‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 100 sur 275 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Finnois d'origine, disciple de Luther et deMélanchlon, et nommé par Gustave * ordinarius à Abo, introduisit chez ses compatriotes la Bible , des psaumes et des livres d'instruction élémentaire imprimés dans leur langue. Ils étaient encore plongés dans la barbarie et n'étaient soumis à aucune loi. Le roi fut obligé, en 1551, de punir les Tawastiens ^, qui avaient attaqué et brûlé les hameaux des colons suédois dans rOstrobotbnie, « hameaux agréablement bàlis au milieu des forêts. » On entendit parler de crimes atroces et inouïs ' ^ les possesseurs des fiefs et les inlendans puisèrent dans leur éloigncment de la cour la hardiesse de se livrer à des actes de violence révoUans, comme le prouve la lettre du roi à la famille Fleming^ si puissante dans la Finlande \ La paix avec la Russie, conclue depuis 1510, avait été ratifiée en 1537^ mais on n'avait pas déterminé la délimitation des frontières. Il n'en existait point pour les déserts de la Laponie. . Cette indécision occasionna des discussions entre les agens des deux Etats relativement à la levée des impôts -, il s'ensuivit des pillages, des meurtres et des incendies. Dès 1545, Gustave, dans une lettre à François 1*% se plaint d'une invasion des Russes en Finlande". Les Suédois usaient de représailles, quoique le roi n'en eu tpas donné Tordre*. La guerre éclata. Le grand maître de la Livonie et le roi de Pologne avaient promis à Gustave de le soutenir contre le czar Ivan Wasilijewilsch IL L'année suivante, le roi s'embarqua avec son armée pour la Finlande. Cette guerre ne consista qu'en dévastations réciproques; ce fut la Finlande qui eut le plus à souffrir. Les Russes assiégèrent Wiborg avec une puissante armée sans pouvoir la prendre, mais ils emmenèrent un grand nond)re de prisonniers. Leurs chroniques racontent qu'un homme fut vendu au prix de 10 kopeks , et une fille pour 15. Cette guerre entraînait des dépenses énormes, des

* n remplaçait l'évéqQe.

* Voyez les j4rehivet du royaume deX^U » Voyex les Archivée du royaume de 1551.

* Les frères Jacques et Erik Fleming. Ils perdirent tous deux les dotations qu'Us avaient remues du roi. (Archivée du royaume , 1520, 1540.)

" Tégcl, t. 2, p. 232.

* Voyez Tordre d'incarcération lancé contre Ânders Nilsson, coupable, avec ses compagnons , de pillage et d^assafalDil iiir le territoire russe. (Tégel, t. 2, p. 308.)

maladies moissonnaient les soldais ; outre cela les sec(9iurs promis par la Livonie et la Pologne n'arrivaient pas. On conclut un armistice, qui fut bientôt suivi de la paix ^ elle fut signée à Moscou le 2 avril 1557. Des commissaires particuliers devaient régler Fétat des frontières sur lesquelles on était en discussion.

Des projets d'occupation de la Livonie devaient bientôt embraser tout le Nord des feux de la guerre : le géant commençait à vouloir s'approcher des mers , afin de respirer un air plus pur, capable de réveiller son corps engourdi. Gustave se tint éloigné des luttes qui s'engagèrent. Ses fils ne partagèrent pas sa prudence-, ses prévisions sur ce point furent une des peines de sa vieillesse. Il voyait avec douleur ses vieux amis quitter la terre ^ il se sentait comme isolé dans le monde. En 1551 il avait perdu sa femme bien-aimée, qui lui avait donné dix enrans, cinq garçons et cinq filles. Au bout d'un an, il forma de nouveaux liens , et il épousa Catherine Stenbock S non sans de grandes difilcultés de la part du clergé , car elle était nièce de sa seconde épouse , Marguerite, qui mieux que personne avait eu l'art de calmer ou modérer ses emportemens. II fut aisé de Juger ensuite à l'humeur de Gustave combien la mort de Marguerite avait été un fâcheux événement. Quant à ses fils, quatre d'entre eux parvinrent à l'âge mur, et trois montèrent sur le trône de Suède. Mais déjà sous les yeux même de leur père les deux atnès , Erik et Jean, laissaient apercevoir les germesd'uneopposilion qui devait avoir les plus funestes conséquences. Ils furent d'abord nommés ducs sans principautés ] mais sous ce titre seul Erik parlait déjà au peuple comme à ses sujets •, car il est quelquefois nommé roi élu, roi héréditaire y et Gustave avait dessein, dès 1554, de le faire couronner de son vivant. Jean , à peine âgé de onze ans , fut investi de fiefs dans la Finlande. Dans une lettre du 27 Juin 1546, le roi s'expri* mait ainsi : « Après que nous aurons fait élire notre fils roi de Suède, des Goths et des Ven-

' Fille du sénateur et plus tard connétable Gustave OIsson Stenbock, seigneur de Torpa et de BriUe Leyonhufvud. Catherine, aussi bien que Hargucrile, avait été fiancée à un autre, qui fut forcé de céder ses préten- Uons au roi. Mais l'amant (Gustave Jobansson Roos), comme la première fois, fut fiancé a la sœur de la reine.

