‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 104 sur 275 · ERIK ET SES FRÈRES · texte numérisé non relu

ERIK ET SES FRÈRES

A la mort de son père, Erik se trouyait en paix arec ses voisins ] Tabondance régnait dans le pays ; il héritait d'un riche trésor, et il était Tobjet de cette bienveillance populaire qui entoure presque toujours les nouveaux gouvernemens et les Jeunes princes. Il était dans sa vingt-septième année et, comme tous les flis de Gustave, d'une taille plus gracieuse qu'élevée. Il excellait dans les exercices du corps, et Ton fondait de grandes espérances sur ses qualités guerrières. Il se montrait bienveillant et aimable dans ses paroles; on admirait son habitude des affaires, sa sagacité et son éloquence. Il possédait plusieurs langues ; il a même laissé des écrits en suédois et en laltn. Il était astrologue, musicien et peintre ■. Nous pourrions encore recueillir plusieurs traits pour composer une inscription magnifique sur une vie si malheureuse. Si Ton compare ces riches dons de la nature à ses actions , on voit qu'il

' * PrœterTiDsfgnem artlum llberalium, et prsierlim malheseoi» ac lioguaram exoticaruin cognitionem, in omni diseiplinn mililarii fait génère versalisslmaii. Ingenlo admodam perspicaci , verum cuspicaci ; blandui sermone, comic alloquio, statura corporis magii grala quam elata ; eqaitaodi,sallandi periUa tantopere prsditus, Qt spectanUum aniroos in lummam pierumque admiraUonem raperei. (Messéniuii Seondia, VI.) Nous avont de lui plusieurs écrits, mais ils sont relatifs à ses propres affaires. Il a cependant composé Liber asironomietts Judiciarius ; un traité sur l'art de la guerre et l'arrangement des troupes ; il a traduit la chronique de Johannes Magnus avec des additions en vers laUns sur chaque roi. On conserve encore des portraits peints de sa main et deux psaumes de la Pénitence insérés dans le livre des psaumes suédois. Des chansons erotiques à Catherine M&nsdotter ont été également conservées, et Erik Sparre rapporte que le roi chantait agréablement. Ses études sur l'astrologie, que Beurreus provoqua, surtout alarmèrent son esprit et le rendirent ombrageux et soupçonneux. (Voyez O^rtn nique du roi Erik , par Basmus Ludwikson, dans Skand. handL, t. 2, p. 240.) Le ministre français Dantzai dit de lui : < Je me suis souvent entretenu avec lui de différentes affaires ; Je vous assure, sire, qu'il avait un jugement solide : il comprenait facilement ce qu'on lui proposait; il s'exprimait discertement et avec facilité ; il possédait plusieurs autres grandes quaUtési il est vrai qu'il était fort soupçonneux. 9

ne suffit pas des facultés de Tesprit pour constituer Fhomme. I^s qualités chez ce prince étaient comme la fertilité d'cm sol échauffe par un feu souterrain.

Erik s'était éloigné du lit de mort de son père pour se rendre en Angleterre^ mais il avait, dit-on, d'autres pensées qu'il savait cacher À merveille. Il paraît qu'il avait dessein de réunir autour de lui , sous ce prétexte, des forces imposantes. Il partit à petites journées pour Elfsborg, où la flotte attendait son arrivée. Beaucoup de personnes nobles grossirent sa suite. Ayant levé une contribution volontaire, il tira principalement de la Gothie plusieurs milliers de marcs d'argent, assez pour commencer une campagne*. Ce fut dans ces conjonctures qu'il reçut la nouvelle de la mort de son père. 11 revint dans la capitale et reçut les hommages de ses sujets partout où il passa. Son entrée solennelle à Stockholm eut heu le 13 novembre 1560, et les funérailles de son père furent célébrées dans la cathédrale d'Upsala, le 21 décembre 1561.

Le vieux roi , par son testament , avait investi ses autres fils de duchés héréditaires, mais placés sous la suzeraineté d'Erik : ci Car, dit le grand Gustave Adolphe *, comme il avait beaucoup souffert pendant son règne de la jalousie des nobles ( il est dans la nature de l'homme de se rappeler surtout les peines qu'ils a éprouvées ), il voulait assurer si solidement l'avenir de ses enfans et les placer si haut que la jalousie ne pourrait les y atteindre. A cet effet il fit Tatné, Erik, roi , Jean duc de Finlande, Magnus duc d'Oslrogothie, et Charles duc de Sudermanie. Il les engageai rester unis, comme doivent l'être des frères. Puisque les ennemis les plus acharnés se rapprochent souvent pour repousser un danger commun , il pensa que des frères s'uniraient encore plus étroitement, et qu'il pouvait les apanager sans danger \ mais le roi se trompait, car si la bonne intelligence existe rarement entre des frères , il est plus rare encore de la voir s'établir entre des hommes également puissans. Ces princes avaient trop de pouvoir pour n'être pas des sujets dangereux. C'est le prince le plus magnanime de la dynastie de Gustave qui a pro-

* Peder Bratae, Chronique de Gustave /•'.

* Dam son histoire, qu'il n'a pas aebevée et qui a été imprimée avec la Chronique riméf de Charlee IX, Stockholm, 1769. ,

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