‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 102 sur 275 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

\olre famille el à celui des Suédois , qui ne tient qu'à un fil, et que vous ne consultassiez que les devoirs que vous avez contractés envers la Suéde en acceptant la couronne, ayant toujours devant les yeux, comme un bon prince, r honneur que votre patrie vous a fait*. )>

Les premiers jours d'avril 1560, le roi écrivit À sa fille atnée qu'il éprouvait une grande faiblesse à la tète, maisque lacause de son mal était dans les soucis et les chagrins que lui causaient ses enfans *. Le 24 avril , une fièvre violente le saisit à Juleta en Sudermanie ; mais se trouvant mieux au bout de quelques jours, il profila de la belle saison pour monter sur ses vaisseaux et courir d'une fie à l'autre dans le lac Maiaren. Le 25 mai, il reçut avec joie le prince Jean, qui revenait de Londres : il lui ordonna de se trouver, ainsi qu'Erik, à l'ouverture de la diète à Stockholm, le 16 juin : a Cette diète est convoquée, dit le roi, parce que je me sens faible et trop âgé, et qu'il y a une foule d'affaires graves à décider. )> Dans une lettre à Erik, il le prie de ne pas prêter l'oreille à ceux qui le détournent de le venir joindre *. Il en écrivit à Jean une seconde, dans laquelle il se plaint de ce qu'Erik entoure son père d'espions^. Ces lettres et son testament sont les derniers actes de ce régne mémorable, qu'on trouve consignés dans les jirehives du royautne. Son secrétaire, Sven Elofsson, et son confesseur nous ont laissé des détails sur le dernier discours du roi aux états , sur sa maladie et sur sa mort.

Les lettres de convocation de la diète font mention des fribome et des fràlseman, des prêtres^ des bourgeois et des paysans .• ce sont les quatre états. Quant au premier, nous nous bornerons à remarquer que pour obtenir l'exemption des impôts, il fallait que les nobles équipassent un cavalier ou fissent le service à cheval \ toutefois l'opinion publique ne laissait pas de reconnaître, antérieurement à cette institution, une noblesse de naissance qui resta

* Toyez les lettres à Érlk, Archives du royaumef i&GO» mois de février.

' lietlre à Catherine, en date d*Ulfvesand (aujourd'hui Drottningholm), 9 avril 1560.

* Il était mécontent do Tenlourage d'Erik, mail il n*avait rien contre lui. (Lettre à Erik, Strenguas, 3 juin 1560.)

* Le roi, le 4 juin 1560, prie son fils Jean de donner de bons conseils à Erik, que sa nature soupçonneuse porte à faire espionner son père. C'est la dernière lettre du roi dans les Archives du royaume.

en vigueur dans les temps qui suivirent. Lo noble de naissance était friborne; celui qui gagnait ses litres par l'équipement ou ses services était frUlseman : il faisait également partie de la noblesse. La naissance n'était pas indispensable, comme le prouvent les paroles de Gustave à Erik lorsque celui-ci rappi»rta que plusieurs personnes avaient acquis par des alliances des terres exemptes de taxes (fràlsegods) : a II faut, répondit le roi, tenir compte de la valeur et de la renommée de chacim, ainsi que le prescrit la loi, car la vertu, l'intelligence et la bravoure constituent la vraie noblesse *. » Au reste les ordinarii (noms des évêques à cette époque), deux prêtres, deux paysans de chaque district et quatre bourgeois de chaque ville reçurent des lettres de convocation pour la diète. Gustave arriva à Stockholm le 16 juin. Il fil inviter les états à se réunir le 25 du même mois dans la salle du royaume j il s*y rendit accompagné de ses fils , le roi Erik, le duc Jean , le duc Magnus et le duc Charles. Le plus Jeune, encore enfant, était aux pieds de son père ; les autres, à sa gauche, avaient pris rang suivant leur ftge. Le roi salua les états, qui entendirent pour la dernière fois cette bouche si éloquente et si animée que lorsque le roi faisait faire les propositions par ses ministres, les députés s'écriaient qu'ils voulaient l'entendre lui-même. Ils savaient bien, leur dit-il en cette occasion, et ceux qui étaient ftgés l'avaient vu de leurs yeux, que la patrie, malheureuse et opprimée, avait jadis subi le joug des rois étrangers, en dernier lieu sous le tyran Christian, que Dieu avait puni et chassé en l'employant lui-même pour l'instrument de ses desseins : « Les maîtres et les domestiques, les grands et le peuple, les vieillards et les jeunes gens conserveront à jamais le souvenir de cette délivrance divine, car qui étais-je et dans quel état pour m'op- I)oser à un puissant monarque dont le sceptre s'étendait sur trois royaumes, qui tenait par sa parenté à Charles-Quint, souverain d'un empire. immense , et aux premiers princes de l'Allemagne ? Mais c'est Dieu qui a tout fait et qui s'est servi de mon bras pour opérer ces miracles. Dieu a été mon aide et ma consolation pendant les quarante années de travaux et de peines qui ont précipité mes pas vers la tombe. Je suis comme le roi David (les larmes ruisse-

« Le 9 Juin 1559.

