 et 95) ;

2° [l est constant que les 10.000 fr. par mois de traitement, accordés aux agents secrets dépositaires, n’étaicnt pas méme arrétés 4 Ja mort de Louis XV

+ 99); ere est constant que Louis XVI ordonna au comte de Vergennes ct au maréchal du Muy de broler tous les monuments de la correspondance secréte et que ces deux ministres suppliérent le Roi d’en excepter les papiers sur la descente (p. 105) ;

4° Ilest constant que le comte de Broglie déclara au Roi que ces deux ministres ayant examiné les papiers les avaient brilés (pp. 212 et 213).

Initié par le maréchal de Richelieu aux mystéres du Roi, j'ai acquis peu A peu ces papiers anéantis et perdus parleur dispersion par ordre de Louis XV, et par leur suppression par ordre de Louis XVI, Les travaux pour la descente sont la derniére acquisition. Exécutésdeux fois, ils avaient couté 400.000 francs 4 Louis XV. Si S. M. agrée que je porte 4 ses pieds ce monument, je serai trop satisfait. Je suis avec un profond respect,

Monseigneur, De Votre Excellence Le trés humble et trés obéissant serviteur,

Les deux Mémoires, annoncés dans la lettre de Soulavie 4 l’Empereur, portent la date du 10 janvier 14810. Imprimés & un trés petit nombre d’exemplaires, ils sont devenus littéralement introuvablos et n’existent méme pas dans les grandes bibliothéques de Paris. On y trouve un curieux précis historique du ministére secret de Louis XV, et un exposé des é6vénements qui marquérent la mission de Soulavie 4 Genéve. Sur ce dernier point, nos lecteurs sont suffisamment édifiés et nous laissons de cété tout ce qui s’y rapporte, mais nous croyons qu’on nous saura gré de reproduire le reste. Voici done la partic essentielle de ces documents :

Sine,

Peu de temps avant la mort du cardinal Fleury, Louis XV instituaun ministére secret, dont les agents, inconnus Jes uns aux autres, répandus dans nos légations européennes, et en France dans divers bureaux, correspondaicnt avec un ministre qui travaillait en particulier avec le Roi et recevait sesordres. Ce prince voulut que cette institution fut un secret d’Etat, Il la cachad’abord

dans le palais d'un prince de son sang. Il |’établit ensuite, & l’insu de ses ministres, dans une division du département des affaires étrangéres. Ill initia fort tard la police dans son secret, et M, de Sartines avoua qu’il se trouvait dans un monde nouveau. Enfin, quand le Roi eut signé son alliance avec |’Autriche, il placa son institution dans le sein d’unc famille qui s’était illustrée dans toutes les discussions politiques et militaires de la France contre cette maison.

Les instructions de ce ministére, opposé aux intéréts des Russes, des Anglais et de l’Autriche, furent devinées par leurs effets. Le feu prince de Conti, qui en fut le premier directeur, devait étre récompensé de ses travaux et de ses moyens par une couronne héréditaire en Pologne, en opposition avec les successeurs de Pierre le Grand; mais, destitué du commandementdes armées et éloigné de ses conférences intimes avec le Roi par les intrigues de Mme de Pompadour, le prince de Conti, infidéle & ses devoirs, alla se jeter dans le sein des Parlements, qu’il rendit les instruments de ses desseins et de ses vengeances. M, Tercier, premier commis des affaires étrangéres, lui succéda, et mourut fidéle & l’honneur, destitué de son emploi des affaires étrangéres sous d’autres prétextes, Le comte de Broglie, ambassadeur en Pologne, dernier directeur du secret, lutta Je reste de sa vie contre les proscriptions, les exils et les intrigues du ministére des Affaires étrangéres devenu I’esclave de la cour de Vienne. Prédestiné au malheur, comme les agents, les écrivains et les directeurs de cette institution, i] mourut laissant les archives secrétes disséminées, cach¢es, oubliées et perdues dans les divers faubourgs de la capitale, dont je les ai tirées 4 peu prés depuis 1782.

C’est la notice des travaux de ce ministére secret, la trace et le sort singulier de ces archives mutilées 4 Genéve, que j'ai ’honneur de présenter 4 Votre Majesté. Le prince de Conti, disgracié, en avait fait deux parts. La premiére passa dans les mains de son successeur; la seconde, dans celles de ses officiers, A la mort de M, Tercier, le duc de Choiseul, instruit ou soupgonneux, fit apposer des scellés sur ses papiers ; mais le comte de Broglie, qui les avait mis en sdreté, avait laissé & la curiosilé de ce ministre deux cents morceaux de parchemin du xiv* siécle et divers mémoires de littérature, avec lesquels M. Tercier, membre de |’académie des inscriptions, enveloppait son ministére réel, Le duc de Choiseul déconcerté jeta 4 la Bastille, par ordre du Roi, M. Drouct, secrétairc général del’institution, et fit sceller tous ses papiers. Mais M. de Sartines, initié ct admis 4 la hate au secret, rendit A ce prince ses archives intactes, et invita le duc de Choiseul a verifier une masse lourde et informe de procédures et de papiers de famille que le comte de Broglie avait substituée. Fréquemment inquiété par ces archives, Louis XV ordonna au comte de Broglie de les diviser et de les répartir dans les mains des agents et des écrivains initiés. La mort l’ayant surpris en 1774, pendant l’exil du comte de Broglie, qu’il retenait 4 Ruffec, ce politique intéressé a expliquer a Louis XVI les motifs d’une disgrace éclatante et simulée,et Alui prouverque,du fond de son exil, il travaillait avec son aieul, demanda au jeune roi la favear d’étre mis & la Bastille ou la permission de rentrer dans Paris, Les documents de son mystéricux ministére y étaient disséminés, Il désirait de les réunir et de liquider le traitement des écrivains, des agents et des employés, déposi-

taires des papiers. Louis XVI, accordant ses bonnes graccs au comte de Broglie, ordonna au comte de Vergennes et au maréchal du Muy d’examiner ces papiers et de les broler. Tous ces faits, conservés avec exactitude dans les Mémoires du comtede Broglie, ont été publiés par S. E. M. le comte de Ségur, t. I*, pages g4 et 105. Mais on lit dans cet ouvrage, trouvé aprés le 10 aout dans le cabinet de Louis XVI, pp. 211 et 212, que tous les papiers du ministére secret furent bralés. Cette opinion mérite d’étre examinéc.

En effet, les documents originaux de cette institution n’avaient pas été brilés, puisque je les posséde. Occupé de l’étude des papiers diplomatiques du cardinal de Richelieu ct des matériaux de l'histoire du xvuit siécle, que son petit-neveu, M. le maréchal de Richelieu, avait recueillis pendant soixante ans dans son cabinet, je m’assurai que les archives secrétes du feu Roi étaient éparses mais intactes, et que le comte de Broglie était mort avant de lcs avoir rassemblées, M, de Richelieu, qui avait contribué, avec M™* de Chateauroux, a l’établissement du ministére secret, était seul instruit des causes de son institution et des événements qu’il avait amenés. Ses indices, ceux de M. de Luynes, me firent prendre la résolution dangereuse de les rassembler.

Jacquis des officiers du feu prince de Conti une collection de cent volumes imprimés sur l’administration depuis Louis XIV; une singuliére collection de batailles gagnées et gravées par les Francais et par leurs ennemis ; !a collection des figures satyriques de Romain d’Hogge contre Louis XIV, et treize manuscrils historiques et diplomatiques. Ces documents, qui avaient appartenu au ministére secret pendant la direction du prince de Conti, furent les trois noyaux

19 De quarante volumes in-folio et quatorze volumes in-4° acquis peu a peu, et composant (aujourd'hui 20 décembre 1809) les archives réunies, classées et manuscrites du ministére secret;

2° De plus de trente mille imprimés sur l’histoire ct administration depuis Louis X1V ;

30 Et de vingt-deux mille estampes sur l’Histoire de France.

Je recueillis en méme temps plusieurs mémoires qui sont inédits et les mémoires de Duclos, Massillon, Maurepas, Saint-Simon, Pompadonr, d’Aiguillon. A V'exception des mémoires de Marmontel, je ne connais pas d'autres historiens contemporains de Louis XV, Or, la publication de ces mémoires originaux et celle des Mémoires de Richelieu ont prisdansles papiers publics de 1789 et 1790, et surtout dans le Moniteur du 7 décembre 1790, des dates certaines auxquelles je suis forcé d’avoir recours. D’un autre coté, les Mémoires de Richelieu citentles documents dela correspondance secréte de Louis XV, comme piéces justificatives d’ou proviennent diverses anecdotes relatées dans cet ouvrage. Je constate donc que ces papiers étaient notoircment ma propriété, dans le temps que je composais les ouvrages 04 ils sont cités. Et me croyant obligé de me présenter irréprochable sur la possession des papiers du secret du Roi, et des mémoires historiques de son régne dont jc réclame le retour de Genéve, je cite toutes les dates authentiques qui constatent la jouissance paisible de mes collections historiques et diplomatiques en 1789 et 1790. Je détruis par les journaux de 1790 les diffamations des jour-

naux de l’an III, qui répandaient que ces documents provenaient des dévastations du ro aoftt. Je démontre que mes études historiques, dans les papiers de Louis XVI, n’ont pu me procurer, en 1792, des documents politiques et historiques cités, possédés ou publiés en 1790. Je prouve que le Roi lui-méme ne possédait pas les papiers du secret de son aieul, puisque les mémoires du comte de Broglie, sortis de son cabinet en 1792 et publiés en 1793, constatent que les papiers du secret étaient dispersés en 1764 et brdlés en 1775, par ordre de ces deux derniers rois. Mon droit sur les trois divisions de mon cabinet mutilé A Genéve, sur les mémoires historiques publiés et inédits, sur les papiers du secret, sur les 22.000 estampes, sur les 35.000 imprimés, est donc pur et légitime. Cette propriété est le résultat d’une industrie active, permanente ct surtout périlleuse depuis 1782. Ces différents documents gravés, imprimés, recueillis jour par jour depuis 27 ans; ces manuscrits divisés et répandus dans les mains de vingt initi¢s dans les secrets du Roi qui ne se connaissaient pas; ces papicrs oubli¢s, perdus, dispersés, vendus et revendus aprés leur mort, n’avaient plus aucun prix. Leur réunion et leur classification leur ont rendu leur importance.

