‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 103 sur 275 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

comme pour prier. Lorsqu'il eut uni sa confession et reçu le sacrement, son confesseur et son ûls Jean le conjurèrent de persévérer. Le roi prit une plume et du papier et écrivit : « Se confesser bien une fois vaut mieux que parler cent fois. » 11 ne put continuer. Sien Ériksson arrêta le confesseur au milieu de ses exhortations aux derniers momens de Tagonie : « C'est peine perdue, lui dil-*il \ notre seigneur ne vous entend plus. )> Le prêtre s'inclina vers Toreille du moribond et lui dit : <c Croyez-vous en Jésus^hrist et entendez-vous ma voix ? Faitesnous un signe. » Au grand étonnement de tous les assistans, le roi répondit d'une voix ferme : « Oui. » Ce fut sa dernière parole , le 20 septembre 16(K) à huit heures du matin

Pierre Brahe, neveu de Gustave, trace ainsi son portrait & l'époque où ce roi était encore dans la force de l'âge ' : « Sa taille était audessus de la médiocre. Il avait la tête ronde, les cheveux blonds , la barbe belle, touffue et longue , la bouche bien faite , les lèvres vermeilles, les joues colorées \ on n'eût pas trouvé sur tout son corps une tache de la largeur d'une tôte d'épingle. Ses mains étaient délicates^ ses bras musculeux , ses pieds mignons ; en un mot ses proportions étaient si bien prises qu'il aurait pu servir de modèle à un peintre. Il aimait à déployer une magnifloence royale dans ses vêlemens, et quelle que fût leur forme, ils lui allaient à merveille. Il avait le tempérament bilieux-sanguin. Lorsqu'U n'était pas tourmenté par des peines et des embarras, ou qu'il n'était pas sous l'impression de la colère, il avait de l'agrément et de la gaîté dans le caractère^ quelque nombreuse que fût sa cour, il s'entretenait avec chaque personne des choses qui pouvaient l'intéresser : elle était ténue sur un pied honorable ; le cercle des dames y était toujours nombreux. Une heure après le dîner, tous les seigneurs se réunissaient dans la salle de danse \ la grande maîtresse de la cour arrivait, et les musiciens du roi faisaient résonner leurs inslrumens. Tous les deux ou trois Jours , le roi montait à cheval avec ses dames et ses seigneurs, et l'on partait pour la chasse ou pour la promenade, et toujours le plaisir faisait trouver le temps trop court. Une fois par semaine, Gustave présidait à un tournoi : la Jeune noblesse tenait & s'exercer dans

* £n 1532, Chronique de Brahe.

toutes les pratiques delà chevalerie, pour lesquelles elle élait passionnée. Le vainqueur re^ cevait pour récompense un çinneau d'or ou un collier de perles, et il avait le privilège d'ouvrir la danse. Le roi aimait à entendre la musique et le chant -, il possédait lui-même ces agrémens et était bon juge en cette matière. Le luth élait son instrument favori ] il lui donnait tous les instans qu'il passait seul. Il avait été placé fort jeune à la cour et ne s'était pas beaucoup adonné à l'étude , mais la nature l'avait doté d'un jugement exquis. Il était plus avancé dans la connaissance des animaux, des arbres et des plantes que ceux qui en avaient fait une étude spéciale. Il reconnaissait après dix ou vingt ans une personne qu'il avait remarquée une fois^ il jugeait un homme au premier coup d'œil. Sa mémoire était prodigieuse : il lui suffisait d'entendre un morceau une ou deux fois pour le retenir. Les chemins qui conduisaient aux heux où il n'avait fait que passer lui devenaient aussitôt familiers. Il se rappelait les noms des villages où il avait séjourné dans sa jeunesse et ceux des paysans qui les habitaient. Il était heureux en tout, même au jeu lorsqu'il voulait prendre les dés, ce qui lui arrivait rarement. La guerre, l'agriculture, l'entretien des bestiaux , l'exploitation de ses terres , ses pêcheries, tout lui fut prospère; ses châteaux, ses terres étaient remplis de richesses. Il était très -pieux et ne négligeait pas ses prières matin et soir. Quoiqu'il aimât la conversation des Jolies femmes , sa conduite fut telle cependant qu'elle ne laissa jamais de prise au moindre reproche ni avant ni après son mariage, aux lois duquel il demeura Adèle. En un mot. Dieu l'avait doué d'une grande habileté, d'une grande intelligence et de grandes vertus \ il était digne de porter une couronne, car il excellait en tout : brave à la guerre, Juste et éclairé dans ses jugemens, bon et clément dans beaucoup d'occasions. »

Tels sont les traits sous lesquels on le reprè-* sente dans un%ge peu avancé. Avec les années, il devint plus réfléchi, et jamais la vieillesse n'a revêtu de formes plus imposantes ni plus respectables. Nous l'avons peint d'après ses ac^ lions et le témoignage de ses contemporains; nous n'avons rien à ajouter, sinon que s'il eût vécu de notre temps, il aurait excité notre étonnement par ses vertus plus que par ses fautes. Les unes et les autres appartiennent à

une autre génération, mais il a vécu pour plusieurs*

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