> « Ghers sujets, etc. > Lettre du duc Erik aux bour-

geois d'Abo en U51.

des * et que noua l'aurons ainsi pourvu d*un royaume, nous voulons que nos autres enfans aient aussi des dotations princières^. » En 1556 toute la Finlande fut comprise dans ce Ûef. Il était évident, même du vivant de Gustave , que Jean avait le dessein de convertir ce pays en royaume. Ce ûls et Marguerite étaient les plus chers à Gustave. Les paroles d'amére tristesse que le roi à son lit de mort adressa au prince Âlagnus (qui depuis devint imbécile) porteraient à croire qu'il avait été blessé dans cette affection ; <( Tu m'es cher, tu ne m'as jamais offensé, » lui dit-il. Charles était encore enfant. Le roi était mécontent d'Erik ^ il yoyait avec peine la bizarrerie du caractère de la reine et toute la violence du sien revivre dans ce fils & un tel degré que ses excellentes qualités, développées par une éducation soignée, en étaient obscurcies. Pour satisfaire Erik le roi lui donna, en 1557, les châteaux de Kroneberg et de Kalmar avec les préfectures et Ttle d'ûland. Le jeune prince, en recevant en son nom les sermens de la noblesse, fit naître des soupçons sérieux , et Tcgel dit que de ce moment le roi s'enloura d'une garde allemande. Cependant on ne remarque pas encore d'aigreur dans ses lettres à Erik. II lui reproche de ne pouvoir terminer ses comptes , d'imposer au peuple des charges trop dures, d'employer des moyens indignes pour se procurer de nouveaux habits * ou des armures pour faire Jouer des comédies ^ ^ mais il accueillait avec bienveillance ses opinions*, il le consultait même dans les affaires importantes et lui montrait généralement beaucoup de confiance. En 1559, sa fille atnée^ Catherine, fut fiancée au comte Edzardll, du Friedland oriental. Les noces, ajournées â quelque temps de là A cause de l'imminence de la guerre'', furent célébrées avec éclat, et la fiancée reçut une dot royale. Le frère du comte^ Jean, et la sœur de Catherine,

* Gustave ajouta à ses titres celui de roi des f^endet.

* Archives du royaume, 1546.

»/Wd., 1557.

* Il Youlait jouer la comédie pendant le carême et 86 faire prêter les harnols de l'intendant de Tarsenal.

Le roi répondit :

« Si tu veux faire quelque représentaUon , tu peux passer en revue nos cavaliers. {Archives du royaume, 1558.)

* « Ma chère Catherine , éerit le roi à son épouse ,

lajeune^ belle et eojouëe princesse Cécile*, accompagnèrent jusqu'à Yadstena les deux nouveaux époux. Ce fut lA qu'Erik découvrit des intelligs^nces coupables entre Cécile et Jean. Celui-ci fut surpris dans li^ chambre A coucher de la princesse , et Erik en informa son père. Le roi répondit : a On s'adresse à moi , et je suis comme un moissonneur après que son blé est coupé. Erik, A sa honte et A celle de «a famille, a par sa conduite livré cette affaire A la publicité. Que puis-Je faire A cela ? » Au point où en étaient les choses, le roi déploya une grande sévérité et voulait punir le comte Jean de la peine capitale ; il le tint en prison pendant neuf mois , et ne le rendit A la liberté que sur les pressantes sollicitations de sa famille et de princes allemands. Erik, qui avait imprimé une tache ineffaçable sur la réputation de sa sœur, crut la réhabiliter en faisant frapper une médaille A reiligie de Cécile et de Suianne pudique.— Il répondit avec emportement aux reproches et aux conseils du roi, lui donnant A entendre qu'il ne devait pas écrire A l'héritier de la couronne comme A un de ses agens. Cette conduite fanfaronne^ légère, irréfléchie affecta profondément le vieux roi : « Mon cher Erik, lui écrivait-il , vous nous envoyez des lettres qui nous affligent; mais Dieu seul sait le plaisir que nous avons A les lire. Par l'amour du Christ et par celui que tous les enfans soumis doivent porter A leurs parens^ faites en sorte de ne pas attrister les vieux jours de votre père. » Dans une autre lettre, il lui fait

nous avons reçu des nouvelles qui nous présagent plutôt des guerres et des combats que des noces. Je crois donc qu'il n'est pas nécessaire que vous vous hâtiez de faire les préparaUfs du fesUn. » [ArcMvee du royaume , 1559.) A cette époque, le roi ni la reine no se croyaient au-dessus de ces détails de ménage. Le 27 août 1558 , le roi écrit k son fils Magnus : « Ma femme Catherine vous envoie cinq chemises ; il fout que vous les ménagiea bien ;.ne vous livrez donc pas trop  l'exercice des courses à cheval à Oland. »

* Cécile, qui est appelée la plas belle de son sexe, fut promise , en 15C4, à Christophe, margrave de Bade , qui, comnie tant d'autres princes, était au service de la Suéde. — Après la mort de ce seigneur » elle embrassa la religion catholique, reçut des secours de son frère Jean 111 et monrutà l'Age de quatre-vingt-sept ans, après une vie dissipée et vagabonde.Les trois autres filles de Gustave étaient Anna, qui épousa en 1562 George- Jean , comte palatin de Veldenz ; Sophie, fiancée en 1568 à Magnus. duc de Saxe lauenbourg, et Elisabeth, mariée en 1581 s Christophe, duc de Mecklenboarg.

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