Les sources et les moyens de leur acquisition sont également pures. Du produit de la vente des premiers mémoires historiques, trois fois réimprimés, j'ai acquis des biens-fonds. Les revenus ont alimenté les acquisitions subséquentes, Dans l’affluence des acquisitions casuelles et variables, j’ai vendu a feu M. Trusson, rue du Regard, la propriété no gt, J’ai vendu a M. Le Roi les propriétés numérotées 82, 84, 86, rue de Vaugirard. J’ai grevé de plus de 30.000 francs ma colonne des hypothéques prises contre moi. L'industrie, économie et l'activité ont donc créé un monument qui tire son prix de son assemblage et de sa classification. Domine, quingue talenta tradidisti mihi; ecce alia guinqgue lucratus sum.

Ce monument est composé :

De tour ce gut A été pemr sur lhistoire de France par le talent pittoresque des artistes francais, composant 152 volumes in-folio d’estampes, Le ministére secret n’en avait laissé que 77;

De rout ce gut A ETE mprimé sur le xvi siécle par nos administrateurs, nos historiens, nos diplomates, nos commercants. Il y en a 40.000 imprimés. Le ministére en avait laissé cent;

Er bE Tour cE gui A fté PeNsé en secret, préva, proposé et contredit sur la France et sur l’étranger dans les ouvrages inédits et mystérieux des écrivains que le secret du Roi, leur opposition 4 son ministére égaré, leur patriotisme A touteépreuve, et des persécutions éclatantes formérent HOMMES D’ETAT, conservateurs de nos antiques traditions et de notre diplomatie territoriale, guand le ministéere offictel et visible du prince, esclave de (étranger, ne travaillait plus qu’d la ruine de la France. Ce sont de tels monuments inconnus que j'ai recueillis. Si ancien régime les avait condamnés au feu, c’est que l’infortuné monarquce, surveillé de si prés, croyait étouffer des querelles nationales, S’il supprima le ministére secret soupconné et poursuivi avec tant d’acharnement par les cours étrangéres, c'est qu’il crut les apaiser, J'ai fait tout ce qu’un bon Francais devait faire quand, initié par le petit-

neveu du grand cardinal de Richelieu, je m’occupai, dés 1782, du recueil des manuscrits et de la continuation jusqu’en 1810 de la collection des estampes et des imprimés ; mais je ne cessai de communiquer a I’Etat les découvertes que je croyais lui étre utiles.

J’adressai d M. Necker le traité inédit de ’'administration des finances en France, dont il prit le titre et les vues;

A un grand de Etat, & la mort de M. de Vergennes, l’offre de remettre les papiers du secret de Louis XV a son successeur, qui ne voulut pas qu’on constatat qu’il avait été trompé par ses ministres : M. de Vergennes, M. du Muy et M. de Sartines lui avaient déclaré que les papiers étaient bralés; 5

A l’assemblée primitive du bailliage de Caen pour les cabiers, un article ainsi congu : Sera sappli¢e Sa Majesté d’accorder la revision de nos trattés et l'examen des papiers de la correspondance secréte de Louis XV, afin que la France n’envoie plus cent mille Francais en Allemagne pour y détruire les possessions de l'Autriche au profitde Frédéric, comme en 1741: ni cent mille Frangais en faveur de Marie-Thérése pour déiruire les possessions de Frédéric comme en 1757. Le duc de Coigny fit enlever et les copics des traités et le projet de cahier, et la personne du rédacteur ;

Au conseil exécutif provisoire, aprés le 10 aout, le résultat de la doctrine du ministére secret sur chaque puissance européenne applicable 4 ce moment-la ; ,

Au comité de Salut public, le méme travail, avec le plan de l’organisation d’une correspondance secrete pour l’opposer aux projets de Pilnitz, que ce comité demanda;

Au chef d'une grande puissance, par ordre particulier d'un comilé et par la voie du président d’une académie qui avait des communications immédiates avec lui, l’avis que, le jour de sa déclaration de guerre a la France, on répondrait par la publication des dépéches diplomatiques relatives aux trois époques importantes de son régne (1) ;

Aux représentants du peuple devant Toulon, ct AM. Roziére, secrétaire de la marine, les piéces officielles du siége de ce port, attaqué en 1704 par les Anglais, conservées dans un ouvrage appartenant au ministére secret;

Au Directoire Exécutif, la preuve instrumentale de la vénalité du ministre Thugut, pour la faire parvenir A Votre Majesté, qui, victorieuse de la cour de Vienne en Italie, traitait avec elle ;

Afeu M, Portalis, peu de jours avant la mort du cardinal d’York, un mémoire sur ses archives pour obtenir le retour des plans de descente en Angleterre payés par la France, et les correspondances de l'ancien parti frangais 4 Londres, constatant les projets permanents des wighs contre la France, manifestés par les jacobites 4 notre clergé et aux prétendants ;

A l'un des grands de l’Empire de Votre Majesté, alors A Bayonne, les négociations des ambassadeurs de Henri IV a Vervins, sur les réserves inaliénables de la France sur l’Espagne stipulées dans le traité;

AS, Exc. M. de Talleyrand, ministre de V. M., pour remplir une lacune

(1) Cet article concerne la Russie. Voir au chap. xix de cet ouvrage.

de son dépdt, les Mémoires du cardinal de Fleury, d’'Argenson, etc., acquis par le comte de Broglie de la niéce de Le Dran, premier commis des affaires étrangéres ;

A la république des lettres : 10 les Mémoires du Maréchal de Richelieu, publiés en 1789 contre les ministéres qui depuis Louis XIV dénaturaient les institutions frangaises; 2° les Mémoires du régne de Louis X V/, pour rétablir la tradition de tous les intéréts de la France; 30 l’Histoire de la décadence de la monarchie, pour citer sans cesse les principes conservateurs du ministére secret,

Et maintenant, je serais au comble de mes veux si V. M. daignait agréer Phommage fait 4 son génie de tous les travaux du ministére secret pour la descente en Angleterre. A la téte de cet ouvrage est Vinstruction générale approuvée du Roi, qui ne voulut ni exécuter le plan qu'il avait ordonné et signé, ni défendre le comte de Broglie qui l’avait concu et-préparé. Ce travail est composé de cartes manuscrites et de tableaux en forme d’atlas; d’un tome I** in-folio, partie défensive de nos cdtes, et d’un tome Il*, partie offensive contre les Hes Britanniques, Votre Majesté, créateur de sa tactique, n’aura jamais besoin de celle du siécle passé, Mais il y a dans ces travaux concus, ordonnés, exécutés et vérifiés par un habile maréchal de France, par des lieutenants généraux et par des ingénieurs expérimentés, des données locales, précises et contrdlées par divers autres ingénieurs, qui ne se connaissaient pas, qui peuvent servir de base & toutes les tactiques et A tous les plans et qui font de ce travail un monument utile et durable de l’administration. V. M. y trouvera qu’il existe a Londres, dans les bureaux de la marine, un projet permanent, concu par lord Chatam, de surprendre et incendier Rochefort et Toulon, Elle a ordonné de rclever Dunkerque de !’ancienne flétrissure & laquelle les traités de Louis XIV, du Régent et de Louis XV l’avaient condamnée. Elle a voulu qu’on creusdt, dans le roc vif, 4 Cherbourg, le port que Louis XVI ne put obtenir ni de la nature, ni de l’art, ni des circonstances, ni du génie de Brongniart. Elle a réhabilité, par des constructions et des inventions menacantes, toutes ces contrées littorales déshonorées par le commissaire de 1763. Etsi les Anglais conservent Je projet éternel de les détruire, daignez, Sire, agréer le contre-projet du ministére sccret. Ils sauront que les pensées de I’ancien régime sont conservées 4 cété des projets de Votre Majesté, qui seront plus grands et plus décisifs.

Cette collection des papiers du secret de Louis XV et ce recueil des historiens inédits et publiés fourniront un jour, 4 Vhistoire de |’administration, une suite de ces vérités générales et de résumés qui fixent les historiens et les administrateurs. Ils détermineront les époques indicatives des grands événements de la fin du siécle passé. Je pense qu’ils constateront que, depuis la mort de Louis XIV, on observait en France une suite de catastrophes bien marquantes et bien dignes des réflexions de l’homme d’Etat et de Vhistorien.

