‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 99 sur 275 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

écoles, et cependant elles n'avaient nullement produit aucun des fruits qu'il en attendait, A en Juger par la lettre fulminante qu'il écrivit aux évêques un^ an avant sa mort sur le mérite des élèves qui sortaient des écoles ( skolestu^ gome) pour entrer au service de l'État '. Un savant suédois , qui avait séjourné à l'étran'ger, trace un tableau assez sombre de l'état des sciences dans sa patrie h celte époque. Il croit que les soins qu'on prend pour amasser de l'or et de l'argent, pour construire des arsenaux, des vaisseaux, fabriquer des armes, élever des fortifications , sont plutôt nuisibles qu'avantageux, parce que dans toute cette messe d'hommes que le roi , dit-il , entrelient dans toutes les provinces, non sans des frais énormes et de graves inconvéniens pour ses sujets, il ne s'en trouve pas dix capables de lui donner des conseils utiles & l'Etat^ il ijoute que l'ignorance de la noblesse est aussi profonde que celle du clergé *. Les gouverneurs et les préfets ont des secrétaires particuliers pour lire les lettres du roi et y répondre , n'étant pas assez instruits pour le faire eux-mêmes. De nombreux témoignages attestent l'ignorance et la grossièreté des prêtres-, ils épousaient souvent leurs cuisinières pour légi* timer les enfans qu'ils avaient eus d'elles'; c'était ainsi qu'ils comprenaient la réforme : on a vu même avant elle une femme de ménage ou foriia recevoir à la mort du prêtre une pension de la paroisse^. Les évangéliques

* Le 16 août 1539. (Celslf, Monumenta poUHe<heceI&' siastica , p. 41.) Il parait que depais 1533, la science n'avait pas fait beaucoup de progrès en Suède. (Voyez les Archives du royaume, année 1533.)

' Lettre de 66ran Gylte à un seigneur suédois. (Celsius, c. 1, p. 53.) Le roi correspondait même avec lui et le soutenait; il fournissait égaiement aux frais d'entretien de plusieurs Jeunes gens dans les universités d'Alleinagne. En 1554, Il en rappela six , parce qu'il avait besoin de leurs services. (Voyez lei Arehiveê du royotmie.)

* Si le prêtre était noble d'extraction , il s'ensuivait des procès avec la famille. En 1544 , lorsque le curé de la paroisse de Soninda, dans le diocèse de Strengnas, Erland(B&t)y voulut, selon la coutume des prêtres, se marier avec son ancienne /brtta, ses frères y firent opposition , alléguant qu'il ne pouvait épouser cette pauvre femme, avec laquelle il avait vécu si longtemps, et Introduire ainsi dans la noblesse des enfans illégitimes qui viendraient prendre part à leur héritage. Cette «flaire s'arrangea par arbitrage.(Hallenberg, Handlingar tUl Guetave II, Adolfe hUtoria. Stock. 1784 , p. 46.)

t.^ Il existe une letlre de Gustave I*' à Bengt Veslgôthe,

ne menaient pas tous non plus une vie trèsexemplaire. Jean KOkemeslare, d'abord moine, puis luthérien , curé de Stockholm et marié , ftit interdit par le roi et incarcéré h cause de ses débauches «. Le relâchement de la discipline de l'ancienne Église, avant que la nouvelle eût pu prendre racine, avait produit un effet désastreux sur les mœurs domestiques. Le roi, dont la conduite sous ce rapport était irréprochable, lutte souvent contre la dépravation : sa lettre aux habitans de la préfecture de Kronoberg, en date du 9 avril 1664, prouve Jusqu'où elle pouvait aller, surtout quand des circonstances particulières conduisaient au mépris des lois, comme dans les pays frontières. Il signale « comme trèsmal famés les habitans des frontières, qui passent comme des vagabonds du Danemark en Suéde et réciproquement, méprisent les nœuds légitimes qu'ils ont contractés pour prendre successivement plusieurs concubines et changent ainsi de femme comme de chevaux •. » Il recommande & ses agens une surveillance active sur cette espèce d'hommes. Ainsi la sévérité du pouvoir temporel allait croissant; à la fin l'adultère ftit puni de mort*.

La paix, dont le pays avait si longtemps goûté les bienfaits , fut menacée du côté du Danemark et rompue avec la Russie. Le traité d'alliance avec le Danemark , conclu à Brômsebro en 1641 (traité qui par sa rédaction annonce une intimité si étroite pour tout ce qui concerne la défense commune des deux royaumes qu'elle rappelle dans plusieurs circonstances l'ancienne Union), n'était que le résultat de la crainte qu'inspirait encore la famille de Christian II, soutenue par Tempereur Charles V. Quand le traité de Spire, en 1644, eut reconcilié Christian III avec l'empereur et que le danger se fut dissipé de ce c6lé pour le Danemark, les anciens soupçons se réveillèrent. Antérieurement, Christian III était ainsi que Gustave ennemi de Tempereur et allié de la

par laquelle il le charge de pourvoir à ee que la fbr* Ha de feu Olof, curé de Munktorp, reçût la rente que la paroisse lui avait oonsUtuèe. {Archivée de 1635.)

* Hallman , Fie dei firèree Olaue et Laurentiue Pétri, p. 96.

* Archivée du royaume, 1554.