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lèrentdes yeut de Gustave), que Dieu tira de la condition de simple berger pour le faire régner sur son peuple ; Je ne pouvais aspirer à un tel honneur lorsque j'étais forcé de me cacher au milieu des forêts sauvages eu dans les montagnes désertes pour éviter le fer de mes enne* mis. Le ciel nous a comblés, le peuple et moi, de bénédictions en nous faisant connatlre la vraie lumière* (il les pria de ne pas abandonner les doctrines qu'ils confessaient) et en vous envoyant Tabondance et le biai-ôtre au milieu desquels vous vivez. Je ne crains pas de reconnaître mes fautes ; je vous prie , comme de fidèles sujets, de me les pardonner et de tenir compte de la faiblesse de Thumanité dans Tap* préciation des actes de mon administration. Je sais qu'aux yeux de beaucoup d'entre vous je passe pour un roi sévère; mais un temps viendra où les enfans de la Suède me tireraient de la tombe s'ils le pouvaient. Je n'ai pas besoin de lire dans les astres le présage de ma fin pro* chaîne, J'en ai le pressentiment, et l'état de mes forces me l'annonce eu secret ; aussi ai-je profité de celles qui me restent pour faire mon testament , me flattant qu'il est fondé sur la raison et la saine politique. Je réclame des états la sanction de cet acte. » La lecture en ayant été faite et le serment d'approbation et de confirmation ayant été prêté , le roi se leva , remercia les états d'avoir consenti à faire de lui la souche d'une race régnante en confiant le royaume è son fils Erik , et il recommanda l'union à ses enfans *, puis il étendit les mains, bénit son peuple et ses enfans et prit ainsi congé des états.

Le Jour suivant , Erik se rendit à la cathédrale (storkyrkan) et adressa un discours aux états sur la nécessité où il était d'aller en personne en Angleterre conclure son mariage, dont il prévoyait les plus grands avantages pour la Suède. U fut soutenu par Jean, qu'il nomma egent pendant son absence. Gustave lui-même fut obligé de céder aux instances réitérées d'Erik quand son fils chéri lui eut donn^ des informations plus exactes >. Le jeune roi se montra si ardent pour ce voyage que la maladie

* Le lecteur n'oubliera point que c'est un protestant qui parle et qui par vraie lumière entend ce que la vraie Église appelle si justement des erreurs déplorables. {JYote de l'éditeur.)

* Voyez la courte relation manuscrite de la mort de Gustave I«' par son confesseur.

même de son père ne put ralentir ses préparatifs. Le 14 août, jour où Erik prit congé de son père, celui-ci fut saisi d'une fièvre brûlante mêlée de frissons : « La diarrhée vitii so Joindre à ces symptômes, » dit son confesseur. Il avait pour médecins le docteur Johannes, son barbier, mattre Jacques , et son pharmacien, mattre Lucas. Le premier .commençaîl un long discourt religieux lorsque le roi l'Ipierrompit en le priant d'abréger et de suppléer ses paroles par quelques remèdes u qui pussent sou lager un estomac malade ou une tête brûlante * . » On l'entendit dire qu'il s'était trop occupé des choses de ce monde, et qu'avec toutes ses richesses U ne pouvait avoir un bon médecin. Il rendit la liberté à ses prévôts emprisonnés pour les dettes qu'ils avaient contractées envers lui. Son humeur était devenue inégale : tantôt il était dur et sévère, au point quHl inspirait des sentimens de crainte même à ses enfans ; tantôt il était gai et se livrait & des plaisanteries, surtout sur les efforts de ceux qui voulaient prolonger ses jours« Lorsqu'on lui demandait ce qui lui manquait, U répondait : « Le ciel , que vous ne pouvex me donner. i> Il ne paraissait pas avoir beaucoup de confiance en son confesseur. GeluiH^i l'engageant à confesser ses péchés , le roi entra dans une grande colère : « Est-ce à vous, lui dit-^il, que Je dois les avoua* ?» Il disait à ceux qui l'en* touraient qu'il pardonnait à ses ennemis et qu'il les priait d'oublier les injustices dont ils avaient à se plaindre, et il exigea qu'on leur fît connaître ses regrets et ses vœux. Une autre fois, s'adressant à ses fils : « Un homme, leur dit-il, n'est Jamais qu'un homme, dans quelque position qu'il se trouve : la pièce jouée, nous sommes tous égaux, d U les pria de conserver l'accord entre eux et de rester fidèles à la religion protestante. Son épouse ne quitta pas le chevet de son lit. Pendant les trois premières semaines de sa maladie , il parla souvent, et quelquefois avec une force admirable, nonseulement d'aflTaires d'État, mais aussi de matières religieuses. Il passa les trois autres semaines qui lui restaient à vivre dans un silence absolu et selon toute apparence sans beaucoup souffrir^ on le vit souvent élever les mains

* Le roi ne prenait qu'avec répugnance les médecines qu'on lui présentait. Il parait qu'il n'avait pas grande confiance aux lumières de ceai qui entouraient lont m de mort. , ..........

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