Depuis le partage fait avec les roués du régent de cent quarante-sept millions, auxquels la commission de 1716 avait taxé les traitants, le vice, quand il fut puissant, puisa toujours impunément dans le trésor public;

Depuis Colbert, la France n’avait plus de finances, sauf les réformes passa géres du cardinal de Fleury ;

Depuis la mort de Louis XIV, la marine, sous son successeur, et la guerre allérent sans cesse en déclinant ;

Depuis les orgies du régent, la décence publique fut toujours moins respectée ;

Depuis la publication d’un livre qui déconcerta pour la premiére fois "honnéteté publique en France, et qui précéda de quelques années Ie poéme de la Pucelle d'Orléans, les écrivains érotiques se permirent tous les ans de nouveaux attentats ;

Depuis la fin de Louis XIV, les belles-lettres et les arts tombaient en ruine ;

Depuis la publication de la bulle Unigenitus, des opinions inutiles et discordantes succédérent aux belles productions de Bossuet et de Fénelon ;

Depuis la méme époque, des rivalités dangereuses s’établirent entre les académies chargées par état du progrés des lettres et des arts, et les universités chargées de les enseigner ;

Depuis 1740, la religion ne fut guére qu’un cérémonial parmi les grands;

Depuis la dissolution des Jésuites, l’éducation publique, qui élevait le cceur des enfants vers la religion et la monarchie, Jes laissa s’occuper des systémes qui les renversérent en 1789;

Depuis la guerre de 1733, les grands généraux de Louis XIV avaient disparu. Le cabinet allaiten chercher chez l’étranger. Les généraux vainqueurs, pendant Ja guerre de Sept ans, furent presque tous destitués, et les généraux vaincus appelés a la faveur ;

Depuis notre alliance avec l’Autriche, la France n’eut plus de diplomatie ;

Depuis la signature du traité de paix de 1763, l’Angleterre nous avait ravi Yhonneur national ;

Depuis V’établissement du ministére secret, les projets de l'Autriche sur la Pologne furent prévus, connus, ménagés ou soutenus par nos ministres et convenus enfin avec eux ;

Depuis que le prince de Conti se vit déchu de ses espérances Ala couronne et du commandement des armées, les conférences clandestines des parlements qu’il dirigeait ne travaillérent plus qu’é la dissolution de la puissance de lEtat.

Toutes nos administrations se suicidaient successivement.

Depuis que lc ministére livra les titres de la compagnie des Indes a la contradiction de ses ennemis, il n’y eut plus d’autre commerce en France que celui des individus, La compagnie royale de Georges Il étendit sa souveraineté dans les Indes; et celle de Louis, entachée d’aristocratie avant 1789, fut dissoute au nom de la liberté par des anglomanes.

Depuis la mort de Louis XV et A cause de toutes les choses antécédentes, dépravées ou déchues, V’étiquette dela cour et des grands fut un jeu, les devoirs hiérarchiques un supplice, et toutes les espéces de cérémonial, des inventions d’une politique usée et devinée, dont on éludait les génes, les préceptes et les convenances. ;

Enfin, la révolution éclataen 1789.

Notre histoire sans couleur sous Louis XV, faute de perso historiques, sera obligée de tenir compte de toutes ces défaillances de YEtat ; d’assembler et de peindre toutes ces ruines de la monarchie; de parler d'affaires, ne pouvantmettre en scéne ni héros, ni homme d’Etat; d’éviter, par une sage liaison des faits et par la narration tempérée des événements, le mauvais ton de la caricature contre des individus, dont Marmontel, Duclos ‘et quelquefois Saint-Simon ont servi d’exemple; de dire comment, au souvenir de sa gloire passée, I’Etat se relevait encore de ses périls sous le cardinal Fleury ou sous le comte de Vergennes, mais dans quelques parties seulement, pour retomber ensuite comme le malade vigoureux qui lutte contre sa destruction ; de méditer dans les documents du ministére secret, juge et témoin de toutes ces déchéances, les causes de la ruine définitive de la premiére monarchie européenne, et surtout de saisir la main invisible des puissances étrangéres qui, pendant la chute des affaires, signait en France la proscription, I’exil ou la disgrace de ses hommes d’Etat, ‘

Le mémoire deSoulavie auquel est emprunté ce curieux précis historique contient ensuite le détail des trois divisions qui composaient son cabinet. Il se termine par la note suivante :

Pour donner une authenticité 4 ces trois sortes de documents imprimés et gravés et pour constater l'authenticité des manuscrits, je les ai soumis, comme ouvrages autographes ou originaux, a une compagnie célébre créée pour verifier les découvertes et les monuments historiques.

Ma lettre a la troisiéme classe de l'Institut, en date du 15 janvier 1810, est congue en ces termes :

« Messieurs, les sciences politiques, dans leur rapport avec l'histoire, sont les objets des recherches et des travaux de la troisiéme classe de |'Institut. Elle s’occupe de la continuation des recueils diplomatiques, ect, comme les autres classes, elle constate les découvertes relatives A sa division. De tant de corps antiques, établis dans Vancienne France pour écrire et conserver les annales de la nation et vérifier les diplémes, il n’existe que votre illustre compagnie. Des attributions de cette nature m’ont persuade, Messieurs, que vous accueilleriez ma demande de nommer deux commissaires, afin de vous rendre compte de |’état actuel des trois divisions des documents historiques dont l’acquisition et la classification m’occupent depuis 1782. in

« La premiére division est manuscrite. Je désire qu'il soit vérifié qu'il existe une suite d’ouvrages de diplomatie, d’histoire et d’administration depuis la mort de Louis XIV jusqu’é la mort de Louis XV, composés par feu M. Favier, ancien secrétaire du marquis d’Argenson, de l'academie des inscriptions ; par M. d’Argenson et par MM, de Broglie et Tercier, de l’académie des inscriptions, et que le caractére authentique et autographe de ces monuments inédits de notre histoire soit constaté.

« La seconde division est une histoire de France en 152 volumes in-folio d’estampes et dessins. Je demande qu'il vous soit rendu compte, surtout des 80 volumes relatifs au dernier siécle de la monarchie et aux événements qui

Vont jetée dans le néant, et, en méme temps, qu’il soit vérifié qu il existe quatorze volumes relatifs &Vhistoire de S. M. I. Napoléon, Empereur des Frangais.

« La troisiéme division est celle des imprimés sur l’histoire, la politique et l'administration depuis 1700 jusqu’d ce jour. Cette division étant imprimée, il semblerait qu’elle est hors du domaine de la classe; mais, attendu qu’elle est composée de piéces toutes fugitives qu’on trouve rarement et toujours en petit nombre dans les cabinets et dans les bibliothéques publiques, j’ai pensé que l’assemblage, et surtout la classification de tant d’objets oubliés depuis 1700 pouvait vous étre soumise.

« J’ai voulu, Messieurs, en réunissant ces trois espéces de documents historiques, laisser aprés moi les trois espéces de fondements et de preuves de notre histoire moderne. Il s’agit d’un siécle que toutes les nations voudront étudier, parce que c’est durant ce siécle que la plus ancienne, la plus illustre, la plus puissante monarchie de l’Europe, encore gouvernée par un grand roi en 1715, est tombée peu a peudans les précipices de 1792. J’ai voulu réunir dans les trois divisions :

« Les monuments de VPhistoire écrite et publiée par l’homme de lettres observateur ;

«Les monuments de l'histoire pittoresque dessinés par le génic des arts. ;

« Et les monuments de l'histoire secrete, conservés par homme d’Etat.

« La marche progressive de l’esprit humain est l’ouvrage du rapprochement de plusieurs connaissances humaines qui ont entre elles des points de contact. Des secours réciproques qu’elles se prétent résultent les nouvelles divisions dans les productions de l’entendement humain, J’ai eu l’intention, en établissant le voisinage de l'histoire écrite et de l'histoire dessinée, d’appeler a la composition de l’histoire les faits étudiés par l'homme de lettres, les faits sentis et peints par l’homme de l’art, et les faits congus, préparés et résolus dans le cabinetdu prince. L’histoire monumentale et dessinée mérite ]’attention de Vhistorien. L’artiste peint, décide et constate 4 sa maniére les faits historiques. Sans disserter, il exprime ce qu’il a vuet senti dans un grand événement, Sousce pointde vue, histoire dessinée est lecontrdle, pour ainsi dire, et la contreépreuve de Vhistoire écrite ; elle en est la sudreté et l’embellissement; elle montre des choses que Ja parole n’‘a pu encore décrire.

« La division des manuscrits est spécialement du domaine de la troisiéme classe de l'Institut. Nous devons 4 ses membres presque tous les ouvrages importants de diplomatic secréte qui ont des rapports avec notre histoire. Nous devons 4S. A. S.M. le prince de Bénévent, membre de l'Institut, et a M., Fox, la publication d’une suite de pieces secrétes sur les relations des deux maisons de Bourbon et de Stuart, qui donnent un nouveau jue a Vhistoire de ces deux maisons.