* Règlement de la eour da roi Ârlk XIV pour Tannée 1600. --" Les ordinantUii de Jean III pour l'année

France. Quoique les relations de la Suède avec François I", en Allemagne, fussent présentées sous un jour odieux et traitées d'alliance impie' parie chancelier impérial Grayella dans ses lettres aux Smâlandais révoltés, Gustave, par les soins du roi de Danemark, avait été compris dans le traité de Spire , mais à des conditions qui ne furent pas approuvées en Suède, parce que le droit des filles de Christian II à la couronne demeurait indécis. Ce fut pour cela que Gustave et les états rejetèrent la demande d'une indemnité en argent qu'elles réclamaient pour leurs prétentions. Cette circonstance n'affermit pas le bon accord avec le Danemark. Le traité de Brômsebro , en 1541 , n'avait résolu aucune des difficultés qui existaient entre les deux États ^ et comme l'art. 22 ajourne la solution des questions relatives aux droits de la Suéde sur Goltland et à ceux que le Danemark pouvait prétendre contre le roi et la couronne de Suède, il en résulta des explications qui pouvaient aisément faire re- Tivre des vieilles prétentions de l'Union. Aussi lorsque le pacte de succession détruisit toute espérance sous ce dernier rapport, on vit Christian III placer dans les armes du royaume

* Le ministre français RIchen, qni était allé à ConstanUnople pour exciter les Turcs contre Tempcreur , se rendit à Kalmar, auprès de Gustave , peu de temps après le traité de BrOmsebro, pour contracter une alliance défensive. Gustave avait déjA expédié son secrétaire Trèbon en France pour conclure un traité de commerce. Cette alliance de 1S42 fut faite, pour Gustave, par son chancelier Yon Pyhy, par le beau -frère du roi Sten Ériksson Leyonhufvud , Knut Andersson Ulje et Gëran Norman; les plénipotenUaires de la France étaient le chancelier Poyet et l'amiral Chabot. Après le préambule, où il était dit que les rois étaient et devaient se considérer comme frères , le traité stipulait liberté illimitée du commerce pour les sujets des deux royaumes. Les contractans devaient tenir è la disposition run de l'autre 25,000 hommes et 20 vaisseaux; tous les frais étaient à la charge de celui qui en ferait usage. Le roi d*Êcosse Jacques V devait être compris dans cette alliance ; s*il réclamait le secours de la France, le roi de Suède y devait coopérer jusqu'à concurrence de 6,000 hommes, qui seraient transportés en Ecosse aux frais de ce dernier pays. (Du Mont, Corps diplomatique , U 4, p. 22S.) C'est probablement de ce temps que datent les enrôlemensque Gustave fit faire en Ecosse pour la Suéde et que ses successeurs continuèrent. En 1556, 11 négocia pour engager 2,000 Écossais contre les Russes ; et l'on trouve dans les Archives du royaume de cette année un codicillus ad duces et capitanos Seotorum de stipendio et disciplina mili" tum, qui surht in servitio reg. maj. Sueciœ,

les trois couronnes de Suide. Le Danemark , il est vrai , se défendit de vouloir rappeler par cette innovation le souvenir historique de Tancienne union des trois couronnes; mais Gustave regarda cette affaire d'un tout autre œil, et ce n'était pas sans raison, si Ton considère les guerres qui suivirent % quoique pendant sa vie tout se soit borné à des plaintes réciproques. Les dangers de TUnion qu'il avait vaincus dans sa jeunesse se représentaient à son imagination et troublaient la tranquillilô de ses vieux Jours; il prit même la plume pour les combattre. Tout ce que la Suède a souffert de la part du Danemark est résumé dans ce petit livre , devenu très-rare ; 11 est écrit en vers, sous le titre de Réponse véridique à quelques fragmens de la Chronique danoise *. Un témoin qu'on ne peut récuser, le secrétaire de Gustave, atteste qu'il est écrit de la main du roi ou dicté par lui ».

Les dangers dont il recommandait de se défier devaient en effet se faire sentir, mais d'un autre côté, et par celui de ses fils auquel il portait le plus d'affection. En 1554 la guerre de Russie éclata sur les frontières de la Finlande. Gustave affectionnait cette partie de son royaume, et les Lapons encore plus éloignés. 11 mit un terme à l'oppression que les paysans commerçans norrlandais et finnois ibirkarlar) exerçaient sur ces peuplades sauvages et sans défense. Il chercha, au moyen des missionnaires^ & répandre les lumières du christianisme parmi les Lapons. Michad Agricola,

* Gustave dit lui-même qu'il faudra de rudes dents à celui qui voudra arracher les trois couronnes des armes du Danemark.

* Sanfàrdige swar pâ nâgre stycker ufM den danske kronike,

* Dans ce livre, on a reproduit plusieurs fragmens do la Chronique rimée danoise, dont une nouvelle édition parut en Danemark en 1655. Le secrétaire du roi SvcnEIofson dit que lorsque cette Chronique rimée fut publiée, Gustave en fit paraître une semblable en vers; il la composa lui-même. Dans une lettre à son fils Jean (1558), il parle de cette publication et de la réponse qu*il y a faite; il lui promet de lui en envoyer quelques exemplaires. Pour ce dernier travail , le roi prie l'archevêque Laurentius Pétri de lui prêter Sano Grammaticus, Le 10 décembre 1558, il l'envoya aussi a son fils Erik en lui recommandant de ne le communiquer a personne, moins aux Danois qu'à tout autre, parce que ce sont des gens rusés. On en publia deux éditions la même année; cependant ce livre est rare. . ^ •

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