« Nous devons 4S. E, M. le comte de Ségur, de l'Institut, des mémoires diplomatiques, et les trois premiers volumes des ceuvres inédites du comte de Broglie et de Favier ;

« AM. le comte Frantais de Neufchateau, de I’Institut, et 4 M. Geoffroi,

ancien secrétaire du comte de Vergennes, une suite de piéces secrétes sur les relations de la France en Allemagne;

«AM. d’Hauterive, de Vlustitut, un tableau des intéréts de la France a I'égard des puissances européennes, résultat de ses méditations sur plusieurs milliers de piéces diplomatiques ;

« AM, de Elassan, chef d’une division de la politique, une foule de piéces secrétes que Vhistorien sera obligé de méditer. Ces hommes de lettres, presque tous vos collégues, ont concouru a remplir les vues de S. M. I. qui, pendant son consulat, émoignait a une députation de |'Institut le désir d’avoir un ouvrage ov l’on pdt trouver la marche de la diplomatie francaise.

« Ainsi, la république des lettres vous doit, Messieurs, la publication d’une longue suite de diplémes secrets qui sont devenus des parties essentielles de notre histoire. L’ancienne politique les enterrait dans ses dépéts inaccessibles ; vous les avez admis dans les domaines de l'histoire. Cette observation m’a engagé a vous prier de constater l’existence des ouvrages des diplomates surtout qui vous ont précédés dans |’Académie.

« J’ai Phonneur, etc,

« Signé : Sourav, « Correspondani de l’ancienne Académie « des inscriptions. »

Lettread MM. Joly, Capperonnier , Van-Praet, Ameilhon, etc.

« Messieurs, vous m’avez facilité tant de découvertes! Agréez la nomenclature des manuscrits, estampes et imprimés qui en sont le résultat ! Tant que je posséderai ce monument, ses parties seront inséparables. La Bibliothéque Impériale acquit jadis les collections de Colbert, Brienne, Béthune et Fontette. Si ma famille était dans le cas de le vendre, veuillez vous souvenir, aprés moi, de mon désir de voir mes travaux conservés sans division, pour instruction du public. Je désire que vous vouliez bien comparer la nomen-

clature et le monument,

« Je suis, etc, « Signé : Souravig, »

Il faut encore citer une lettre 4 M. de Ségur, sans date, mais évidemment antérieure aux deux Mémoires imprimés de 1810, dans laquelle Soulavie annonce qu’il va demander trois choses contre la Société économique de Genéve : 1° la levée des scellés mis sur ses effets; 2° le payement d’une indemnité de 30.000 francs; 3° la restitution des papiers. I] demande une audience aM. de Ségurpour Jui communiquer les archives du ministére secret de Louis XV, et démontre qu’il ena fait honnétement Pacquisition. La lettre est longue et intéressante, mais on en a vu la substance dans le Mémoire a Napoléon. Nous y remarquerons seulement un fait nouveau. Plusieurs tentatives au-

raient eu lieu a diverses époques pour enlever & Soulavie les archives du ministére secret. « Vers la fin du Directoire, l’ennemi me gratifia d’une nouvelle proscription. Mais en dix minutes les archives, jetées par les fenétres dans une cour, furent encore mises en sireté et demeurérent longtemps scellées a la suite de cette dernidre proscription. » Dans une autre copie, il y a que la tentative n’eut d’autre suite que trois mois de scellés « et quelques mesures pour éloigner & jamais le conservateur de ces criminelles archives de toute sorte de graces et de faveurs »,

ae

On voit par ce qui précéde que Soulavie, loin de faire mystére des précieux documents qu’il possédait, cherchait plutét a les faire connaitre, afin sans doute d’en trouver un meilleur prix auprés du gouvernement impérial, seul capable d’acquérir un pareil trésor. Si les autorités de ce temps ayvaient été mieux disposées a son égard, elles auraient dd, a la suite du Mémoire a |’Empereur, entrer en pourparlers avec lui, pour se faire remettre, moyennant une indemnité raisonnable, l’importante collection qu’il annongait. Sous des influences que nous ignurons, on alma mieux procéder par la violence, et on fit chez notre collectionneur ex abrupto une visite domiciliaire qui, d’ailleurs, ne donna pas de grands résultats.

Le 20 décembre 1844, le duc de Bassano (Maret), ministre des Affaires étrangéres, écrivait au duc de Rovigo, ministre de la Police générale :

Monsieur le Duc,

L’intérét qu'on a, au ministére des Relations extérieures, de recouvrer les piéces, actes, correspondances et autres, appartenant au dépot, qui en ont été distraites ou qui auraient dd y étre remises, m’a mis sur la trace de quelques renseignements qui me donnent lieu de croire, avec un assez grand degré de certitude, que des papiers importants, provenant du cabinet de M. le comte de Broglie, se trouvaient encore l’année derniére entre les mains Wun M. de Soulavie, chez qui, d’aprés ce qui m’a été dit, il paraitrait qu'on a fait, par ordre du gouvernement, des perquisitions dont le résultat aurait été de lui

reprendre une collection considérable de manuscrits recueillis ou volés pendant le cours de la Révolution dans les dépdts publics ou dans les maisons particuliéres, Si ces informations sont exactes, et je prie V. E. de vouloir bien me le dire, je désirerais pouvoir désigner une personne des Archives de mon ministére, et je demanderais qu'il lui soit permis de rechercher, dans la collection séquestrée de M. Soulavie, tous les papiers, soit provenant de M. le comte de Broglie, soit enlevés A d’autres collections et appartenant a mon ministére, pour les restituer au dépot. V. E. n’ignore pas que M. le comte de Broglie a été longtemps chargé d’une correspondance trés étendue et secréte dont l’objet était uniquement relatif & la politique extérieure. Il est heureux sans doute que les minutes de cette correspondance ne restent plus a la disposition d’un homme tel que M. de Soulavie,qui s’est fait pendant vingt ans une ridicule célébrité par des publications inconvenantes.

En marge de cette lettre est la note suivante du due de Rovigo:

« Répondre qu'il existe, en effet, au ministére une assez grande quantité de papiers qui ont été trouvés chez le sieur Soulavie ; que, s'il veutcharger quelqu’un de leur examen, on les mettra a sa disposition. »

‘Une réponse dans ce sens fut donc expédiée, le 6 janvier 4842, au duc de Bassano,

Le 9 janvier, le duc de Bassano écrivait au ministre de la

Police générale :

J’ai recu la lettre par, laquelle V. Exc. m’a fait ’honneur de m’informer qu’elle consent a ce que je fasse vérifier dans les papiers de M. Soulavie si, cvomnie j'ai lieu de le croire, il en existe qui appartiennent 4 mon ministere. J’ai chargé M. Baudart de faire cette vérification et je prie V. E. de vouloir bien donner des ordres pour qu’il puisse examiner ces papiers et faire ua état de ceux qu’il jugera devoir étre restitués dans les cartons des relations extérieures,

La lettre de Maret, qui avait été le collégue de Soulavie dans la diplomatie révolutionnaire de 1793, est de nature a exciler quelque étonnement. Il a été mis sur la trace de quelques renseignements qui lui donnent lieu de crotre que des papiers importants provenant du cabinet de M. le comte de Broglie sont entre les mains dun M. de Soulavie. ll semble qu'il ait découvert un secret d’Etat. Le cabinet de l’Empereur

ne lui avait donc pas communiqué le Mémoire imprimé de Soulavie ?

Or, quels sont les papiers qui furent alors saisis chez Soulavie ? D'aprés les souvenirs de sa fille, celui-ci, prévenu la veille de ce qui devait se faire le lendemain, aurait passé la nuit & cacher dans la cheminée de sa bibliothéque, qui donnait sur la rue de Poitiers, environ cinquante volumes in-folio ou in-quarto. Les agents saisirent tous les manuscrits qu’ils trouvérent dans son cabinet et en emportérent trois malles pleines : c’étaient les documents qui devaient servir a l’Histoire de da Révolution, pour laquelle il avait déja traité avec Buisson, son libraire, mais qu’il n’eut plus le courage de terminor, une fois qu’il fut privé de sa collection de piéces justificatives. Les papiers du ministére secret de Louis XV, cachés dans la cheminée, échappérent a toutes les recherches.

Cette aventure n’empécha pas Soulavie de continuer ses communications officieuses au gouvernement, car voici la lettre qu’il faisait remettre, le 9 mai 1842, au ministre de la Police :

Monseigneur,

SiS, M., entrée en triomphe a St-Pétersbourg, veut connaftre les plans, les correspondances des émigrés non rentrés et des prétres non soumis a I’kglise rétablie par le Concordat, il sera nécessaire (outre la saisie des archives d’Etat) d’avoir sur-le-champ les papiers :

19 de Bassinet, né 4 Avignon, appelé 4 Pétersbourg le chevalier d’Augard, émigré, ancien chevalier de Saint-Louis, communiant tous les dimanches 4 la grand’messe et les jeudis & St-Sulpice ; homme d’un esprit remuant et théolo. gien; diplomate’; attaché, sous Paul et sous Alexandre, au cabinet et a la bibliothéque particuliére des empereurs; auteur de Mémoires fournis a ces princes contre la République, contre le conseil et contre l’empirede S. M. I. : on m’assure qu'il est encore en place ;

2° Ceux du comte pe Maistre Et DE SON FRERE, nés & Chambéry; le premier, ambassadeur du roi de Sardaigne; auteur d’un ouvrage infernal contre la France, intitulé Antidote de Rastadt, la plus profonde, la plus dangercuse et la plus spirituelle des conceptions des ennemis de notre patrie. Le roi de Sardaigne l’ayant appelé, ’empereur Alexandre I’a retenu et payé ainsi que sa famille, Il est encore auteur de la Situation de la France, ot ‘sont d’excellentes choses & cdté de beaucoup de méchancctés sur les affaires d’Etat en France. — Je suis avec un profond respect, etc.

En marge de cet aulographe de Soulavie est la note suivante : « M. Gay, pour empécher cet homme de faire des folies ; co n’est point Maistre qui est l’auteur de /’Antidote. »

Autre note en regard du nom de Bassinet : « JI était officier de marine, il est mort depuis deux ou trois ans. »

Soulavie mourut, comme on sait, le 44 mars 4843.

On a vu que, parmi les piéces du ministére secret en sa possession, se trouvaient les plans de descente en Angleterre (2 vol. in-folio avec unatlas). Soulavie, craignant que ces précieux documents ne fussent, aprés sa mort, livrés a l’étranger, les légua 4 Napoléon I* par son testament (déposé chez Me Moquard, notaire, successeur de Noél ‘ainé). Co legs fut gracicusement accepté. Mais le ministre des Affaires étrangéres ayant réclamé la totalité des manuscrits du ministére secret de Louis XV, qui formaient 44 vol. in-folio ct 42 vol. in-4°, une ordonnance du tribunal de premiére instance de la Seine ordonna la remise de ces papiers au ministre, moyennant une indemnité qui fut fixée & 20.000 fr. par le duc de Bassano, mais qui, aprésla chute de |’Empire, fut réduite a 4.000 fr. par le duc de Richelieu.

Cette importante collection fut donc remise légalement, a cause de la minorilé de Ja fille de Soulavie, au délégué du mi- nistre, le 2 avril 1813. Procés-verbal de cette remise est déposé a la mairie de l’ancien 10° arrondissement de Paris.

Voici les pices, relatives & cet incident, que l'on peut voir aux Archives Nationales :

Une lettre du juge de paix du 40° arrondissement de Paris, en date du 25 mars 1813, informe le duc’ de Rovigo, ministre de la Police, qu’il a mis les scellés,le 24 mars, sur l’ordre du ministre des Relations extérieures, surles titres, papiers et manuscrits de Soulavie. « Je suis, dit-il, son exécuteur testamentaire. Il a fait un codicille, le 24 janvier dernier, en ces termes : « Je pose aux pieds du tréne de S. M. l’Empereur « des Frangais les deux exemplaircs des cartes et documents « de Louis XV pour une descente en Angleterre, que je tiens « de la Bastide, dernior secrétaire général de la commission

« secréte du Roi. Cet acte sera communiqué au ministre de la « Police de S. M. et sur son récépissé et sur les ordres de « PEmpereur, mon héritier délivrera Vouvrage. » Samedi prochain 23, jo Jéveraile scellé, 410 h. du matin. »

Dans le méme temps, le duc de Bassano écrivait au duc de Rovigo :

La mort de M. Soulavie donnant un nouveau motif de réclamer les manuscrits appartenant au gouvernement, qu’il était de notoriété publique que ce compilateur avait enlevés de différents dépdts pendant la Révolution, je prie V. E. de vouloir bien donner des ordres pour que les numéros marqués dans les deux états ci-joints, qui ont été dressés de concert et avec notre autorisation, soient rendus 4 M. Baudart pour étre réintégrés dans le dépét des piéces diplomatiques. J'ai demandé 4 M. le ministre de la Justice de prescrire a l’ofticier judiciaire de ne faire la levée des scellés qu’en présence d’un commissaire de mon ministére. Il y a tout lieu de croire qu’on trouvera des piéces importantes que M. l’abbé Soulavic avait certainement réussi 4 soustraire aux recherches qui ont été faites chez lui,..

Voici Etat des manuscrits, ertraits des papiers de M. Soulavie, déposés au ministere de la Policegénérale et remis aur archives des Relations ertérieures le 23 mars 1813 :

1° Mémoires sur la Russie sous Pierre III, adressés & M. le comle de Broglie, directeur du ministére secret de Louis XV. 3 vol. in-4° cartonnés.

2° Mémoires de J.-L. Soulavie sur le royaume de Hollande, adress¢s au roi de Hollande. 1 vol. in-4°,

30 Manuscrit in-4° intitulé: Histoire de Henri IV, roi de France et de Navarre.

4° Quatre cahiers in-folio et in-4¢ intitulés ; Louis XV.

50 Remarques sur l'état présent des dettes de la Grande-Bretagne, pat Archibald Hutchison. Londres, 1718, in-folio,

6° Cérémonies observées aux mariages de nos Rois. Ordre dea séances observées aux Etats généraux et assemblées des notables.

7° Négociations de la paix conclue 4 Vervins entre Henri IV et Philippe I, Je 2 mai 1598, un vol, in-folio.

8° Histoire des conciles généraux d’Orient et d’Occident jusqu’aux conciles de Constance et de Bale. 1 vol. in-fol.

g° Manuscrit in-4°, Mar. rouge. Commission des principaux officiers de fa marine et amiraute d’Angleterre avec plusieurs mémoires concernant la marine et l’amirauté.

10° Manuscrit in-4°. Mémoire concernant les intéréts réciproques de la France, de l’Espagne et de l’Angleterre.

11° Manuscrit in-4°. Traité de la politique de la France.

Tous ces manuscrits, 4 part les n* 3,5 et 8, furent réclamés

par le ministére des Relations extérieures, et une notedu comte d’Hauterive atteste leur remise aux archives de ce ministére.

Lors de l’inventaire de la succession, on protesta au nom dela mineure Soulavie. L’oncle Soulavie écrivit alors la lettre suivante au général de Chambarlhac (4) :

Mars 1813.

Mon Général,

Je me fais un devoir de vous annoncer la mort de J.-L. Soulavie, mon frére, ancien ministre résident de France 4 Genéve et au Valais. Lié pendant et avant la Révolution avec des grands de Etat et des gens de lettres, il s'est livré pendant quarante ans 4 des études historiques et a formé, a force de dépenses et de soins, une collection extrémement curieuse, Elle se compose de manuscrits, de gravures et d’imprimés. II s’y trouve un projet de descente en Angleterre, appuyé de cartes et de tableaux, par le comte de Broglie, légué & l’Empereur par mon frére. I] en avait refusé, l’an passé, J'original ou une copie 4 l’amiral Tchikakoff, qui ne mettait pas de bornes au prix que mon frére lui en demanderait. Le prince de Bénévent a acheté une petite partie de ces manuscrits dont il avait besoin, Mon frére a fait hommage au car dinal Fesch des six volumes qu’il avait sur la Corse. Ainsi, jusqu’a sa mort, il a été réputé propriétaire légitime de ses collections et en a disposé comme tel.

Cependant le ministére des Relations extérieures vient de faire poser les scellés sur Jes manuscrits. M. le comte d’Hauterive, dans les attributions duquel cette affaire doit tomber, les revendique comme cevvres d’agents du gouvernement qui n’ont jamais dd étre dispersées, vendues et achetées. 0 m’a avoué qu’il ne se relacherait pas de ses prétentions, ajoutant au surplus qu’une juste indemnité était due 4 mon frére, 4 raison de ses recherches et des dépenses faites pour la réunion de documents si précieux. Il m’a déclaré que ies imprimés convenaient trés bien aux relations extérieures et qu’il recommanderait les gravures au ministére de I’Intérieur.

Ainsi, Monsieurle général, c'est aprés la mort de mon frére que des ordres supéricurs viennent attaquer sa succession etla priver des fruits des recherches les plus pénibles et les plus dispendieuses, Pour prévenir une lutte qui, parce quelle serait soutenue avec courage, ne serait peut-ctre pas terminée plus heurcusement, j’ai proposé A M. le comte d’Hauterive l’achat de la collection totale moyennant 50.000 fr., plus une somme laissée a fixer 4 la loyauté du

(1) Le général de Chambarlhac, né aux Estables (Haute-Loire), sur les confins de l’Ardéche, avait été créé général de brigade par Bonaparte sur le champ de bataille d'Arcole. Il se distingua aussi & Marengo et fut promu en 1802 général de division. Il concourut, en 1809, lors de |'cxpédition de Walcheren, & repousser les Anglais de la Belgique ct défendit Bruxelles en 1814 contre les alliés, Aprés la chute de "Empire, il se rallia aux Bourbons et fut mis a la retraite en 1821,

ministre en indemnité d’une place présentée & mon frére. Ce sont les offres faites déja par le gouvernement et refusées par mon frére. M. d’Hauterive n’a pas cru devoir les renouveler,

J'ai Vhonneur, Monsieur le général, de mettresous vos yeux l’état de cette affaire et d’invoquer pour une orpheline de dix ans, votre alliée, la bienveillance que vous avez bien voulu témoigner a la famille par différentes visites 4 Paris. Une lettre de votre main, soit au duc de Bassano, soit au comte d’Hauterive, conseiller d’Etat, chargé de cette affaire, sera sans doute une recommanda- . tion puissante pour quela propriété des manuscrits reste Ala mineure Soulavie ou qu’au moins le ministre des Relations extérieures ne se refuse pas 4 une indemnité égale aux offres déja faites par le gouvernement pour V’achat de la collection. ‘

Le reste de la lettre est consacré & un Atlas Napoléon que venait de terminer notre abbé-géographe.

Le 3 mai 1813, le duc de Bassano écrit au duc de Rovigo qu'il a mis les scellés sur les papiers de Soulavie.

J’avais des motifs fondés de le croire déposilaire de papiers qui intéressaient le département des relations extérieures, Par un article de son testament, Soulavie a légué al’Empereur l’ouvrage de Bastide, ancien secrétaire du comte de Broglie, sur les moyens d’opérer une descente en Angleterre. Le testateur ordonnait que cet acte fat communiqué au ministre de la Police et, sur son récépissé ct sur les ordres de |’Empereur, I’héritier devait livrer l’ouvrage, Cet ouvrage a été trouvé avec les autres papiers de Soulavie eta éléremis A l’autorité... Ges papiers sont ceux-la mémes a la recherche desquels j’étais depuis longtemps. J’en ai fait, il ya deux ans, Vobjet d’un rapport aS. M. et d’une lettre AV. Exc.; leur examen entrera dans le compte général que je rendrai de cette collection, et, dans cette vue, je désirerais pouvoir y faire comprendre les papiers déposés au ministére de la Police et dont Votre Exc, m’a fait remettre une partie le 23 mars. Mais je ne crus devoir alors réclamer que ceux qui concernaient la politique, et tous les autres sont restés au ministere de la Police. Vous penserez probablement ainsi que moi, Monsicur le Duc, qu’il conviendrait d’en faire mention dans l’inventaire qui se faitaujourd hui, pour terminer d’une maniére définitive avec la famille, au moyen d’une indemnité que je proposerai A Sa Majesté de lui accorder, silya lieu... » '

Suit le catalogue ci-aprés des manuscrits retirés du ministére de la Police générale, le 5 mai 1843, comme ayant appartenu a Soulavie :

1° Mémoire sur les finances de France de 1722 & 1731. 4 vol. in-fol.; 2° Un double desdits mémoires manuscrits, 2 vol, in-fol. ;

3* Mémoires sur !’Administration des finances du royaume, terminés en 1735, 2 vol, in-fol. ; ‘ 4° Manuscrits aux armes de Colbert, contenant plusieurs écrits, avis, mémoires de 1588 aprés les barricades jusqu’en 1618. 1 vol. infol. ; 5° Arrests contre plusieurs financiers. 1 vol. in-fol.}; 6° Mémoires sur la fourniture des vivres de la guerre en 1734 et 1735, petit in-fol. ; 7° Journal de M. d’Ormesson, contenant tout ce qui s’est passé aux lits de justice de 1661 4 1665 contre M. Fouquet; in-4°. ; 80 Recueil de mémoires présentés par le comte de B... pendant sa régence; in-§°.

g* Suite des mémoires de M. de la Fayette ; in-4°; 10° Monuments de V’histoire de France en gravures; la table des mati¢res est manuscrite; :

11° Recueil de piéces imprimées et manuscrites sur la vie et les amours de Louis XV; in-8; 12° Journal du camp de Plobsheim en Alsace, commandé par le comte de Maillebois, lieutenant genéral en 1754; 13° Histoire du Vivarais. 3 vol. in-4°, cartonnés; 14° Cahier in-folio contenant une oraison funébre du cardinal de Luynes et quatre cahiers sur Rome moderne ; 15° Recueil de Mémoires concernant !’affaire de l’abbé Soulavie et M. Barruel; 169 Manuscrit d’une histoire de Guyenne par dom Calmet ; in-4° ; 179 Mémoires du président Rolland; 180 Liasses de papiers diplomatiques ; 19° Liasses de feuilles volantes, papiers historiques, politiques, de famille et autres,

Cet état est signé : Baudart, sous-chef de division aux archives des Relations extérieures.

M. Baudart déclara alors que les archives des Relations extérieures possédaient maintenant latotalité des douze articles décrits par Soulavie a la page 14 de son Second Mémoire &@ l’Empereur sur la dispersion, le recouvrement, les périls et l'état actuel dex archives et documents du ministére secret de Louis XV. |

Nous empruntons 4 M. Flammermont (1) d’intéressants détails sur la fin de cet incident ;

M, Baudart ajoutait dans son rapport :

« On m’a représenté et j’ai cru devoir réclamer un nombre considérable de cahiers renfermant des piéces manuscrites sur toutes sortes de matiéres poli-

(1) Article sur les Papiers de Soulavie, dans la Revue historique, t. XXV.

tiques, finances, guerre, marine, clergé, tout y est réuni et amalgamé sans ordre; il s’y trouve un grand nombre de lettres autographes qui n’ont de mérite que de présenter V’écriture de quelques personnages plus ou moins célébres dle ces derniers temps. J’ai enliassé ces cahiers au nombre de cinquante environ et le tout a été transporté aux Archives, »

Alors les deux sous-chefs de la direction des Archives, Baudart et Tessier, de concert avec un frére de Soulavie, conservateur au dépét de la guerre, entreprirent de faire un inventaire détaillé de cette masse énorme de paperasses. Ils employérent sept longues séances et ils ne terminérent cet important travail que le 6 mai, Dans une note adressée au comte d’Hauterive sur leurs opérations, Baudard et Tessier font cette déclaration :

« Sans entrer ici dans la discussion des motifs qui établissent le droit du gouvernement sur la plus grande partie de ces papiers, droit qui pour nous n’est pas une chose contestable, nous nous bornerons a faire observer qu'une trés petite partie de ces papiers intéresse réellement le département, que le plus grand nombre n’est d’aucune utilité pour le dépét, mais ne saurait étre sans inconvénient rendu a Ja famille ou livré au public; qu’enfin une troisiéme partie n’offre que des piéces purement littéraires et des papiers de famille et doit étre restituée & celle-ci... »

On voit combien est considérable la masse des papiers qui sont entrés aux archives des Affaires étrangéres a la suite des saisies pratiquées en 1811 et 1813 au domicile de Soulavie; mais par malheur nous connaissons bien mal la composition de tout ce fatras. Pour les cinquante volumes et plus saisis en 1811, nous n’avons que les deux recus laconiques délivrés par le comte d’Hauterive et par Baudart a la police et conservés aux Archives nationales dans le dossier de Soulavie. Pour les papiers du Secret du Roi, nous n’avons que la notice insérée 4 la page 11 de son Mémoire. Enfin, pour les cinquante liasses saisies aprés le décés, nous n’avons plus rien, puisqu’on ne trouve plus aux archives des Affaires étrangéres l’inventaire dressé par Baudart, Tessier et le frére de Soulavie; la perte de cet inventaire est d’autant plus regrettable qu’il était trés détaillé et que la valeur de chaque manuscrit y avait été discutée rigoureusement. On y trouverait sans doute tous les renseignements néceseaires pour rechercher et identifier les documents dont Soulavie était en possession & sa mort. Tous les historiens savent combien un semblable travail d’identification serait inutile pour la critique des documents relatifs 4 Vhistoire de la fin du xvin® siécle. Sans parler du Mémoire concernant Homme au Masque de fer, qui fit une si grande impression sur le comte d’Hauterive, Soulavie possédait encore une grande quantité de lettres autographes du ministére des Affaires étrangéres (1),

M. Flammermont termine en appelant & nouveau l’attention des historiens et des chercheurs sur l’inventaire détaillé des pa-

(1) « Beaucoup d'autographes, surtout du temps de Louis XV et de Louis X i U \ uis XVI de fee selatlonk ou bien eaaee révolutionnaires, étaient réunis dans ses ales cones pring r 3, veuve les derniers débris, » Feuillet de Conches, Causeries |

piers de Soulavie, terminé et signé le 6 mai 1813, manuscrit qui, ainsi que les Mémoires aprocryphes de Choiseul ébauchés par Soulavie, a disparu des archives des Affaires étrangéres. Voici maintenant le texte du rapport du comte d’Hautcrive au duc de Bassano qu’il reproduit a Ja suite de son article :

Je vais mettre briévement sous les yeux de V. Exc. tout ce qui est relatif a des papiers récemment mis sous le scellé par un juge de paix a la réquisition d’un commissaire de son ministére.

A la nouvelle de la mort de M. Soulavie, je me rappelai tout ce qui a été dit et tout ce qu’il a publié lui-méme sur l'importance de ces papiers que, dans des mémoires particuliers et dans la plupart de ses ouvrages, il déclare avoir recueillis dans les maisons des hommes en place ou revétus de grandes dignités, dans les dépdts publics et jusques dans le cabinet particulier du feu roi Louis XVI ;"je me rappelai en méme temps que, I’annéc derniére, sur la demande qu’il osa faire au gouvernement de lui vendre la collection de ses manus crits, dont il ne craignit pas de lui exposer sans déguisement la nature et Vorigine, S. Exc. M. le ministre de la Police fit faire chez lui la saisie de ses papiers; et, conjecturant néanmoins que cette mesure pouvait n’avoir eu qu'un résultat incomplet, je proposai 4 V. Exc. de requérir la mise des scellés dans le cabinet de M. Soulavie.

Ces scellés ont été apposés, et en méme temps M. le ministre de la Police a consenti a faire remettre aux archives la partie des papiers saisis ‘par son ordre et qui ont paru devoir appartenir au ministérc.

J’ai examiné ces manuscrits; ils composent une collection faite sans choix, sans ordre, sans intelligence et dans laquelle, au milieu d’une foule de piéces tronquées, incompleétes, indifférentes, on rencontre souvent des documents d’un assez grand intérét. Un grand nombre de piéces de cette derniére espéce ont déja été publiées dans des compilations qui généralement ont eu peu de succes. M. Soulavie se proposait probablement de publier le reste, quand Yétablissement de Ja censure est venu mettre un terme & ses indiscrétes publications.

Je regarde néeanmoins comme important de ne pas laisser subsister hors des dépéts publics les manuscrits mémes des piéces imprimées, attendu que le discrédit personnel de M. Soulavie avait attiré une telle défiance sur l’authenlicité de ses publications, qu’clles n’ont fait aucune espéce de sensation, et quela connaissance et la communication des piéces originales pourraient donner a ses scandaleux ouvrages un crédit qu’il importe de ne pasleur laisser prendre, It est d’ailleurs évident, 4 la premiére inspection de ces piéces, qu’elles appartiennent presque toutes 4 des établissements publics, d’ou les umes ont été illégalement soustraites, od les autres auraient di, aux termes des réglements, étre déposées par leurs premiers possesseurs, et ot celles qui ne sont que des copies ont été indirectement et irréguliérement transcrites.

Il m’a paru cependant que quelques-uns de ces papiers pouvaient étre regardés comme des productions purement littéraires, et par 14 méme que la

famille de Soulavie a le droit de les réclamer; mais ces papiers, étant confondus et reliés dans le méme volume avec les pieces d’administration et de gouvernement, ne peuvent étre distingués et distraits de la collection que par le moyen d’un inventaire ; et comme un trés grand nombrede parties de cette collection se compose de feuilles détachées appartenant a des cahiers perdus et tronqués, que d’autres sont des brouillons insignifiants, reliés et classés dans le seul objet de leur donner une importance apparente, il devient d’autant plus nécessaire de faire de la collection entiére un inventaire exact et deétaillé que, malgré le droit incontestable que le gouvernement me semble avoir de retenir toutes ces piéces pour prévenir l’abus qui peut étre fait, il y a néanmoins un fondement plausible 4 la demande d’indemnité, qui peut étre adressée parla famille de M. Soulavie, pour les peines et soins que cette collection a pu codter et pour le bonheur de l’avoir conservée.

(Nous supprimons ici quelques pages pleines de détails techniques et juridiques sur la mission de M. Baudart. )

Je joins 4 mon rapport deux copies que j’ai fait faire dans la partie de la collection de M. Soulavie qui a été rétablie aux Archives par l’autorisation de S. Exc. M. le min. dela Police. La premiére est faite sur un manuscrit relatif au Masque de fer, la deuxiéme sur un manuscrit de Louis XVI.

C’est & la vue de la premiére de ces deux piéces que j’ai senti A quel point examen d’un manuscrit ayant quelques caractéres d’originalité pouvait donner de l’authenticitée et de l’intérét A une publication auparavant dédaignée, J’avais lu dans les Mémoires de Richelieu, sans y ajouter aucun degré de foi et sans en recevoir aucune impression, l’Histoire du Masque de fer, telle qu’elle a été publi¢e par M. Soulavie. Je ne crois pas que cette lecture ait fait sur d’autres lecteurs plus d’impression que sur moi; mais, en voyant le manuscrit de ce chapitre conservé sur un papier vicilli, écrit d’un caractére presque décoloré et avec l’orthographe du temps, j'ai éprouvé que cette lecture faisait sur moi une impression tout a fait nouvelle, et je n’ai pu me défendre d’attacher une croyance presque entiére a la sincérilé de ce récit (1).

Je ferat une observation analogue sur le second manuscrit. La collection de M. Soulavie ne présente qu’une simple copie, mais les caractéres informes, exagérés et difficilement lisibles, donnent tous les indices d’une transcription extrémement rapide et prouvent, en méme temps, que l’écrivain qui n’a eu qu’un temps trés court pour consommer ce larcin d’une nouvelle espéce, n’a pas eu celuide fabriquer un écrit dont la rédaction est trés soignée et offre 4 chaque page des observations intéressantes, judicicuses et qui sont fort au-dessus de la portée de M. Soulavie. |

Paris, le 7 avril 1813, D’Hautenive.

(1) Soulavie a publié ce récit au t. Ill des Mémoires de Richelieu, pp. 74 &84, sous ce titre : Relation de la naissance, etc. Ce mémoire serait 'euvre du gouverneur de ce jeune prince, lequel ne serait autre qu'un frére jumeau de Louis XIV... Le mémoire en question aurait été donné par le régent & M"'* de Valois, sa fille, qui elleméme !’aurait donné & son amant, le duc, plus tard maréchal de Richelieu. Soulavie Yavait pris dans les papiers de ce dernier avec un grand nombre de lettres de Mlle de Valois & son amant. Mémoires de Richelieu, 111, 73-92, et VI, 8-53.

Les piéces quiprécédent réduisent & néant Je bruit, répandu 4 divorses reprises dans la presse, que les papiers importants de Soulavie auraient disparu. Unjournal (1) aassuré notamment que les piéces relatives au plan de descente en Angleterre so trouvaient dans une collection particulitre du Royaume-Uni, olun professeur de l’université d’Edimbourg aurait pu les consulter. Or, on vient de voir que le dossier du cabinet secret de Louis XV, concernant la descente en Angleterre, avait été légué par Soulavie a l’Empereur et fut remis aux autorités compétentes on 1843. Il est vrai que Soulavie parle. dans son Mémoire a |’Empereur, d'une démarche faite antérieurement auprés de M. Portalis « pour obtenir le retour des plans de descente en Angleterre, payés par laFrance », qui se trouvaient, parait-il, dans les archives du cardinal d’York. Pout-étre ce dernier possédait-ilun autre dossier sur le méme sujet, et c’est 14 saus doute que le professeur d’Edimbourg a pu consulter des piéces qu'on a confondues avec le legsde Soulavie & 'Empereur.

Les manuscrits provenant de la collection de Soulavie, qui furent transportés aux archives du ministére des Affaires étrangéres, ont été disséminés dans divers fonds ot il serait facile de les retrouver. Le catalogue du fonds de France indique comme ayant cette origine les n™ 535 a 540 des et 554, qui contiennent, en effet, les pitces de la correspondance secréte de Louis XV, et les n° 344 et 1626. Ces deuxderniers sont formés de pidces originales ou de copies ayant la plupart pour objet histoire du Vivarais ou du midi de la France.

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La bibliothéque de Soulavie fut vendue peu de temps aprés sa mort. Dés le mois de mai 1843, un premier catalogue des ouvrages de fond était répandu parmi les libraires etles amateurs. Ce catalogue, que nous avons sous les yeux, com-

(1) Za France, o° du 8 janvier 1867.

prenait environ 3.000 volumes, parmi lesquels beaucoup d’ouvrages rares et précieux. Tout fut vendu aux enchéres du 4 au 4 juin, dans la maison du défunt, rue de Verneuil 54. Deux ans aprés (aodt 1815), paraissait un deuxiéme calalogue concernant I’histoire de France, comprenant 727 numéros. Il y avait la des collections uniques de piéces fugitives publiées pendant la Révolution. C’étaient les hommes, les questions et les é6vénements pris sur le fait. C’était la Révolution elle-méme emmagasinée en quelque sorte, toute palpitante et rugissante, dans des in-folios et des in-quartos, pour l’instruc tion des historiens futurs. Un grand nombre d’ouvrages de ce catalogue portaient des annotations manuscrites de Soulavie. Nous remarquons la suivante sur la fameuse brochure de Sieyés : Qu’est-ce gue le Tters Etat? «C'est le premier ouvrage sorti du génie malfaisant de la démocratie; et, comme la bofte de Pandoro, c’est cet ouvyrage qui a produit, autant qu’il a pu, tous les maux qui ont accablé la France. » Feuillet de Coaches, parlant de cette collection, dit que les 20.000 piéces ou brochures sur l’époque de la Révolution, dont elle se composait, sont allées se fondre en partie dans le cabinet de M. Deschiens et que le reste s’est disséminé. Nous devons 8 Ia fille de Soulaviel’annotation suivante sur ce sujet : « Rien n’a été distrait de la collection des imprimés dont on parle ici. Tout fut vendu par M™e yeuve Soulavie, de 4815 & 1816, & un brocanteur, & un prix qui, je crois, ne dépassait pas 1.200 fr. Cette collection remplissait une chambre de ’appartement qu’occupait M™ Soulavie dans la maison de la rue de Verneuil, et elle était tres embarrassante! » II est donc probable que c’est seulement au sortir du magasin du brocanteur que la collection fut disséminée et qu'une partic fut acquise par M. Deschiens. On sait que la collection Deschiens s'est fondue dans la belle collection Labédoyére (piéces sur la Révolution) que posséde la Bibliothéque Nationale. Quant aux achats de M. Feuillet de Conches, peut-étre se rapportent-ils a une autre catégorie de documents, dont nous trouvons la trace dans un inventaire manouscrit du cabinet de

158 HISTOIRE DE SQULAVIE

Soulavie, dressé aprés sa mort par M" Poisson. Il s’agit d’un cartulaire comprenant 745 piéces originales (chartes, diplomes en parchemin, autographes, etc.). L’absence de ces piéces dans les catalogues imprimés indique, d’ailleurs, suffisamment !’intention de les vendre & part.

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La collection de l’histoire de France par estampes et dessins, qui formait 452 volumes in-folio, 4 dos de maroquin rouge, avec des tables manuscrites pour faciliter les recherches, était peut-étre la partie Ja plus précieuse des collections de Soulavie. Les recherches pour la former remontent presque & l’époque de l’arriyée de Soulavie 4 Paris,comme on peut le voir en divers passages de ses ouvrages. Nous en possédons un catalogue manuscrit et sur la page du titre qui porte imprimés les mots : Monuments de (histoire de France en estampes et dessins, avec la date 1788, il est dit qu'elle a été recueillie en France et a |’étranger depuis 1783. Au reste, dds la seconde page, ott commence le manuscrit, on voit que cette table se rapporte a la collection telle qu’elle existait en 1807.

Les Piéces inédites, publiées en 1809, se terminent par un petit mémoire desting 4 faire connaitre cette collection. Il est intitulé : DePhistoire écrite et del’ histoire monumentale conservée par les arts et des secours que le dessin et la gravure prétent a4 (histoire. L’auteur, aprés avoir rappelé que le rapprochement d’uue médaille et d’une phrase de Tite-Live, au xy° siécle, présenta sous un nouveau jour un événement obscur de l’histoire romaine, et gu’d partir de cette 6poque on commenga & considérer les médailles comme des piéces probantes capables de rectifier la chronologie, ou de constater des faits inconnus ou douteux, ajoute :

« Jai cru l'art de la gravure capable de préter 4 l'histoire des secours plus variés et plus importants. La gravure est l'imprimerie de tous les arts. Elle multiplie, colle conserve les

productions du dessin, de la peinture, de l’architecture, de la sculpture. Elle nous présente le cérémonial, les moours, les révolutions etles usages des peuples. Contemporaines de l’imprimerie, ses productions sont devenues innombrables, puisque j'airecueilli, sur Phistoire de France seulement, plus de 22.000 estampes divisées en 800 sections et reliées en 1452 volumes in-folio qui commencent & Pharamond et finissent en 1809 sous le régne de Napoléon. J’ai intitulé cel ouvrage : Munuments del’histoire de France en estampes et dessins, représentant dans leur ordre chronologique (établissement des Romains et des Francs dans les Gaules; laservitude des Frangais sous le gouvernement féodal ; les meeurs et institutions des sitcles d’ ignorance ; les croisades et les premiéres expéditions en Italie et dans le nouveau monde; les guerres religieuses ; lesmonuments de sculptureet d’architecture des différents dges ; les costumes; les médailles ; les sieges et combats des différents régnes; les portraits et mausolées des princes et hommes célébres dans les lettres ou le gouvernement; les tableaux des gouvernements révolutionnaires gui ont désolé la France et ceux de l’ Empire fondé par Napoléon le Grand.

« On voit que cet ouvrage est une histoire de la nation écrite par le sentiment et le génie des arts... Cette collection rétablit, de toutes parts, les droits de la vérité ot de histoire. L’artiste, témoin désintéressé, peint décide et conslate ce que la faction voulait contester ou couvrir de nuages... Nous avons été témoins d'une révolution destructive et sanglante. Les artistes ont peint les malices ct les férocités de ces factions. Le recueil des gravures révolutionnaires ou contre-révolutionnaires est composé de 22 vol. in-fol.; et quand la furcur des temps se porta jusqu’a la destruction des chefs-d’ceuvre de nos arts, des lombeaux de nos grands hommes, des temples, des abbayes et des chateaux, mon zéle redoublait pour en conserver les dessins ou les gravures. »

La période napoléonienne figurait dans cette collection pour 43 volumes.

Cette collection fut vendue, en 1818, au prince Eugéne de

48g HISTOIRE DE SOULAVIE

Beauharnais, au prix de 45.000 fr.: c’est l’époux de la veuve Soulavie, M. Brunel, qui la porta au palais des ducs de Leuchtemberg, & Munich, dod elle paraft avoir été transportée depuis en Russie par la grande-duchesse Marie, veuve du duc de Leuchtemberg.

M. Feuillet de Conches, dans les Causeries @un curieur, regrette que M. d’Ormesson, bibliothécaire du Roi, ait laissé passer cette collection & Pétranger. «Sans briller, dit-il, davantage que le cabinet Fontette par la beauté des gravures, sans I’égaler nen plus ni pour la richesse ni pour la rareté des estampes anciennes, contemporaines des événements ou reproduisant des peintures ou desdessins du temps, ce ‘recueil avait néanmoins son intérét et la série de la Révolution, qui contenait vingt-cing volumes (4), y était particulitrement remarquable parle nombre et la rareté des gravures et par l’addition de quelques curieux dessins. »

De ce nombre était le célébre dessin de David, représentant la reine Marie-Antoinette conduite 4 I’échafaud. David improvisa ce dessin, au passage de la fatale charrette, sur lappui dine fenétre de la rueSt-Honoré. Attachant peu d’importance & cette esquisse, il la donna, apeine finie, a la femme de Julien (de la Dréme), son collégue a la Convention, qui se trouvait prés de lui. Julien garda quelque temps « cette sinistre pochade » et la donna plus tard 4 Soulavie, qui en enrichit sa collection. Le fac-simile en a été publié pour la premiére fois par M. Dauban dans son ouvrage sur la démagogie en 1793, etc’est avec le cliché mis & la disposition du Figaro par Véditeur Plon, que ce journal a pu reproduire ce dessin dans son supplément du 22 octobre 1876.

Ul nous faut relever, en finissant ce chapitre, quelques accugations contre la mémoire de Soulavie qui paraissent, excepté sur un point, dénuées de preuves suffisantes.

(x) Si ve chiffre est exact, il faut en conclure que la collection s’était augmentée de trois volumes depuis 1809. Le pombre des piéces aurait subi, d’ailleurs, une augmentation propertioanelle, puisque Feuillet de Conches parle de 45.000, tandis que Soulavie en 16g ne parle que de 22.000.

M. Feuillet de Conches, aprés lui avoir reproché le détournement des lettres intimes adressées au maréchal de Richelieu, sur la question du Masque de fer, ajoute : « Soulavie eut entre ses mains tous les papiers secrets de Louis XVI ct il est permis de penser qu’il s’efforga d’en garder quelques-uns pour lui. Cependant il no faudrait pas croire que tous les documents possédés par lui fussent le produit de larcins coupables ; il en achetait parfois, et c’est ainsi qu’ilréunit a prix d’argent une grande quantité de pieces relatives au secret du roi (1). »

M. Flammermont parle des collections de Soulavic comme étant le fruit de ses « vols dans les collections publiques ct privées a la fin du régne de Louis XVI et pendant la Révolution (2) ».

M. Sorel, dans son récent ouvrage, traite enfin Soulavie « de flibustierd’archives » et de « fabricant d’apocryphes. (3)'»

Il n’y-a ici, comme on le voit, que de vagues accusations qui prouvent surtout la mauvaise réputation dont jouissait auteur, réputation que suffiraient & expliquer les rancunes soulevées par le caractére scandaleux de ses mémoires et par le nombre et la qualité des familles qui s’y trouvaient compromises. Toutefois, un fait précis, tiré de ses propres ouvrages, fait peser sur lui les plus graves soupgons. Il est certain qu’il avait encore en sa possession en 1793 des papiers intimes du maréchal de Richelieu, ceux relatifs au Masque de fer, dont Feuillet de Conches lui reproche le détournement. Or, bien que le vieux courtisan fat un peu tombé en enfance dans les derniéres années de sa vie, ou, comme le dit la Notice placée en téle de sa correspondance avec M. Paris-Duverney, qu’il edt « les idées quelquefois brouillées », on admettra difficilement qu'il ait pu faire don de pareilles piéces 4 son historiographe. Celui-ci fait entendre qu'il les a tirées d’un « chaos de mémoires, de correspondances et d’une infinité d’autres papiers

(1) Causeries d'un curieux, Il, 472.

(a) Revue historique, t. XXV.

(3) L'Burope et la Révolution frangaise, Il, 393.

il WA

tous fort délicats », en quelque sorte oubliés par le maréchal (4). A ce langage, on est en droit de soupgonner un abus de confiance. Dans tous les cas, le récit de Soulavie est loin d’in-

diquer que ces piéces soient venues réguligrement entre ses mains.

(1) Mémoires de Richelieu, VI, 8. Voir aussi un passage de l'Histoire de la Décadence de la monarchie francaise, 1, 77, d’ou il résulte que Soulavie, en 1803, avait encore en sa possession des lettres de M'* de Valois, fille du Régent.

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